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Un passage Yves Cosson à Châteaubriant

Ecrit le 7 novembre 2012

 Longtemps, longtemps, après que le Poète a disparu ....

Gaby Cosson, Yves-Marie et Anaïg

Le 27 octobre 2012, en inaugurant le « Passage Yves Cosson » qui mène de la médiathèque   de Châteaubriant à la maison natale du poète, son fils, Yves-Marie Cosson, s’est exprimé au nom de sa mère, de sa sœur et de toute la famille, remerciant de cet hommage à la mémoire du poète récemment disparu.

« Ce projet initié par M. Yves Billard et porté par vous-même, Monsieur le Maire, nous a semblé refléter parfaitement plusieurs facettes de la personnalité et de l’histoire d’Yves Cosson et c’est pourquoi notre réponse a été, bien évidemment, positive » a-t-il dit en expliquant :

 Hommage au poète

Le choix de donner son nom à un passage piétonnier rappelle de manière implicite qu’Yves Cosson fut un grand amateur de déambulations, balades, promenades et autres flâneries, profondément associées chez lui à la démarche poétique, comme il l’écrivait en quatrième de couverture du recueil Cour d’Amour :

Passant pressé,
Ne hâte pas le pas,
A tes côtés chemine le poète,
C’est ton double badaud. 

On pourrait alors dire qu’il s’agit d’un hommage au « poète piéton ».

Ensuite, ce passage est à proximité immédiate de la Médiathèque  , autre symbole pour un homme ayant passé son enfance et sa jeunesse dans une maison dépourvue de bibliothèque, ce qui au demeurant n’avait rien d’exceptionnel à l’époque. Il n’y avait chez lui qu’un seul ouvrage, en dehors des catalogues du Bon Marché, et c’était La Case de l’Oncle Tom. Les livres ont donc représenté pour lui l’accès à la culture et au savoir et il n’est pas étonnant que, par la suite, il ait conçu pour eux une véritable passion au point d’en avoir fait ses compagnons de tous les jours. Ce serait ainsi l’hommage au « poète lecteur et bibliophile ».

Enfin, nous voyons une autre signification dans ce choix. Il se trouve que ce passage est situé au cœur même de la ville et donne sur la rue de Couëré, à deux pas de sa maison natale. On pense alors irrésistiblement aux lieux de son enfance qu’il a évoqués dans nombre de ses poèmes. En effet, comme il le disait dans Navigation à l’estime, la rue était son royaume :
« Enfants, la rue était à nous…Nous y jouions aux billes, à saute-mouton. Jeux puérils dans le caniveau après l’orage, de belles parties de
bateaux en papier… »

Cet imaginaire de l’enfance est resté présent dans son œuvre tout au long de sa vie, et, au fil des nombreux poèmes consacrés à Châteaubriant, on retrouve les noms des rues avoisinantes et de lieux toujours intacts au centre de la ville et en proche périphérie : rue de Couëré, quartier de la Vannerie, rue Tournebride, les Terrasses, La Torche… Et un peu plus loin : Béré, Chécheux, La Maison Brûlée, Choisel, Les Biais, l’étang de Deil… Ainsi son nom sera inscrit sur une plaque au milieu de ce paysage poétique, fruit d’une enfance et d’une jeunesse heureuse à Châteaubriant. Ce geste serait alors dédié au « poète cartographe »

 Hommage à la poésie

Mais en rendant hommage à Yves Cosson, vous honorez aussi la poésie qui n’a qu’une toute petite place dans la société contemporaine, comme l’écrivait Jacques le Goff dans Ouest France, au mois d’août dernier, dans un article intitulé Indispensable poésie. Dans notre monde obsédé par la question de l’utilité des choses et des idées, la poésie apparaît bien marginale, et elle est, dans l’esprit du plus grand nombre, reléguée au monde de l’école et des « intellectuels ».

Or la conception qu’Yves Cosson avait de la poésie n’était pas élitiste. Il souhaitait, au contraire, que tous puissent la goûter dans la plus grande simplicité. Il aimait parler de ses racines et lire lui-même ses poèmes de sa voix cassée inoubliable, afin de les faire entendre au plus grand nombre.

Voici comment il définissait le rôle de la poésie dans le livre Navigation à l’estime :
« On admettra que la Poésie est la plus subtile et secrète musique harmonieuse qui nous fait chanter de cœur à cœur le prix inestimable de notre histoire. Ainsi, tout destin le plus banal devient-il une aventure sublime, car la Poésie du cœur qui pulvérise le temps et l’espace nous a appris que nous sommes un battement de cils dans la fabuleuse mécanique des sphères, que nous sommes perdus au fin fond de milliards de galaxies qui tournent en rond, explosent et illuminent nos nuits cousues de rêves éblouissants. Ainsi chaque instant d’amour a du prix, il est triomphe sur la mort et chante (pour moi) les prémices de l’éternité. On vit, on meurt dans l’ignorance de l’essentiel, mais les poètes ont la chance de garder intact le sourire du royaume de l’enfance. »

En d’autres termes la poésie ne sert à rien, sinon, peut-être, à rendre les hommes un peu plus humains et un peu plus heureux.

Pour conclure, la poésie d’Yves Cosson a trouvé son inspiration dans ces lieux, elle est imprégnée de la beauté de la nature encore préservée à Châteaubriant et dans ses alentours qu’il aimait beaucoup parcourir. S’il a passé l’essentiel de sa vie à Nantes, il a entretenu un lien de cœur avec sa ville natale et ses habitants, il y est toujours revenu et y a vécu de très beaux moments de bonheur familial. Et ce n’est pas un hasard s’il repose au cimetière de Béré. Souhaitons que ce lien demeure, que l’on n’oublie pas ses textes et que l’on continue de les apprécier. C’est bien dans cet esprit que nous vous adressons nos plus vifs remerciements au nom de notre famille, au nom du poète et de la poésie.

(extraits du texte d’Yves-Marie Cosson)