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Gulseren, médiatrice d’intégration

 Médiatrice d’intégration

Cheveux noirs mi-longs flottant au vent : cette jeune femme, nantaise, s’est fait un prénom à Châteaubriant : Gulseren.
Sereine, comme sérénité.

 Histoire d’un engagement

Gulseren

Gulseren Akkoc, Turque, a 16 ans quand elle vient à Nantes rejoindre ses parents. Elle ne parle pas un mot de français. En allant au marché avec sa maman et ses amies, elle est admirative : « comme ces femmes parlent bien le français ». Elle comprendra vite que ce n’était qu’une apparence : un kilo, carottes, courgettes, combien, merci. « En réalité, elles n’utilisaient que quelques mots courants, ceux qui servaient à acheter la nourriture. Mais elles souffraient de ne pas pouvoir parler et de ne pas être comprises, par exemple lorsqu’elles allaient chez le médecin » constate-t-elle bien vite.

Gulseren passe son baccalauréat en Turquie puis entre à l’Université à Nantes, en choisissant la section Français langue étrangère. « Cinq heures par jour, je tra-vaille avec acharnement. Je veux parler le français ». Résultat atteint : un français très correct, avec juste une petite pointe d’accent méditerranéen.

 ASAMLA

20 ans : Gulseren s’engage bénévolement dans l’ASAMLA. Association Santé Migrants en Loire-Atlantique.

Son but : être interprète, médiatrice pour la santé et le social. « En aidant les autres, j’aidais aussi mes parents ». Elle accompagne alors les personnes qui ont besoin de s’expliquer avec précision, en particulier dans les hôpitaux. C’est dans ce cadre que Gulseren est venue régulièrement à Châteaubriant pour des hommes ou des femmes turcs, pakistanais, algé-riens mais aussi anglais, hollandais, selon la demande, en particulier dans le cadre de la PMI (protection maternelle et infantile), pour rencontrer à la fois les familles et les professionnels de santé et répondre à leurs besoins.

« L’ASAMLA, j’y suis toujours, comme salariée cette fois. L’association s’est engagée maintenant dans le sens de l’éducation et cela me passionne ».

Gulseren - Asamla

 ADLI

Depuis septembre 2003, le ministère de l’intérieur a créé des ADLI « agents de développement local d’intégration » dont un en Loire-Atlantique. Un ADLI a un rôle de médiateur. Il agit en direction de tous les habitants d’un territoire afin de favoriser le lien social et notamment les rela-tions avec les populations issues de l’immigration. Il remplit quatre fonctions : d’observation, de veille, d’alerte et de soutien.

Le Conseil Général a confié à l’ASAMLA le soin de trouver un ADLI et voilà comment Gulseren a été amenée à venir chaque semaine à Châteaubriant, plus spécialement pour les jeunes femmes étrangères qui ne sortent pas beaucoup, ou pour les migrants âgés.

« Mon but : venir sur place, chercher de quoi ils-elles ont besoin pour mieux s’intégrer dans la ville. Rencontrer aussi les travailleurs sociaux qui ont une bonne expertise sur le terrain. Et puis proposer des activités »

« Fin 2004, nous avons créé un atelier de cuisine avec la Caisse d’allocations familiales. Au début nous n’avions que des femmes turques, puis le groupe s’est élargi : il y a aussi des jeunes femmes françaises qui, sans avoir la barrière de la lan-gue, souffrent d’un manque d’intégration. Une satisfaction : certaines de ces fem-mes ont pu trouver un travail. Une deuxième satisfaction : les cours de cuisine ont suscité le désir … d’apprendre le français ». La tâche est revenue d’abord à l’association « Culture et Liberté » qui a dû malheureusement arrêter, en septembre 2010, faute de subventions.
C’est pourquoi les cours de français organisés depuis janvier 2011, chaque semai-ne à l’école Claude Monet, en direction des mamans, suscitent une telle adhésion. (Revoir La Mée du 6 avril). « Bien sûr, certaines fois, quelques femmes ne peuvent pas venir : la maladie d’un enfant, la nécessité de donner un coup de main dans la famille. Mais, c’est réconfortant : elles récupèrent toujours les cours de la semaine, et travaillent à la maison pour pouvoir suivre le cours suivant ».

Châteaubriant n’a malheureusement pas de centre socio-culturel. Quelques associations essaient de suppléer, par exemple l’association Rencontres  . C’est dans ce cadre qu‘une dizaine de femmes se retrouvent chaque semaine pour faire du français avec les bénévoles de l’association et pour participer aux activités des enfants, notamment autour de la bibliothèque.

Gulseren, de son côté, organise des ré-unions sur la santé, les droits à la retraite et tout ce qui concerne la vie sociale ou individuelle. Hommes et femmes y participent. « Je travaille beaucoup aussi avec l’Imam et avec l’association culturelle turque »

 Intégration

Le mot intégration est à la mode. On lui donne plein de sens différents. « Pour moi, être intégrée c’est être bien, être équilibrée. Moi je suis franco-turque, je passe facilement d’une langue à l’autre, j’ai habitué mes enfants à parler les deux langues, à profiter des apports des deux cultures. Mes enfants sont Turcs à la mai-son et Français à l‘extérieur ».

L’intégration n’est ni la fusion, ni l’uniformi-sation. Les Bretons tiennent à leurs parti-cularismes, à leurs traditions, à leur folklo-re. Pourquoi refuser la même chose aux étrangers ? En ce moment on déplace le sens des mots, on ne parle plus d’immi-gré, mais de musulman, comme si cette religion pouvait représenter un danger. La question du voile intégral est un faux pro-blème concernant peut-être 2000 femmes en France. « La Turquie est un pays laïc, le port du foulard est interdit dans les administrations et l’école. A la maison, chacun fait ce qu’il veut » explique Gulseren.

Certaines femmes, ainsi, ont choisi de porter le foulard, pour raisons religieuses, en souvenir de Mahomet : « Avant Mahomet, les femmes étaient considérées comme des créatures intermédiaires, en quelque sorte, entre l’animal et l’homme, bonnes uniquement à faire des enfants et à travailler pour leurs maîtres. La naissance des filles était considérée comme un malheur, et l’habitude de les enterrer vivantes fort répandue. Un tel droit n’était pas plus contesté que celui de jeter à l’eau une portée de petits chats. Mahomet a donné aux fillettes le droit de vivre » explique-t-elle. Et si Gulseren porte un foulard lorsqu’elle entre à la Mosquée, lieu de culte, elle fait comme Mme Chirac lorsqu’elle rencontre le Pape. Mais tout ceci relève de l’appréciation personnelle, de la vie privée.

 Rencontres  

Gulseren préfère parler de son engagement, des actions auxquelles elle participe pour dépasser la barrière des langues, permettre à tous l’accès aux droits :
– Promouvoir la santé dans le respect et
l’intégration dynamique des cultures ;
– Lutter contre toutes les discriminations à
caractère raciste.

Pour elle, ces échanges et ces rencontres  
sont une source de richesse humaine qu’elle souhaite partager. Avec enthousiasme.

Contact : gulseren.asamla@orange.fr