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Je ne mérite pas d’être violée

Ecrit le 9 avril 2014

 C’est la faute des femmes !

La femme ? Un sous-homme ! Une statistique récente révèle que plus de 50.000 femmes sont mortes au Brésil entre 2001 et 2011, parce qu’elles étaient des femmes. Cela fait plus d’un meurtre toutes les deux heures. Même s’il est difficile d’avoir des preuves, l’étude estime qu’un tiers des ’’féminicides’’ ont eu lieu au domicile conjugal. Pour combattre ce fléau, l’ancien président Lula avait fait voter en 2006 une loi punissant plus sévèrement les agressions commises contre les femmes.

Viol. dessin de Moon - 06 87 32 77 47

Les auteurs de l’enquête demandent que la législation soit encore renforcée. Parmi les suggestions, la classification du ’’féminicide’’ comme un crime distinct de l’homicide, ce qui permettrait d’alourdir les peines. La loi en vigueur porte le nom d’une femme, Maria Penha, devenue paraplégique après avoir survécu à deux tentatives d’assassinat. En 1983, Maria da Penha était mariée à un professeur d’université qui par deux fois a tenté de l’assassiner ; une première fois en lui tirant une balle dans le dos pendant son sommeil, une deuxième fois en poussant sa femme devenue paraplégique dans la douche afin de la noyer et de l’électrocuter. Maria da Penha eut ensuite à affronter la justice de son pays qui mit plus de 15 ans à condamner son mari ; celui-ci n’a purgé que deux ans de prison.

Mais décidément, le Brésil a un problème avec les femmes : un sondage de l’institut d’enquête économique du gouvernement Brésilien (IPEA) a révélé le 28 mars 2014 qu’une majorité de Brésiliens estiment qu’une femme portant une tenue légère, est provocante, donc ’’mérite’’ d’être violée. Sur les 3 810 personnes interrogées 26 % se sont déclarées en accord avec l’affirmation suivante : « les femmes portant des vêtements qui laissent voir leur corps méritent d’être violées ».

Dans la même veine, 58,5 % des sondés considèrent que « si les femmes se comportaient mieux, il y aurait moins de viols » et 40 % des sondés disent que la femme doit être l’esclave sexuelle de son mari. Et pourtant, dans ce sondage, les femmes étaient majoritaires, cela signifie que la femme reste encore soumise à l’homme ! « Le corps des femmes est toujours considéré comme appartenant aux hommes, avec accès gratuit pour eux ! »

« Le plus surprenant est qu’il est permis de se dévêtir pendant le carnaval mais pas dans la vie réelle », a protesté la journaliste-militante Nana Queiroz en soulignant le paradoxe brésilien, un pays où le culte de la sensualité et du corps se heurte au catholicisme conservateur dominant.

Non au viol

Sans tarder, une vague de protestation est née sur les réseaux sociaux, à commencer par la Présidente en personne. Dilma Roussef a réagi sur twitter en affirmant que « la société brésilienne a beaucoup de progrès à faire pour combattre la violence faite aux femmes ». En guise de protestation, des internautes femmes ont inondé la Toile avec un selfie dénudé, portant la mention « Je ne mérite pas d’être violée », et des internautes hommes soutiennent la cause en posant aux côtés d’écriteaux « personne ne mérite d’être violé ». D’après le Huffingtonpost, 20 000 photos ont été mises en ligne simultanément le 30 mars 2014 à minuit.


Ecrit le 9 avril 2014

 Le point du mari

Mais relativisons, ceci se passe dans un pays latin où les hommes sont ’’chauds’’. Chez nous, en France, il y a plus de respect des femmes. Quoique ....

Un article de Rue89cite le témoignage de Agnès Ledig, sage-femme et écrivaine. « Je vous fais un petit point du mari, Madame ? Pour vous, ça ne change rien, mais votre mari sera content ». D‘où le ’’point du mari’’. Techniquement, il con-siste, lors de la suture d‘un périnée déchiré, ou d‘une épisiotomie après accouchement, à faire un dernier point supplémentaire pour resserrer l‘entrée du vagin, et permettre, lors de l‘intromission de Monsieur, un plaisir accentué. Pour lui...

« C’est une mutilation, purement et simplement. Un geste non seulement inutile mais néfaste, puisque le tissu cicatriciel ainsi créé n’est absolument pas élastique, donc rend la pénétration systématiquement douloureuse. Un abus de pouvoir médical caractérisé, réalisé en l’absence de tout consentement ou information de la femme concernée, au soi-disant bénéfice d’un conjoint supposé préférer les rapports sexuels avec une femme qui souffre à chaque fois » dit Caroline Reiniche, sage-femme, dans Le Nouvel Observateur.

Yves Ferroui, médecin sexologue, se souvient du temps où, après une fausse-couche, naturelle ou provoquée, les médecins pratiquaient un curetage « à vif ». « Il était alors de bon ton, chez les hommes qui intervenaient, de faire le curetage sans anesthésie, afin que les femmes souffrent le plus possible et ne recommencent pas : le médecin s’instituait juge du comportement de sa patiente, décideur de la peine, et bourreau qui l’appliquait ! ».

« Oui, dans la société en général, malgré d’indéniables avancées, le respect de la personne des femmes, de leur liberté, de leur égalité de droit, n’est pas encore ce qui guide systématiquement le comportement des hommes. Et oui, chez les médecins aussi, il reste quelques hommes qui n’ont pas accepté cette nouvelle donne » conclut-il dans le NouvelObs du 2.04.2014

Le point du mari