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Des bons pour les salauds de pauvres

Ecrit le 1er septembre 2010

Dans le cadre de la démarche présidentielle visant à occuper le terrain médiatique, on a vu le député Edouard Courtial suggérer que l’allocation de rentrée scolaire puisse être versée en bons d’achat, en expliquant qu’« Il s’agit de replacer la responsabilité de chacun au cœur de notre contrat social. Avec le respect de l’autorité, l’effort individuel et la méritocratie, vous avez les marqueurs du sarkozysme. Cette proposition de loi s’inscrit au croisement des valeurs ». (JDD du 15 août). 115 députés UMP l’auraient déjà signée.

Cette proposition est bien évidemment porteuse d’une certaine représentation des personnes modestes : elles ne peuvent que tenter d’escroquer !

Le mécanisme proposé est un peu celui qui existait à une certain époque avec les familles dont les prestations sociales étaient en tutelle : on leur donnait des bons pour acheter ceci ou payer cela. Les commerçants les voyaient arriver de loin !

On s’est aperçu ensuite qu’outre la stigmatisation et la honte qui étaient liées à cette pratique, on ne permettait pas aux gens concernés de prendre leur élan et d’assumer réellement leurs responsabilités. Les tuteurs ont donc appris non seulement à substituer l’argent liquide aux bons, mais encore à reverser la totalité sinon une grande partie de l’argent des prestations à la famille pour en contrôler a posteriori l’utilisation.

Pour M. Courtial et ses amis, ici comme ailleurs, on acquiert le sens des responsabilités par le cadrage et la répression et pas par l’éducation et l’exercice des responsabilités. Certains qui sont du bon côté du manche condescendent à venir en aide à ceux qui ont moins ; ceux là devraient les en remercier et se comporter correctement c’est-à-dire comme le bon donateur veut qu’ils se comportent ! Cette attitude suinte la bonne conscience et le mépris des pauvres.

Tutelle aux prestations sociales

La solution existe bien évidemment au problème –marginal comme l’admet le député – à travers la mise sous tutelle des prestations sociales si celles ci ne sont pas utilisées dans l’intérêt de l’enfant. Sous le contrôle du juge des enfants qui l’aura mandaté, le tuteur veille à ce que l’argent des prestations sociales ne soit pas dilapidé, et accompagne la famille dans sa démarche éducative, lui montrant comment préparer la rentrée scolaire et, pourquoi pas, comment suivre la scolarité de l’enfant par-delà les problèmes de cartables et de crayons.

Aujourd’hui environ 30 000 familles font l’objet de la mesure d’aide à la gestion familiale – nouveau nom donné en 2007 à la tutelle aux prestations sociales. Cette mesure est bénéfique pour la plupart d’entre elles et permet aux enfants de ne pas pâtir de carences de gestion des parents. Encore faut-il qu’il y ait une carence.

Question : quel député envisage de déposer une proposition de loi faisant en sorte que le chèque liquidant le bénéfice du bouclier fiscal pour ceux qui ont la chance d’en être à ce niveau de ressources ne puisse être affecté qu’au financement du logement social ou aux grands travaux publics ? Il ne faut pas seulement « moraliser l’allocation de rentrée scolaire », mais également le bouclier fiscal.

(D’après les écrits du juge Jean Pierre Rosenczveig)