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Ils sont le mal, et nous ?

Ecrit le 25 novembre 2015

Dans ces affaire de terrorisme, il faut se garder de tout manichéisme : ils sont le mal, c’est sûr, mais sommes-nous ’’le bien’’ ? Voici des extraits de textes conduisant à la réflexion :

 Vos guerres, Nos morts

Texte intégral ici 
par Julien Salingue, docteur en sciences politiques, qui écrit : Vous êtes en guerre, vous les Sarkozy, Hollande, Valls, Cameron, Netanyahou, Obama. Vous êtes en guerre, vous et vos alliés politiques, vous et vos amis patrons de multinationales. Et vous nous avez entraînés là-dedans, sans nous demander notre avis. Afghanistan, Iraq, Libye, Mali, Syrie… nous n’avons pas toujours été très nombreux à protester. Nous n’avons pas suffisamment réussi à convaincre que ces expéditions militaires ne feraient qu’apporter toujours plus d’instabilité, de violences, de tragédies. Là-bas, et ici.

Car la guerre n’a pas commencé hier soir. Et elle n’avait pas commencé en janvier lors des tueries de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher. Elle avait commencé bien avant.

Contre qui la France est-elle en guerre ? Selon les discours et les périodes, contre le « terrorisme international », contre le « jihadisme », contre la « barbarie intégriste », etc. La France a, en réalité, emboîté le pas aux États-Unis de George W. Bush dès septembre 2001 (guerre en Afghanistan, législation « antiterroriste ») et fait sienne, sans toutefois le dire, la rhétorique et la politique du « choc de civilisation ».

Nous vivons dans un monde en guerre. La Russie, la France et les États-Unis bombardent la Syrie. L’Arabie Saoudite bombarde le Yémen. Les « opérations » françaises se poursuivent au Mali. Obama a annoncé que ses troupes ne quitteraient pas l’Afghanistan. 

D’après le Haut Commissariat aux Réfugiés, il n’y a jamais eu autant de réfugiés et déplacés qu’aujourd’hui, et il n’y a aucune raison que les choses s’améliorent.

Et la guerre fait des morts de tous les côtés. Vos guerres, nos morts. 129 c’est effrayant. C’est presque autant que la moyenne quotidienne des morts en Syrie. Où on compte 250 000 morts depuis mars 2011, soit 4500 par mois, soit 150 par jour.


 Des monstres

Autre point de vue : d’où vient l’argent ? D’où viennent les armes ?

L’organisation terroriste dispose de moyens financiers considérables. L’argent - en partie - provient de plusieurs pays du Golfe alliés de Washington et de Paris, du commerce du pétrole en direction, dit-on sans obtenir de démenti, de pays européens ainsi que du pillage d’antiquités vendues au prix fort en Occident par des réseaux mafieux.
D’où viennent les armes ? Un grand merci au grand Sam et à ses copains de Londres et de Paris. Le matériel fourni aux opposants à Bachar el Assad est passé à 90% entre les mains des Djihadistes avec en prime les reliquats des arsenaux libyens ainsi que des blindés, des tanks et de l’armement lourd de fabrication US pris à l’armée irakienne.

Les Talibans en Afghanistan avaient été armés par Reagan au nom de la défense du « monde libre » avec les résultats que l’on connaît. Les « Contras » au Nicaragua avaient bénéficié des mêmes largesses. (…) En accueillant les dictateurs latino-américains en retraite dorée à Miami, les officiels nord-américains ont pour habitude de dire : « Ce sont des fils de pute, mais ce sont nos fils de p.. ». Les dirigeants occidentaux peuvent dire à propos des barbares : « ce sont des monstres, mais ce sont nos monstres. »

Signé : José Fort


 Art du cynisme, analyse

Encore un point de vue, en bref retour sur des attentats guerriers (faute de trouver un mot plus juste pour les qualifier). Des tueurs, préparés et déterminés, ont cyniquement, chirurgicalement, choisi leur impact en fixant Paris, la Capitale. Cinq lieux de partage, en affluence, situés au proche voisinage du Boulevard Voltaire reliant la Place de la République à la Place de la Nation, et le sixième visant le Stade de France. Tous ces noms sont évocateurs.

Un vendredi 13, en soirée, une fin de semaine, la foule est là, innocente, détendue, consommatrice de mets, boissons, musique et sport. Elle est éprise de contacts, de spectacles et d’insouciance. En un mot, de liberté. Un modèle de vie harmonieux, jalousé, est visé.

La moisson funèbre est facile, abasourdissante, fauchant au jugé sans distinction. Notre jeunesse, notre pépinière choyée, dynamique et festive, a payé un lourd tribut, blessée ou tuée par des loups du même âge, pas solitaires, mais bien organisés en meute. Chacun-e doit rester en vigilance et alerter.

Quoi dire face à la détresse de cette mère dans la bonne quarantaine, en vélo, hébétée et en larmes, qui sort de la mairie du XIe et qui dit : « ma fille et mon fils étaient au Bataclan. Ma fille est morte dans les bras de mon fils, vivant par miracle. Je cherche son corps. ».

Non, rien n’a été laissé au hasard, rien, comme un avertissement. Les fêtes de fin d’année s’approchent. Nous n’aurons jamais peur. Si des loups, exécuteurs ou commanditaires, sont repérés vivants, ils ne méritent même pas la douce euthanasie réservée à nos chiens en soins palliatifs. Ni la moindre compassion. Ils sont devenus des ennemis inhumains, qui blasphèment la vision religieuse proclamée. La fatwa sévère s’applique de plein droit

« Notre cible n’est pas l’Islam, c’est le salafisme » (quelques tarés fondamentalistes, en majorité d’obédience sunnite).
Le 17/11/15, Pascal, de Blain


 SENS DU SANG

Devant de sanglants événements
Faut-il danser, chanter allègrement ?
Faut-il pleurer, gémir intensément ?
Ou se calfeutrer dangereusement ?
Passer par l’alternance des sentiments
Chercher obstinément un certain sens
Comprendre résolument pourquoi ce sang
S’écoule la vie et le mouvement ?
Prendre le sang, verser le sang
A toujours eu beaucoup de sens
Tuer la vie avec le sang,
Donner la vie avec son sang
La vie humaine a-t-elle un sens
Pour mériter de perdre son sang ?

C’est la douleur que l’on ressent
Quand on voit couler tant de sang
La colère appelle la colère
Comme le sang appelle le sang
Le monde est désormais sans sens
Et beaucoup le mettrait en l’air
Ne cédons pas à ces rackets
Ne payons pas le prix du sang
Ne perdons pas le commun sens
Mais que chacun suive ses quêtes !

Signé : Hervé


 Vous n’aurez pas ma haine

« Vendredi soir vous avez volé la vie d’un être d’exception, l’amour de ma vie, la mère de mon fils, mais vous n’aurez pas ma haine. Je ne sais pas qui vous êtes et je ne veux pas le savoir, vous êtes des âmes mortes. Si ce Dieu pour lequel vous tuez aveuglément nous a fait à son image, chaque balle dans le corps de ma femme aura été une blessure dans son cœur.

Alors non je ne vous ferai pas ce cadeau de vous haïr. Vous l’avez bien cherché pourtant mais répondre à la haine par la colère ce serait céder à la même ignorance qui a fait de vous ce que vous êtes. Vous voulez que j’aie peur, que je regarde mes concitoyens avec un oeil méfiant, que je sacrifie ma liberté pour la sécurité. Perdu. Même joueur joue encore.

Je l’ai vue ce matin. Enfin, après des nuits et des jours d’attente. Elle était aussi belle que lorsqu’elle est partie ce vendredi soir, aussi belle que lorsque j’en suis tombé éperdument amoureux il y a plus de 12 ans. Bien sûr je suis dévasté par le chagrin, je vous concède cette petite victoire, mais elle sera de courte durée. Je sais qu’elle nous accompagnera chaque jour et que nous nous retrouverons dans ce paradis des âmes libres auquel vous n’aurez jamais accès.

Nous sommes deux, mon fils et moi, mais nous sommes plus forts que toutes les armées du monde. Je n’ai d’ailleurs pas plus de temps à vous consacrer, je dois rejoindre Melvil qui se réveille de sa sieste. Il a 17 mois à peine, il va manger son goûter comme tous les jours, puis nous allons jouer comme tous les jours et toute sa vie ce petit garçon vous fera l’affront d’être heureux et libre. Car non, vous n’aurez pas sa haine non plus »

Signé : Antoine Leiris, Lettre à Daesh


 Défense des libertés

Nous ne céderons pas !

Ceux qui, au nom de Daech, ont fait subir à Paris et à Saint-Denis un moment d’inhumanité absolue ne nous feront pas céder. Rien ne peut justifier ces assassinats, ici ou ailleurs. Chacune des victimes vit en nous parce que nous appartenons à la même humanité. Notre solidarité à leur égard et à l’égard de leurs familles est totale. Ce crime est immense mais c’est en continuant à vivre librement et fraternellement que notre réponse sera à la hauteur.

Nous ne sommes pas naïfs : nous savons que ces actes de terrorisme appellent des réponses à la mesure du danger qu’ils représentent. Comme nous savons que le rôle des forces de l’ordre et de la justice est essentiel pour protéger nos libertés. Mais cela ne doit pas nous empêcher de réfléchir aux réponses que notre société doit apporter à ces actes et à celles déjà mises en œuvre.

C’est la démocratie qui est mise à mal quand le Parlement est appelé à délibérer d’un jour à l’autre, sous la pression de l’émotion et les assauts de démagogie de responsables politiques qui cultivent la peur.

Après la prorogation de l’état d’urgence et l’extension des pouvoirs de police, d’autres mesures sont encore annoncées par le président de la République.

Il nous paraît essentiel de rappeler que rien ne doit nous faire sortir de l’Etat de droit et nous priver de nos libertés. L’état d’urgence ne peut devenir un état permanent et les conditions de sa mise en œuvre ne sauraient entraver la démocratie sociale, l’exercice de la citoyenneté et le débat public.

Depuis 1986, les lois accordant plus de pouvoirs aux forces de l’ordre, organisant une justice d’exception et restreignant nos libertés, au prétexte de lutter contre le terrorisme, s’empilent. L’adoption d’autres dispositifs législatifs, y compris d’ordre constitutionnel, exige de poser la question de leur efficacité et de l’atteinte supplémentaire aux libertés qu’ils constituent. Avant de modifier la loi et de conférer à l’Etat des pouvoirs accrus, il faut que celui-ci s’interroge sur ce qui n’a pas permis d’éviter une telle abomination. La réponse des autorités se veut martiale, elle n’est pas une assurance de sécurité et ne garantit en rien le respect de nos libertés.

Vouloir priver de leur nationalité jusqu’aux personnes nées françaises, c’est délivrer une nouvelle fois le message d’une France divisée. Le silence du président de la République, lors de la réunion du Parlement, sur l’indispensable engagement de l’Etat en faveur de l’égalité des droits, de la justice sociale, sur le développement des services publics, contre toutes les discriminations et contre toutes les manifestations de racisme accroît dramatiquement le sentiment d’exclusion que vit toute une partie de notre peuple. Il donne ainsi un peu plus corps à la stigmatisation croissante qui s’exerce, mettant en péril notre volonté de vivre ensemble.

Nous voulons que ces dramatiques événements soient, au contraire, l’occasion de construire un autre chemin que celui qui nous est proposé. Un chemin qui refuse de désigner des boucs émissaires et qui refuse que la France soit en guerre contre elle-même. Un chemin qui donne à la paix et à l’égalité des droits toute leur place et qui s’engage en faveur d’une France solidaire, ouverte à l’autre, accueillante, libre et fraternelle.

Pour nos libertés, pour une société où la fraternité a toute sa place, nous ne céderons pas à la peur dans laquelle veulent nous faire vivre ceux et celles qui font de la mort leur raison de vivre.

Nous appelons les femmes et les hommes de ce pays à rester solidaires et à lutter contre toute forme de racisme. Nous appelons aussi à la défense des libertés car nous ferons prévaloir en toutes circonstances notre liberté d’information, d’expression, de manifestation et de réunion. Nos organisations construiront, partout en France, ces lieux qui nous permettront de débattre et nous exercerons une vigilance permanente afin que nos droits et libertés soient préservés et que nul ne soit victime de discriminations.

Premiers signataires de ce texte au niveau national :

AFD International, Agir pour le changement démocratique en Algérie (Acda), Assemblée citoyenne des originaires de Turquie (Acort), Association des Marocains en France (AMF), Association des travailleurs maghrébins de France (ATMF), Association des Tunisiens en France (ATF), Association des universitaires pour le respect du droit international en Palestine (Aurdip), Association française des juristes démocrates (AFJD), Association France Palestine solidarité (AFPS), Association Grèce France Résistance, Association interculturelle de production, de documentation et de diffusion audiovisuelles (AIDDA), Association pour la reconnaissance des droits et libertés aux femmes musulmanes (ARDLFM), Associations démocratiques des Tunisiens en France (ADTF), Attac, Cadac, Cedetim, Confédération générale du travail (CGT), Conseil national des associations familiales laïques (Cnafal), Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), Collectif 3C, Collectif des 39, Collectif des féministes pour l’égalité (CFPE), Comité pour le développement et le patrimoine (CDP), Comité pour le respect des libertés et des droits de l’Homme en Tunisie (CRLDHT), Commission islam et laïcité, Confédération syndicale des familles   (CSF), Collectif des musulmans de France (CMF), Coordination des collectifs AC !, Droit au logement (Dal), Droit solidarité, Droits devant !!, Emmaüs   France, Emmaüs   International, Fédération des Tunisiens citoyens des deux rives (FTCR), Fédération nationale de la Libre pensée, Fédération internationale des Ligues des droits de l’Homme (FIDH), Filles et fils de la République (FFR), Fondation Copernic, Fédération syndicale unitaire (FSU), Genepi, Ipam, La Cimade, La Quadrature du Net, Le Mouvement de la paix, Ligue des droits de l’Homme (LDH), Le Gisti, Les Amoureux au ban public, Les Céméa, Maison des potes, Mamans toutes égales (MTE), Médecins du monde, Mrap, OIP - section française, Organisation de femmes égalité, Planning familial, Réseau éducation sans frontières (RESF), Réseau euromaghrébin culture et citoyenneté (REMCC), Réseau Euromed France (REF), SNPES-PJJ/FSU, Snuclias-FSU, Syndicat des avocats de France (Saf), Syndicat national des journalistes (SNJ), SNJ-CGT, Unef, Union des travailleurs immigrés tunisiens (Utit), Union juive française pour la paix (UJFP), Union nationale lycéenne (UNL), Union syndicale de la psychiatrie (USP), Union syndicale Solidaires...