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Frontières : l’homme a besoin de limites

Ecrit le 13 octobre 2010

 Frontières

Michel Ca

Mais où les ont-ils dénichés ? Michel Catala, Dominique Lepage et Jean-Claude Meuret ont su rassembler des intervenants de première qualité : quelques universitaires à cheveux blancs, et une importante majorité de jeunes chercheurs qui avaient tous des choses intéressantes à dire. Ce colloque a été mené à vive allure : peu de salamalecs et de protocole, mais des horaires respectés, des communications limitées à 20 minutes, avec un grand souci pédagogique, une organisation impeccable.

Après avoir remercié le Conseil Général pour l’organisation pratique, Michel Catala a présenté les grandes lignes du colloque :

– « Travailler non pas sur les frontières, mais sur les marches et les limites anciennes en Europe, de manière à étudier comment ces frontières oubliées sont aujourd’hui retrouvées dans un nouveau cadre européen pacifié et unifié.
– Certes, faire l’histoire des ces anciennes frontières, mais étudier également leurs traces actuelles, les identités et les cultures qu’elles nourrissent, et les tentatives actuelles de les faire revivre dans des opérations patrimoniales.
– Finalement, écrire l’histoire de ces anciennes frontières et voir comment l’Europe du XXI° siècle cherche tout à la fois à dépasser les anciennes barrières frontalières par la coopération tout en faisant ressurgir ces multiples identités locales et régionales… En démontrant qu’il n’y a pas contradiction entre ces deux phénomènes ».

 Frontières pas si naturelles que ça

Figurez vous que, une frontière, ce n’est pas un objet inerte, c’est une idée, un mot. Il n’y a pas de frontière sans les mots. Le mot frontière appartient plutôt au discours de la guerre : on peut avoir envie d’étendre les frontières, de résister aux agressions à la frontière. Le mot « limite », lui, appartient au langage de la paix : la limite est définie par un contrat bilatéral. Pour Jean-Christophe Cassard, « une frontière offensive peut devenir une limite apaisée ».

Mais où est la frontière ? Elle ne résulte pas d’un trait sur une carte. Une crète ? Mais quelle crète ? Une rivière ? Mais pourquoi celle-ci et pas celle-là ? Une frontière n’est pas une chose, c’est un choix !

Une frontière est plutôt un phénomène de rupture que de continuité. Une frontière n’existe que parce qu’elle est reconnue par les habitants, imposée par la durée ! Le poète allemand Goethe réalisa en 1792 une aquarelle devenue célèbre, sanctifiant « la frontière de la liberté » marquée d’un poteau avec bonnet phrygien de la Révolution française.

Allons, venons sur le terrain avec un jeune archéologue Emmanuel Ghesquière qui s’intéresse aux armatures de flèches datant du Mésolithique (9500 à 5000 ans avant notre ère) au temps où les peuples étaient chasseurs-cueilleurs. Il a montré la grande similitude entre celles se trouvant sur la rive droite de la Seine, et des différences importantes avec celles de la rive gauche. D’où l’idée : à cette époque lointaine, la Seine était une frontière. Il en était de même pour la Vilaine.

Bernard Médrignac a parlé des « royaumes doubles » au VIe siècle : par exemple Cornouailles en Bretagne et Cornwall en Angleterre, de part et d’autre de La Manche, la mer étant une frontière entre les deux. Une frontière ou plutôt un lien, rappel de l’émigration des Armoricains vers Britanny, puis retour de leurs descendants. L’Armorique s’est alors appelée Bretagne, tandis que Britanny est devenue La Grande Bretagne.

Christine Mazzoli-Guintard a montré que Madrid, située actuellement au cœur de l’Espagne, était autrefois une ville frontière entre la chrétienté et l’islam, jusqu’en 1085, et qu’il existe encore une mémoire frontalière : la ville conserve des vestiges de la muraille émirale et un réseau de tours de surveillance protégeant la région madrilène.

Léonard Dauphan a montré, à propos de la Meuse, que les frontaliers s’approprient l’idée d’un fleuve frontière, en invoquant des bornes en cuivre, immergées, … qui en fait sont imaginaires. A ce sujet René Cintré a rappelé que lors de la pose d’une borne sur la rivière Le Couesnon, faisant séparation entre Bretagne et Normandie, les enfants reçurent une poignée de noix … et une paire de gifles, pour qu’ils se souviennent …

 La frontière : limite sociale

L’idée de frontière est liée à des choix politiques. C’est une zone de contrôle sur un territoire où doit être respectée la volonté du souverain en matière féodale, judiciaire, fiscale. On a pu parler d’un rôle intérieur de la frontière et d’un rôle extérieur.

S’il n’existe pas vraiment de frontières « naturelles », il existe en revanche des frontières culturelles manifestées de multiples façons. Et notamment par les sceaux comme l’a montré Martine Fabre. Sceau à l’écu penché ? Sceau à l’écu droit ? Le sceau marque la frontière ente les catégories sociales : pape, rois, princes, prélats, grands établissements.

 Frontières en mouvement

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Laurence Moal a montré que pour exister face au Royaume de France, les princes ont dû faire admettre la reconnaissance de leur souveraineté sur des principautés et des apanages. Les frontières, qui avaient alors un rôle essentiel, étaient cependant toujours en mouvement car diverses stratégies permettaient de les étendre : alliances matrimoniales, échange de terres, droit de déshérence, et bien sûr violences. La frontière était fortement militarisée (construction de châteaux, impôts), elle était la limite de la souveraineté du prince (juridique, diplomatique, économique et fiscale), elle permettait d’assurer la cohésion d’un territoire et était donc l’objet de toutes les attentions.

La frontière pouvait, cependant, être discontinue, les « marches » représentaient une zone intermédiaire, une zone d’interpénétration des influences, y compris en matière linguistique.

 Frontière cicatrice

A propos du Traité des Pyrénées (1659) que l’Europe a commémoré l’an dernier, Oscar Jané a parlé de frontière cicatrice. « Une frontière ne s’établit pas uniquement sur un papier, elle exige un traité, des conditions historiques, des forces militaires, des intérêts locaux … et du temps ». Par exemple la frontière évoquée en 1659 a demandé encore des discussions pendant une cinquantaine d’années pour déterminer son tracé exact. Les bornes n’ont été posées qu’à la fin du XIXe siècle. 1659 : c’est la première fois où, en Europe, a été établi un traité au sujet de la frontière, établissant un nouvel ordre européen, diplomatique, militaire, politique. La frontière a permis de reconnaître l’autre : l’étranger.

 Avec l’exemple de la Flandre (ou plutôt des Flandres), Alexandra Petrowski a montré que les frontières peuvent fluctuer et que des populations frontalières deviennent officiellement étrangères, ce qui n’exclut pas la maintenance de migrations matrimoniales, religieuses ou patriotiques.

[Ndlr : Très près de chez nous, l’abbaye de la Primaudière, où la salle à manger était à cheval sur la frontière de l’Anjou et de Bretagne, permettait aux moines de ne pas faire carême, en déplaçant la table du repas en fonction des dates - différentes- du carême dans l’un ou l’autre territoire].

 Archéologie, jeux et mythes fondateurs

Dominique Allios a montré qu’à notre époque, marquée par la mondialisation (ou globalisation) ; apparaissent des créations ou des inventions de divers cultes régionaux ou nationalistes mêlant étroitement archéologie, littérature et politique. L’archéologie est utilisée comme élément de preuve d’une identité ancienne, « c’est en quelque sorte une archéologie de sauvetage ». Mais les archéologues se heurtent à des interdits. Il n’est pas question pour eux, par exemple, d’aborder le sujet des Roms ou des Tziganes.

[Ndlr : de façon analogue, le colloque de Châteaubriant a évité de poser la question des frontières artificielles de la Bretagne actuelle, 4 départements, et d’un retour à la Bretagne historique à 5 départements. Il y a là l’exemple d’une frontière interdite, d’un non-dit … comme si Les Pays de Loire était un territoire intouchable. Comme quoi l’histoire peut avoir aussi des liens avec la politique.]

 Jeux et rites festifs

Les frontières oubliées peuvent vivre encore à travers les jeux et les rites. Laurent Sébastien Fournier s’est attaché à la région écossaise des « Borders » frontalière avec l’Angleterre. Le « Ba’game », jeu de ballon s’apparentant aux mêlées, serait la survivance d’un jeu cruel des Ecossais avec la tête coupée d’un officier anglais lors des guerres anglo-écossaises du XVIe siècle. Le « Callant Festival » est une cavalcade s’assimilant au contrôle périodique des frontières à cette époque.

Pour Frédéric Durand, les recherches menées ces dernières années tendent à prouver que la frontière constitue un repère indispensable à l’homme et que les frontières que l’on voudrait effacer resurgissent en permanence. « Elles se réinventent en changeant de signification. Elles réapparaissent non pas en termes d’obstacles physiques mais en termes de barrière culturelle et identitaire ».

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Enfin Daniel Le Couëdic
a montré à travers les créations d’universités en Bretagne (Rennes, Nantes, Brest) que les frontières ancestrales apparaissent en filigrane, entre Haute et Basse-Bretagne, entre évêchés de jadis, entre subdivisions d’Ancien Régime ignorées par la départementalisation.

Finalement, « les frontières sont multiples, certaines surgissent là où on ne les attend pas, mais toujours interrogent sur les limites, les siennes et les autres, celles que l’on connaît et celles que l’on découvre ; celles que l’on accepte et celles que l’on repousse ».

 ° ° ° 

Impossible de parler de tous les intervenants. A l’exception d’une jeune femme qui ne parlait pas dans le micro, et d’un chercheur italien plutôt confus, les interventions ont été passionnantes. Et on ne peut qu’admirer la qualité linguistique des chercheurs étrangers (Espagne, Italie, Roumanie, s’exprimant dans un français courant !). Les « actes » du colloque devraient paraître dans quelques mois, reprenant, voire développant, les interventions orales et présentant les documents photographiques projetés sur écran.


Ecrit le 13 octobre 2010

 Bretagne réunie

Bretagne Réunie s’est réjouie de l’initiative   du Conseil Général de Loire Atlantique et de la Région Bretagne d’organiser le colloque « Frontières oubliées, frontières retrouvées ». « Cette initiative   permet aux habitants de Loire-Atlantique de se réapproprier leur histoire et leur identité alors qu’elles sont occultées dans les programmes scolaires et niées par les promoteurs de la région administrative des Pays de la Loire ».

Bretagne Réunie rappelle que du fait de l’amputation de la Bretagne de la Loire Atlantique et de la création en 1972 de la région administrative des Pays de la Loire une frontière invisible a été érigée entre la Loire Atlantique et le reste de la Bretagne.

Avec la transposition du découpage technocratique dans la vie courante (professionnelle, syndicale, politique, sportive, associative, enseignement, médiatique...) les habitants de la Loire-Atlantique sont de plus en plus artificiellement coupés de leur région naturelle : la Bretagne.

Bretagne Réunie, forte du soutien des habitants de la Loire-Atlantique et du reste de la Bretagne, milite pour que cette frontière administrative soit mise à bas avec la Réunification de la Bretagne.

 Réunification

Le comité local de Bretagne Réunie a déposé un courrier dans les mairies, à destination des conseillers municipaux pour leur présenter les arguments militant en faveur de la réorganisation de la Bretagne.

Les 4879 élu-e-s des 221 communes du Département ont ainsi été sollicités : accepteront-ils d’exprimer l’intérêt qu’ils portent à cette réunification ?

Bretagne réunie propose une réorganisation de l’ensemble du nord-ouest de la France en 4 régions authentiques au lieu de 6 mal identifiées.