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Dans les coulisses de La Poste

Ecrit le 14 mars 2012

 La Poste : 2.99 %

2,99 % c’est la part de capital que Jean-Paul Bailly, le PDG de La Poste, veut vendre à 150 000 de ses salariés. Pourquoi pas 3 % ? Parce que, dans ce cas-là, (selon Les Echos), il aurait fallu créer un poste d’administrateur pour les salariés-actionnaires.


Ecrit le 11 avril 2012

 Les autres coulisses

La Poste : il y a ce qu’on nous montre avec quelque fierté et ce qu’on nous cache. « Apache », la cinquantaine, est cadre à la Poste. Il a dirigé plusieurs établissements. Chaque année, il vient passer des vacances dans la région de Châteaubriant. Suite aux récents suicides dans l’entreprise, il a choisi de témoigner dans Mediapart et dans La Mée sur l’évolution des conditions de travail à la Poste (270.000 salariés).
39 h en 35 h

Sans doute tout a commencé vers 1999/2000, lors de la mise en place des trente-cinq heures à la Poste. Privée d’aide de l’Etat, la Poste a décidé de remettre toutes les organisations à plat. L’objectif était de faire faire à tous les agents en 35 h ce qu’ils faisaient en 39 h. C’est ainsi, que pour la 1re fois, les services des facteurs (notamment) ont été réorganisés sur l’autel de la productivité. A cette époque, ce ne fut pas trop douloureux. Mais en douze ans les choses ont bien changé.

Vers 2002, on a vu arriver comme directeurs de groupement et direction opérationnelle territoriale courrier (DOTC) des personnes externes, des contractuels qui ne venaient pas de la Poste. Ce choix managérial était clair : pas de sentiments, la Poste doit être rentable en vue d’une privatisation, voire d’un actionnariat. On fonce dans le tas. Objectif : productivité maximum. Désormais, La Poste ressemble à beaucoup d’entreprises : vue à court terme, recherche des résultats immédiats, avec l’œil rivé sur les objectifs de gains de productivité, le chiffre d’affaires et le bénéfice net de l’année.

 Objectifs

Tous les ans, à la fin de l’année, le siège donne les objectifs en matière de chiffre d’affaires, de qualité de service et surtout de productivité à ses directions : pour le courrier, la direction opérationnelle territoriale courrier (DOTC), et pour l’enseigne, la direction de l’enseigne la Poste (DELP). A telle DOTC, qui regroupe de 2 à 5 départements, le siège va par exemple demander de faire 150 de productivité. En clair : supprimer par des réorganisations 150 postes de travail. Du coup, la DOTC répercute la décision dans ses groupements. A un premier, elle demande 50 de productivité. A un autre, 75. Les groupements déclinent sur leurs centres de distribution de la même manière : les réorganisations dans les établissements sont donc conduites à partir d’un chiffre tombé du siège, sans aucune connaissance de la réalité du terrain. Ainsi, un établissement courrier, même s’il a déjà connu moult réorganisations, devra par exemple avoir réalisé à une date précise, décidée par avance, une économie de 6 positions de travail. Coûte que coûte, et même si les organisations sont déjà très tendues.

Pour justifier ces mesures, des éléments sont mis en avant comme la baisse de trafic inéluctable (baisse qui se révèle parfois en réalité bien moins forte que prévue), de nouveaux casiers de tri qui économisent des mouvements et du temps, des plates-formes de préparation qui peuvent trier le courrier dans l’ordre de la tournée du facteur, et j’en passe ! Avant la mise en place des trente cinq heures en 2000, la population des facteurs (environ 100.000 sur 270.000 postiers), n’était que peu touchée par les réorganisations. Le courrier marchait bien, les constructions nouvelles fleurissaient. En revanche, depuis 2005 environ, les réorganisations se succèdent à un rythme effréné, jusqu’à devenir annuelles.

 Facteur d’avenir

Pour toute cette population, elles se traduisent par une perte permanente de repères. La mise en place de « facteur d’avenir », une nouvelle organisation du travail, a contribué à casser les collectifs et la solidarité, à isoler les facteurs. Chaque jour, le facteur peut être amené à faire un morceau de tournée supplémentaire si un de ses collègues est absent. Les facteurs sont sur du sable mouvant, victimes d’un durcissement hiérarchique qui ne laisse rien passer et sanctionne tout écart. Mais ces pertes de repères touchent aussi les autres catégories de personnel. Désormais 50% du personnel est contractuel et non fonctionnaire. Le fonctionnaire de la Poste est en voie de disparition, il n’y a plus de concours externe depuis de nombreuses années.

Nombre de Français l’ignorent, mais les postiers ne sont pas payés par nos impôts. Ils sont en fait rétribués sur le budget de la Poste, qui se doit donc de dégager des recettes. Depuis des années, la Poste fait des bénéfices. Pour y parvenir, la variable d’ajustement est essentiellement le personnel qui est considéré comme une charge trop lourde. Tout est donc fait pour diminuer le nombre d’agents qui baisse d’environ 10.000 chaque année, sans que les Français le sachent. Ainsi, tous les secteurs de la Poste sont touchés : le courrier, l’enseigne (bureaux de poste), les centres financiers etc.. De l’agent au personnel de maîtrise, des cadres aux cadres supérieurs, il est demandé chaque année de faire plus avec souvent moins.

Pour les bureaux qui accueillent et servent le public, La Poste ne cesse depuis les années 90 de revoir son « maillage » en supprimant des bureaux de « plein exercice » et en les remplaçant par des guichets annexes, des agences postales communales ou des dépôts chez les commerçants, au motif que les bureaux ne sont pas rentables. Ce faisant, elle demande une contribution aux mairies notamment pour assurer ce qui reste de service public.

Depuis peu, la grande nouveauté est la rénovation des plus grands bureaux, avec un service minimum au guichet pour les opérations d’argent, toutes les autres étant traitées par des agents qui, désormais, restent debout toute leur vacation soit plus de six heures par jour. Ces nouveaux bureaux sont remplis d’automates –retrait argent avec carte, photocopieur, pesage et affranchissement de tous les objets etc. Chaque installation d’un automate a un équivalent agent : par exemple, l’installation d’un appareil automatique pour affranchir le courrier fait « économiser » 0.6 position de travail au bureau de poste, donc autant d’agents en moins.

Une des populations les plus déboussolées est sans aucun doute celle des agents âgés d’une cinquantaine d’années. Embauchés par la Poste sur concours à la fin des années 70 et 80, ces agents ont baigné dans une haute idée du service public, du service au public. Désormais, leur service public est devenu une société anonyme, en 2010. Les usagers sont devenus des clients. Leurs opérations sont chronométrées à la seconde. Au collectif qui aidait a succédé l’isolement et l’individualisme. Les réorganisations successives leur font courber la tête. Les tentatives de rébellion sont désormais « matées » férocement. Les mises à pied se multiplient, quand il ne s’agit pas carrément d’exclusion. Les chiffres servant aux réorganisations sont « bidouillés » pour arriver à l’objectif de productivité. Bref, les repères sont perdus, leur monde postal est pour eux à la dérive et ils en sont tristes, ils en souffrent, ils font des dépressions, des tentatives de suicide ou des suicides.

 Management

Le management nouveau est arrivé au début des années 2000, avec des responsables hiérarchiques nommés spécifiquement pour des missions courtes, de deux ou trois ans, et des objectifs précis —avec une belle carotte au bout. Les cadres et cadres supérieurs qui n’ont pas le doigt sur la couture sont désormais écartés violemment, souvent mis au placard, parfois poussés à la dépression ou plus. Il faut être dans le moule, épouser sans discussion le diktat de ses responsables hiérarchiques qui occupent des postes devenus désormais très politiques.

Il y a encore quelques années, lorsqu’un agent était en difficulté, ses supérieurs regardaient comment ils pouvaient l’aider, de quel soutien il avait besoin. Mais, aujourd’hui, lorsqu’un agent est en difficulté, la nouvelle politique managériale le pointe du doigt, il a droit à des sanctions, bref, il est souvent enfoncé. Impossible, dans ces conditions, de remonter la pente. On assiste à une multiplication des arrêts maladie, des accidents de travail, des congés longs pour dépressions. Le prix à payer pour une productivité forcée se fait au détriment de l’humain, accompagné d’un management de plus en plus ferme, sec, sans aucun état d’âme pour l’individu, s’attaquant également aux représentants syndicaux.

Les multiples réorganisations, désormais annuelles, sont arrivées à attaquer l’os. Mais il n’y a plus rien à gratter ! les agents sont très souvent déjà en souffrance. L’actualité de ces derniers jours, avec le suicide de deux cadres supérieurs sur leur lieu de travail (donc impossible de les cacher) permet –enfin– une médiatisation du vécu des postiers.

 Le suicide, à la maison

En effet, le plus souvent les postiers se suicident chez eux et l’omerta bien en place, fait taire toute velléité de médiatisation. Il est ainsi très difficile de connaître le nombre de postiers qui se suicident et encore plus ceux qui font des tentatives de suicide. De plus, le déni est souvent à l’honneur, sur le thème : « un suicide est pluri factoriel, sans doute allait il mal, il devait avoir des problèmes personnels … ». Depuis le début de l’année 2012, 6 suicides de postiers (3 facteurs, 1 agent de bureau et 2 cadres supérieurs) ont été recensés, ainsi que 3 tentatives. Ces chiffres sont des minimas car bien sûr, tout n’est pas révélé.

Comme la Poste est dans le déni, les agents confrontés aux souffrances, aux injustices ou aux sanctions sont condamnés à faire appel aux prud’hommes pour les salariés et au tribunal administratif pour les fonctionnaires. Le délai de traitement est très long (souvent plus de 2 ans pour le tribunal administratif). L’agent doit patienter douloureusement. Pendant ce temps, dans son travail quotidien, rien ne lui est pardonné, ce qui évidemment n’arrange rien. Aujourd’hui, la plupart des postiers baissent la tête, accusant le coup de chaque réorganisation. Mais la Poste ayant réussi à diviser, le collectif ne se rebelle pas. Chacun prend de plus en plus de travail, de plus en plus de stress, de plus en plus de pressions. Jusqu’où ?

 Créer des inaptes

Pour mieux diviser et faire des économies conséquentes, la Poste a fait le choix il y a quelques années d’embaucher ses agents en CDI. Ces jeunes gens pensent avoir la chance d’avoir trouvé un emploi. A l’heure du chômage de masse, la plupart se taisent de peur de perdre cet emploi, qu’ils peuvent effectivement perdre rapidement, puisque le droit qui s’applique à leur contrat de travail n’est pas le même que celui des fonctionnaires. Les établissements voient donc cohabiter deux populations distinctes par leur statut, distinctes aussi par les risques encourus. De plus en plus d’établissements font appel à des intérimaires, qui viennent travailler pour quelques vacations puis repartent, puis reviennent encore. Ceux-là ne peuvent se rebeller. Les médecins de prévention ne s’y sont pas trompés. En 2010 et 2011, ils ont alerté collectivement le président de la Poste sur les dangers que représentent les nouvelles organisations du travail devenues pathogènes, un management devenu délétère et les pertes de repères, qui déclenchent de plus en plus de pathologies physiques et psychiques.

Mais tout a continué : « Le mal être au travail touche tous les niveaux opérationnels d’entreprise, » affirmaient-ils. Les agents et leurs encadrants traversent des réorganisations rapides et successives, sont confrontés à des injonctions contradictoires sans avoir de perspectives d’amélioration. Cette situation est mesurée au quotidien par les médecins de la poste. Les agents de distribution sont confrontés à des situations d’épuisement physique et psychique. Cela est lié aux nouvelles organisations de travail, dont la mise en place est très variable d’un établissement à l’autre. Ainsi, La Poste crée des « inaptes physiques et psychologiques. »

Dans un article de Challenges du 23/02/2012, le président de la Poste a été élu « celui qui réforme le mieux dans les services publics ». Le mieux pour qui ? Il vient d’être élu meilleur manager de l’année par ses pairs. Les postiers, en tout cas, sont écœurés.
Apache

 La Poste en grève à Châteaubriant

…. mais aussi à Blain, à Carquefou et partout. En cause : les réorganisations à répétition et les pertes d’emploi. A Châteaubriant, malgré une rencontre avec la Direction, la Poste ne cède rien sur l’essentiel : une tournée de facteur serait encore supprimée d’ici le 22 mai, venant s’ajouter à celle qui a été supprimée en 2011. Pour le personnel, cette réorganisation représente des tournées plus longues, une charge de travail plus importante et des conditions de travail plus difficiles surtout quand s’y ajoute « la sécabilité structurelle » : l’obligation de faire une partie de la tournée d’un autre facteur.

C’est « Travailler plus en étant moins »

Pour les clients cela se ressent aussi ! Des courriers postés à destination de communes voisines mettent parfois deux à trois jours. Il est vrai qu’ils font le détour par le centre de tri d’Orvault !

Photo : Piquet de grève
7 avril 2012
Châteaubriant

La grève sera
illimitée
à partir du
mercredi11 avril


Ecrit le 14 avril 2012

 La situation économique de La Poste. C’est bon, merci !

Pour les syndicats CGT et Sud, « à l’heure où La Poste connaît une vague de suicides et de dégradation des conditions de travail sans précédent, le Président de la Poste, Jean-Paul Bailly, a entamé une phase d’écoute avec les représentants des syndicats, à grands renforts de communication. Dans ce contexte, il serait souhaitable que le personnel de Châteaubriant soit enfin entendu ».

La Poste veut faire croire qu’elle n’a pas le choix, qu’il lui faut supprimer des emplois, qu’il en va de la survie de l’entreprise. Mais les résultats économiques disent le contraire. En mars 2011, La Poste a annoncé un bénéfice net 2010 en hausse de 3,5% à 550 millions d’euros, la banque postale et le secteur colis tirant vers le haut une activité courrier en baisse, tandis que le chiffre d’affaires s’est élevé à 20,9 milliards d’euros, en hausse de 2%. La direction a souligné qu’avec plus de 1 milliard d’euros de collecte nette et une production de crédit de plus de 10 milliards pour le compte de la Banque postale, l’activité bancaire est en constante progression dans le réseau.

En mars 2012 La Poste annonce que son chiffre d’affaires s’est établi en hausse de 1,9 % à 21,3 milliards d’euros, contre 20,9 l’année précédente, « une performance qui résulte d’une forte dynamique commerciale et d’une politique d’innovation soutenue, associées à une évolution maîtrisée des charges », selon le groupe. Pour autant, le bénéfice de l’entreprise a baissé : 478 millions en 2011 (au lieu de 550 millions l’année précédente). A cause de quoi ? A cause de la crise grecque : à cause de « la perte de valeur des titres grecs que détient sa filiale bancaire ».
De cette baisse, les salariés ne sont nullement responsables. Pourquoi donc devraient-il « payer » ?

Ces réductions d’effectifs correspondent à une politique nationale-sarkozyste qui consiste à supprimer des emplois partout (enseignement, fonction publique, PTT, etc) et, ensuite, à culpabiliser les personnes qui sont au chômage ! Les prochains visés : les salariés des communes et Com’Com’  . Se laisseront-ils faire ?

Les postiers CGT et Sud, eux, manifestent leur colère.

Morts brutales et émotions choisies