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Manu et Olivier en Amérique Centrale

Ecrit le 8 juillet 2009

 Adieu au Mexique

Manu : Mon séjour à Puebla est terminé. Après avoir fait ma “despedida” (mes “adieux”, arrosés comme il se doit de téquila, juste un doigt) avec les Mexicains qui m’ont accompagnés pendant ces 6 mois de bonheur, j’ai donc pris l’avion pour rejoindre Olivier, direction Cancún, la “ciudad de los gringos”.

Olivier : Et t’as même pas versé ta petite larme en partant ?

Manu : M’en parle pas, s’il te plaît. Oui, j’ai laissé avec grande tristesse certaines choses, en particulier cette demoiselle avec laquelle j’ai passé de si beaux moments. Mais je la reverrai très bientôt. Et on est pas là pour se morfondre donc, bonhomme : “Welcome to Mexico”.

Amérique Cent

Olivier : Yep, c’est parti pour 4 mois côte à côte. Bon, premier objectif : sortir de cet aéroport qui pue où la grande majorité des autochtones présents aspire à faire payer au prix maximum tous les gringos voulant accéder au centre ville.

Un taximan : “¿Taxi, amigo ? Pas plus que 350 pesos (17 €) pour chacun.

Manu : - Non, amigo, 100 pesos (5 €) chacun, ou on va prendre le bus à 100 mètres un peu plus loin.

Taximan : -Il n’y a presque plus de bus depuis la grippe porcine... 250 pesos chacun.

Olivier : - C’est vrai, ca ?

Manu : - Pas du tout, il fait juste son bize avec quelques mensonges. Avançons.

Taximan : - Ok, revenez, c’est bon pour 100 pesos chacun. Mais donnez-les moi sans que la gringa d’à côté le sache, vu qu’elle paie 500 pesos...”

Olivier : Première remarque : c’est bien moche, cette ville. Que des grands hôtels en béton qui cachent la vue sur la mer.

Manu : C’est Cancún, la ville la plus américanisée du Mexique. On arrive à l’auberge de jeunesse “The Mayan Hostel”. On pose les sacs et on va s’en jeter un, histoire de fêter les retrouvailles ?
Olivier : Yep, et puis après, gros dodo. Un jour de 31 h (décalage horaire oblige), sans avoir dormi la veille, c’est dur.

Manu : Programme de demain : direction Tulum, à 2 h de bus au sud de Cancún. Il paraît que ça en vaut la peine.

 6 au 8 juin 2009, Tulum.

Olivier : Bon, c’est mieux, Tulum, mais t’as encore l’impression d’être aux States. C’est plutôt blanc de peau et le patron de l’hôtel n’arrive même pas à baragouiner trois mots d’espagnol. On mange des pâtes, on dort, et on va aux ruines dès le lendemain.

Manu : Arrivés aux fameuses ruines, on se dit qu’on rentrera plus tard, et qu’on commencerait bien par se baquer dans cette eau transparente et plus chaude que dans n’importe quelle douche d’auberge de jeunesse bon marché du coin.

Olivier : Ça doit faire dans les 25º, encore mieux qu’à la Roche sur Yon.
Manu : Je dirais même plus, 28º. Cependant, la teinte rouge foncé qu’a pris ton dos en 10 minutes te rappelle que si tu as une crême solaire écran 68, il faut en mettre. Par ailleurs, on doit trouver un camping. Il y en a un en face, le “Mar Caribe”.

Olivier : 80 pesos (4 €) chacun la nuit, nous prenons. Et on retourne se baquer. Que du bonheur.

Manu : Et puis quand il pleut, on va se re-re-baquer, car il fait plus chaud dans la mer. Puis on va voir les ruines quand même.

Olivier : Pas de quoi fouetter un chat, ces ruines. C’est pas très grand, ni impressionnant. En même temps, le Guide du Routard indique que ce lieu fut une forteresse protégeant les Mayas du coin contre les attaques d’autres civilisations. Il n’est pas très utile de faire de l’art pour se défendre, donc, on leur en veut pas, aux Mayas. A part La Boule, Fort Boyard, c’est pas très artistique non plus.

Manu : Le truc frustrant, c’est de ne pas avoir le droit d’entrer dans les ruines. Allez, risquons-nous dans cette petite maison, ça à l’air à l’abri des regards.

Police Fédérale Méxicaine : -Savez-vous que vous venez de violer une loi fédérale. Je me vois dans l’obligation de vous ramener à la sortie. Vous risquez gros.

Olivier : On se taille, un peu penauds et en catimini... Ça va, le supérieur faisait la sieste.

Manu : Ce matin, direction la mer, encore, mais au large cette fois, pour faire de la plongée avec masques et tubas. Dix mètres de fond, et on voit toujours le sol marin, pas croyable. Mieux que dans ma baignoire de Français.

Olivier : Y a un énorme banc de poissons multicolores qui se balade. Je le prends en chasse. Je me sens comme un nouveau Cousteau croisé avec Mayol, accroché aux coraux, observant cette paisible multitude qui ne semble même pas dérangée par l’intrusion humaine. Allez hop, j’en bousille un au harpon, pour le bouffer dès ce soir.

Manu : Et moi, j’appelle Thalassa. La mer des Caraïbes, c’est encore mieux en vrai que sur aifferre trois.

Olivier : Va peut-être devoir penser à bouger. On pourrait y rester des mois, par ici, mais nous décidons de ne point sombrer dans cette facile oisiveté.

On a encore 10 000 km à faire !

 9 juin 2009, Chichén Itzá.

Art
dans le Chichén
Le Chichén

Manu : Nous voici donc dans l’une des sept nouvelles merveilles du monde, le fleuron de la culture Maya-Toltèque. C’est vrai que ça a de la gueule, cette pyramide haute de “seulement” 30 mètres, mais truffée de symbolismes religieux et de jeux architecturaux permettant une diffusion sonore impressionnante.

Olivier : Malheureusement, depuis qu’un imbécile s’est tué en descendant la pyramide en skate, il n’y a plus le droit de l’escalader. Dommage. Le tourisme   tue l’investigation... Cependant, un grand merci à la grippe porcine : pas un chat sur le site, comparé aux habituelles hordes de gringos qui jettent leurs bouteilles de coca un peu partout et gravent leur prénom dans les monuments.

Manu : Il y a aussi cet impressionant terrain de jeu de paume. C’est rigolo, si on frappe les mains à un endroit, le son traverse tout le terrain en s’amplifiant.

Olivier : Echo

Echo : ECHO

Manu : Fini les enfantillages, il est 2 heures, il fait un peu 40º, on a tout bien visité, on va peut être se bouger. Allez, direction le Chiapas.

 10 au 12 juin 2009, Palenque, Chiapas.

Camping de
Camping-

Olivier : Nous dénichons un petit camping sympa, le “Mayabell”, dans la jungle. 50 pesos (2,50 €) par personne. Des petites cabanes où accrocher des hamacs. Une piscine, un bar. Parfait.

Manu : Une nuit de plus au clair de lune, dans nos beaux tout nouveaux hamacs fabrication yucatèque (les meilleurs !), tout juste réveillés par les cris des singes, dindons sauvages et autres jaguars. C’est la fête pour tout le monde, même pour les moustiques qui, semble-t-il, apprécient le sang européen.

Olivier : Allez hop ! Debout Manu, c’est l’aurore, on va visiter les ruines de Palenque.

Manu : Ils sont fous ces Mayas. Ils en mettent partout, de leurs ruines, même en plein milieu de la jungle, pourtant d’un accès fort difficile vu sa densité. Bon plan pour se protéger des ennemis, en même temps. Contrairement aux précédentes visites, ça fait plus “authentique”.

Olivier : Et presque pas de touristes, c’est le pied. C’est vraiment beau, ce coin. Derrière un temple, on tombe sur un petit sentier qui mène on ne sait pas où. En route pour notre première véritable expédition “junglesque”.

Manu : (après 1 h 30 de marche en montée) : Je commence à flancher, et ne sait pas du tout vers où on va. Peut être l’un des derniers lieux de sacrifices mayas.

Olivier : Encore un effort, tout chemin mène à Rome. Il n’y a pas à s’en faire, j’ai aperçu un village en contrebas. Civilisation égale eau, ce qui nous fait défaut, il est vrai.

Manu : Faut encore la descendre, la montagne. C’est encore plus à pic que pour la montée. Mais on en voit le bout. Ouf. Trois litres de flotte engloutis, achetés dans un boui-boui tenu par des enfants, et ça repart.

Olivier : Seulement, on vient de tomber dans le trou du cul du monde du Chiapas. Il ne semble y avoir que des enfants, dans ce bled, qui semble s’appeler Saint Adolphe, bien que personne n’y soit blond.

Manu : Je demande aux enfants s’il y a un bus qui part vers Palenque.
Les enfants : “Oui, “joven”, mais on ne sait pas quand il passe. Des fois deux fois par jour, des fois pas du tout.”

Olivier : Le fameux bus arrive, nous sommes chanceux. Enfin, bus, c’est un grand mot, on va plutôt parler de 4x4 Lada avec des bancs dans la benne. Mais il va bien à Palenque, même si on est pas sûr d’y arriver vu l’état des routes et du “char” ainsi que des hauteurs bien flippantes dans cette région montagneuse qu’est le Chiapas.

Manu : Les pieds ampoulés et le nez brûlé, nous apprécions cette dernière nuit au camping. Mais dès l’aurore, direction Guatemala.

 13 au 16 juin 2009. La frontière

Nous passons la frontière México-Guatemala. Direction : lac de Petén Itzá puis Tikal.

Olivier : De Palenque à la frontière, nous traversons une partie de la région disssidente du Mexique, celle de “l’Armée Zapatiste de Libération Nationale” (En Castillan : EZLA), celle de Marcos et autres Guérilleros.

Manu : Ils affirment représenter les droits des indigènes, qui représentent 40 % de la population du Chiapas, dans le but d’une meilleure répartition des richesses. Il est vrai que cette région, sans doute la plus riche du Mexique en ressources, est aussi la plus pauvre en niveau de vie. Y a comme quelque chose qui cloche, pas vrai, Calderón ?

Olivier : C’est dommage, j’ai pas ma guitare. Il me vient une irrépressible envie de chanter du Manu Chao. “Solo voy con mi pena, pam, pam, pam, francesito, clandestino” 

Manu : Aucun problème pour cette traversée réputée dangereuse. Nous arrivons donc à Frontera Corrozal, un petit bled en planches qui sert de village frontière.

Olivier : Et comme on a envie de jouer aux explorateurs, nous choisissons le passage pittoresque : traversée du fleuve-frontière en pirogue à moteur, qui nous emmène 15 kilomètres plus en aval, à Bethel, Guatemala.

Manu : Arrivés sur place (un autre bled en planches), on constate tout de suite que les témoignages d’autres voyageurs, sur un Guatemala bon marché et authentique, sont périmés. Le tourisme   de masse est passé par là, et bien sûr la population a pris ses habitudes.

Olivier : Ça, pour des habitudes… À peine descendus du bateau, on se fait sauter dessus par les rabatteurs de touristes qui nous proposent de nous emmener directement en bus, à prix d’or, à Flores, la ville touristique, destination de tous les gringos visitant le pays, pourtant à 100 kilomètres de là.

Manu : un peu comme si, à peine arrivés à Nantes, on vous proposait un bus direct pour le Puy du fou.

Olivier

Olivier : c’est un peu ça. Enfin bref, on décide donc d’aller à Flores, comme tous les touristes, après tout, c’est ce qu’on est, mais sans prendre le pack « arnaque-bus-hôtel ». Donc on attache les chaussures, on serre les bretelles du sac, et on part à pied sur la piste de terre pour faire
du stop.

Manu : on est d’ailleurs assez vite pris par un Guatemaltèque qui nous emmène dans la benne de son pick-up (où nous avons compris l’essence des mots cahots et nid-de-poule désormais profondément ancrés dans la chair de nos fessiers), jusqu’à Flores

Olivier : ah, Flores... Flores a tout pour être la ville touristique type : site d’une ancienne ville Maya, elle est construite sur une île, au milieu d’un lac plutôt magnifique, dont les eaux turquoises sont retenues par des collines verdoyantes, couvertes de palmiers et de manguiers chargés de fruits parfumés, et où résonnent, dans une harmonie ushuaiesque, les feulements des jaguars et les hurlements des singes, hurleurs, justement.

Manu : Belle envolée, mais faut pas s’y tromper. On y trouve aussi les parasites à touristes habituels : types avenants qui proposent, dans le même “gringo-pack”, des tickets de bus pour le parc de Tikal, une nuit d´hôtel, de l’herbe, de la cocaïne et des cacahuètes. Comme on est venus dans cette région du Guatémala pour voir les ruines mayas de Tikal, on décide, malgré les prix qui ont triplé depuis 5 ans, avec l’arrivée de visiteurs toujours plus nombreux, d’aller voir à quoi ressemble cette merveille.

O : Et on n’est pas déçus. Tikal, c’est tout ce que l’occidental amateur de civilisations précolombiennes a toujours rêvé de voir : des temples perdus dans la jungle, enfouis sous les lianes et les racines des figuiers géants, où se baladent nonchalament des singes, des dindons colorés, des coatis, et nous. C’est immense, un vrai labyrinthe (le jour de notre arrivée un italien s’y est perdu, les gardes ont passé la nuit à le chercher), un dédale de sentiers humides aux senteurs lourdes, qui mènent à des pyramides du haut desquelles le regard du voyageur embrasse toute la région. La vache, c’est beau.

Manu : Comme je suis hyper sociable et que moi, je parle super bien espagnol, on se fait un copain, Santiago, le garde forestier armé de son fusil à pompe, accessoire très en vogue, avec la machette, dans toute l’Amérique Centrale.

Olivier : Ouaip, ici, on sait manier les lames

Manu : Enfin bref, Santiago nous raconte un peu l’histoire du site : les constructions monumentales ont commencé au IVe siècle av. J.C., et la ville royale connaît son apogée (c’était la capitale politique et religieuse de l’Empire maya) entre 250 et 950. Apparemment la ville a pu compter plus de 200 000 habitants, ce qui ne semble pas tellement étonnant vu la surface occupée.

Olivier : Non vraiment, si vous ne savez pas quoi faire ce week end, ça vaut le détour. Nous on n’a pas regretté. Après deux nuits dans nos hamacs dans la jungle de Tikal, on reprend la route, vers le Honduras, maintenant.

 Honduras et mafia

On avait pas mal entendu parler du pays, comme quoi, faudrait surtout pas y aller, oulala, c’est super dangereux, ils sont tarés les Honduriens, c’est mafia et compagnie etc, etc. Eh bien, c’est vrai, faut pas y aller.

Manu : Non, il faut pas. D’abord, pas moyen de négocier avec les douaniers, ils veulent leur bakchich-taxe de frontière. Comme on n’avait pas de liquide, et que pour faire marcher le bizness des changeurs de monnaie à la sauvette, ils n’ont pas de distributeur, j’ai dû retourner, tout seul, à Puerto Barrios au Guatemala, à une heure de bus de là. Comme on n’avait pas assez pour deux billets, Olivier est resté tranquillement assis devant la douane, en attendant que je revienne avec le bakchich susnommé.

Olivier : Moui, deux heures d’attente qui me permettent d’apprécier l’ambiance du Honduras. Pendant que je suis tranquillement assis à bouquiner un Oui-Oui en espagnol, un gros 4x4 noir aux vitres teintées se gare devant moi. Quatre types en descendent et font mine de regarder dessous, genre “mais où c’est qu’elle est la panne ?”.

Sauf que le manège dure deux heures, qu’ils n’arrêtent pas de me lancer des regards par dessus l’épaule, se parlent à l’oreille, et jouent avec les deux flingues que chacun porte à la ceinture. Pas rassuré, Olivier.

Manu : Quand je reviens avec les sous, on demande pas notre reste et on saute dans le premier bus. Là, un vieux nous explique qu’il faut pas traîner dans le pays, notamment que les flics locaux ont la délicate habitude d’indiquer le chemin pris par les gringos aux mafieux preneurs d’otages. On se dit qu’on va bien se marrer.

Olivier : Et en effet, c est vraiment rigolo. Après une belle arnaque et une tentative louche dans un bus, dont on nous a dit plus tard qu’il appartenait à la mafia, on décide de quitter ce charmant pays au plus vite, quitte à ce que l’esprit d’aventure en prenne un coup. On passe donc une nuit blanche dans la gare routière de San Pedro Sula, la ville avec deux records : le plus haut taux de criminalité du pays, et qui regroupe à elle seule 20% des cas de sida d’Amérique Centrale. Allez-y, c´est super chaleureux.

17 au 25 juin 2009 : Costa Rica

Manu : Au petit matin, on prend un bus international qui nous emmène en deux jours au Costa Rica, havre de paix, au milieu de l’océan de drogue, de corruption, et de délinquance en tout genre que forme l’Amérique Centrale. Ça fait du bien. A San José, la capitale, je me fais aussitôt un copain dans un bar : Roger, qui nous invite à passer trois jours dans sa cabane, sur les collines verdoyantes surplombant l’Océan Pacifique.

Olivier : C’est un peu des vacances : Gégé nous emmène à une cascade dans la jungle, on se baigne dans les énormes rouleaux à surfeurs du Pacifique, on mange des mangues et des noix de coco. Avec les désordres intestinaux qu’implique cette alimentation, mais ça vaut bien ça.

Manu : Et nous voilà aujourd’hui de retour à San José, d’où l’on devrait partir sous peu vers le Panama, à la recherche d’un bateau pour nous faire passer en Colombie, le passage par la terre étant imposible. On vous expliquera ça dans un prochain article interminable. Merci et bravo à ceux qui ont tenu jusqu au bout.

 

Manu Halet - Olivier Bres