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La médecine de proximité

Ecrit le 15 décembre 2010

 Rapport d’Elisabeth Hubert

Elisabeth Hubert a publié un rapport de 183 pages sur la médecine de proximité, ou « médecine de premier recours » . En voici des extraits :

 Formation - stages

La connaissance exclusive du milieu hospitalier et des spécialités d’organes qui s’y exercent, donnée aux étudiants en médecine, « est la raison majeure qui contribue à les détourner du choix de la spécialité de médecine générale ». Car le CHU est le lieu où « les malades ont le profil le plus éloigné de ceux qu’ils auront à prendre en charge dans un cabinet de médecine générale ».

La spécialité de médecine générale ne pourvoit pas la totalité de ses postes. Par exemple, en 2010, il y avait 2964 postes et il y en a eu 668 non pourvus !

E.Hubert propose de développer les stages hors des CHU, « en cabinet libéral de médecine générale et de toute autre spécialité, en médecine du travail et dans toute autre forme d’exercice de la médecine sans oublier les laboratoires de recherche », et les stages chez les professionnels para-médicaux (par exemple chez les kinés), ce qui conduirait à « modifier le regard porté par les médecins sur les autres professions de santé et à modifier la pratique médicale ». [Ndlr : on ne verrait plus alors prescrire systématiquement un traitement à la cortisone quand un simple déblocage chez un kiné suffit !]

Elle propose aussi l’institution d’un « stage de séniorisation » d’une année, pour le jeune médecin, sous la forme d’un exercice à temps plein, en totale autonomie, sous le tutorat d’un médecin généraliste de référence, « dans un cabinet dont il n’aurait pas à assurer l’installation et la gestion. Ces charges seraient portées non par un médecin déjà installé mais par les collectivités territoriales (municipalité, communauté de communes, département). Il bénéficierait des revenus des actes effectués, sous couvert d’une rémunération minimale garantie, dont le montant devra être attractif afin de lever chez ce jeune médecin tout sentiment d’insécurité et toute réticence vis-à-vis de ce mode d’exercice ».

 Pratiques pluridisciplinaires

E.Hubert plaide en faveur des MSP (maison de santé pluri-professionnelle) et des PSP (pôle de santé pluri-professionnel) tout en reconnaissant qu’il ne faut pas « résumer ces projets à de l’immobilier. » : « un regroupement pluridisciplinaire, (médecins, chirurgiens dentistes, infirmiers et masseurs-kinésithé-rapeutes) est le moyen de partager des locaux et plus rarement un secrétariat ,mais également de mettre au service de la population un ensemble de services de soins »,

« L’innovation prédominante de ces nouveaux modes d’exercice est la volonté de mettre en œuvre un projet de santé. Ce dernier est la base de tout projet d’exercice regroupé pluridisciplinaire. Le projet de santé comprend deux types d’objectifs :
– les objectifs tournés vers la patientèle : accès et continuité des soins (incluant des plages élargies de consultation),
– mise en œuvre de missions de santé publique à vocation individuelle ou collective : séances d’éducation thérapeutique, consultations de dépistage des facteurs de risque, actions de prévention... Le suivi coordonné et l’orientation du patient dans son parcours de soins sont également évoqués, de même que la participation à la veille épidémiologique.
– les objectifs d’amélioration de la qualité grâce à des engagements de formation et d’évaluation des pratiques pour les membres de la maison de santé.

 Dimension sociale

E.Hubert propose d’y inclure une dimension sociale : « si nous voulons que les MSP et les PSP soient les supports de prises en charge nécessitant des soins coordonnés » il faut y inclure « des travailleurs sociaux, la charge de leurs salaires faisant l’objet d’un financement spécifique fruit d’un accord entre les ARS  , les collectivités territoriales et les structures concernées ».

[Ndlr : on notera dans ce rapport la forte attente de financements par les collectivités locales … donc par l’impôt des particuliers ! Le rapport préconise aussi un recours accru aux assurances : « les assurances complémentaires sont donc appelées à prendre une place de plus en plus forte dans la couverture maladie ». Adieu Sécu ? Et tant pis pour ceux qui n’auront pas les moyens de se payer une complémentaire !]


Ecrit le 15 décembre 2010

 L’avis du SMG

Dans un communiqué, le SMG (syndicat de la médecine générale) déclare :

« Ce rapport trace la feuille de route du nouveau ministre de la santé en charge de réformer la médecine libérale de proximité. Il tente d’apporter une réponse aux revendications portées par les différents syndicats des médecins libéraux, mais à vouloir contenter tout le monde, le risque est grand de décevoir tout le monde.

Il n’est pas possible de vouloir développer l’exercice regroupé de l’offre de soins de proximité et les nouveaux modes de rémunérations forfaitaires et, en même temps, de survaloriser le paiement à l’acte avec la consultation graduée, véritable obstacle à l’accès aux soins.

On ne peut pas défendre l’enseignement de la médecine générale sans poser la question de l’indépendance de la formation et de l’information face à l’industrie pharmaceutique.

Le rapport précise que les moyens nécessaires à cette transformation ne sont pas donnés, que les adaptations juridiques ne sont pas faites. Pourtant le président Sarkozy affirme que 2011 sera l’année de la réforme de la médecine libérale de proximité. Ces effets d’annonces ne doivent pas nous cacher l’essentiel.

Il ne peut pas y avoir de transformation de l’offre de soins de proximité sans garantir un accès aux soins pour tous. Or le rapport précise que pour conduire la réforme il faudra que les assurances complémentaires prennent une place de plus en plus importante dans la couverture maladie. Cela signifie-t-il que ce sont les assurances privées qui financeront cette réforme ? Le gouvernement le souhaite, puisque l’Assurance Maladie affiche un déficit record, que l’on sait politiquement construit.

Mais alors se pose la question fondamentale de cette réforme : est-elle conduite pour sauver la médecine de proximité ? Pour réduire le déficit de l’Assurance Maladie ou pour réaliser le vieux rêve du secteur économique libéral, qui est d’obtenir les marchés de l’Assurance maladie et de l’offre de soins ? Les décisions récentes sur les retraites ou, en cours, sur la dépendance nous montrent les choix faits par le gouvernement français.

Le SMG rappelle que seul un système de soins solidaire et indépendant peut garantir l’existence des soins pour tous et l’amélioration des conditions de travail des soignants de proximité que nous sommes ».


Ecrit le 15 décembre 2010

 Le mal-être des médecins

L’Union Régionale des Médecins Libéraux d’Ile-de-France a évalué en juin 2007 l’importance et les différents facteurs du mal-être des médecins.

Sur 2243 médecins généralistes et spécialistes qui ont répondu au questionnaire de l’URML, 53 % des médecins se disaient menacés par l’épuisement. Il s’agit surtout de généralistes, secteur 1, consultant sans rendez-vous, pratiquant la visite à domicile et âgés entre 45 et 50 ans.

Parmi les causes évoquées par ces médecins : l’excès de paperasserie (96%), la non reconnaissance de l’action du médecin (90,1%), la charge de travail (89,1%), l’augmentation des contraintes collectives (88,6%), la longueur des journées (85,3%) (57h en moyenne par semaine), puis l’exigence des patients (84,1%).

A ces difficultés s’ajoutent la crainte d’une suractivité à venir en raison de la démographie médicale, la perception d’un dévissage de plaques plus important qu’auparavant autour d’eux, la difficulté à trouver un successeur en cas de cessation d’activité. [Ces craintes sont largement partagées par les médecins généralistes de la région castelbriantaise].

Tous ces éléments expliquent le mal être des médecins installés et la tentation d’anticiper la cessation d’activité libérale [Deux médecins généralistes de Châteaubriant sont désormais salariés de l’hôpital et le médecin de Moisdon s’en va sur Nantes …]