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Manu Halet : le top des topes au Mexique

Ecrit le 17 juin 2009

Puebla sous la p

Le Mexique a changé ces derniers temps. C’est en effet la saison des pluies dans une bonne part du pays, en gros du port de la Vera-Cruz jusqu’aux côtes des ports du Pacifique. Les rues de Puebla semblent suer de tous leurs pores la chaleur emmagasinée lors de la saison sèche. On aperçoit moins souvent le volcan Popocatépetl, on ouvre rarement portes et fenêtres, il fait même parfois moins de 20°.

Je me porte plutôt bien malgré cette facheuse endémie de Malaria qui sévit en Afrique, au milieu de tellement d’autres fléaux ; cette pauvreté qui s’aggrave partout grâce à notre bon vieux système libéral ; ce Mexique qui ne voit pas, ou ne veut pas voir, que les graves problèmes économiques qui ne font que débuter vont, s’il ne change rien à sa politique, laisser place à un chaos beaucoup plus ingrat qu’un méchant cochon. Mince, je l’ai dit. Alors allons-y.

 Psychose collective

De la “Grippe Porcine” des débuts en passant par les grippes “Mexicaine”, “Américaine”, “Aviaire”, “A”,“Espagnole“ et j’en passe, les Mexicains ont finalement élu le terme “Influenza”. Les gens tout comme les journaux qualifient, hésitants, la-dîte influenza de : porcine, humaine, A, les trois ensembles ou d’autre chose. C’est surtout une concession faite aux capitalistes de la viande qui voient les cours du porc s’effondrer. Chaque jour, il y a des annonces dans la presse certifiant qu’un rôti ne transmet pas la maladie, que ce sont seulement les humains, entre eux.

Par ailleurs, le tourisme   a pris une claque. Dans des villes comme Cancún ou Acapulco, là où les gros gringos, qui ne viennent plus parce que Fox News leur a promis la mort en quelques secondes suite à l’engloutissement d’un taco, constituent 70 % des ressources économiques, c’est la panique. Néanmoins, les gens mettent plus rarement leur “cubreboca” (couvre-bouche), et commencent à se demander s’ils n’ont pas tout de même été un peu “entourloupés”.

Les Mexicains ont également été victimes, à la vitesse d’une rumeur de commère dans un village, d’une forte discrimination venue des quatre coins du globe. La nation la plus virulente dans le domaine a sans doute été la Chine, pourtant bien placée parmi les pays où le manque d’hygiène alimentaire est apte à développer des virus mutants bien flippants. J’explique. Une quarantaine de Mexicains se promenaient dans l’Empire du Milieu lorsqu’un douanier, ou autre bête du genre, les a soupçonnés d’être porteurs du virus. Les malheureux ont donc passé plus d’une semaine en quarantaine, dans de bonnes geôles chinoises (on dit pour être plus cool : “lazaret”, ou “léproserie”), “violentés et humiliés” d’après leurs dires. Puis ces quarante quarantains ont été ramenés en Boeing 747 (400 places !) au Mexique après avoir fait pratiquement le tour du monde vu que nombre d’aéroports ne voulaient pas prendre le risque d’accueillir l’avion pour ses nécessaires escales. On ne pense pas qu’ils avaient le virus, en fait.

En Haïti, où c’est pas la joie, on a refusé un bateau d’aide sanitaire et alimentaire mexicain pour risque de virus. Bref, une belle psychose collective, incarnant bien l’état d’esprit des humains, où plutôt des médias, voire des politiques qui ont beaucoup à gagner en s’appuyant la peur. Il s’avère que le Congrès mexicain en a profité pour passer de bonnes vieilles lois de renforcement des pouvoirs de la Police, dans des décrets n’ayant rien à envier au “Patriot Act” américain.

L’ironie du sort est que le gouvernement aztèque ne peut blâmer la Chine (Curieusement, il a par contre incendié Haïti), au vu de ses dépendances économiques, et a répondu aux embargos chinois sur certains produits marqués de l’aigle (celui du drapeau mexicain) par une “assurance qu’il veuille conserver de bonnes relations avec las Mandarins”. Alors que toutes les études s’accordent à dire que le Mexique va subir une récession économique à hauteur de 5 % en 2009, il va peut être falloir revoir ça à la baisse, les gars. Ou à la hausse. Comment on dit dans ces cas “las” ? Par exemple : ouch ! Ou encore en Mexicain : “¡ Pinche gripe !” (Maudite grippe !).

 Un peuple accueillant

Papy Azt
bénissant une boulangerie

J’ai désormais terminé les cours à l’université de Puebla. Ils furent, comment dire… ennuyeux, même s’ils m’ont permis de beaucoup progresser en Castillan. Les heures à la bibliothèque de recherches historiques... suantes. Dur de trouver un bouquin mexicain qui prenne l’Intervention Francaise au Mexique d’un point de vue objectif, sinon toujours dans l’exagération patriotique. Mais peu importe.

Am

De ce séjour de six mois en Terre Aztèque, je tire surtout du positif. J’ai découvert un peuple accueillant, une culture originale, une cuisine différente du gratin Dauphinois, des policiers tant véreux qu’il vaut mieux en rire, une politique révoltante mais qui illustre bien la finalité du néo-libéralisme (Français, restez vigilants, on n’en est pas si loin), ainsi qu’une belle Mexicaine. J’ai aussi rempli l’un des objectifs que je m’étais fixés : parler le Castillan couramment. Ça aura été vite, malgré encore quelques subtilités difficiles à maîtriser en six mois : “ser” ou “estar” ? “Ahí”, “allá”, “aquí” ou “acá” ? Comment employer “cabrón” à bon escient ? Malgré tout, merci à la racine de ma langue maternelle, latine, qui n’est de fait pas si éloignée de ses voisines.
Mais ce n’est pas fini. En effet, je ne vais pas rentrer tout de suite en France et me prépare plutôt à réaliser un grand voyage avec un pote français qui devrait logiquement nous faire traverser l’Amérique Centrale et une partie de l’Amérique du Sud entre juin et septembre. J’ai bon espoir de vous écrire le prochain pavé à partir d’un nouveau pays…

 Les cascades de Xico

Mais revenons à nos cochons. J’avais envie d´écrire quelques lignes sur les quatre jours de voyage que moi-même et ma jolie morena nous sommes permis pendant les vacances d’avril, dans l’Etat de Vera-Cruz. Pour le premier jour, nous avions décidé d’aller passer la nuit aux cascades de Xico, près de Xalapa, dans un “rancho” (ranch) suavement baptisé “El paraiso de Theo” soit “Le paradis de Théo”. C’est ici, au milieu des caféiers et autres bananiers, commes seuls voisins une cascade et une piscine naturelle, que nous avons passé la nuit. J’ai pu appréhender mes difficultés dans l’allumage d’un feu de camp, peu aidé il est vrai par l’humidité ambiante, et dormir bercé du clapotis de l’eau en mouvement tout juste gêné par cette pierre sous la tente qui m’a servi de matelas.

La douche origin

Le lendemain, après un réveil aux aurores et une douche originelle sous le jet de la cascade, retour à Xalapa où William, mon pote de là-bas, nous attendait pour partager quelques cervezas et trouver grâce à ses relations bien placées un charmant appartement dédié seulement aux deux amants. Nous prîmes ensuite la route vers la chaude côte véracruzanienne et nous égayâmes quelques heures dans les eaux pas très claires de Vera Cruz, la région portuaire la plus active du pays et par conséquent bien polluée. Mais bon, quand on s’est déjà baigné à Saint-Nazaire, on est plus à ça près.

Nous terminâmes la journée dans la fort charmante ville de Papantla, savourant au restaurant un “coctel de mariscos” (cocktail de crevettes), la grande spécialité du coin, ainsi qu’une bière à 8 pesos (environ 40 cts d’€). Mais pourquoi cette escale, me demanderez-vous ? Car la ville est toute proche d’un grand site archéologique : “El Tajin”, fleuron de la culture totonaque.

 Les Totonaques

Totona
Source : http://www.legrandjournal.com.mx/actu-mexique/la-cumbre-tajin-grande-celebration-de-la-culture-totonaque-a-veracruz-videos

Peuple parmi les plus pacifiques des différentes civilisations qui ont foulé le continent, les Totonaques se développèrent du neuvième au treizième siècle de notre ère au nord de l’Etat de Vera Cruz. Très religieux, ils invoquaient les éléments tels la terre ou le feu, en les associant à des dieux. “El Tajin” est par exemple un hommage à la foudre et à la pluie.

L’une de leurs traditions leur a donné un surnom : “los Voladores” , soit “les voleurs”, mais pas ce que vous croyez, occidentaux pleins de préjugés, plutôt “ceux qui volent”.

Quatre Totonaques s’accrochent les pieds avec une corde au sommet d’un poteau de 30 mètres, alors qu’un cinquième joue un air religieux au pipeau. Les fous s’élancent ensuite dans le vide et tournent autour du Poteau un nombre de fois bien défini dans le but de se rapprocher des dieux. C’est assez impressionnant, tout comme ce génie architectural que l’on peut apprécier avec “El Tajin”, découvert par hasard à la fin du XIXe siècle par un douanier à la recherche de plantations illégales de café pour taxer des pesos. Le site n’a été qu’en partie découvert, mais s´étend tout de même sur près de 20 hectares. Il comprend bon nombre de pyramides d’une trentaine de mètres ainsi que, comme une obsession bien moderne au vu du nombre de nos stades de foot, 17 terrains de jeu de paume, le sport phare de l’époque, où l’on exécutait le capitaine de l´équipe qui avait gagné chez les Mayas, mais pas chez les Totonaques, moins sanglants.

Tiens, j’y pense, en voilà une solution pour motiver les chèvres du F.C. Nantes. Da Rocha, au billot ! Klasnic, capitaine !

 Temazcal à 60°

Après la visite du site, éreintante pour cause de soleil bien véracruzanien et ses gentils 40º sans ombre, nous avons décidé de réaliser un temazcal, cette purification du corps issue de la médecine totonaque. Le principe est simple : sauna alimenté par la fumée d’herbes médicinales, puis long massage de l’ensemble du corps. Ça, on la sent, la purification, même si ç’est peut-être un peu cinglé de rester 20 minutes dans le sauna à 60º après le coup de chaud essuyé lors de la visite au zénith solaire. Mais ça se fait. Pour finir, les gens qui proposaient le temazcal m’ont vendu un médicament à base de plantes avec lequel, pour sûr, je n’aurai jamais le cancer.

 Conduire !

Ce petit voyage m’a permis de réaliser une nouvelle expérience : conduire sur les routes mexicaines. Embarqués dans la Chevrolet Chevy de Yazmin, nous avons longuement emprunté l’aztèque asphalte qui s’avère être “un desmadre” (Un sacré bordel). Je n’exagère pas : t’es content, t’as trouvé le panneau qui indique la ville où tu veux aller. Seulement, une vingtaine de kilomètres plus loin, tu commences légitimement à douter, près de ce pont pas loin de s’écrouler : “On s’est gourrés, non ? – Ben, je sais pas trop, on va continuer, y’a pas de panneau.” Quarante kilomètres plus loin : “ cool, on est dans une ville, et enfin, un panneau. Ah non, pas de panneau, celui là indique juste la “place Benito Juárez”. On va demander aux gens : “¿ Señor, por donde es la pista para Puebla ?” (Monsieur, par où c’est, Puebla) – Par là, par là. – Merci beaucoup. – T’as compris ce qu’il a dit, Yazmin ? – Pas vraiment, il avait un accent à coucher dehors, et je crois qu’il était saoul, aussi ! - Bon, je demande à quelqu’un d’autre : ¿ Buenas tardes, señor, para Puebla ? - Ah mais Puebla, c’est pas du tout par là, “joven” (« jeune », le prendre pour “jeune homme”), faut faire demi-tour. – Ah, merci Monsieur. Bordel, y savent pas du tout où c’est en fait“

J’ai au fil du temps compris qu’il était honteux pour un Mexicain de ne pas pouvoir répondre à la question de quelqu’un, par conséquent, on répond tout le temps, que l’on connaisse la réponse ou non. “Bon, allez, on va se risquer par ici.” Kilomètre soixante : “Ah, tiens, des panneaux, avec des noms de villes en plus… Mais y’a pas Puebla. Bon, changement d’itinéraire, on va prendre par là." .

Kilomètre 100 : “Mauvaise idée de prendre par là” Route entretenue pour la dernière fois à l’arrivée de Trotsky au Mexique (1936), de surcroît montagneuse ainsi que super dangereuse, empruntée je ne sais pourquoi par moult Mexicains complétement fous du volant qui te collent à outrance et qui te doublent, toi et l’imposant camion de gaz qu’il y a devant. Or, c’est une route deux voies où on ne voit pas à 20 mètres plus loin car qui dit montagne dit virages. S’il y’a quelqu’un en face, il semble que l’option la plus mexicaine soit de passer en force en faisant vrombir “el Vocho” (Contraction de Volkswagen, le nom de la coccinelle ici). Ils sont vraiment cinglés, en ville comme à la campagne, et naturellement, bien que la ceinture de sécurité existe dans les voitures mexicaines, elles ne servent qu’à décorer. Même les flics ne la mettent pas, alors...

Logiquement, les routes du coin, fort mal entretenues par ailleurs, constituent une cause de mortalité importante. De plus, les carrefours sont mal foutus : tu sais jamais si t’es sur ta voie ou sur celle de ceux d’en face ; t’as du mal à trouver l’emplacement du feu, car, premièrement, il n’y en a que deux (Pourquoi plus ? ca coûte trop cher !) et, mieux, le tien s’est retourné à cause du vent ou d’un camion.

 Le tope, il est trop haut !

T

Mais ça n’est pas fini. Il y a même pire, j’ai nommé : les “topes” (Prononcez “topesse”, soit dos-d’âne en francais). Ils en mettent partout. Panorama : t’es tranquille sur l’autouroute, petit 120, et t’as pas vu le “tope” un peu plus loin, car y avait pas de panneau. En chevrolet Chevy, 300 kilos style boite de conserve, tu voles 8 mètres. Ou encore : t’es dans un “pueblito” (petit village), là, ouf, t’as vu le “tope”, le problème, c’est que ce sont les habitants qui l’ont construit pour ralentir les autos, (Ils en ont le droit, mais, bien sûr, on leur file jamais de panneaux pour ensuite l’indiquer) et donc que le “tope”, il est trop haut. Tu restes bloqué au sommet. C’est un riverain qui vient te sortir de cette situation en tirant la voiture avec son âne. “¡ Pinche topes !” (Maudits dos d’ânes).

Pour finir, sur les conseils avisés d’un lecteur, je me dois seulement de casser un mythe : non, le “Chili con carne” n’est pas Mexicain, et plutôt Texan. Pour illustrer mes propos, voici la définition d’un dictionnaire mexicain paru en 1959 à propos du “Chile avec viande” : « Nourriture détestable qui tente de se faire passer pour mexicaine. En vente du Texas jusqu’à New York » (Wikipédia).

Récemment, mon Papa est arrivé au Mexique, le vendredi 22 mai pour être exact, sans trop de problèmes hormis la confiscation aux douanes de deux fromages qui puent, français of course, après qu’un chien anti-drogue se soit jeté sur le sac qui contenait le Bleu d’Auvergne et le Camembert. Je n’ai donc tristement pas pu revenir à mes sources en me rappelant à notre bon vieux terroir. Dommage.

En espérant vous parler un peu de la civilisation Maya, du Chiapas, du Guatemala voire du Canal de Panama dans mon prochain article, je vous souhaite de belles choses comme la santé, des voyages et de travailler moins pour gagner plus.

 

Manu Halet