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Sus au Libre, tout doit être payant

Ecrit le 28 avril 2010

Libre … censuré

« CONTREFAÇON, la vraie expo qui parle du faux » commence le 20 avril à la Cité des Sciences et de l’Industrie à Paris, et court jusqu’en février 2011. Ouest France en parle dans son édition du 21 avril.

Comme son sous titre accrocheur l’indique, cette expo parle de fausse monnaie, fausses marques, faux médicaments, fausses montres,... et dans la foulée, de la vraie musique téléchargée illégalement par quelques adolescents dont on se propose de corriger l’égarement

Copier c’est mal, voilà tout le message de ce déballage. La seule chose dont l’expo ne parle pas : « le Libre ».

Initialement, les commissaires de l’exposition avaient prévu de consacrer un modeste volet à la présentation du Libre. Un texte concis définissant le Libre, ses enjeux et ses perspectives, devait être diffusé dans une petite zone de l’exposition équipée de bornes audio avec la version écrite affichée à proximité.

Hélas, quatre jours avant l’ouverture de l’expo, le Libre a été censuré car « notre partenaire principal, l’INPI, est farouchement opposé à ce que l’expo donne la parole aux défenseurs du « libre » »

Qu’un établissement public cède aux desiderata de ses partenaires financiers et renonce à sa liberté de parole est en soi scandaleux [2]. Mais prétendre informer le public sur la question de la Propriété Intellectuelle sans jamais évoquer le modèle du Libre, pourtant en plein développement, est tout simplement malhonnête et relève d’une entreprise de désinformation.

Le libre,
un phénomène en expansion
Un nombre croissant d’auteurs choisissent de mettre leurs œuvres à la disposition du public avec un type de contrats bien spécifiques qu’on appelle des licences libres. Ces licences autorisent quiconque à diffuser des copies de l’œuvre. Elles l’autorisent également à publier sous sa propre responsabilité d’auteur des versions modifiées de l’œuvre. Ces autorisations sont assorties de deux conditions :

Premièrement, il faut mentionner l’auteur de l’œuvre initiale et donner accès à ses sources

Deuxièmement, les copies ou versions modifiées de l’œuvre doivent être publiées avec les mêmes autorisations.

Les œuvres libres sont nécessairement divulguées avec une licence qui garantit ces conditions, par exemple la GNU GPL, pour les logiciels, et la Licence Art Libre, pour les œuvres culturelles. Le domaine des œuvres libres n’est donc ni une zone de non droit ni assimilable au gratuit car il y a des œuvres gratuites qui ne sont pas du tout libres, et il y a des œuvres libres payantes.

On parle du « monde du libre » pour désigner les acteurs participant à la promotion et au développement du domaine du libre.

Depuis 1983, les développeurs de logiciels sont à l’avant-garde de ce mouvement et de sa formalisation juridique, car dans ce secteur d’activité la nécessité d’innovation est constante et les utilisateurs ont tout intérêt à mettre la main à l’ouvrage pour améliorer les défauts d’un logiciel ou l’adapter à leurs besoins. Ainsi, ils deviennent à leur tour auteurs.

Ce modèle de développement correspond aux aspirations d’une société démocratique composée de citoyens qui apportent une contribution constructive à la vie publique et ne se contentent pas d’être seulement gouvernés. L’intérêt que suscite le Libre est donc d’abord d’ordre politique. Cet intérêt est exacerbé par le fait que les législations de plus en plus restrictives sur le droit d’auteur évoluent à contresens de l’intérêt du public et deviennent des freins pour la création. Dans ce contexte, les licences libres apparaissent comme une issue légale et pragmatique pour constituer un domaine dans lequel les obstacles à la diffusion et à la réutilisation créative des œuvres sont levés.

Dans le domaine de la création artistique et de la publication scientifique, le modèle du libre correspond aussi à une réalité sociale. C’est l’émergence d’une société d’amateurs qui, à la faveur d’un meilleur accès à l’éducation, au temps libre, aux moyens de production et de communication, s’invitent sur la scène en bousculant parfois les positions établies. Ces amateurs sont le corps vivant de la culture : sans eux les œuvres resteraient « lettre morte ».

Depuis le 19e siècle, avec la création des musées et la naissance du droit d’auteur, notre culture a privilégié la conservation pour assurer la pérennité des œuvres. Ce qui se profile avec le modèle du Libre, c’est que, parallèlement aux efforts de conservation, une autre forme de pérennisation retrouve sa place dans notre culture : il s’agit de la transmission, qui fonde aussi la tradition. Or, l’acte de transmission passe par un processus d’appropriation (on ne peut transmettre que ce qu’on a déjà acquis ou assimilé), et cela implique des transformations qui font évoluer les œuvres. C’est la condition d’une culture vivante, une culture portée par des acteurs plutôt que supportée par des sujets.

Isabelle Vodjdani

Source de cet article


NOTES:

[1] Depuis plusieurs années des études sur l’impact du piratage sur le marché de la musique apportent régulièrement un démenti aux affirmations des lobbys de la répression du téléchargement. Dans la dernière en date, Le GAO affirme que les chiffres du piratage sont contrefaits (ReadWriteWeb, 19 avril 2010)

[2] Précisons que L’INPI (institut nationale de la propriété intellectuelle) est également un établissement public, mais autofinancé et relevant de la tutelle du ministère de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, tandis que la Cité des Sciences et de l’Industrie est sous la tutelle du ministère de la Culture.