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Prostitution : sanctionner les clients ?

Ecrit le 10 juillet 2012

 Faut-il pénaliser les clients ?

Réprimer la prostitution : une grande ambition nationale tant est choquante l’exploitation du corps féminin. Mais qu’est-ce qui choque ? L’exploitation ? Le corps ? Ou cette partie bien spécifique du corps féminin ? L’exploitation du corps est universelle, qu’il s’agisse de l’esclavage, du travail en 3x8 et autres travaux très pénibles. L’être humain est facilement utilisé par l’intermédiaire de son corps. Que l’on pense au « corps armé » de la nation (la chair à canon) et à la « contrainte par corps » (en matière judiciaire).

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Mais le corps de la femme, c’est sacré (théoriquement !). La femme est objet de morale. Elle peut être sacrée (Marie, mère de Jésus) et consacrée (surtout si elle est vierge et martyr) ou « ministre du péché ». Selon Tertullien, c’est par sa faute que l’homme a été séduit par le diable, et c’est en cela qu’elle a brisé l’image vivante de la divinité et condamné le genre humain à sa perte. (lire le livre de Pierre Darmon : Femmes, repaire de tous les vices).

Pour nombre de personnes, encore, l’acte sexuel ne trouve sa noblesse que dans la maternité. Mais parler de prostitution, d’acte tarifé, quelle horreur ! Cachons, cachons cette réalité sordide.

Cacher la misère, faire une politique de l’autruche, n’ont jamais supprimé les difficultés auxquelles notre société est confrontée. Les occulter en les interdisant ou les faire disparaître du visible car elles dérangent notre « bonne conscience » c’est les enfouir pour mieux les voir ressurgir avec plus de violences. Il en est de même de la prostitution. Pénaliser les clients, c’est, croit-on, un moyen de supprimer la prostitution. Pénaliser quels clients ? les visibles, ceux de la rue ? les invisibles, ceux de la dite « haute société » ?

Le discours hautement symbolique actuel n’apporte aucune réponse ni aux causes du système prostitueur ni aux personnes en situation de prostitution. Car, dit le Planning Familial, « la prostitution se développe aujourd’hui du fait des conditions d’injustices économiques croissantes, notamment l’écart croissant entre riches et pauvres, et de l’impact désastreux sur les conditions de vie des femmes, toujours en première ligne. La prostitution est l’un des aspects de cette injustice économique sur la forme exaspérée du terreau des rapports de domination du masculin sur le féminin ».

Les politiques successives mises en place pour enrayer les systèmes d’exploitation sexuelle ne protègent pas les victimes voire les fragilisent un peu plus : très peu de condamnations de proxénètes, surexposition des personnes prostituées... « Et si les femmes sont incitées à dénoncer leur proxénète, elles ne bénéficient pas des protections et des droits promis en échange », dit encore le planning familial en ajoutant : « on peut être féministe et contre la pénalisation des clients ! ».

 Ecouter les femmes

Dans cette affaire de prostitution, il serait intéressant d’écouter les femmes. De leur permettre d’exprimer leur histoire, leur vécu. Les prostituées rejettent l’abolitionnisme, perçu comme une nouvelle volonté de les reléguer toujours plus loin, de les effacer du paysage, sous un prétexte moralisateur. « Nous attendons du Parti Socialiste qu’il renonce à porter un jugement moral sur la prostitution pour se préoccuper du seul respect des droits fondamentaux des prostituéEs, quels que soient leur genre, leur nationalité, leur situation administrative, la façon dont ils ou elles exercent la prostitution »

Mais non, on n’écoute pas les « femmes de mauvaise vie » ! Le Planning Familial, fidèle à son engagement de mouvement d’éducation populaire, demande « que la parole des personnes concernées soit prise en compte pour, avec elles, refuser la discrimination subie dans l’application des lois sur les violences sexuelles, d’agression et de harcèlement. »

L’Etat doit sortir de la posture répressive qui est la sienne depuis trop longtemps pour jouer son rôle de protecteur en garantissant aux personnes en situation de prostitution, les droits sociaux communs à tous, en mettant en place des aides réelles pour celles qui veulent se sortir du système prostitutionnel. A ce jour, c’est loin d’être le cas !

Les notions du droit et de la protection sociale doivent primer sur toute notion ou interprétation moralisatrices !!

 Politique pénales, politiques publiques

Christiane Taubira, ministre de la Justice, explique : « La très grande majorité des femmes prostituées sont des victimes de réseaux de traite, d’abus, de proxénétisme » qui amènent et contrôlent des jeunes femmes contraintes de se prostituer. Et elle fait la distinction entre « politiques pénales » et « politiques publiques ».

« Les politiques pénales c’est de faire des lois. Il y a déjà tout un arsenal » dit-elle.

« Les politiques publiques, c’est de mettre en œuvre l’intention du législateur. Il faut que nous ayons les moyens vraiment de poursuivre les réseaux de proxénétisme, de les sanctionner, de les démanteler. Mais aussi que nous devons « donner aux femmes les moyens d’accéder à d’autres métiers ; nous devons créer les conditions pour qu’elles ne tombent pas dans ces réseaux-là ».

Et internet ? Selon le rapport de Danielle Bousquet et Guy Geoffroy, internet est également le lieu d’activité des réseaux de prostitution, qui, sous le nom d’« agences d’escortes », exploitent des personnes prostituées alors que le client a le sentiment de traiter avec une escorte indépendante, une professionnelle libre de ses choix. Le caractère invisible de l’emprise du réseau rend cette forme de prostitution particulièrement attrayante pour le client, qui est dès lors déculpabilisé. Pas simple !

Martine et Yuliana