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Ecole primaire à Sion-les-Mines en 1932

Ecrit le 5 septembre 2012

 Quatre kilomètres à pieds, tous les jours

Dis Grand-mère, c’était comment l’école, de ton temps ? Marie Divet (devenue Marie Moulin), née en 1925, se souvient :

A l’époque j’habitais Sion-les-Mines, au village de La Maladrie à 1 km du bourg. J’allais à l’école publique de Sion, une école qui a été détruite depuis, et qui se trouvait en face de la Mairie actuelle et de La Poste (qui n’existe plus) sur le terrain où a été construite l’école publique actuelle. J’y allais à pieds, bien sûr, le matin, le midi et le soir, soit 4 km dans ma journée. Je ne me souviens plus de ce que j’avais aux pieds, galoches ? Souliers ? Les petits paysans des environs venaient, eux, en sabots et par tous les temps, sur des distances beaucoup plus longues.

Marie Divet (Moulin) en 2012 Photo : Marie Divet
(Marie Moulin)
née en 1925

J’étais la seule fille du village, je partais donc avec les gars. On m’appelait « la gaïouse » Il nous fallait un quart d’heure pour aller à l’école, ou davantage si nous jouions en route. J’adorais jouer au cheval : une corde était passée au front d’un grand et nous nous accrochions aux extrémités ! Les jours les plus beaux étaient ceux des inondations de la Chère car le fermier Michel Daguin (frère du maire) venait nous chercher en voiture : ah ! La voiture, quelle merveille pour nous !
A l’école, nous avions tous des blouses, que nous mettions à la maison avant de partir à l’école. Ce n’étaient plus des blouses grises comme autrefois. Les familles avaient le choix. Ma mère, qui cousait très bien sans avoir appris le métier, avait fait les miennes.

Avais-je un cartable ? Je ne sais plus, mais j’avais tout le matériel nécessaire : règle, gomme, porte-plume et plume sergent-major, crayon de bois, cahier de brouillon et, bien sûr, l’ardoise encadrée de bois et le crayon d’ardoise.

Je suis allée à l’école très tôt, sans doute dès 4-5 ans et je suis restée deux ans dans la petite classe qui correspond aux classes maternelles de notre époque. Puis j’ai passé deux ans dans la « deuxième classe » avec Mlle Landrin d’abord, puis avec Mlle Ouvrard, une jeune fille fraîchement nommée qui, par la suite, a trouvé à se marier avec quelqu’un du bourg. A 8 ans j’étais déjà dans la grande classe, avec Mlle Buffet (qui est devenue Mme Savinel) !

Je me souviens de la grande carte de Loire-Inférieure qui se trouvait derrière le bureau de la maîtresse. J’ai gardé un bon souvenir des « maîtresses » que j’ai eues.

Dans les salles de classe, il y avait des tables en bois, avec banc attenant, sans dossier, pour 4 élèves de front, avec chacune son encrier en porcelaine blanche : les filles les plus grandes étaient chargées de les remplir. Ce n’est pas toujours évident d’écrire sans faire de tache. La maîtresse montrait toujours mon cahier en exemple car il n’y avait ni tache, ni rature !

J’aimais le français, les dictées et les rédactions, mais ni l’arithmétique, ni le calcul mental ! Un jour sur deux nous commencions la classe par une leçon de morale (j’aimais bien), et les autres jours par de l’instruction civique (que je n’aimais pas !). Nous avions du chant et de la couture, et des « leçons de choses ». Mais nous n’apprenions pas les Départements : cela m’a manqué, plus tard, quand j’ai travaillé à La Poste !

Nous avions, bien sûr, des devoirs et des leçons à faire tous les jours à la maison. Mon père m’a raconté que, lui, en revenant de l’école, il s’arrêtait au pied d’une croix dont le socle lui servait de table pour pouvoir faire son travail scolaire car il savait que, une fois revenu dans la ferme de ses parents, il aurait bien d’autres tâches à accomplir ! Moi j’ai eu plus de chance : ma mère, très courageuse, malgré sa santé déficiente, nous laissait nous consacrer à notre travail d’école !

La classe maternelle était tout en long, avec un espace jeux (et un placard de rangement) et un espace plus scolaire. Au centre se trouvait le poêle à bois que nous allumions en arrivant. Nous allions chercher les buches au bûcher ou dans la réserve de bois. Elles étaient parfois coupées en morceaux trop longs : nous ne pouvions pas fermer le poêle ! Ca fumait ! L’école disposait d’une femme de ménage qui, sitôt la sortie, vidait les cendres.

La petite
Marie Divet
(en haut à gauche) dans la
classe de
Mlle Ouvrard
1932 1932 - Sion-les-Mines

Par la fenêtre, d’un côté, nous apercevions le jardin où nous n’avions pas accès (sauf pour la recherche des œufs de Pâques que les maîtresses avaient cachés pour les plus petits). Par les autres fenêtres nous voyions passer les tombereaux, les charrettes et le bétail, sur le chemin traversant l’école et menant aux champs. Nous n’avions pas peur des vaches : elles faisaient partie de notre univers familier.
Les demi-journées étaient ponctuées par les récréations, soit dehors s’il faisait beau, sous les tilleuls de la cour, soit sous le préau, tandis que les maîtresses se promenaient au milieu de nous. Je jouais aux osselets (des vrais, en os de mou-ton). Je jouais à la marelle pour le plaisir de sauter jusqu’au paradis. Et je sautais aussi à la corde, seule : je n’aimais pas trop quand une longue corde faisait sauter plusieurs enfants à la fois : ma petite taille me désavantageait !

Le midi, je revenais manger à la maison. En face de chez moi, d’autres enfants venaient déjeuner chez leur grand-mère. Pour ceux qui habitaient trop loin, il y avait, au fond du préau, un banc où les élèves s’asseyaient pour « casser la croûte » : un repas froid évidemment, même quand il gelait à pierre fendre ! Il ne faut pas s’étonner si certains d’entre eux avaient des engelures douloureuses aux pieds et aux mains.

Bons points, images, distribution de prix : c’étaient nos récompenses. Le piquet « au coin », les lignes à recopier, c’étaient nos punitions. Cela m’est arrivé de temps en temps car j’étais étourdie et bavarde et j’aimais jouer ou bayer aux corneilles en regardant passer les vaches. Je ne me souviens pas de bonnet d’âne ou de coups.

 Bonne à 11 ans

Quand je suis entrée à l’école, la fin de scolarité obligatoire était à 13 ans, depuis la loi du 28 mars 1882. La loi du 9 août 1936 (sous le Front Populaire) a prolongé la scolarité jusqu’à 14 ans, j’ai pu en bénéficier et j’étais contente.

En ce temps-là, ceux qui avait obtenu le certificat d’études pouvaient quitter l’école dès 11 ans. Ce fut le sort de ma sœur aînée et d’un de mes frères. Simone voulait être institutrice : elle fut placée bonne à 11 ans dans un café à La Dominelais. Elle m’a raconté qu’elle pleurait tous les soirs.

Mon frère, Henri, aurait voulu être mécanicien, mais mes parents n’ont pas pu payer son apprentissage : à la disparition de mon père (mort à 52 ans), mon frère a repris son travail de charron-charpentier. Quant à mon deuxième frère, Roger, il a été été reçu au Certificat d’Etudes, le 2e du canton. Il voulait devenir enseignant mais, pour cela, il aurait fallu poursuivre des études. L’instituteur en avait parlé à mes parents mais le père avait répondu : « si je le fais pour un, il me faudra le faire pour les quatre et je n’en ai pas les moyens ». Mon frère devint donc facteur.
Comme disait le receveur des PTT en ce temps-là : « moi j’ai les moyens mais mes enfants ne peuvent faire des études. Chez vous c’est le contraire »

Comme je l’ai dit, j’étais à l’école publique ce qui, dans nos petits bourgs, n’était pas toujours très estimé. Ma mère était pratiquante et, un jour, à confesse, le curé, l’abbé Etrillard, un bon prêtre, a insisté pour que, mes frères et moi, nous soyions instruits à l’école privée qui se trouvait à l’autre bout de la commune et aurait rallongé notre trajet-aller d’un bon kilomètre. Ma mère lui répondit : « Je n’ai pas à me plaindre de l’école publique : mes enfants obtiennent de bons résultats ». C’est justement pour cela que l’école privée aurait bien voulu nous avoir. « Au moins la petite Marie » disait le curé. Ma mère aurait peut-être fini par accepter mais mon père refusait absolument !

Nous allions au catéchisme, pour pouvoir faire notre communion solennelle. Dans la salle, nous n’étions pas mélangés avec les autres enfants : c’étaient ceux de l’école privée aux premiers rangs, puis ceux de l’école publique de La Hunaudière  , et enfin ceux des écoles publiques de Sion. Nous, les filles, nous étions toujours à l’heure. Les garçons de l’école laïque (l’école-laic comme disait le curé) se faisaient attendre quelque peu.

J’ai donc quitté l’école à 14 ans, avec mon certificat d’études et j’ai été placée comme bonne chez Edmond Douillard que je connaissais bien car, l’été, j’y allais garder les vaches. Là je travaillais dans les champs tandis que la Grand-Mère faisait la cuisine. C’est dans la maison d’Edmond Douilard que je couchais le soir, au village du Grippay. Et c’est ainsi qu’en pleine nuit, en 1944, vers 3 heures du matin, j’ai dû laisser mon lit au Docteur Daguin et à son épouse qui, recherchés par les Allemands, avaient fui à travers champs.

Plus tard ma mère m’a placée ailleurs pour que j’apprenne à cuisiner. Vint alors le temps du mariage (j’ai eu trois beaux enfants) puis du décès prématuré de mon mari. Heureusement j’ai pu trouver du travail à La Poste, jusqu’à ma retraite.

Plan de l’école (pas à l’échelle) d’après les souvenirs de Marie Divet
Plan d el'école en 1932 {JPEG}

  • 1. Réserve de bois
  • 2. Préau
  • 3. Toilettes (3 WC)
  • 4. Puits
  • 5. Jardin
  • 6. Grande classe, celle de la Directrice
  • 7. Deuxième classe
  • 8. Petite classe
  • 9. Bûcher
  • 10. Chemin traversant l’école, on y accédait par une porte et un grand portail
  • 11. Trois tilleuls

 Dictée

La dictée peut être un exercice de grande valeur si elle est préparée.

Dictée de Marie Nivet – 1938

Dictée Marie Divet

Dictée « patriotique » - à l’incorporation d’un jeune soldat, Ancenis 1929 :

Dictée à un soldat
Sois fier, jeune soldat ...

Dans des livrets matricule d’homme de troupe, on trouve le texte suivant dicté aux soldats (Vannes, mai 1926) : « La Patrie, pour le paysan, c’est la terre ; pour l’ouvrier des villes, c’est la race ; pour le soldat, c’est le drapeau ; pour l’âge mûr, c’est tous les souvenirs de la vie ; pour la jeunesse, toute l’espérance ». Une autre dictée précise le rôle du caporal « Le caporal vit dans l’intimité de ses hommes, il est leur chef de gamelle et leur juge de paix. Le meilleur caporal est celui dont l’équipe fait la soupe et mange chaud malgré tout »

Novembre 1928 : la dictée du pauvre gars de 20 ans qui n’est pas allé longtemps à l’école : il y est question des bases de la discipline militaire ...

Livret matricule recto
Livret matricule verso