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Lait : l’APLI et le système canadien

Ecrit le 27 janvier 2010

 L’APLI mobilise

1300 personnes à Châteaubriant, 1500 à Vire, 10 000 producteurs mobilisés en quatre jours. Une caractéristique : des jeunes, beaucoup de jeunes ! Le gouvernement aurait tort de ne pas en tenir compte : cette mobilisation sans précédent est le signe d’un profond malaise.

C’est que le spectre de la pauvreté fait son apparition dans les campagnes. Certes, les revenus des années 2006 et 2007 ont été excellents. Mais la baisse constatée a été de 20 % en 2008 et de 34 % en 2009. Les agriculteurs ont perdu, en cumulé, presque 15 % de revenus depuis 1998. D’où la multiplication des exploitations surendettées et des situations individuelles désespérées. Près de 55 000 ressortissants du monde agricole vivent grâce aux minima sociaux tels que le revenu de solidarité active (RSA  ). C’est le développement des travailleurs pauvres dont le revenu ne permet pas de vivre.

L’APLI (association des producteurs de lait indépendants) a fait venir des Québécois pour parler de leur système, le 18 janvier 2010 à Châteaubriant. On a entendu des mots devenus obsolètes : solidarité, égalité, maîtrise de la production.

Solidarité : les producteurs québécois (représentant 37 % du lait canadien) sont venus dire qu’ils sont solidaires avec les Français, d’autant plus qu’ils tiennent à garder leur système, menacé par l’OMC, organisation mondiale du Commerce, qui souhaite installer un libéralisme débridé.

Egalité : parce que le lait est payé à tous le même prix et cher : au moins 457 € le 1000 litres (au lieu de 260-300 € chez nous). « Et tout le monde y gagne : les producteurs, les industriels laitiers, les consommateurs »..

Cette organisation remonte aux années 50. A l’époque une commission d’enquête déclarait : « l’agriculture est une affaire rentable à partir du moment où les produits agricoles ont quitté la ferme ». Cela a débouché sur une loi des marchés agricoles , puis, en 1971, sur un système d’ajustement de l’offre à la demande.

 Planification

Agricul

Le gouvernement canadien limite les importations de lait et établit le prix du lait. Les producteurs planifient la production et supportent les coûts en cas de surproduction.

Concrètement, une commission se réunit tous les deux mois, évalue la demande des consommateurs « avec les codes-barre c’est facile à suivre » - puis partage la quantité de lait à produire selon les provinces.

 Prix : le même pour tous

Le prix du lait est basé sur une enquête portant du 225 fermes (jamais les mêmes), en prenant tout en compte : entretien des bâtiments, mises aux normes, rémunération du travail du paysan.
Ainsi tous les agriculteurs sont payés au même prix, quel que soit l’industriel laitier à qui ils livrent.

Depuis le « plan conjoint » de 1980, la Fédération des producteurs de lait du Québec centralise tout le lait des fermes du Québec et l’envoie aux industriels laitiers, en négociant les conditions les plus avantageuses. De cette façon c’est un même transporteur qui collecte les fermes voisines, le coût du transport étant le même, quelle que soit la distance nécessaire pour collecter .

Coûts uniformes, prix de vente uniformes : les producteurs sont solidaires. Ils n’ont même pas intérêt à vendre du lait « au noir » « La Canada est le seul pays au monde où le prix du lait à la production n’a pas baissé en 2009 » ont dit les Québécois.

Mais ce système égalitaire est attaqué par l’OMC ce qui fâche les Canadiens qui demandent le droit à la souveraineté alimentaire. « L’agriculture et l’alimentation sont trop vitales pour être laissées au marché »

 Producteur ou esclave ?

Cette organisation des marchés, réclamée depuis plus de 40 ans par certaines organisations agricoles, (comme la Confédération paysanne), est un choix éminemment politique. Les producteurs français sont-ils prêts à s’unir, à perdre leur indépendance libérale ? (celle-ci n’est d’ailleurs qu’apparente car les paysans sont de plus en plus soumis aux impératifs industriels et aux règles européennes !). Pas sûr ! « A force de mettre des libéraux au pouvoir, on a ce qu’on mérite ! Moi je souhaite avoir des voisins. Nous avons des terres à entretenir, on ne le fera pas avec des tracteurs mais avec des bras » a dit un participant. Les producteurs laitiers sont-ils prêts à renoncer à une concurrence qui, finalement, fera périr la moitié d’entre eux ? Pas sûr ! « Malgré la surproduction actuelle, il y a des demandes de production de 30 millions de litres de lait, en plus, rien que sur la Loire-Atlantique » a dit quelqu’un.

« Si vous demandez aux autres de s’occuper de vos affaires, ils vont s’occuper de leurs affaires d’abord » a dit un intervenant québécois en appelant à l’organisation des producteurs français, dans un office du lait par exemple. Pour l’APLI, « on s’est donné 2 mois pour le mettre sur pieds, avant le salon de l’agriculture. Si nous ne rassemblons pas 50 % des volumes produits, la moitié d’entre nous disparaîtra. Il nous faut pousser les élus et l’Etat, en lien avec les autres pays européens. Actuellement le choix est cornélien : c’est agir ou subir. Etre producteur ou esclave ».

 Mordre les jarrets

La mise en place d’un office du lait, si l’APLI y arrive, prendra un certain temps. Mais le temps presse, combien d’exploitations laitières pourront passer l’été prochain ? « Alors il nous faut mordre les jarrets des politiques, harceler, par des actions qui font mal, et à répétition, pas seulement une journée » .

Est-ce l’annonce d’actions de guérillait ?

BP  


Ecrit le 27 janvier 2010

 75 000 tonnes de beurre

Lait : la Confédération paysanne prend acte des décisions du ministre de l’Agriculture concernant la fin de campagne 2009/10, décisions qui ne remettent pas en cause le gel de l’augmentation de 1 % du quota national ni l’absence d’allocations provisoires.

Ces mesures de maîtrise contribueront fortement à une sous-réalisation en France de l’ordre de 7 % de la référence nationale, soit 1,7 million de tonnes. Cette quantité représente environ 75 000 t de beurre et 140 000 t de poudre maigre. Cela correspond aux stocks publics européens de beurre et à la moitié des stocks de poudre .

C’est bien grâce à cette maîtrise que le prix moyen du litre de lait est annoncé à la hausse en 2010.

Or les perspectives de prix s’annoncent bien trop faibles en raison :
 
– de l’importance des produits industriels dans les modalités de fixation ; 
– de l’absence des produits les mieux valorisés que sont les produits de marque.

La France ne doit pas assurer seule
la maîtrise des volumes
produits en Europe.

La Confédération paysanne demande au ministre français de l’Agriculture de convaincre ses homologues européens des bienfaits de la maîtrise, qui ne peut être activée que par les pouvoirs publics.

Les producteurs sont convaincus que les contrats ne pourront assurer cette mission (seul point d’accord avec la FNPL lors de la rencontre du 6 janvier 2010). Pour faire accepter la maîtrise publique, il est certainement nécessaire de revoir la répartition des quantités produites entre les différents Etats membres.

Communiqué de 12/1/2010