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Un fanatisme absurde et destructeur

Ecrit le 25 février 2015

Le monde est devenu fou, ou plutôt les hommes sont devenus fous. On voit, on entend des horreurs inimaginables…. qu’on aurait pu croire d’une autre époque.

Le 13 février 2015 la Gendarmerie royale du Canada a découvert que plusieurs individus préparaient une fusillade pour la Saint-Valentin dans un lieu fréquenté de la ville d’Halifax, à l’Est du Canada : un jeune Canadien de 19 ans et une Américaine de 23 ans, à l’origine de ce funeste dessein, devaient ensuite se donner la mort. Le commissaire adjoint a tenu à rassurer la population : il ne s’agit a priori pas là d’un cas de « terrorisme ». « C’est plutôt un groupe d’individus qui étaient dans le même état d’esprit de commettre un geste haineux et de se suicider ensuite », a-t-il ajouté lors d’une conférence de presse. Mais quelle est cette folie qui pousse les jeunes à se détruire et à tuer ?

  Couleur de peau, discrimination

Dessin de Moon - 06 87 32 77 47

Les 14-15 février au Danemark, des attaques ont visé la communauté juive et un lieu symbolique de la liberté d’expres-sion : deux morts, cinq blessés.

Le 15 février, en France, plusieurs centaines de tombes du cimetière juif de Sarre-Union ont été profanées, suscitant une ferme condamnation du président François Hollande. Quatre autres cimetières ont ensuite subi des dégradations ! On ne peut donc pas laisser les morts dormir en paix ?
Il est vrai que les dégradations sont fréquentes en France. En 2010, un article du Figaro, reprenant une note de la direction générale de la gendarmerie nationale, annonçait que « dans l’indifférence », « la France est le théâtre d’une profanation de cimetière tous les deux jours », « 184 dégradations de sépultures » ayant été recensées en 2009.

Le 17 février dans le métro parisien, des supporters de Chelsea, club de foot anglais, ont empêché un homme noir de monter dans leur wagon, en chantant : « Notre capitaine est raciste et c’est pour cela que nous l’aimons ». Selon le ministère de l’Intérieur britannique, Chelsea était encore en 2012 le club le plus touché par les incidents racistes en tribune, même si plus personne ne jette des bananes sur les joueurs noirs qui s’échauffent le long de la touche, comme cela est arrivé à Paul Canoville, le premier joueur de couleur à avoir évolué chez les Blues.

17 février : le Conseil de l’Europe a publié un rapport accablant pour la France (constat fait avant les attentats parisiens de janvier 2015), dénonçant les propos à caractère haineux ou discriminatoire, les agressions racistes et homophobes, une inflation législative en matière d’asile et d’immigration, des pratiques policières humiliantes, la stigmatisation des gens du voyage, et ’’une attention médiatique démesurée, parfois malveillante et qui ignore ou évite de rapporter des cas d’intégration réussie’’ et des efforts très insuffisants en matière de mobilité et de droit à l’emploi des personnes handicapées.

 Décapitation et enrôlement

Et pendant ce temps-là la folie se déchaîne sur d’autres territoires. Le 15 février, l’organisation Daesch a publié une vidéo montrant la décapitation de 21 chrétiens égyptiens, faisant suite à la vidéo, elle aussi de Daesch, montrant un pilote jordanien brûlé vif dans une cage ! la violence fait image maintenant ! Bon moyen pour frapper les esprits ….

…. mais pas que les esprits ! Les témoignages se multiplient sur la façon qu’a Daesch d’enrôler de jeunes garçons, quelquefois âgés de 8 ans et de leur apprendre à décapiter. Cela rappelle ces enfants-soldats de Sierra-Leone à qui l’on faisait boire du sang frais tous les matins ! Au Soudan du Sud qui compte déjà 12000 enfants-soldats, 89 adolescents ont été enlevés à la mi-février.

Du côté du Nigéria, le groupe terroriste Boko Haram mène une offensive insensée. Depuis 2009, il prend délibérément pour cibles les civils lors de raids, d’enlèvements et d’attentats à la bombe, et les attaques se multiplient et s’intensifient. Les effets sur la population civile sont dévastateurs, des milliers de personnes tuées, des centaines enlevées et des centaines de milliers d’autres forcées à fuir. Les femmes sont particulièrement visées. Une attaque a même tué une femme en plein accouchement, alors que le bébé n’était qu’à moitié sorti. Les combattants de Boko Haram sont nombreux, véritable chair à canon. D’après un rapport de l’ONU, Daesh utilise les enfants comme boucliers humains ou kamikazes. Torturés et vendus comme esclaves, de jeunes handicapés seraient également enrôlés pour devenir des combattants, des kamikazes. Ils subissent aussi des sévices sexuels. Et l’ONU note que des enfants appartenant à des minorités, comme les yézidis, subissent des violences sexuelles et d’autres tortures ou ont été assassinés par Daesch.

La résistance par la dérision : voir le succès du film Timbuktu

 Femmes

Boko Haram détient toujours plus de 200 jeunes filles kidnappées en avril 2014 dans leur lycée de Chibok, dans l’Etat de Borno. Et continue d’enlever régulièrement des dizaines d’enfants, de femmes et d’hommes, qui exécutent les tâches de la vie quotidienne dans les camps du groupe, ou montent en première ligne. Le sort des femmes ? Lundi 5 mai, Aboubakar Shekau, chef de Boko Haram, ricanant, provocateur, a précisé : « J’ai dit que l’éducation occidentale devait cesser. Les filles, vous devez quitter l’école et vous marier (…) Une fille de 12 ans, je la donnerai en mariage, même une fille de 9 ans je le ferai ».

Face à ces horreurs, nous sommes, en France, dans un hâvre de paix … quoique … Un journaliste israélien a voulu faire un état des lieux de l’antisémitisme dans Paris. Pour cela, il a marché 10 heures dans les rues de la capitale française et de sa banlieue en portant kippa et Tsitsit (châle de prière). Insultes, crachats, menaces, regards agressifs… voilà le bilan de cette marche filmée avec une caméra cachée : le journaliste est la cible de réflexions antisémites. « Pédé », « Juif ! », « Eh toi avec ta kippa ! Qu’est-ce que tu fous là ? », Vive la Palestine ! »… Les insultes pleuvent. L’homme raconte aussi comment on lui a craché dessus à deux reprises. Pour autant, il faut relativiser ce témoignage car la vidéo qui est présentée ne dure qu’une minute et demi (sur les 10 heures qu’a duré la marche).

Le problème est cependant réel et, à Châteaubriant même, un homme connu pour son ascendance juive, a été l’objet d’insultes non loin du Parking Pasteur.

Ceci est à rapprocher d’une expérience faite par une personne, filmée pendant dix heures en caméra cachée marchant dans les rues de New York. Elle a reçu une centaine de remarques déplacées. Elle n’était pas juive, mais seulement femme !

Imaginons une jeune femme voilée se promenant une dizaine d’heures à Paris ! Elle subirait le même sort ! L’intolérance est partout. Et inadmissible !

 Qu’Allah maudisse la France

Daesch, passé maître dans la communication, publie maintenant un numéro en français, voir ici :
le numéro 1 
le numéro 2

Ces textes même s’il y reste d’importantes fautes d’orthographe, sont écrits par ’’des frères francophones, qui vivent dans le Califat [Syrie-Irak] et qui voient autour d’eux cet État se construire sur le sang de leurs frères’’. La menace est claire : Qu’Allah maudisse la France. Faisant remonter aux Croisades l’inimitié entre l’Islam et la Chrétienté, la revue dit : ’’Un groupe, nous leur rendons hommage dans ce numéro, a décidé de frapper l’ennemi sur sa propre terre afin qu’il sache que la guerre ne se fait pas derrière une télé ou en votant dans un parlement’’. Plus loin, elle précise : ’’Après la révolution de 1789 fomentée dans les loges maçonniques, la France s’est trouvé une autre religion tout aussi mensongère et idolâtre que le catholicisme romain : la démocratie et la laïcité’’. Et la revue publie la photo ci-dessous, condamnant ainsi les dignitaires religieux ayant protesté contre l’attentat frappant Charlie-Hebdo.

’’ Les mécréants impurs et pervers de Charlie Hebdo : l’exécution de ces impurs réjouit tout croyant et attriste tout hypocrite’’. lit-on encore.

Nous voilà prévenus
La guerre est déclarée.

 Guerre aux Palestiniens

C’est dans ce contexte que Benjamin Netanyahu appelle les Juifs d’Europe à rejoindre Israël . Il est en pleine campagne électorale, une campagne dans laquelle il insiste sur la thématique sécuritaire pour tenter de faire barrage à la coalition des Travaillistes et du centre-gauche. C’est aussi un moyen pour lui d’augmenter le nombre d’habitants juifs dans l’espoir de faire disparaître les Palestiniens. La discrimination qu’il condamne (à juste titre) quand elle frappe des Juifs en Europe, il l’organise pour parquer des Palestiniens dans la Bande de Gaza, pour refuser aux Palestiniens d’avoir un Etat sur le peu de terres qui leur reste. Le conflit israélo-palestinien, dont on ne voit pas l’issue, cristallise toutes les violences, tous les actes de racisme dans le monde.

 Rions un peu !

Quel est le thème central de la campagne électorale en Israël ? Le conflit israélo-palestinien ? Le dossier nucléaire iranien ? Ou alors les questions sociales ou économiques ? Eh bien non, rien de tout cela. Mais un rapport publié le 17 février par le contrôleur de gestion des comptes de l’État israélien dénonçant le train de vie du premier Ministre Benjamin Netanyahu, expliquant que depuis 2009, les frais alimentaires de sa résidence ont doublé, que le couple a dépensé 68.000 dollars en produits cosmétiques au cours des deux dernières années et qu’une maison secondaire lui est payée par l’État. 

Pour répondre à ses détracteurs, le Premier ministre israélien et sa femme ont convié une équipe de la chaîne de télévision locale Channel 10 à visiter sa demeure. Dans la vidéo, qui a été supprimée de la page Facebook de l’homme politique, un journaliste phare de la chaîne inspecte en compagnie de Sara Netanyahu, la femme du Premier ministre, une résidence modeste, aux murs à la peinture écaillée, aux lampes poussiéreuses et aux tapis usés.

Pauvre Netanyahu obligé de montrer ainsi, sans le dire, l’appartement délabré de ses domestiques ! Internet s’amuse beaucoup de la supercherie mais pour autant les sondages n’accusent pas le coup !

590 bâtiments

En 2014, Israël a détruit 590 bâtiments palestiniens en Cisjordanie, y compris Jérusalem-Est, déplaçant 1177 person-nes, selon une nouvelle étude de l’Office des Nations-Unies pour la coordination des affaires humanitaires (OCHA) parue le 23 janvier 2015. C’est le plus grand nombre de personnes déplacées en Cisjordanie depuis que les Nations-Unies ont commencé à surveiller cette question, en 2008.

Lire l’étude 


Ecrit le 25 février 2015

 Ich bin Musulman

(courrier des lecteurs)

Comno, ich bin musulman

Dimanche 8 février, à Paris, se déroulait un événement : l’invitation venait de l’artiste Combo, en réponse à l’agression qu’il subit la semaine passée. Agressé, roué de coups, alors qu’il inscrivait son mot d’ordre : « CoeXisT » près de la Porte Dorée (une des portes de Paris).

La coexistence qu’il proclame, affiche, est celle des trois grands monothéismes : son inscription porte le Croissant à la place du C, l’Etoile de David à la place du X, la croix du Christ à la place du T. Il lança l’invitation depuis son compte Facebook et une centaine de citoyens, de divers horizons du point de vue des valeurs en lesquelles il ont foi, l’ont rejoint et suivi.

Cette histoire tombe à pic, alors que se sont multipliés, en broche, étiquettes, pancartes, en autocollants et dans les consciences, les « Je suis Charlie » depuis un mois. Suite à cette tragédie, trois grands effets selon moi.
– d’une part la mise en jeu de nouvelles lois et dispositions dans le domaine sécuritaire ; un système républicain laïque, ça se protège, ça se fortifie.
– d’autre part, l’éveil des consciences : la liberté d’expression est un acquis à condition, celui de la réaffirmer, la faire vivre, partout, sans quoi elle s’enclave en des lieux qui, au moins potentiellement, deviennent des cibles.
– Enfin, la mise en lumière de la position musulmane comme ’’par défaut’’, soit celle de la justification. En effet, lorsqu’un crime est réalisé par des individus se réclamant de l’Islam, c’est comme si l’ensemble de la communauté se trouvait impliquée. Pas qu’elle soit coupable, mais il est plus que de bon ton que des voix se lèvent, ne serait-ce que pour rappeler qu’il ne faut pas faire d’amalgames.

Alors l’histoire de l’artiste Combo tombe à pic, car elle figure un musulman pas du tout fantôme, qui ne fait pas de vague,

intégré à une majorité plus ou moins silencieuse, mais un qui prend une position toute contraire à celle de justification. C’est que Combo, outre son ’’CoeXisT’’, message laïque bien que s’adressant aux mouvements religieux, est un iconoclaste !

Son travail se rapproche en cela de celui de Charlie. Son but est de briser les icônes, les caricatures, de porter atteinte aux clichés. Cela au moyen de la satire avec des slogans comme « Moins de Hamas, plus de Houmous ». Ou en qualifiant sa pratique de « djih-art » alors qu’il partait en résidence d’artiste à Beyrouth. Ou en envoyant depuis là-bas des vidéos où il boit des bières en écoutant une chaîne diffusant des prières. Cela au moyen de la caricature de la caricature, autrement dit du kitc : s’habillant en djellaba et portant la barbe tout en admettant que, ,musulman, il ne n’est pas vraiment !

Signé : un Musulman de La Mée auquel Combo a transmis l’envie d’écrire, et d’en rire.


Ecrit le 25 février 2015

 Hate Poetry

Attablé sur scène, les cheveux ruisselant de confettis, Yassin Musharbash se ressert un verre de rouge avant de lire, avec un plaisir non dissimulé, ces quelques mots : « Cher monsieur fils de pute ». C’est l’accroche de l’un des innombrables courriers de lecteurs dopés à la haine que ce journaliste allemand d’origine jordanienne reçoit, chaque jour, sur son lieu de travail à l’hebdomadaire « Die Zeit ».

A tour de rôle, Yassin Musharbash et ses sept confrères de la presse écrite allemande « aux noms de famille bizarres » vont lire les courriers haineux qu’ils reçoivent dans une ambiance de fête pour mieux s’en moquer. En plein essor de la xénophobie en Allemagne (succès des manifestations anti-Islam Pegida, montée du parti populiste AfD), Hate Poetry est un spectacle aux allures de thérapie de groupe, qui sillonne les villes allemandes à guichets fermés. Objectif : « envoyer toute cette merde en orbite ».


Ecrit le 11 mars 2015

 Au delà du terrorisme : le Daechisme

Un colloque s’est tenu à Paris les 5-6 mars 2015 à l’invitation de Fethi Benslama, directeur des Etudes psychanalytiques de l’Université de Paris avec la participation de chercheurs en sciences humaines et sociales, et de praticiens sur les terrains éducatif, psychologique et judiciaire.
Dans un interview au Nouvel Observateur, M. Benslama explique (lire plus loin) que la radicalisation de certaines personnes est liée à trois facteurs : le contexte social, la trajectoire individuelle, et l’apparte-nance à un groupe radical. Reste à savoir pourquoi et à quel moment se fait le basculement vers l’extrémisme.

’’C’est un alliage très particulier idéal et haine qui fait la caractéristique commune de tous les djihadistes’’.

’’Nous avons tous des idéaux qui nous permettent de nous socialiser, en nous détachant du trop-plein d’amour infantile pour nous-mêmes. L’idéal fait aussi office de rehausseur narcissique en redonnant de l’amour collectif au sujet. C’est évidemment spécialement opérant pour les accidentés de la vie. L’idéal glorieux peut être une prothèse efficace.

Les idéaux peuvent être d’amour ou de haine, avec des passages éventuels
de l’un à l’autre. Or la haine a une puissance fondamentalement structurante, il ne
faut pas l’oublier’’.

Deux types de haine

Il y a au moins deux types de haine :

– celle qui appartient au registre de l’avoir, qui consiste à vouloir ce que l’autre possède, c’est-à-dire la jalousie,
– et celle plus radicale encore du registre de l’être, qui vise l’autre pour ce qu’il est, parce qu’il a une puissance supposée qui empêche le haineux de jouir de sa vie. Alors on l’exècre, on essaie de le ravaler et de l’exclure.

C’est cette haine d’une insondable agressivité qui est à l’œuvre dans le racisme et l’antisémitisme, ou dans les actions de Daech en Irak à l’encontre des Yazidis en particulier.

Pour comprendre la formation de cet idéal de haine, il faut revenir à la constitution de l’idéologie islamiste et à la situation sociale du monde musulman contem-porain. Cette idéologie a pour noyau la thèse d’un tort infligé à l’islam par l’Occident.

C’est un fait que les Lumières pénètrent dans le monde musulman avec des expéditions militaires, le colonialisme et des interventions violentes qui se sont répétées depuis. Malgré cela, des musulmans ont considéré que ces Lumières apportaient des solutions qui ne se trouvaient pas dans l’islam. C’est l’apparition, dès le XIXe siècle, du « musulman réformé ». C’est aussi la formation des Etats nationaux sur le modèle occidental, et surtout l’émergence d’un Etat laïc en Turquie, simultané à l’abolition du califat : acte perçu comme destitutif du symbole de la souveraineté islamique.

L’idéologie islamiste naît dans ce contexte, en réaction à l’idéal islamique blessé. D’où l’objectif de la restauration du califat contre les Etats nationaux et le mot d’ordre des Frères musulmans : « L’islam a réponse à tout. » Mais c’est l’explosion démographique et l’abandon des masses dans le dénuement ainsi que l’incurie et la violence des gouvernants qui vont renforcer socialement un sentiment de trahison. C’est le terreau de l’indignité réelle d’où naîtront les milliers de sujets s’identifiant au préjudice et à la blessure, prêts à s’engager dans la réparation ou dans la vengeance au nom de la justice identitaire. Cette idéologie islamiste a construit une sorte de ’’sur-musulman’’, appelé à devenir plus musulman que musulman, dans une surenchère à tous les niveaux. C’est ça le salafisme, pour qui le réformé devient un sous-musulman.

Par extension, dans les pays européens, les enfants de migrants occidentalisés qui s’éloignent de la religion représentent la mort possible de l’idéal islamique. C’est là qu’intervient la trajectoire individuelle ; certains peuvent se reconnaître dans la blessure de l’idéal et se révolter. (…). Les messages d’appel à la réparation peuvent même fasciner des non-musulmans prêts à arracher leur dignité par la violence. En Europe, le cynisme du capitalisme sauvage, qui a dégradé les idéaux des Lumières, favorise ces engagements.

Daech est au-delà du terrorisme. Le djihadisme a pris aujourd’hui, avec l’extrémisme des groupes islamistes, une forme auto-hétéro-sacrificielle, qu’il n’avait pas dans le passé. C’est l’idéal d’une haine de soi et de l’autre qui veut se réaliser dans le sacrifice de sa propre vie et de celle d’autrui. (…) La grande nouveauté de Daech, ce n’est pas la cruauté, tous les génocidaires l’exercent, c’est le fait de la donner à voir, ce qui est rendu possible par les techniques modernes de diffusion de l’image. Il y a ici une triple jouissance du crime : on tue atrocement, on montre qu’on est capable de transgresser tous les interdits, on fait participer les spectateurs à cette jouissance.