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Retraites 23 septembre : les chiffres cachés

Ecrit le 22 septembre 2010

 Manif du 23 sept. 14h30 place de la mairie à Châteaubriant

parce que …

Le gouvernement, en réponse aux mobilisations, ne modifie pas la logique globale de sa réforme. Les injustices demeurent. Le calendrier précipité ne permet pas aux organisations syndicales d’être entendues pour défendre un projet alternatif conforme à l’intérêt des salariés.

Le recul de l’âge d’ouverture du droit à la retraite de 60 ans à 62 ans, combiné à l’augmentation de la durée de cotisation, ne peut que fortement pénaliser les salariés, plus particulièrement tous ceux qui ont commencé à travailler jeunes, qui seront amenés à contribuer plus que les autres au financement du système sans acquérir le moindre droit supplémentaire.

Le recul de l’âge du taux plein de 65 ans à 67 ans va durement aggraver la situation des salariés ayant eu des parcours professionnels morcelés, en particulier les femmes et ceux
qui sont conduits à entrer tardivement sur le « marché » du travail.
Rendez-vous 23 septembre !

 Les vrais chiffres

Taux de cotisation, espérance de vie, âge effectif de départ… les données chiffrées sont au cœur du débat sur les retraites. Encore faut-il les manier avec discernement et éviter les pièges. David Larousserie (Sciences et Avenir) donne quelques repères. Nous les avons lus pour vous.

D’où viennent les chiffres ?

D’une source unique : le Conseil d’orientation des retraites (COR), qui prend en compte différents paramètres, et leur évolution sur 40 ans à venir :
– Démographiques : espérance de vie, natalité, solde migratoire
– Économiques : chômage, productivité
– Réglementaires : âge de départ en retraite, durée de cotisation

Et avec ça, le COR a fait trois scénarios et l’INSEE a fait des calculs de probabilité. Il n’y a donc aucune certitude et il suffit de faire varier un des éléments pour que l’ensemble change.

Un actif pour … combien de retraités ?

En 2010, il y a 1,8 actif cotisant pour un retraité.
En 2050, il y aurait 1,2 actif cotisant pour un retraité. Le problème économique apparaît donc flagrant

Sauf que le COR estime qu’il y aura une productivité de 2 % par an. Ce qui correspond à un doublement de la richesse en 35 ans.

De ce fait, les 1.2 actif produiraient de la richesse comme 2,4 actifs. On se trouve donc dans la même situation que maintenant : rien de catastrophique !

Part du PIB pour les retraites

Le PIP (produit intérieur brut) est un indicateur de la richesse d’un pays. Pour le financement des retraites, on nous annonce :
1980 : 10,1 %
2008 : 13,4 %
2050 : 15,3 %

Ce qui fait une augmentation de 50 %. Le problème économique apparaît donc flagrant.

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Calcul retraites

Ainsi,
– En 1980, en consacrant 10,1 % aux retraites, il restait 400 milliards disponibles.
En 2050, en consacrant 15,3 % aux retraites, il resterait 3300 milliards disponibles.

L’espérance de vie

L’argument a été maintes fois répété pour expliquer l’acuité du problème à venir : « Chaque année, nous gagnons un trimestre d’espérance de vie. » Soit un an de plus tous les quatre ans.

Mais de quelle espérance de vie parle-t-on vraiment ? Est-ce celle à la naissance ou celle à 60 ans, plus pertinente dès qu’il est question de retraite ? Une vie en bonne santé ou altérée par la maladie ?

Pour les hommes, par exemple, l’espérance de vie à la naissance est passée de 69,8 à 77,6 ans entre 1978 et 2008, d’où le fameux « un an de vie gagné tous les quatre ans », souvent cité

Mais, si l’on examine cette fois l’espérance de vie à 60 ans sur cette même période, on s’aperçoit qu’elle passe de 17 à 22 ans, soit un an tous les six ans, ce qui est moins important. La différence s’explique par la baisse de la mortalité infantile et par la baisse des décès des jeunes sur les routes, autant de critères qui n’influent pas, par définition, sur l’espérance de vie à 60 ans.

Il faut aussi s’intéresser à l’espérance de vie … en bonne santé, c’est-à-dire, selon l’Insee, « sans limitation d’activité ou sans incapacité majeure liée à des maladies chroniques, aux séquelles d’affections aiguës ou de traumatismes ». En 2007, cette dernière était à la naissance de 63,1 ans pour les hommes et de 64,2 pour les femmes, soit nettement moins que l’espérance de vie totale.

Or, à en croire les statistiques de la Cnav (Caisse nationale d’assurance vieillesse), avant la réforme de 1981 qui a abaissé l’âge de la retraite de 65 à 60 ans, la part des pensions pour invalidité avait régulièrement augmenté, atteignant jusqu’à 42% des pensions attribuées, avant de chuter à 18% aujourd’hui. Pas sûr donc qu’allonger le temps de travail n’ait pas de conséquences sur la santé, et donc le déficit d’autres caisses comme l’Assurance-maladie.

Inégalités sociales

Selon le dernier numéro de la revue de la Caisse nationale d’assurance vieillesse (août 2010), l’espérance de vie en bonne santé perçue (EVBS), est très inégalitaire : les hommes de 50 ans qui ont une profession qualifiée peuvent espérer vivre 23 ans en bonne santé, contre un peu moins de 14 ans pour les ouvriers. Cet écart d’EVBS est de 9 ans entre les femmes les plus qualifiées et les ouvrières.

La réforme actuelle, en repoussant l’âge de la retraite à 62 ans, va pénaliser les personnes ayant commencé à travailler tôt : celles qui ont les moins bonnes conditions de travail, les plus faibles salaires et les plus grandes « chances » d’arriver diminuées à la période de la retraite.

Le partage des richesses

Une réalité dont on parle peu : la baisse des salaires dans la valeur ajoutée depuis 1980 et l’augmentation des dividendes versés par les entreprises.

La valeur ajoutée mesure l’ensemble des revenus générés par l’activité productive. Une partie (les deux tiers environ) est redonnée en salaires, l’autre en profits (plus précisément, l’excédent brut d’exploitation).

Or la part des salaires est aujourd’hui de 65%, soit le même taux qu’entre 1960 et 1975, alors qu’elle était de 75% entre 1975 et 1985. Soit une perte de 10 points !

En revanche, dans le même temps, la part des revenus versés en dividendes a fortement augmenté, passant de 15 à 25% environ du total entre 1993 et 2007. En 2008, le total de ces dividendes équivalait à sept fois ceux du déficit des retraites.

D’où l’argument selon lequel des pistes alternatives, plus économiques que démographiques, existent pour financer les retraites.

Retraites : les corps de l’usure, par un médecin du travail - http://www.pratiques.fr/Projet-de-loi-sur-les-retraites.html