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Rajasthan, un désert de pierres noires

Ecrit le 19 février 2014

 Pabu Ki Dhani, la vie dans un désert.

Un désert de pierres noires, au bout d’une piste de poussière semble nous accueillir dans un univers lunaire. Après 19h épiques de train, partis dans le tumulte et la cohue d’un peuple indien grouillant de vie dans la gare du vieux Delhi, nous arrivons à l’issue de notre périple, lieu tant rêvé de notre voyage en Inde : « Pabu Ki Dhani » (le village de Pabu) dans le désert du Thar à l’ouest du Rajasthan.

C’est là, à une petite heure de route et de piste de Jaisalmer, la ville porte du désert, que Capucine (la française d’Armaillé en Maine et Loire) et Pabu, l’indien Bhil de la caste des « Intouchables », se sont un jour de 2006 rencontrés et aimés.

Pabu

Des sourires, des accolades, la joie des enfants et de chaleureux mots de bienvenue parmi lesquels revient sans cesse celui de « Namasté », ce bonjour indien, passeport le plus précieux de tout notre voyage, effacent toutes les frontières et nous lavent de toute fatigue.

Posée sur ce sol de sable, de cailloux et de poussière, une maison de terre et de pierres de quatre petites pièces sobres, surmontée d’une terrasse et prolongée d’un préau de branchages, est le cœur et toute la richesse matérielle de ce lieu d’accueil et de vie où nous venons d’atterrir.

Sous le soleil d’hiver, déjà chaud, de cette mi-janvier, quatre dromadaires impassibles achèvent de leur présence paisible la construction d’une oasis fidèle aux rêves enfantins issus des plus beaux contes des « mille et une nuits ».

Astu, la maman de Pabu Photo : Astu, la maman de Pabu

A quelques dizaines de mètres de là, séparé par un nouveau champ de ces pierres mi-volcaniques, mi-lunaires, un petit village de six huttes rondes, en torchis, couvertes de branchages, sert de lieu de repos aux visiteurs de passage. Parmi ces cases, une petite salle de classe rectangulaire d’une vingtaine de mètres carrés a été construite par les artisans du pays. Un tableau posé contre le mur de terre, quelques cahiers et crayons, des livres de lecture, des pelotes de laine, des flûtes, et quelques autres matériels pédagogiques offerts par les amis et adhérents de « Malenbaï », l’association créée entre autre, pour aider à la scolarisation des enfants du désert. Aucun mobilier sur ce sol en terre où la classe se fait assis sur des petits tapis ou des nattes pour les enfants de Pabu Ki Dhani. Les enfants, elles se nomment Weena et Yamouna (filles d’une première union imposée à Pabu adolescent, selon la pratique toujours en cours dans la tradition Indoue), Arou sa dernière petite sœur de 12 ans, Meena, une cousine d’un village voisin ayant choisi de vivre là et aussi, un garçon, Mohan, fils de Pabu et Capucine, né de leur rencontre il y a 7 ans.

Photo : Enfant d’un village du désert Enfant

 Le rêve de Capucine

Le rêve de Capucine est de créer ici une école pour tous, qui puisse accueillir les enfants des villages du désert. Filles et garçons sont avides de connaissances et curieux de tout. Mais la tâche est immense. Rien n’est simple dans ce bout du monde où le peuple Bhil, caste la plus basse des « Intouchables », n’a aucun droit à l’éducation ni à l’évolution. Organiser un transport scolaire, même pour quelques enfants, reste une entreprise très compliquée, tant, l’éloignement d’un village à l’autre, le peu de moyens de locomotions motorisés, le coût, le temps nécessaire et souvent la réticence des parents à se séparer d’une main d’œuvre à bon marché, sont autant d’obstacles à la réalisation d’un tel projet. Mais le point le plus crucial reste celui de l’enseignant. Trouver le professeur qui accepte ce poste pour un salaire forcément médiocre puisque ne bénéficiant d’aucune ressource d’Etat.

Capucine avec les enfants de Pabu

L’école Steiner, dont Capucine fut élève, se propose d’aider à la réalisation du projet. Peut-être y a-t-il là la perspective du développement espéré. Les mois à venir nous le diront.

Photo : Capucine avec les enfants de Pabu

 Un lieu de vie, une association : « Malenbaï »

Le projet de Pabu et de Capucine est de venir en aide autant que faire se peut à ces hommes et ces femmes du désert, dans leurs diversités et leurs savoir-faire, tous frères et sœurs d’un même peuple où la survie dépend de la solidarité et de l’entraide. Par son histoire personnelle, sa rencontre privilégiée et inespérée avec un étudiant japonais en anthropologie, auprès de qui il va pendant quelques années apprendre l’anglais et développer son rôle de médiateur auprès des villageois, également par son ouverture au monde et son désir de voir s’améliorer les conditions de vie de sa grande famille du désert, Pabu, désormais aidé de Capucine, n’a de cesse de relancer un artisanat oublié ou abandonné.

Village des huttes pour les voyageurs

Dans le village d’Hada, c’est un potier qui a repris son activité depuis quelques années et qui aujourd’hui répond à la demande de l’ensemble des besoins des habitants du désert. La même volonté s’est affichée pour relancer l’activité d’un tisserand. Les femmes « Joggis » , peuple nomade à l’origine du monde gitan dont est issue l’immigration originelle que nous connaissons aujourd’hui en Europe, à travers les Roms, les Tziganes, les Manouches et autres « Bohémiens » de notre enfance, sont aidées pour organiser et développer leur artisanat de colliers et de bracelets de perles. L’énergie et l’aide apportées par celles et ceux de Pabu Ki Dhani, ont permis à ces femmes d’exporter de nombreux colis vers l’étranger et de développer un marché intéressant vers l’Australie.

Mais on ne change pas les cultures profondes d’un peuple millénaire en dix petites années ! L’apprentissage est long et les retours sur investissement ne sont pas forcément compris ni partagés. Les nécessaires prises en charge ou l’accompagnement à l’autonomisation de tels projets, ne sont pas simples à déléguer et toutes ces initiatives cumulées ne peuvent reposer sur les épaules de quelques personnes, si pleines d’énergie soient-elles.

Habitation de Capucine et Pabu

Et pourtant, d’autres besoins, d’autres nécessités, particulièrement par rapport aux soins de santé ou à l’aide aux femmes, voudraient trouver des réponses et des solidarités aux yeux de nos amis de Malenbaï. La lutte contre une multinationale (SUZLON), implantée à Jaisalmer et développant de façon insolente et scandaleuse des champs d’éoliennes, expropriant les habitants, ne les dédommageant de rien, allant jusqu’à les « tabasser » s’ils se plaignent, leur promettant emploi et richesse pour en retour ne leur offrir qu’exploitation et désolation (mais surtout pas d’électricité), est un nouveau combat à mener pour garder tant au désert qu’aux hommes et femmes de cette région du monde, un mode de vie choisi et libre où la modernité puisse leur offrir, dans le respect de l’environnement, l’accès au partage des richesses de leur terre de pierres, de sable, de vent, de soleil et de poussière.

 Quatre jours ont suffi pour comprendre l’essentiel.

Femmes revenant de la lessive et rapportant de l'eau Photo : Femmes revenant de la lessive et rapportant de l’eau

Quatre jours passés à Pabu Ki Dhani, à visiter les villages, à traverser des champs de dunes et de désert, à marcher sur le lac salé, asséché depuis trois années consécutives, dont les coquillages fossiles nous rappellent qu’ici dans un autre temps, un océan d’eau couvrait cette immensité de sable. Quatre jours d’ailleurs, à se laisser bercer au rythme d’une méharée, à dos de dromadaire sous la conduite de Daru, notre humble et doux chamelier. Quatre jours de vie à comprendre ce qu’est la solidarité entre des êtres dont chaque instant de vie dépend de l’autre, du partage du peu de ce que chacun produit ou dont il est porteur. Ici, c’est de l’eau que l’on puise dans la citerne pour une ferme isolée, là, deux sacs de farine laissés sur le bord de la piste, que l’on charge dans le pick-up et que l’on dépose quelques kilomètres plus loin, au bout d’un chemin. Ou bien encore des légumes achetés, (ou mis sur le compte), des yaourts, du bois échangé avec les paysans, en retour d’aide de santé, de transports à Jaisalmer, de conseils, de services administratifs, offerts par Pabu et Capucine et l’aide des fonds collectés par l’association « Malenbaï ». (Malenbaï veut dire : la déesse du désert)

Photo : Daru Daru

Parfois des hommes apparaissent en fin de journée à Pabu Ki Dhani. Ils semblent venus de nulle part, enveloppés dans leurs couvertures et coiffés de leurs turbans colorés. Là, ils ont immanquablement le gîte et le couvert. A Pabu Ki Dhani, l’hospitalité est une règle d’or. Le gîte, c’est un matelas et une couverture pour dormir à la belle étoile sous cette voûte du ciel où la température chute à 5° en ce mois de janvier alors qu’au plus fort de la journée elle atteint les 25°. A l’été, de mai à fin juin, avant les mois de mousson, les écarts iront de 20° la nuit à 50° le jour.

Vieil homme quémandant un peu d’argent pour l’achat de médicaments afin de soulager sa femme souffrante, bergers nomades profitant de l’aubaine d’une nuit passée en communauté, villageois de retour d’un ailleurs dont personne ne cherche la justification, amis de passage, musiciens, percussionnistes, flûtistes, qui chaque soir accompagneront de leurs talents, Pabu le chanteur et joueur de guimbarde ou Dana (frère de Pabu), tous sont accueillis et à chacun le Dhal (plat à base de lentilles) et le Tchaï (Thé épicé) sont offerts.

Autour du feu, les enfants ont leur place et dans ces soirées, si extraordinaires et si simples à la fois, seul le bonheur de chanter et d’être ensemble dans un même instant de vie donne sens à ces existences fraternelles où ni misère, ni pauvreté n’ont soudain plus de résonance.

Quatre ou cinq personnes, selon l’affluence des visiteurs, sont salariés à Pabu Ki Dhani. Ils aident à l’accueil de voyageurs individuels dans le cadre d’un tourisme   équitable et solidaire, à l’organisation des séjours de groupes venus là pour participer à l’aménagement du village ou pour une recherche plus personnelle de ressourcement dans le désert. Ces employés travaillent à la préparation des repas souvent pris en charge par Pabu, expert dans la cuisson du Dhal et autres plats dérivés aux épices. Ils pétrissent les chapatis, sortes de galettes (délicieuses), à base de farine et d’eau, cuites sur le feu de bois et parfois à même la braise. Ils préparent les huttes, les lits et s’assurent de l’approvisionnement en eau. Ce sont aussi eux qui accompagnent les safaris proposés et qui nourrissent les dromadaires.

Une vie qui bat comme un cœur autour de la maman de Pabu (Astu) femme à la peau brûlée par le soleil dont nul ne peut dire l’âge, ni sonder la profondeur de ces yeux, petites billes noires qui semblent puiser en une source secrète, les raisons d’un bonheur à être simplement au monde dans le plus grand des dénuements.

Une vie qui bat avec le même cœur autour de Jeanine, maman de Capucine, de passage deux fois l’an pour quelques semaines auprès de « ses enfants » qui tous aiment à l’appeler Mama.

Une vie qui n’a de but que d’être à « l’instant », le souffle d’air qui caresse les misères des plus pauvres pour transformer chaque être en Maharadja d’un monde où nul ne se plaint et où le sourire est la valeur d’échange la plus féconde.

A Pabu Ki Dhani, nous avons réappris le temps, celui de la patience et des heures pleines à être au monde, à goûter chaque instant passé comme une surprise de la vie sans cesse réinventée. Nous avons entendu et vu jouer, crier, courir et rire les enfants, s’amusant de rien, curieux de tout et disponibles aux moindres sollicitations.

Nous avons photographié, bien au-delà de nos appareils et caméras, des regards, des paysages, des ciels inondés d’étoiles, et le désert dont nous avons inspiré l’odeur et la poussière…

Nous avons alors regardé cette désolation de pierres noires du premier jour comme une terre douce et vivifiante, où nous avons eu un bonheur immense à marcher, à nous ensabler sous la charge du bois mort ramassé, à nous asseoir simplement à même le sol, à nous accroupir comme les gens du désert pour être au contact de cette terre, hommes parmi les hommes, et nous avons un peu compris ce que Capucine, en éclaireuse, a un jour ressenti pour consacrer sa vie à l’amour de Pabu, à l’amour de cet éden où la vie s’épanouit si pleinement.

signé : A.C. (texte et photos)

P.S. Ce voyage de quinze jours au Rajasthan a été partagé par : Christine Maerel, Marylène Le Coq, Philippe Morin, Alexis Chevalier.

Info : Une soirée sera organisée en juin prochain à Châteaubriant en présence de
Capucine et de Pabu.

Contact association : Malenbaï 3 rue de la Mairie - 49420 Armaillé
Tél : 06.16.19.45.92. , malenbai@hotmail.fr
Blog de Melenbaï
Site internet de Melenbaï


 Les intouchables

En complément de cet intéressant voyage, voici qu’explique l’association “Echoway” :

L’Inde : berceau du bouddhisme, pays de la non-violence, est aussi un pays de plus de 400 millions d’analphabètes, où plus de 600 millions d’individus n’ont pas accès aux soins, où 300 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et où plus de 200 millions de personnes sont privées d’eau potable.

Ces inégalités sont en outre aggravées par le système des castes. Sur le milliard d’habitants que compte l’Inde aujourd’hui, près de 25% sont privés des droits humains les plus fondamentaux et subissent un ostracisme, social, écono-mique, politique et culturel systématique. Ce sont les Intouchables qui occupent le bas de la hiérarchie sociale et sont considérés comme impurs - donc intouchables - par les gens appartenant aux castes supérieures. Ce système a été créé il y a 3000 ans avec l’arrivée dans le sous-continent indien des Aryens ou Indo-européens, populations à la peau claire, qui ont inventé ce système pour asservir les Dravidiens, premiers habitants de la péninsule indienne à la peau noire.

L’appartenance à une caste est héréditaire. Toute tentative de révolte ou de changement de cet état de fait est donc, si ce n’est dangereuse, du moins vaine. Ce carcan est encore rigidifié par le principe d’endogamie selon lequel on ne doit pas se marier en dehors de sa caste.

Ces hors-castes revendiquent désormais le terme de « Dalit » pour se désigner, ce qui signifie « homme brisé ». Ils n’ont pas accès aux temples, aux puits, aux écoles des gens de caste ; ils doivent ôter leurs chaussures pour marcher dans les rues des villages de caste ; dans les restaurants une vaisselle spécifique leur est réservée, qu’ils doivent laver eux-mêmes ; ils ne doivent pas s’asseoir en présence d’une personne de caste ; on leur refuse souvent l’accès à certains commerces et services (laverie, barbier, coiffeur, tailleur, même les médecins refusent parfois de les ausculter).

On les dit ’’intouchables’’


Ecrit le 15 octobre 2014

  Malenbaï

Dans le désert du Rajasthan, en Inde, l’association Malenbaï a fait la rentrée scolaire avec tous les enfants présents : Bhawru, Kissor, Weena, Yamuna, Deepa et Mohan. « Nous attendons encore Haru, Meena, Lilou, et Nirma qui devraient bientôt se joindre à la joyeuse troupe » dit Capucine, au village de Pabu Ki Dhani.

L’école a lieu du lundi au samedi (inclus) de 8h à 10h et 2h l’après midi (plus ou moins en fonction de la fatigue, du vent brûlant, etc….). « Nous avons recommencé l’alphabet en anglais depuis le début, les enfants sont passionnés par ce qu’ils apprennent ! Ils sont FOUS de joie, ils veulent que l’école ait lieu le dimanche aussi ! Le matin ils se lèvent tôt, ils font un footing vers le temple de Malenbai, puis ils font du yoga avec un livre qu’ils ont trouvé (depuis que je leur ai dit qu’un prof de yoga viendrait un jour, ils s’entrainent tous les jours !). Ils se lavent, balaient l’école, nettoient le tableau et attendent que « la prof » soit prête ! Incroyable ! nous faisons aussi beaucoup d’activités artistiques (confection d’une tente avec du tissu sur lequel nous avons peint, préparation de tricot à doigts, bracelets, couture) ».
« J’aimerais aussi introduire un cours d’anglais et de français l’après midi mais pour le moment je n’ai pas les forces à cause de la chaleur, du vent et toutes les tâches ménagères ».