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Hôpital et Clinique : l’accidenté et le yo-yo

Ecrit le 21 septembre 2011

Un terrain à Moisdon, près du château de la Pinais. Une voiture. Un vieux tracteur qui refuse de démarrer. Une idée de gé-nie : mettre les deux véhicules nez à nez et utiliser la batterie de la voiture avec les câbles nécessaires. C’est ce que fait Robert Andron, 78 ans.

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Robert Andron

Et tout va bien : le tracteur démarre. Trop bien même. Il s’agit d’un vieil engin sans dispositif de sécurité et sans freins. Le tracteur avance en direction de la voiture (mais légèrement en biais), coinçant Robert Andron, le faisant tomber. « Il m’a roulé sur la hanche, sur la jambe, j’ai compris qu’il allait rouler sur la tête. Dans un effort immense, j’ai passé le buste et les deux bras sous la voiture. Le tracteur a continué d’avancer, il a cassé la voiture, cassé des arbres en bordure du terrain avant de tomber dans le fossé le long de la route ».

Dans un instinct de survie, Robert Andron s’est redressé, affirmant même à la voisine, venue à son secours, qu’il était capable de rentrer chez lui à Châteaubriant. Heureusement, elle a appelé les pompiers. « Ceux-ci sont venus avec les gendarmes (qui m’ont fait souffler dans le ballon ! Je n’avais pas d’alcool dans le sang) »

Robert Andron est alors emmené aux urgences à Châteaubriant. « J’ai fait l’erreur de descendre moi-même de voiture, malgré mes douleurs intenses. Le service des urgences note »marche normalement« , »traumatisme bénin« sans m’examiner ». Le service des urgences refuse alors de garder M. Andron. Celui-ci insiste, explique qu’il ne peut pas se coucher, qu’il ne peut que rester assis. Finalement, après examen par un médecin, M. Andron est installé dans un box avec des antalgiques pour diminuer ses souffrances.

 Souffrir, tout seul

Le lendemain, dimanche 22 mai, il est renvoyé chez lui. Il a pourtant 4 côtes cassées à droite, un important traumatisme à gauche, et sa jambe très douloureuse. On lui remet une ordonnance pour des anti-douleurs. « Mon état ne me permettait pas de me rendre à la pharmacie de garde, d’ailleurs je ne savais pas où elle se situait. Ma femme ne pouvait pas s’y rendre du fait qu’elle n’a pas de permis de conduire et de toutes façons ma voiture était broyée. Personne dans le quartier ne pouvait me venir en aide. J’étais donc obligé de souffrir en silence, assis dans mon fauteuil ». Une hospitalisation plus longue n’aurait-elle pas été nécessaire ?

Le 23 mai, en raison de ses douleurs aiguës, M. Andron est ré-hospitalisé, pour des examens. « Et on m’a remis dehors le même jour ». Il a patienté jusqu’au 26 mai, avec un traitement pas assez puissant pour ses douleurs. Et finalement, sur demande pressante de son médecin, il a été de nouveau hospitalisé le 26 mai.

Surprise : hospitalisé en gastro-entérologie ! « En plus de mes côtes et de mes reins, la jambe gauche me faisait beaucoup souffrir. C’est que la barre de coupe du tracteur avait appuyé sur cette jambe, jusqu’à l’os. Les chairs étaient nécrosées. Dans le service, on m’y mettait des petites compresses, sans plus »... jusqu’au jour où la plaie, infectée, a commencé à sentir mauvais.
Robert Andron

 Refus d’une greffe

« Là on m’a envoyé au service de rééducation fonctionnelle. Le médecin a commencé à nettoyer la plaie en profondeur. Plus il creusait, plus il trouvait de la chair pourrie. Je pense que j’avais l’os quasiment à nu. Dans la plaie on aurait pu placer un œuf ». Le médecin a fait appel à un chirurgien de la clinique voisine. Celui-ci a parlé de greffe. « Mais moi je ne voulais pas qu’il me fasse un trou ailleurs pour boucher celui-ci. J’ai refusé ». les médecins ont tenté alors d’utiliser du tulle gras à l’argent. La plaie s’est refermée peu à peu. Enfin, refermée, c’est beaucoup dire puisque, trois mois plus tard, elle suinte toujours et nécessite un pansement.

Finalement M. Andron a quitté l’hôpital le 28 juin 2011 avec une prescription pour des soins à domicile. « Ma cheville est toujours enflée, j’espère qu’il ne reste pas un foyer d’infection dans ma jambe » dit-il.

M. Andron a écrit à la directrice de l’hôpital le 21 juillet 2011 : « Je tenais à vous signifier que, par manque de prise en charge médicale au départ de mon accident, puis par la négligence de la gravité de la blessure, j’ai bien failli perdre ma jambe ». En réponse, l’hôpital lui a envoyé le dossier médical qu’il demandait, mais sans un mot gentil d’accompagnement.

 On ne choisit pas !

En sortant de l’hôpital, fin juin, M. Andron savait qu’il avait rendez-vous avec un chirurgien de la clinique, pour une éventuelle greffe. « Mais, à ma grande surprise, on m’a dit que je ne rencontrerais pas le chirurgien qui avait vu ma jambe, mais un autre chirurgien, le docteur X. Mais je ne voulais pas rencontrer le docteur X. Malgré mon insistance, on m’a dit que je n’avais pas le choix ».

Car M. Andron connaît bien le docteur X. « Il devait m’opérer d’un orteil. Mais, quand j’ai vu l’anesthésiste, celui-ci m’a dit : je ne peux laisser faire cela, car vous êtes sous Préviscan, vous risquez une hémorragie. Cet anesthésiste a changé mon traitement et finalement l’opération ne s’est pas faite. J’en veux au docteur X de n’avoir pas su qu’il me faisait courir un risque important ». « A l’époque, j’ai tout payé ce qu’on me demandait, je n’avais donc aucune dette vis-à-vis du docteur X. Mais je ne voulais plus le voir, c’est tout ». M. Andron n’a donc pas donné suite mais s’étonne qu’on lui impose un chirurgien dont il ne voulait pas.

M. Andron n’a pas l’intention d’entamer une procédure. « Mais je veux dénoncer un système où l’on joue au yo-yo avec les malades, les renvoyant dans un service où ils n’ont rien à faire : je ne souhaite pareille histoire à personne ».

Juste une précision : tout cela a coûté bien cher, financièrement, à M. Andron, car les assurances n’ont pris en charge qu’une petite partie des frais en arguant du fait que l’accident est dû aux imprudences de M. Andron.

B.Poiraud


Ecrit le 21 septembre 2011

 Une santé solidaire et égalitaire

Un « manifeste pour une santé égalitaire et solidaire », 192 pages, vient d’être publié aux éditions Odile Jacob.

Les auteurs (dont cinq professeurs de médecine) relèvent les dysfonctionnements et les inégalités du système de santé français et ses crises — conjoncturelles comme les affaires sur les vaccins ou les médicaments — ou structurelles comme la restructuration hospitalière ou les nouveaux objectifs de gestion des hôpitaux. Sont également abordées les conditions de travail des professionnels de santé.
Pour sauver le service public de santé, ils avancent une série de propositions, comme une amélioration du remboursement par l’assurance maladie des soins courants, afin de renforcer l’égalité d’accès aux soins primaires. Ils évoquent aussi les conséquences désastreuses de la crise économique, le dépassement des honoraires, ainsi que la multiplication des déserts médicaux.
Le mot de l’éditeur : Alors que les débats présidentiels approchent, ce livre choc propose l’égalité d’accès à des soins de qualité, une extension du champ de la Sécurité sociale et une promotion de la démocratie sanitaire.

En tout les 123 signataires de ce livre soumettent 17 propositions pour une politique fidèle aux principes d’égalité et de solidarité.