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Accueil > Châteaubriant > Enfance, jeunesse > Manu Halet : Du Pérou à la Bolivie

Manu Halet : Du Pérou à la Bolivie

Ecrit le 30 septembre 2009

 Tiwanaku. La Paz.

Manu : 30 juillet 2009, Buenas tardes, amigos. Petit mot des deux p’tits Français qui se prennent pour Tintin et Picsou en Amérique du Sud, les allusions un peu limites d’Hergé et la richesse du canard en moins. Nous vous avions laissés à la frontière du Pérou avec la Bolivie il y a de cela plus d’un mois. L’occasion pour nous d’introduire par les berges du lac Titicaca.

Olivier : Belle contrepétrie. Quoique. Au delà de son nom rigolo, il faut déjà savoir que “el Titi”, comme on l’appelle ici, culmine à 3800 mètres, en plein milieu de l’Altiplano (le “haut plat”), ce qui en fait la plus haute étendue d’eau navigable au monde, tout en étant par sa superficie (8562 km2), le plus grand lac d’Amérique du Sud.

L’Altip
Désert jaune et maisons en terre

Manu : Nous décidons de seulement longer l’étang pour éviter ainsi l’amoncellement de touristes qui viennent polluer les petites îles alentours, de Puno à Copacabana, et optons pour la visite du site de Tiwanaku, berceau des civilisations andines selon certains historiens.

Situé à 50 km de Desaguadero, ville-frontière, en Bolivie, Tiwanaku est l’objet d’une description passionnée dans le Guide du Routard. C’est aussi le nom du groupe de musique des Andes de ma Maman. Snif.

Olivier : Oh, le gentil fiston. Mais arrêtons tout de suite la pub. Le Routard, il se trompe des fois. La “magnifique Porte du Soleil pleine de mystères”, c’est plutôt deux pauvres pierres rafistolées entre elles pour faire une porte au milieu d’un champ de patates, délimité par une clôture qui peut-être, autrefois, était un mur.

La porte du so
à Tiwanaku

La “grande pyramide de célébration religieuse”... tellement pillée que les autorités boliviennes ont décidé de construire une nouvelle pyramide sur les restes de l’ancienne, en acceptant que l’Histoire en prenne un coup... Le “grand musée de la civilisation Tiwanaku” : deux tristes pièces où l’on peut voir trois crânes et une momie enveloppée dans une grosse chaussette en laine de lama.

Le clou de la visite reste quand même la statue qui ressemble à celles de l’île de Pâques, exposée dans un autre bâtiment, tout aussi délabré. Deux ampoules sur quinze clignotent faiblement pour tenter d’éclairer le monument, auparavant exposé à l’entrée du stade de foot de La Paz. On peut aussi apercevoir quelques explications pour d’autres pierres, sauf que les autres pierres, elles ne sont plus là, ils les ont entreposées Dieu saît pourquoi dans un endroit inaccessible.

La visite coûte 80 bolivianos (8 €), soit deux semaines de salaire en Bolivie. Non, vraiment, le Routard, il hallucine. Et ta Maman n’a peut-être pas choisi un super nom de groupe, en tout cas pour ceux qui se sont déjà fait arnaquer ici.

Manu : Comme t’es méchant ! ma Maman, elle joue mieux de la keña que toi, d’abord. Même si je dois avouer que c’est bien l’arnaque, ce coin. Le mieux serait de reprendre la route pour La Paz, là où j’ai cette famille qui doit nous accueillir. On prend donc un “combi” (minibus) qui nous fait traverser la plaine pratiquement désertique de l’Altiplano, seulement peuplée d’ocres herbes, de cracheurs et laineux lamas, et de quelques Boliviens. Une heure plus tard, nous sommes dans la capitale, la plus haute du monde, de la Bolivie, là où gouverne le président “Dieu Aymara” Evo Morales.

Olivier : Le premier président d’origine indienne, Aymara donc, du pays. Controversé tout autant pour ses relations avec Chávez que pour sa tolérance envers les producteurs de coca. Il faut dire qu’il était le leader syndical des producteurs de la dite feuille pendant de nombreuses années. Son élection en 2006 fut un immense succès populaire. Cependant, bon nombre de Boliviens semblent aujourd´hui déçus par leur président. L’incessante propagande à la télé, sur les affiches, voire sur le moindre petit rocher qui borde la route, ainsi que les promesses non tenues, ne semblent pas jouer en faveur d’Evo (Il est partout nommé ainsi).

 31 juillet - 10 août. Séjour à La Paz. Ascension du Huayna Potosi. Comment perdre ses poumons.

Manu : Mais arrêtons par ici la politique, laissons aux gens leurs jugements, nous ne sommes pas des spécialistes. Parlons plutôt de ce superbe accueil que nous ont concocté Sonia, ma cousine, et sa famille. De notre plaisir de manger autre chose que du riz et des pâtes, de la cuisine “paceñienne” (la Pazienne) de surcroît, riche et équilibrée. Et de la rue centrale et touristique de La Paz, nommée Sagarnaga depuis que des Français du pays de la Mée ont été y faire découvrir charangos en coques de tatous, keñas en bambou et flûtes en Pan. Un dénommé Juan-Cristobal pourra vous en faire la démo à Moisdon.

Olivier : Doucement camarade, tout ne s’est pas passé à partir de ton bled de bouseux. Stop au méocentrisme. Comme vous l’aurez compris, c’est plutôt le nom de la rue qui est né avant le groupe de musique qui sillonne les Fêtes de la Musiques des bleds de campagne. Par ailleurs, vous deviez déjà vous douter que le charango n’est pas né à Châteaubriant. Autant faire une mandoline en peau de brebis.

Manu : Oui, bon, je me suis un peu enflammé. Que dire d’autre à propos de La Paz ? Ben, c’est haut : la ville est étalée de 3400 à 4200 mètres, et par conséquent, pollution aidant, on y respire difficilement les premiers jours. On n’a jamais été aussi essouflés après avoir monté 10 petites marches. Le risque, c’est d’oublier l’altitude : celle-ci nous le rappelle bien rapidement quand, fringants, nous gravissons au pas de course et une clope au bec une rue fort pentue. Fiou, fiou, fiou... Non, parle pas, j’ai plus d’oxy... Moi non pl…

Manu et Oli
en route vers les 6000 m du Huyana Potosi

Olivier : Néanmoins, comme nous on est des aventuriers, c’est pas les hauteurs qui nous font peur. Après quelques jours d’acclimatation, nous décidons de nous payer l’ascension du Huyana Potosi, sommet de 6088 mètres qui surplombe la capitale. Nous contactons donc l’une des multiples agences qui proposent l’expédition. Nous louons chauds manteaux et volumineux pantalons, piolets et crampons, puis partons à la suite d’un guide vers des altitudes que jamais l’Europe ne pourra nous offrir.

Manu : Après une journée d’entraînement sur un petit glacier, nous passons la nuit dans un refuge à 4800 mètres. Le lendemain, la décision est prise de tout grimper en une journée. Réveil à 4 h du mat, copieux petit déjeuner, et en route. Ça se passe plutôt bien jusqu’au refuge suivant, à 5200 mètres.

Olivier : De là commence l’ascension extrême. On enlève les chaussures de rando pour mettre nos grosses bottes, d’où l’on fixe nos crampons. On resserre les écharpes, on accroche les bonnets péruviens en laine de lama, le guide noue une corde sur nos baudriers et nous lie de la sorte les uns aux autres. Ah, mon brave Sancho, nous allons atteindre des cimes que rarement l’homme a eu l’occasion d’atteindre.

Manu : Sancho, il a pas assez d’air pour te dire : “ferme-la et marche, pov’taré”. Les cimes, si mes yeux ne me trompent point, sont encore fort lointaines pour ne pas économiser son énergie. Et ça monte, toujours. C’est de plus en plus dur.

Olivier : Le manque d’oxygène finit par me foutre un mal de crâne insupportable. Je dois m’arrêter tous les 50 mètres pour me remettre.

Manu : Moi, j’ai pas mal au crâne, il n’empêche que je galère aussi. Ces arrêts sont salvateurs. Un morceau de chocolat pour l’énergie, et ça repart. De plus en plus doucement.

Olivier : À 5800 mètres, on aperçoit le sommet. Cependant, on se demande comment on va y arriver, vu que l’on s’arrête tous les 10 mètres pour souffler. Pendant ce temps, notre guide, qui sifflote tout le temps, nous chambre : “Alors les Français, on pleure, on veut appeler sa Maman ?” ou encore “Ah ! Ah ! Le Français, il a la morve au nez”. Et pour finir : “L’Everest, c’est de la rigolade, moi, je monte 10 000 mètres sans oxygène.”

Manu : Ouais, mais nous, on est pas des nains avec des cages thoraciques de lamas, c’est pas pareil. On n’est pas nés dans un glacier, nous. Enfin, nous arrivons à 6000 mètres. De là, il faut encore grimper pour atteindre “el cumbre” (Le sommet). Ça se complique car il faut escalader au piolet. Je décide de ne pas m’y risquer, je suis bien là, mais mon compagnon, ce Don Quichotte déterminé, décide, au péril de ses poumons, de continuer…

Olivier : J’aime pas me faire chambrer par le tiers-monde, moi. Donc j’y vais. Je galère mais, de petits pas en petites frayeurs avec les pierres qui tombent, j’arrive au premier sommet, à 6050 m, d’où je peux admirer La Paz, l’Altiplano et le lac Titicaca en panoramique. Il faudrait encore monter plus pour arriver aux 6088, mais les nuages se lèvent et c’est sans doute trop dangereux de traîner, d’après le guide en tout cas.

Manu : On entame donc la descente, qui est pliée en 3 h, alors que l’on avait mis 9 h pour monter. Crevés, brûlés comme diraient les Québécois. Journée de fous, mais contents de l’avoir fait. On aura monté un 6000 m. Peut être la seule fois de ma vie, perso, vu la galère. Aussi content de l’avoir fait que d’en avoir terminé.

 La route de la mort

Olivier : Le lendemain, retour à La Paz, d’où nous repartons directement pour les Yungas, 2000 mètres plus bas pour 200 km. Là que nous prenons, en bus, la célèbre “Route de la mort”, afin d’arriver dans la maison de campagne du père de Sonia et de profiter d’un repos bien mérité.

Manu : Et, franchement, la route de la mort, c’est pas si impressionant que ça. D’accord, il y a des précipices, des virages en épingle à cheveux, une route en terre bien étroite, mais quand tu es dans les Andes depuis un mois et que tu as traversé le Pérou, t’es vacciné. On arrive, sans frayeurs et pour trois jours, dans la belle maison de campagne des Yungas, d’où l’on peut voir les innombrables champs de cocas, cultivés sur les versants des montagnes, se baigner dans des torrents, et profiter du temps qui passe.

Santa Cruz, Samaipata,
parque Amboro :
après le bus, trip Jurassik Park
et Rambo.

Olivier : Après ce séjour pacénien salvateur, mais un peu trop long à mon goût, nous reprenons enfin la route, direction l’oriente, et l’Amazonie. En effet, depuis une semaine, une pulsion me taraude : répondre à l’appel de la forêt, comme dans les romans de Jack London, les films de Werner Herzog, et dans Anaconda 4.

Manu : Mais avant de nous ressourcer les poumons sous les frais ombrages de la canopée, il nous faut à nouveau subir les affres d´un voyage en bus : véhicule en fin de vie, sièges conçus pour des formats sud américains,

Olivier : Peuple de nains.

Manu : Merci. Je disais donc : les affres du bus, micro-sièges, 28h de musiques folkloriques…

Olivier : musiques entrecoupées de films (pi)ratés, atmosphère viciée par les odeurs mêlées de vomi et de transpiration, et avec une bonne couche de poussière de la piste pour recouvrir le tout.

Manu : Ah, moi, je t’avais dit que ça servait à rien de prendre des douches à La Paz. On est ressortis de ce bus aussi sales qu’après le voyage en mule, finalement.

Olivier : Mais nous étions rendus à Santa Cruz, la capitale de l’Est, et s’offrait désormais à nous une perspective nouvelle : une aventure dans la jungle amazonienne. Et plus particulièrement dans le parc national Amboro, l´un des derniers joyaux de verdure préservé (touristiquement) que possède la Bolivie.

Olivier, 8
dans la jungle bolivienne

Manu : Nous nous rendons donc à Samaipata, un petit village à la lisière du parc, où l’on nous a dit qu’il était possible de rencontrer un guide expérimenté, et un peu plus aventureux que ceux, proposés par les agences, qui emmènent les touristes pour une promenade de deux heures dans les chemins balisés en bordure du parc, et rentrent à la ville pour le goûter. Et de fait, arrivés sur place, nous constatons qu’il nous est impossible de trouver une agence qui propose de passer une nuit dans la foret. « Les guides ne veulent pas y dormir », nous dit-on.

 Carmelo

Olivier : Heureusement, nous tombons finalement sur Carmelo, un gars du coin qui aime l’aventure. Jeune guide assermenté, spécialisé en botanique et en archéologie, il est le premier bolivien, et le troisième au monde, à avoir traversé le parc, du sud au nord : 20 jours de marche à la machette dans la forêt dense, où personne n’est jamais passé, à travers les canyons humides et les marécages à anacondas, 20 jours pendant lesquels il faut pêcher et chasser pour manger, fabriquer des radeaux pour passer les plus grandes rivières, bref, un vrai voyage de scout. Moi qui ai toujours rêvé de rentrer dans les castors juniors, ça me motiverait pas mal.

Manu : Rêve pas Riri, on n’a pas 20 jours pour que tu joues avec les serpents géants. On ne peut se permettre que deux jours d’aventure. Carmelo nous dit que bon, si on veut faire les lopettes, lui ça le dérange pas, il peut nous faire un circuit de deux jours, mais que ça sera juste un avant-goût de la vraie jungle, de la vraie aventure de vrais mecs qui sentent fort, ceci dit ça peut être sympa quand même pour des petits Européens fragiles…

Olivier : La vache ! Mais c’est qu’il me provoque le sherpa ! Bon d’la, j’vais lui montrer, moi, Manu ! Préviens ma famille, je serai le premier Français à faire la traversée du parc d’est en ouest, je rentre dans deux mois. Moi je vais acheter un fusil et une épuisette, bonne fin de voyage !

Manu : C’était pas simple, mais j’ai tout de même fini par faire entendre raison à mon aventureux camarade, qui a dû se contenter des deux jours prévus.

Olivier : Mais je reviendrai !

Manu : C’est ça. Ceci dit, c’est vrai que deux jours, c’était un peu court. Ça nous a tout de même permis de découvrir une forêt de fougères géantes dont les plus hautes ont plus de 2000 ans, de jouer avec les lianes, de dormir au cœur de la nature après avoir fait le feu de camp, au coin duquel Carmelo nous a raconté les meilleurs moments de son expédition…

Olivier : Encore un truc pour nous faire rager, ça. Ceci dit, c’est vrai qu’il ne nous a pas trop pris pour des touristes non plus, le Carmelo. Disons que son but semblait être de nous faire une formation accélérée en survie dans la jungle : orientation au milieu de nulle part, descente dans les canyons, escalade (ben oui, faut bien remonter), et tout ça, bien sûr dans une végétation si épaisse que l’on doit s’y frayer (creuser serait presque plus approprié) un chemin avec…

Manu : La machette ! Oh par contre, ça c’est trop bien, la machette. « Haha ! j’suis trop un aventurier ! Et tchac ! la fougère, et Tchac ! le p’tit arbre, et tchac ! le tapir, et tchac les bambous, et…

Olivier : Vas-y, fais tourner la machette, là, ça fait une demi-heure que tu l’as, à moi, à moi, à moi. Merci. Héhé ! YAAaarh ! Faites place, pourritures végétales, ou il vous en cuira ! Attention, guys, à terre ! J’ai cru voir un campement de Viets. Je prends mon arc, je les bute et je reviens. »

Observation sylvestre numéro 1 : il semblerait que confronté à l’énergie palpable de la forêt vierge, le jeune mâle adulte qui ne connaît de la nature, au mieux, que le vignoble du muscadet, ou les champs de colza et les forges de Moisdon , se retrouve plongé dans un processus régressif qui le ramène immanquablement à l’âge de ses 8 ans.

Réveil diffi
au milieu des fougères millénaires

 Potosi et ses mines, Uyuni et son Salar, la Bolivie et ses Français.

Olivier : Le retour à la civilisation est un peu dur, j’ai pas eu ma dose de forêt, mais il faut avancer si on veut faire notre tour de la Bolivie dans les temps. On monte donc derechef dans un bus, en direction, cette fois-ci, de Potosi, l’ancienne ville impériale de Charles Quint, la plus grosse réserve d’argent jamais découverte au monde (on dit même que le flux massif et ininterrompu de minerai précieux venant des mines de la ville, serait à l’origine de la naissance du capitalisme, au XVIIIe siècle).

Manu : Et en effet, la ville garde des traces de son glorieux passé : les immenses bâtiments coloniaux, aux portails de bois finement sculptés, les grandes rues pavées, le Cerro (montagne) truffé de galeries de mines où l’on ne trouve désormais plus que du zinc et du cuivre, avec parfois un tout petit peu d’argent, sont autant de témoignages historiques qui nous font revivre la grande époque de manière vraiment authentique, comme dirait le guide du routard.

Olivier : Le problème avec le guide du routard, c’est qu’il suffit qu’il dise qu’un coin est préservé, authentique, passionnant, pour que l’an d’après, tous les Français en vacances se ruent en essaims avides d’authenticité sur lesdits sanctuaires non touristiques. Et comme dans son édition sur la Bolivie, il a écrit que le pays était l’un des derniers à ne pas être trop touché par le tourisme   de masse, on n’y croise que des Français authentiques. A Potosi en particulier : dans les restos typiques, pratiquant des prix typiquement européens, dans les authentiques mines en activité dont la visite se fait en français local, partout.

Manu : On fait donc une rapide visite des mines, histoire de dire. Bon, c’est quand même impressionnant.

Olivier : Euh oui, je crois que ma maman n’aurait pas aimé la visite, vu la hauteur sous plafond, voyez la photo.

Manu : Puis on se dirige, comme tous les Français, vers le Salar de Uyuni.

Olivier : Le Salar, c’est un désert de sel, vestige d’un lac d’eau de mer qui s’est asséché il y a 40 000 ans. Situé à 3700 mètres d’altitude, au sud-est de la Bolivie, on y va parce qu’il paraît qu’il faut le faire une fois dans sa vie. Le problème, c’est qu’une centaine de touristes se sont dit la même chose, le même jour, comme tous les jours. Donc c’est vrai, c’est beau, mais c’est frustrant de suivre une caravane de pick-ups remplis de 6 à 8 touristes, de voir un coin unique, magnifique, alors que 40 blaireaux font les zouaves autour de toi.

Manu : Plutôt que d’en parler, on va vous envoyer des images, car notre guide savait exactement où il fallait en prendre :“On s’arrête 10 minutes, on prend des photos, on remonte dans le 4*4.” “Ici, ce sont des tas de sel.” Ah, merci, c’est vrai que ça avait l’air d’être des tas de sels. “Ici, c’est jouli !” En effet, c’est jouli.... Le Salar, faut le voir plutôt qu’en parler, car tout le monde dit la même chose... Le troisième jour, à la fin de l’expédition, nous avons donc pris le bus pour le Chili, pays que l’on voulait éviter mais qu’on nous a vendu comme un bon plan pour faire du stop jusqu’en Argentine.

 De San Pedro de Atacama, Chili, à Buenos Aires, Argentine, ou comment se galérer en stop.

Olivier : Nous arrivâmes donc à San Pedro de Atacama, au Chili, un peu sales et salés, mais pleins d’espoir pour notre route à venir. En effet, cet itinéraire nous promettait un retour à l’aventure qui nous faisait défaut depuis la jungle d’Amboro. Nous avions devant nous huit jours pour traverser la frontière, parcourir les 2000 kilomètres à vol d’oiseau qui nous séparaient de Buenos Aires, d’où Manu doit prendre son avion, et tous les gens rencontrés s’accordaient à dire que le stop était très aisé dans la région. Moral au beau fixe, donc

Manu : Sauf que trois jours plus tard, nous étions toujours à San Pedro de Atacama, au même endroit dans le désert, après deux nuits froides sous la tente, le pouce crispé, pleins de poussière, sans la plus petite parcelle d’espoir d’être pris en stop, personne n’ayant même fait semblant de vouloir s’arrêter.

Olivier et
dans les mines de Potosi, avec un fils de mineur

Olivier : Trois jours : mon nouveau record d’attente en stop au même endroit, l’ancien étant de huit heures. J’espère ne pas battre celui-là. Ceci dit, le décor était chouette.

Manu : Quand, enfin, deux Argentins nous prennent dans leur pick-up et nous emmènent, à 200 bornes de là, à Salta, la première ville argentine, nous nous disons que la malédiction est levée.

Olivier : Hélas, nous ne connaissions pas alors l’étrange règle qui régit le stop en Argentine. Il semblerait en effet que nous ayons signé sans le savoir une sorte de forfait promo exceptionnelle : une voiture par jour, et marche illimitée soir et week-end. Comme nous ne le savions pas au début, on a bêtement gaspillé notre forfait avec des voitures qui ne nous faisaient faire que des petites distances le matin, et nous devions marcher le reste de la journée.

Manu : Comme au bout de 5 jours nous n’avions parcouru que 400 kilomètres sur les 2000 à faire, nous avons décidé d’utiliser notre forfait à bon escient en prenant notre voiture quotidienne du matin jusqu’à la ville la plus proche, d’où nous avons dû nous résoudre à prendre un bus direct pour Buenos Aires, histoire que je puisse trouver un billet d’avion et partir à la date prévue.

Olivier : Et nous voilà donc aujourd’hui dans cette grande ville au parfum d’Europe, où nos chemins vont bientôt se séparer, le mien menant vers le sud et la Patagonie, en compagnie d’une blonde aventurière, tandis que celui de Manu, par souci de contraste, le mènera vers le nord, le Mexique, auprès d’une brune qui lui est chère.

Poste de do
La dernière douane bolivienne avant le Chili

Manu : Bon vent, Don Quichotte, Riri, Tintin, mon ami. Que la Patagonie te soit clémente. Je t’aurais bien accompagné mais quelque chose m’appelle chez les Aztèques. Je ne pouvais pas les quitter de la sorte. Mais promis, après, je rentre sur mes terres, y retrouver avec plaisir Famille, Muscadet et Saint-Nectaire. Puis, dans quelques années, l’Asie, ça peut permettre une nouvelle petite randonnée, non ?

(Fin de l’aventure !)