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Manu Halet : en Australie, sans kangourous

Ecrit le 2 février 2011

« Alea jacta est », latinait César franchissant le Rubicon ; allons vers l’Est, soit. Ah non, ca veut pas dire ça en Français ? Dommage. Toujours est-il que de mon côté, je suis parti vers l’Est, et même sérieusement à l’Est vu que je roule ma bosse à Melbourne (Australie). Depuis pas loin de deux mois. My goodness, ça va vite.

 Encore barré...

Curieusement, mais pas tant que ça, une année en Amérique latine n’a pas assouvi mes désirs de voyage. Quand on a goûté à l’été en plein hiver, le choix est vite fait. D’autant que je me rapproche tout doucement de la fin de mon printemps, et que même mon grand-père dit que les voyages forment la jeunesse.

Donc, basta, adiós Francia, hola Australia. Grâce à quelques formulaires remplis sur le site de l’ambassade d’Australie, et moyennant 170 Euros, j’ai obtenu un “working holiday visa” (visa vacances-travail), qui permet de bosser partout dans le pays pendant un an. Tu es accepté en 2 h, tu te payes ton billet d’avion Paris-Melbourne, 600 Euros l’aller simple, et c’est parti. Un autre Francesito, Pierrot Cottineau, vieux poteau musicien avec qui je traversai les States il y a 6 ans, en a fait de même. Nous nous retrouvons à Paris, direction l’aéroport du grand Charlot, préparés à se taper un 24 heures d’avion destiné à nous emmener, à vol d’oiseau, 18 000 km plus loin. Je préférerais être un oiseau plutôt que de croupir dans la carlingue, mais c’est ainsi. Et puis, y a quand même de beaux moments.

Tu survoles l’Himalaya en plein après- midi, tu regardes le toit du monde depuis le hublot et, bien que le soleil soit très fort, tu ne peux t’empêcher de te brûler les yeux tellement c’est… tellement. Au bout de 12 heures, tu atterris à Canton, en Chine, où tu fais une escale de 6 heures en jouant de la guitare et en fumant des clopes dans l’aéroport. Oui, alleluia, les Chinois fument comme des pompiers. En plus, ils sont sympas, souriants et curieux. Je les aime déjà.

Puis tu refais 12 heures d’avion vers Melbourne ; fatalement, tu survoles le continent austral, qui est quand même grand comme 14 fois la France. Là, tu te dis que c’est ‘achement grand. Mais aussi : prends garde à toi, Asie, je reviendrai. Si tout va bien, dans 6-7 mois. Un grand voyage en perspective : pas de maudit avion pour revenir en France, comme Marco Polo ou presque.

T’as donc fini par y arriver. Premières impressions ?

 Premières impressions

Apres les tampons de passeports et les gros chiens venus sans succès renifler nos sac-à-dos-foyers, nous prenons place dans un taxi, direction la city. Une Australienne rencontrée dans l’avion nous paye la course et nous invite chez elle pour notre première nuit. Impression ? Le voyage démarre plutôt bien.

Vadrouilles des premiers jours dans cet univers inconnu, peuplé de créatures extraordinaires et d’arbres plus que millénaires.

Bon, en fait, c’est pas aussi idyllique que ça en a l’air. Bien sûr, on ne voit pas de kangourous à chaque coin de rue. Seulement quelques opossums venus se restaurer dans les poubelles. Mais, quand même, des cris d’oiseau assez hallucinants. Tous ces sons bizarres qu’on entend dans Skippy le kangourou, et ben ça, c’est pas du chiqué, ce sont de vraies bestioles qui les font. Pas vu de koalas pour l’instant, encore moins d’alligators. J’aurais pu voir des kangourous lors d’une fête à la campagne, mais, évidemment, tôt le matin, je dormais. Pierre m’assure en avoir vu passer par centaines. Les Australiens me disent aussi que ca existe, donc j’attends… Mais je vais finir par aller au zoo.

Coté ressenti, j’ai comme l’impression d’être de retour au Canada. Melbourne ressemble à Montréal : multiculturelle, rues parallèles, très étendue, arborée, Reine d’Angleterre sur les pièces et les billets. Ca se passe comme ca dans le Commonwealth, la « riche communauté des nations ». C’est propre aussi, c’est même surprenamment propre, bien rangé, bagnoles neuves, voirie en très bon état. Riche, en somme, et, par conséquent, cher : fruits, légumes, pain, beurre, patates présentent en général des prix assez abusés. Comme dans les pays où le libéralisme triomphe !

Ce qui frappe également, c’est la multitude des ethnies. A Melbourne, il y a plus de 100 nationalités différentes et encore plus de langues parlées. Les champions étant les asiatiques, avec bien évidemment de nombreux Chinois et Indiens, mais aussi plein de Sri Lankais, Malaisiens, Vietnamiens, Thaïlandais, Népalais, Indonésiens, Philippins…etc. Les Européens ne s’en sortent pas mal non plus, avec notamment, comme partout, les Italiens, mais aussi les Grecs. Selon les statistiques, Melbourne est la troisième ville du monde pour la pratique du grec, après Athènes et Thessalonique !

Ce mélange culturel impressionnant amène à voyager chaque jour, que ce soit avec la cuisine ou simplement à l’écoute des langues et des accents en Anglais. C’est très agréable de voir un pays qui n’a pas peur de l’étranger et qui, au contraire même, considère l’immigration comme la seule solution pour lui permettre de conserver sa puissance. Un peuple accueillant en bref. Vieille France, vieille Europe, bordel, regardez un peu autour de vous au lieu de vous installer dans la peur de l’autre !

On remarque par ailleurs des mélanges architecturaux, entre gratte-ciels contemporains et imposants bâtiments centenaires construits durant l’âge d’or de l’ère victorienne, vers 1850. Victoria, la reine d’Angleterre entre 1837 et 1901. Les références à son règne sont omniprésentes à Melbourne : de grands jardins, qualifiés bien sûr de « victoriens », partout dans la ville, dont les « Victoria’s gardens », les jardins de Victoria. Ou encore la Victoria street, la Victoria road, le Victoria market, la Victoria parade, ou encore le nom de l’Etat dont Melbourne est la capitale, le « Victoria ». Malkovich malkovich (sic). Pas de doute, James Cook a bien planté le drapeau de l’Union Jack en Australie.

Et moi, je suis pour une fois plus fort que Tintin, qui n’a même pas réussi à aller jusqu’à Sydney.

 Et la vie à Melbourne ?

Manu, Pierre...
... et une vieille dame australienne
enchantée par nos deux « gaulois »

Il peut se passer beaucoup de choses en deux mois, surtout dans un nouveau pays. Une chose frappante dès le début : le climat melbournien. Les Australiens disent : « Si tu n’aimes pas le temps à Melbourne, attends 10 minutes ». Un groupe de musique en a même fait une chanson : « Four seasons in a day », soit « quatre saisons en un jour ». Les variations de climat sont en effet assez impressionnantes. Il y a deux jours par exemple, le matin : temps désespérément gris, 15 degrés, trombes d’eau à en faire pâlir la Bretagne, pas encore comme dans le Queensland mais pas loin. L’après-midi : ciel bleu, soleil de plomb, 30 degrés… Le 31 décembre 2010, il faisait 36 degrés pour seulement 20 le lendemain.

Pour ce qui est de nos pérégrinations, partons du début. La première semaine, nous rencontrons Cal, grâce au site « couch surfing », un super Australien qui nous invite à passer du temps chez lui, en ville puis dans la campagne. Fiestas, bonnes bouffes, un peu de travail de paysagiste, découverte des environs, kangourous ou presque, que du bonheur. Puis, vu que les bonnes choses ont une fin, nous élisons domicile dans ce qui se fait de plus européen à Melbourne : les hôtels « backpacker » (sac-à-dos-er), destinés à accueillir les vacanciers des quatre coins du monde à des prix plutôt modérés (20 euros la nuit quand même, mais on ne trouve pas moins cher...). On y rencontre surtout des Allemands, des Anglais, et bien sûr son lot habituel de Français. Quelle surprise, plein de Français.

Vu la zone dans notre pays, je ne suis logiquement pas le seul à profiter des largesses de l’Australie en matière d’immigration. C’est là que l’on a un peu honte d’être Français : alors que les autres nationalités font des efforts pour parler anglais quand ils sont avec quelqu’un ne comprenant pas leur langue maternelle, les Français, ben eux, ils parlent français, pardi ! Et ils râlent. L’Anglais, c’est tous des rosbifs, d’t’façons… Face aux Français, et malgré ma gueule plutôt blanche-fesse, je suis devenu mexicain, pour être sûr de croiser moins de grenouilles. Vraiment, on en voit un bon nombre dont on se demande ce qu’ils foutent en voyage. Bien que je me doutais fortement de cette présence accrue, ça reste bien souvent désolant, ils ne se mélangent pas, ils sont pas contents, l’alcool est trop cher, le tabac aussi... Bref, passons pour les amours à mère patrie.

Au bout de deux semaines de « backpacker » et de recherche intensive de travail et d’appart, la lumière, enfin. Un Australien, John, joueur de guitare et instit de son état, rencontré en ville, me propose de squatter chez lui pendant deux semaines pour 100 $ (75 euros), avant mon emménagement dans une autre co-loc début janvier. Fini la carte magnétique pour aller aux toilettes que l’on perd tout le temps, fini de se faire chourer son beurre salé dans la cuisine collective, fini ou presque les abus alcoolisés. Ouf, on est chez des ozzies (contraction de « australians », qu’on peut aussi orthographier « aussies »), des vrais !

 Un peu de travail, j’imagine, fainéant.

Oui, j’ai trouvé du job, embauché comme serveur dans une salle de bal tenue par Zoran, un obscur manager macédonien, très sympa au demeurant. Bon, ce n’est pas le boulot du siècle, mais ça permet de vivre, payé 15,5 $ (12 Euros) net de l’heure. Puis j’ai cumulé avec un autre job de serveur dans un resto italien, pendant deux semaines, mais je me suis fais arnaquer par le patron, Renzo, que j’ai donc quitté rapidement. Ah ces Italiens, même à l’autre bout du monde, ils ne peuvent s’empêcher de revenir à leurs bonnes vieilles habitudes. Car évidemment, mon boulot n’était pas légal, payé au black. Vu que l’Australie est très libérale, il n’y a que très peu de contrôles des équivalents de notre bonne vieille Urssaf, d’où les profiteurs.

Et puis, j’ai trouvé un job bien plus épanouissant : chanteur de rue. Avec mon poteau Pierrot à la guitare et à l’harmonica, on se pose devant les supermarchés ou simplement dans les rues du centre ville, et on chante du Gainsbourg, du Dutronc, du Nougaro, du Renaud, du Manu Chao et plein d’autres encore. On gagne des sous, plein de sous. Dernier record en date : 175 $ (130 Euros) en 2 heures et demi de musique. Avec ça, plus besoin de beaucoup bosser. En plus, on rencontre plein de monde, des filles évidemment, et des patrons de bar qui veulent qu’on joue chez eux. A ce rythme, dans deux mois, on est des rock stars ! C’est juste complètement fou de voir à quel point les musiques francophones et hispanophones ont une résonnance positive ici.

Quoique, c’est logique aussi. Melbourne, c’est LA ville culturelle en Australie. Il y a des musées partout, des concerts dans les bars tous les soirs, une scène underground très présente, des musiciens à tous les coins de rue, une culture culinaire affirmée, un grand amour pour le vin… Une ville qui me correspond, une ville que j’ai aimée dès que j’y ai posé le pied. Veinard va. Et les Australiens dans tout ca ?

 Les Australiens

Melbourne
fusion d’architectures
victorienne et contemporaine,
bercées par la Yarra river.

Comme je le disais plus haut : accueillants, avant tout. Aisés, aussi, l’argent ne semble pas être une préoccupation principale. C’est plus facile quand il y a du travail partout, de surcroît bien payé. Ils sont toujours prêts à t’aider lorsque tu le demandes. Par exemple pour t’offrir un « lift » (déplacement en voiture) lorsque tu

te rends compte que tu es à la bourre pour les transports en commun, par ailleurs très mal foutus à Melbourne. Toujours prêts à t’offrir une nuit chez eux s’il le faut. Une bonne bouffe. Les Australiens sont également de bons vivants. Malgré les prix exorbitants de l’alcool, il y a toujours des bières au frigo. Ils sont toujours prêts à aller boire un coup au bistro et à discuter de choses et d’autres, en particulier du monde qui les entoure. C’est d’ailleurs le premier peuple que je rencontre, après avoir eu la chance de bourlinguer dans pas mal de pays, qui s’estime « chanceux » d’être né en Australie. Ils aiment leur pays, ont conscience de sa richesse, mais sont aussi très humbles. Sur ce point, ils sont vraiment différents de nombre de gringos américains. Par contre, ils fument beaucoup moins que nous. Le prix hallucinant des clopes y est sûrement pour quelque chose. Même moi, j’ai dû sérieusement ralentir. Ce n’est pas un mal à vrai dire.

 Les Australiennes ?

De quoi je me mêle ? Il va être temps de mettre fin à cet article, ça fait tout de même quelques pages. J’en garde un peu sous la patte pour le prochain. Il faut juste savoir que tout va pour le mieux hormis une petite extinction de voix, que je suis en co-loc avec des Australiens vraiment bien, dans un super quartier entouré d’eucalyptus, que c’est l’été, et que je me prépare à aller voir des matches à l’Open de tennis d’Australie (Quart de finale réservé, allez Tsonga !).

Portez vous bien, famille, amis, concitoyens, pensez aux voyages et résistez !

Manu Halet

L’Australie affectée par les catastrophes
Les catastrophes naturelles en série qui ont récemment affecté l’Australie pourraient provoquer une contraction de l’économie au 1er trimestre, a averti mardi le ministre des finances, Wayne Swan. Les inondations qui ont dévasté une partie de l’Australie ces trois derniers mois, suivies du cyclone Yasi, qui a frappé jeudi la côte nord-est, vont fortement affecter l’économie australienne et pourraient entraîner la première contraction depuis la crise financière mondiale, a déclaré M. Swan au journal The Australian. http://www.theaustralian.com.au/in-depth/queensland-floods/emotional-pm-recalls-the-bravery-of-victims-and-volunteers-in-the-floods-crisis/story-fn7iwx3v-1226002236251

L’Australie est le seul grand pays développé à avoir échappé à la récession lors de la crise financière et économique de 2008-2009.


NOTES:

Australie : les JO

Deux sites de photos sur l’Australie :

http://adelaidedailyphoto.blogspot.com/

http://sunshinecoastdaily.blogspot.com/