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L’argent-dette : ce système qui nous broie

Ecrit le 16 mai 2012

Une vidéo, composée par « les économistes atterrés, circule sur internet
reprenant les propos d’Etienne Chouard, Damien Millet, Jacques Nikonoff, François Morin, Omar Akyouf, Christian Gomez et d’autres « économistes atterrés ». Un film de Pierre Lesage (alias Peter Moore)

Mais tout le monde n’a pas internet ! Voici donc de larges extraits de son contenu.

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 Le stylo crée la monnaie

On ne vous a jamais enseigné comment l’argent était créé. Et vous avez été formés à ne jamais poser la question.

Les Etats ont été amenés à abandonner la création monétaire aux banques privées et, depuis, la dette publique augmente dans des proportions extravagantes. Les pièces et les billets ne représentent qu’une petite partie de la masse d’argent en circulation (1 à 5%). La grande majorité de la masse monétaire n’existe pas physiquement ; elle n’est que virtuelle.

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Quand vous achetez quelque chose avec votre carte de crédit, l’argent n’existe pas physiquement. Personne n’achète une maison en argent comptant non plus. La grande majorité de l’argent est créée par des banques privées. Quand vous allez demander un crédit à la banque, et que la banque vous l’accorde, elle ne va pas chercher des liquidités dans ses coffres ou sur le marché : elle va d’abord créditer votre compte. Le citoyen moyen pense que c’est l’argent des uns qui est prêté aux autres alors qu’en fait l’argent est créé ex nihilo (=à partir de rien) et c’est seulement le superflu qui est placé en banque sous forme d’épargne et redistribué par des établissements financiers. La seule façon de créer de l’argent, dans le système actuel, c’est l’emprunt. La totalité de l’argent qui circule correspond à des emprunts.

Ces emprunts se font avec intérêts. Si donc on voulait redonner la totalité de la masse monétaire aux riches banquiers sans scrupules, il nous faudrait toujours rembourser les intérêts. Mais l’argent des intérêts n’existe pas ! Les banques ne créent jamais plus que celui emprunté. Nous devons donc emprunter encore plus pour ajouter de l’argent en circulation et ainsi payer les intérêts des dettes passées.

L’Etat, qui normalement devrait créer la monnaie, est lui-même obligé d’emprunter aux banques privées et de leur payer des intérêts. Depuis 1973 l’Etat français ne peut plus emprunter auprès de sa banque centrale. Celle-ci appartient à l’Etat, mais n’a pas le droit de prêter à l’Etat ! L’Etat est obligé d’emprunter sur le marché financier.

La loi du 3 janvier 1973 est à l’origine d’une refonte importante des statuts de la Banque de France. Elle renforce notamment l’indépendance de la banque et unifie les 192 articles disséminés dans 35 lois ou ordonnances en un seul texte. Mais si cette loi est tant décriée, c’est par son article 25 qui reprend la loi du 24 juillet 1936 et dit : Le Trésor public ne peut être présentateur de ses propres effets à l’escompte de la banque de France. Cet article interdit donc le financement monétaire du budget de l’Etat. Elle oblige l’Etat à se tourner vers les marchés et les banques, et donc à payer des intérêts à des investisseurs privés plutôt que de se financer « gratuitement » auprès de sa banque centrale dont, rappelons le, elle est actionnaire.

Au lieu de payer des intérêts à la banque centrale, l’Etat doit payer aux marchés financiers et, d’année en année, il y a de moins en moins d’argent disponible pour faire face à nos besoins vitaux, et une part croissante d’intérêts va rémunérer le système. C’est la même chose pour les familles qui ne réussissent pas à rembourser leur dette, c’est la catastrophe sociale : vente de la maison, peut-être un divorce, etc.

En Allemagne on utilise le même mot pour dire « dette » et culpabilité »

On dit alors aux ouvriers d’être plus compétitifs, les Français plus que les Allemands, les Allemands plus que les Italiens plus … etc. On demande aux travailleurs de se battre les uns contre les autres. Dans chaque pays, il est demandé de réduire les salaires et la protection sociale, au profit de qui ? C’est un jeu de chaises musicales. Tant que la musique joue, il y a une chaise pour tout le monde. Sitôt que la musique arrête, on se rend compte qu’il n’y a pas assez de chaises pour vous. Oups ! Vous venez de perdre votre maison, cela fait juste 20 ans que vous étiez en train de la payer.

 Démentiel

C’est un système démentiel où la dette doit augmenter constamment au profit des prêteurs.

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Et lorsque la dette est trop élevée et que nous ne sommes plus capables de rembourser les intérêts, on nous impose des mesures d’austérité c’est à dire qu’on coupe dans les dépenses publiques (soins de santé, éducation), on baisse les salaires des infirmières et des ouvriers et on augmente leurs heures de travail, Nous acceptons de voir les grandes entreprises saccager notre santé et notre environnement pour quelques euros. Les conséquences sociales sont désastreuses.

Mais l’absurdité va encore plus loin. On le voit dans le cas grec. Les mesures d’austérité ont des effets dramatiques sur l’économie, la croissance est plus négative que prévu, ce qui fait que la dette s’accroît et alors on ajoute encore de l’austérité.

Les mesures d’austérité entraînent une baisse de pouvoir d’achat. Les petites et moyennes entreprises ont des difficultés car la consommation est en baisse, certaines font faillite, les banques peuvent ainsi reprendre ces entreprises pour une fraction de leur prix. Les taxes et les impôts perçus par le gouvernement sont aussi à la baisse. Conséquence : l’Etat a encore plus de difficultés à rembourser sa dette et doit emprunter encore plus. Devinez à qui ça profite ?

L’humanité a tout pour répondre à ses défis et est paralysée par le problème du financement, sous prétexte qu’on n’a pas d’argent. Alors que, l’argent, on peut en créer facilement. La monnaie n’est pas un bien rare. Ce qui est rare c’est ce qu’elle permet éventuellement de produire. C’est qui est rare, ce sont les matières premières.

Milton Friedman est un économiste américain (1912-2006), considéré comme l’un des économistes les plus influents du XXe siècle. Dans son livre Capitalisme et liberté, ildétaille sa théorie selon laquelle la réduction du rôle de l’État dans une économie de marché est le seul moyen d’atteindre la liberté politique et économique. Plus tard, dans La liberté du choix, Friedman cherche à démontrer la supériorité du libéralisme économique sur les autres systèmes économiques.

Milton Friedman initia une pensée économique d’inspiration libérale, développant la théorie du revenu permanent. Avec cette théorie et l’introduction du taux de chômage naturel, Friedman remet en cause le bien fondé des politiques de relance qui, pour lui, ne peuvent que provoquer de l’inflation contre laquelle il faut lutter. Ses idées ont influencé profondément les mouvements conservateurs et inspiré les politiques économiques de nombreux gouvernements à travers le monde, notamment ceux de Ronald Reagan aux États-Unis, de Margaret Thatcher au Royaume-Uni, d’Augusto Pinochet au Chili, ou de Brian Mulroney au Canada

La crise actuelle est la crise de l’austérité. Les banques, elles, fonctionnent à merveille pour leurs dirigeants et leurs actionnaires. Si au contraire on augmentait les salaires des ouvriers, le pouvoir d’achat augmenterait, la consommation repartirait, les PME iraient bon train, cela relancerait l’économie, on serait dans une meilleure position pour rembourser la dette. Mais les banquiers internationaux veulent des déficits zéro, ils disent « payez les intérêts d’abord », comme cela la dette est toujours là. C’est aussi ce que disent nos élus : on voit tout de suite à qui ils ont prêté serment, et c’est pas à nous.

Le comble, c’est que cela conduit à une mise en échec du système capitaliste. Celui ci a besoin de vendre pour faire du profit. Si vous voulez mettre les gens en diminution de pouvoir d’achat, c’est le blocage des salaires, c’est l’organisation volontaire du chômage, et une restriction de la dépense publique, une baisse des dépenses sociales.

Il existe une alternative toute simple ! Au lieu de laisser ces faux-monnayeurs opérer en toute légalité, nous pouvons forcer les gouvernements à emprunter à une banque centrale qui lui appartient. De ce façon la Nation se paiera des intérêts à elle-même ! L’argent pourra être réutilisé pour financer ses services sociaux et ses besoins.

 Défenseurs du système

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45 % des salariés des multinationales sont analphabètes et les multinationales ne veulent pas qu’on les forme ou, sinon, ils vont se mettre à poser des questions, à réfléchir, à se syndiquer. Mais s’ils ne pensent pas, ils peuvent devenir d’excellents reproducteurs du système et même des défenseurs du système qui est en train de les broyer ! On nous fait croire qu’on est en train de travailler à la réduction de la dette, mais en fait on renforce la même logique, celle qui a créé la dette, celle qui a créé la pauvreté, celle qui alimente la corruption. Si on veut lutter contre la corruption et contre la pauvreté, il faut lutter changer le système monétaire ! On ne peut pas être dans une démocratie si le peuple n’a pas la maîtrise de son émission monétaire.

Mais on continue parce que le dogme du marché, libre, autorégulé, au dessus des Etats, est in-dis-pen-sable à l’enrichissement des plus riches qui veulent que cela dure. Les économistes ne font que mettre en théorie le fonctionnement d’une économie telle que la désirent les riches et les classes dominantes.

Le dogme imposé aux économistes est celui-ci : si l’économie monétaire retourne à l’Etat, il y aura inflation. Comme s’il n’y avait pas inflation présentement ! L’inflation est telle que nous devons la camoufler ! Nous faisons fabriquer ce que nous consommons par des pays où les gens travaillent à très bas coût. Si les produits étaient fabriqués chez nous en Occident, nous aurions de la difficulté à nous nourrir et à nous vêtir et nous réaliserions qu’avec l’inflation nos dollars et nos euros ne valent plus grand chose. La majorité de notre nourriture a voyagé 2500 km avant de venir dans notre assiette.

 Monnaie et crédit

Un autre problème c’est la confusion qu’il y a entre la monnaie et le crédit. C’est à dire qu’on ne crée de la monnaie que lorsqu’on fait une opération de crédit. Il faut changer ce système en dissociant la monnaie et le crédit : d’un côté les banques de dépôt qui géreront les dépôts à vue et donc les moyens de paiement dans l’économie ; et d’un autre côté les banques de prêt qui, elles, se refinanceront sur de l’épargne. Cela fera une distinction entre ce qui est la monnaie et ce qui est l’épargne. La banque centrale devrait émettre la monnaie, et les banques privées peuvent prêter la monnaie mais ont obligation de ne plus créer de la monnaie par un simple jeu d’écriture mais de se couvrir c’est à dire d’avoir l’équivalent sur leur compte central de ce qu’elles prêtent au public. J’ai besoin de 10 000 euros pour acheter une voiture, la banque qui me les prête doit elle-même les emprunter à la banque centrale. S’il y a des intérêts à ce niveau-là, les intérêts reviendront à l’organe public (qui les redistribuera ensuite) et la banque ne sera rémunérée que sur les honoraires.

Cela s’est déjà fait au Canada, depuis 1938 jusqu’au début des années 70. C’est là que le Canada a créé son système de santé, son système d’éducation et la dette n’a presque pas augmenté pendant ces 30 années parce que le pays se finançait lui-même. Les Etats Unis étaient aussi sans dette, ils n’avaient pas d’impôt sur le revenu, jusqu’à ce que le système monétaire soit sournoisement privatisé le 23 décembre 1913, en créant la FED (Federal Reserve). Une décennie plus tard les Etats-Unis plongeaient dans le crash des années 20. La dette monte en flèche depuis. Les Américains perdent leur maison au rythme de 3000 par jour ce qui signifie que 100 000 familles sont mises à la rue tous les mois. La dette est peut-être bonne pour les experts mais sûrement pas pour ces pauvres familles.

 Pas d’impôt sur le revenu !

En 1913 les Américains n’avaient pas d’impôt sur le revenu [les Français non plus, d’ailleurs]. En 1913, cinq banquiers privés ont réussi à obtenir que, lorsque l’Etat américain a besoin d’argent, ce sont les banquiers privés qui vont le lui prêter, avec un intérêt de 6 %. L’impôt sur le revenu a été créé pour que l’Etat puisse rembourser cet argent-là. En somme le banquier fait travailler les Américains pour lui. Aux Etats-Unis l’impôt sur le revenu prend en charge tout le service de la dette. En France c’est pareil : tout ce que vous payez en impôts ne sert pas à faire marcher les écoles, les services publics, cela part tout dans le service de la dette, c’est à dire dans les caisses des banques parce que l’Etat a renoncé à créer lui-même ce dont il a besoin. Le déséquilibre c’est la formation de la dette et le service de la dette, pas le remboursement, (il est inaccessible le remboursement, car, si on remboursait tout, il n’y aurait plus de monnaie, puisque la monnaie, virtuelle, n’est créée que par la dette). Le service de la dette, c’est-à-dire les intérêts, l’Etat le prend dans la poche des contribuables, par l’impôt sur le revenu, et le donne aux riches. C’est incroyable qu’on accepte un système pareil !

Aucun pays pauvre n’est sorti de la pauvreté depuis les années 70, aucun. Au contraire, ceux qui commençaient à s’en sortir se sont enfoncés dans la pauvreté et la misère. Un Canadien travailleur sur 6, touche un salaire de pauvreté. Aux Etats-Unis c’est un sur 4 ou un sur 5, c’est très mal connu car camouflé derrière les emplois à temps partiel, les emplois précaires. En face, la fourchette des PDG et cadres supérieurs canadiens : entre 6000 dollars et 73 000 dollars de l’heure (de l’heure !) (en France : en moyenne 9800 euros de l’heure pour les grands patrons du CAC 40 en 2011). Trois personnes (l’ancien président de Général Electric, l’ancien président du New York Stock Exchange, et l’ancien patron de Carrefour-France) ont perçu des indemnités de départ en retraite représentant, à eux trois, 20 000 ans de revenu moyen américain, 200 000 ans de revenu moyen algérien, 600 000 ans de revenu moyen béninois, etc. Trois milliards d’individus sur la planète vivent avec moins de 2 dollars par jour, pendant que chaque vache européenne ou américaine reçoit 3 dollars par jour en subvention.

Si vous venez d’apprendre à quel point vous êtes victime de cette forme d’esclavage moderne, j’espère que vous ne ferez pas l’autruche et que plusieurs d’entre vous auront le courage de regarder la réalité en face et de prendre les bonnes décisions. Les manifestations paisibles, le refus de payer des impôts, et le boycott maximum des services bancaires et financiers jusqu’à la réforme monétaire, font partie de notre arsenal. Nous avons le pouvoir de créer un monde meilleur.

Signé : Pierre Lesage et des économistes

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Ce n’est pas la dette qu’il faut annihiler (celle-ci demeure utile à la création de valeur !), mais c’est le rôle d’intermédiaire de la banque et sa fonction de monétisation qui n’a plus lieu d’être. En effet, c’est bien parce que la banque fait « tampon », que l’on cache non seulement au citoyen la réalité du risque pris sur son épargne, mais également que celui-ci est incapable de contrôler à qui il confie son argent, et pour quel objectif. Nous devons revendiquer au contraire le fait que des citoyens libres sont tout à fait capables de choisir où va leur argent (ou au moins, là où il ne veulent pas qu’il aille…). pour que la monnaie serve l’intérêt général, celui de la Démocratie, et pas seulement l’intérêt de quelques uns. La gauche aura-t-elle le culot de faire cela ?

La crise n’est pas due à la dette publique