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Pesticides : rapport du Sénat, 2012

Ecrit le 12 décembre 2012

 Les pesticides d’antan

On aurait tendance, parfois, à penser que nos ancêtres disposaient d’une sagesse qui leur permettait de vivre mieux. On découvre alors, dans un rapport du Sénat (octobre 2012), que les pesticides ont très tôt été utilisés pour protéger les cultures et la santé publique, afin de limiter la propagation de parasites et autres maladies et d’améliorer la qualité de la production alimentaire. On retrouve des traces de l’utilisation du soufre en Grèce antique dès 1000 ans avant J.-C. L’usage du soufre comme agent de fumigation est mentionné dans les œuvres d’Homère (700 ans avant J.-C). Pline l’Ancien, naturaliste romain du 1er siècle, recommandait dans ses écrits l’usage de l’arsenic comme insecticide.

L’aconit est employé au Moyen Âge contre les rongeurs. La roténone est utilisée en Inde comme insecticide dès la fin du XVIe siècle. Un siècle plus tard, on découvre les propriétés insecticides de la nicotine, extraite du tabac. Un pas est franchi au XIXe siècle avec l’essor de la chimie minérale, qui va fournir de nombreux pesticides minéraux tirés des sels de cuivre. C’est à cette époque qu’est inventée la bouillie bordelaise, mélange de sulfate de cuivre et de chaux destiné à lutter contre certaines maladies de la vigne et de la pomme de terre.

 Les enfants prodigues

L’essor véritable des pesticides est à lier au développement de la chimie organique de synthèse à partir des années 1930. Les propriétés insecticides du DDT sont mises en évidence en 1939. Le DDT est alors commercialisé et devient le premier de la famille des organochlorés, qui domineront le marché des insecticides jusqu’aux années 1970.

La recherche sur les armes chimiques, et notamment les gaz de combat, menée durant les Première et Seconde Guerres mondiales ont favorisé la découverte de nouveaux composés organiques comme les organophosphorés. Ces derniers ont connu un développement considérable, certains produits étant encore utilisés jusque récemment, comme le malathion, insecticide interdit en France depuis le 1er décembre 2008.

D’autres pesticides, également efficaces et peu coûteux, ont été mis au point pour l’industrie textile (anti-moisissures, anti- acariens), l’industrie du bois (traitement contre les xylophages et les champignons des charpentes). Les pesticides se sont imposés petit à petit pour les usages domestiques (anti-moustiques, colliers antipuces), l’entretien de la voirie publique ainsi que pour une utilisation en médecine (antiseptiques et désinfectants).

La seconde moitié du XXe siècle a vu la généralisation des pesticides au niveau mondial, avec des variations locales quant aux quantités et aux types de pesticides plus ou moins utilisés. De manière globale, la consommation de pesticides a doublé tous les dix ans entre 1945 et 1985. Les quantités de pesticides vendus ont eu tendance à décroître en Europe depuis une dizaine d’années, sous l’effet conjugué du retrait d’un certain nombre de molécules jugées trop dangereuses, d’une plus grande efficacité des produits, et d’une prise de conscience progressive des impacts sanitaires et environnementaux de l’utilisation excessive de ces substances. Il demeure toutefois que les pesticides ont été au cœur du développement agricole des cinquante dernières années. Ils ont été au fondement de la mise en place de systèmes de production intensifs, en permettant une meilleure maîtrise des risques, une relative garantie de productivité et une réponse aux besoins conséquents des populations.
Intoxications, dermites, alopécie et autres plaisirs

 Conçus pour tuer

Le formidable succès des pesticides ne doit pas faire perdre de vue leur raison même d’exister : les pesticides sont conçus pour tuer. Ce sont des tueurs de parasites, que ces derniers soient des adventices, auquel cas on parlera d’herbicides, des insectes, avec les insecticides, ou encore des champignons, pour ce qui est des fongicides.

Ainsi, la définition même d’un pesticide est d’être nocif pour des organismes vivants. Quand bien même un pesticide serait conçu pour avoir une action sélective sur un type de parasité donné, il est toujours possible de constater des effets délétères sur d’autres espèces

Après cette partie historique,le rapport du Sénat, auquel a participé Michelle Meunier, sénatrice de Loire-Atlantique, s’est intéressé à ces « enfants prodigues de la chimie », que ce soit la matière active qui le compose, le diluant ou le solvant utilisé et les adjuvants destinés à en faciliter l’utilisation, en recherchant les effets sur la santé des utilisateurs.

On pense souvent en priorité aux intoxications systémiques provoquées par ces substances, et aux maladies de la peau (brûlures, dermatites, urticaires, etc). Cela peut aller jusqu’à des décolorations des ongles et des cheveux, ou des alopécies. (importante perte de cheveux). On ignore plus facilement la survenue de rhinites, d’asthmes ou d’irritations respiratoires, et les conséquences moins soupçonnées sur les capacités cognitives (diminution des capacités d’attention et de conceptualisation) et même sur l’état de santé psychiatrique des individus. On s’interroge sur : pesticides et maladie d’Alzheimer  , pesticides et maladie de Parkinson

Enfin, les pesticides provoquent des troubles endocriniens. Le système hormonal, ou endocrinien, comprend l’ensemble des glandes sécrétant les hormones. Celles-ci contrôlent des fonctions essentielles de l’organisme, telles que la croissance, le développement, la reproduction, ou encore la régulation du métabolisme.

 Le système reproducteur est atteint

Le résultat de ces perturbations a pu être constaté chez les animaux : le système reproducteur est atteint ce qui se traduit soit par la féminisation, dans le cas par exemple des alligators, des ours polaires, ou des poissons, soit par la masculinisation, notamment chez les gastéropodes (escargots).

Les études sur l’impact de la pollution des milieux aquatiques à la sortie de stations d’épuration, ou dans certaines rivières, mettent en évidence des effets très néfastes, avec des pourcentages importants de poissons victimes d’intersexualité du fait d’hormones artificielles ou de perturbateurs à effet oestrogénique.

 378 gâteries

Les effets de cette pollution sur l’homme sont mal connus et mal documentés. On se souvient de l’exemple d’un perturbateur endocrinien, le distilbène, qui a entraîné de nombreux cas de maladies rares et de malformations chez les enfants des femmes traitées avec ce médicament, et même chez les enfants des enfants. Le distilbène sert aujourd’hui de référence par rapport à ces perturbateurs agissant dans le même registre, comme notamment le bisphénol A et les phtalates, utilisés comme plastifiants pour assouplir les plastiques.

En décembre 2011 un collectif d’O ;N ;G (organisations non gouvernementales) a répertorié 378 substances chimiques dangereuses dont le retrait et la substitution sont prioritaires, d’autant plus qu’elles peuvent entrer en contact avec des populations vulnérables (nouveau-nés, enfants, femmes enceintes) ou être rejetées dans l’environnement.

On croyait, depuis Paracelse, que c’est la dose qui fait le poison, mais les perturbateurs endocriniens sont susceptibles d’agir à de très faibles doses, voire par leur simple présence, en agissant de la même manière qu’une clé dans une serrure. Et la chose se complique dans les « cocktails » : différentes substances peuvent ne pas produire d’effet notable individuellement, mais produire un effet important lorsqu’elles sont administrées, de manière combinée, à des doses même minimes.

Les conclusions de la mission sénatoriale se déclinent en une centaine de recommandations classées selon dix-huit thématiques liées aux pesticides et aux dangers de leur production et de leur utilisation. Le
rapport et sa centaine de propositions, adoptés à l’unanimité par la mission le 10 octobre 2012, feront l’objet d’un débat au Sénat en séance plénière en janvier 2013.

En complément : baisse de la fertilité masculine