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Presse

Journaux (03) et opinions

Journaliste à Madagascar

Voir aussi articles 1881 et 54 et suivants

Ecrit le 23 novembre 2005 :

 Comment faire l’opinion en prétendant l’enregistrer

Voici des extraits d’une analyse du Collectif « Les mots sont importants » (Acrimed). On peut trouver l’article complet à l’adresse : http://lmsi.net/article.php3?id_article=483
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Les « émeutes » de novembre 2005 ont, pendant plusieurs jours, bousculé l’agenda et les habitudes journalistiques.

Des jours durant, on a vu et entendu des « jeunes de banlieue », des garçons, des filles, des adolescents, leurs pères, leurs mères, des jeunes adultes travaillant dans « le social ».

Il semble que le temps de la normalisation soit venu. En même temps que les mesures policières de « pacification », une certaine mise au pas des médias est observable. C’est notamment le cas du Parisien. À la Une de son édition du 9 novembre 2005, il annonce en caractères énormes : « Le sondage qui change tout »

À la lecture des trois chiffres qu’il indique, on comprend que ce qui change, c’est le regard porté sur les événements, et l’évaluation des responsabilités respectives de la population émeutière et des autorités politiques. Après le temps de la critique, voici venu le temps du ralliement à la politique brutale du gouvernement.

« 73% des Français favorables au couvre-feu - 83% pour l’apprentissage à 14 ans - 86% scandalisés par les violences ou mécontents » - « Massivement, les Français disent oui à la fermeté » Voilà ce que dit « Le Parisien »

Sur ce sondage, sa construction, son interprétation, et sa prétention à « tout changer », quelques remarques s’imposent.

1. Aucun sondage ne « change tout » !

Quand bien même les trois chiffres exhibés en Une du Parisien donneraient un aperçu fidèle et exhaustif de ce que pensent « les Français » cela doit-il vraiment « tout » changer ? La majorité n’est pas infaillible, et une adhésion massive n’a jamais été un gage absolu de pertinence et de légitimité.

2. L’opinion de qui ?

Reste à savoir ce qu’on nomme « opinion publique », et comment on la mesure. Concernant les émeutes urbaines de novembre 2005, par exemple, deux « opinions publiques » au moins doivent être distinguées :
– la population qui vit dans les zones où ont lieu les émeutes
– le reste de la population française, qui n’en subit aucune conséquence et n’en prend connaissance que par le biais de la presse et des médias audiovisuels

Il est donc légitime de recueillir l’avis de toute la population. Le Parisien a préféré s’en tenir au sacro-saint « échantillon national représentatif de 805 personnes âgées de 18 ans et plus, constitué d’après la méthode des quotas ». Représentatif, donc ; mais de quoi ? Sur les 805 personnes interrogées, seule une poignée habite dans une zone concernée par les questions du sondage. L’échantillon sélectionné est donc représentatif, avant tout, de ce que des téléspectateurs ont retenu des images télévisées, en fonction de leurs a-priori politiques respectifs.

3. Le flou des questions

Il y a un décalage entre ce qui a été demandé, ce qui a été répondu, et la manière dont ces réponses sont retranscrites et interprétées en « Une » du Parisien.

– La première donnée annoncée en Une est : « 73% des Français favorables au couvre-feu ». . Or, quand on se réfère aux résultats complets reproduits en page 3 du Parisien, ce n’est pas au « couvre-feu » que 73% des sondés ont acquiescé, mais à « l’autorisation donnée aux préfets de recourir au couvre-feu »

Cela revient au même, dira-t-on. Pas si sûr : la question posée présente le couvre-feu comme une simple possibilité. Or, le titre retenu en Une fait au contraire comme si les 73% avaient tous acquiescé « au couvre feu » en général, sans délais ni conditions ni limites.

– La seconde donnée annoncée en Une est : « 83% pour l’apprentissage dès 14 ans ». En fait il a été demandé aux sondés s’ils approuvaient « la possibilité pour les jeunes d’avoir accès à l’apprentissage dès 14 ans et non 16 ans ».

En d’autres termes, ce qui ressort de cette proposition est la connotation positive des mots « possibilité » et « accès ». L’apprentissage est présenté comme un libre choix, dont Dominique de Villepin, dans sa grande bonté, permet aux « jeunes » de bénéficier plus tôt !

Imaginons maintenant une autre formulation, plus précise, plus conforme à la réalité. Imaginons qu’aux sondés, on ait demandé ceci : « Êtes vous favorables ou opposés à la possibilité pour le système scolaire de se débarrasser plus vite des élèves en difficulté, en les envoyant en apprentissage dès l’âge de 14 ans, et non à seize ans ? »

Ou bien ceci :

« Face à l’échec scolaire en collège, quelle mesure préconisez vous :
– débloquer des moyens importants pour assurer aux collégiens en difficulté un soutien individualisé
– sélectionner dès 14 ans les élèves qui poursuivent leur scolarité au Collège, et envoyer les élèves en difficulté en apprentissage dès 14 ans »

Sans doute le score de 83% n’aurait-il pas été atteint...

– Enfin, la troisième donnée exhibée en Une du Parisien est la suivante : « 86% scandalisés par les violences ou mécontents ». En réalité la question posée ne mentionnait ni les émeutiers ni même le mot « violence ». Elle demandait aux sondés de se prononcer sur « ce qui se passe actuellement dans les banlieues » !

Véritable fourre-tout : « ce qui se passe actuellement dans les banlieues » englobe une multitude d’éléments divers qu’un téléspectateur moyen a pu recevoir et mémoriser ces derniers jours. C’est-à-dire à la fois :
– ● une intervention policière douteuse, qui a provoqué la mort accidentelle de deux adolescents
– ● une répression policière outrancière, faite de contrôles d’identités répétés et de violences illégitimes, parmi lesquelles l’envoi de gaz lacrymogènes dans un lieu de culte
– ● des propos insultants tenus à plusieurs reprises par le ministre de l’Intérieur
– ● des voitures brûlées
– ● des bus, des écoles, des commerces brûlés ou dégradés
– ● des affrontements avec les forces de l’ordre
– ● un contexte plus général dénoncé par nombre d’acteurs de terrain : chômage de masse, précarité, discriminations racistes, humiliations policières...
– etc.
Un sondage un tant soit peu rigoureux aurait consisté à demander aux sondés de se prononcer sur chacun des ces points.

Telle qu’elle est au contraire posée, la question du Parisien est faite pour recueillir un maximum de « scandalisés » et de « mécontents », sans se soucier de l’objet précis des divers mécontentements. Tant et si bien que le banlieusard discriminé à l’embauche, la victime de violence policière, le musulman écœuré par l’attaque d’une mosquée ou n’importe quel sondé scandalisé par la mort de deux adolescents sont poussés à donner la même réponse (« scandalisé » ou « mécontent ») que le propriétaire d’une voiture brûlée, ou le professeur ou l’élève choqué par la destruction d’une école.

Notons enfin la curieuse formulation de la couverture. La formulation la plus logique, aurait été : « 86% scandalisés ou mécontents ». Le Parisien a préféré une formule plus alambiquée : « 86% scandalisés par les violences ou mécontents ». L’effet est implacable : de manière subliminale, une idée fausse s’imprime dans l’esprit du lecteur pressé : 86% de scandalisés !

Enfin, quatre questions ont été posées. Et Le Parisien en a écarté une : celle qui révèle que 89% des sondés approuvent le rétablissement du financement des associations travaillant en banlieue sur l’aide au logement et l’aide scolaire.

4. Qui choisit les questions ?

Les multiples petites fourberies relevées par le collectif « les mots sont importants » sont minuscules si on les rapporte au dernier point : le choix des questions elles mêmes, et l’effet de censure qu’il implique.

Une multitude de questions n’ont pas été posées et auraient pu l’être.

Par exemple celles-ci :

– « Pensez-vous que les jeunes émeutiers sont les seuls responsables de la situation ? »
– « Pensez vous que le gouvernement actuel a une responsabilité dans les affrontements et les dégradations qui frappent actuellement certaines banlieues ? »
– « Approuvez vous les déclarations de Nicolas Sarkozy sur “la racaille” et le “nettoyage” au “karcher” des cités populaires ? »
– « Pensez vous que ces déclarations ont joué un rôle déclencheur dans la rage des émeutiers ? »
– « Jugez vous acceptable ou pas, grave ou pas, le jet par la police de gaz lacrymogènes dans une mosquée ? »
– « Pensez vous que ces actes, et l’absence d’excuses du ministre de l’Intérieur, sont pour quelque chose dans la dégradation de la situation ? »
– « Pensez vous que la démission de Nicolas Sarkozy calmerait la situation ? »
– « Croyez vous Dominique de Villepin lorsqu’il déclare que les émeutiers sont “une criminalité organisée qui ne recule devant aucun moyen” ? »
– « Selon vous, Dominique de Villepin lui même croit-il cela quand il le dit ? »

« Pour chacun des actes suivants, dites si vous le jugez injustifiable quelle que soit la détresse des émeutiers, condamnable mais compréhensible vu l’état de détresse des émeutiers, légitime vu l’état de détresse des émeutiers, ou nécessaire parce que c’est le seul moyen d’être entendu :
– « caillasser » des cars de policiers
– brûler des voitures de police
– dégrader des équipements (poubelles, abribus) ou des biens (voitures) dans des quartiers riches
– dégrader des équipements ou des biens dans son propre quartier
– dégrader des services publics (bus, écoles, gymnases) dans son propre quartier
– mettre en danger la vie d’autrui en incendiant des véhicules ou des bâtiments occupés »

« Pour chacune des mesures annoncées par Dominique de Villepin ou Nicolas Sarkozy (couvre-feu, sanctions immédiates et exemplaires pour les émeutiers interpellés, expulsion sans jugement des étrangers interpellés, apprentissage à 14 ans, rétablissement de subventions aux associations), dites si vous les jugez appropriées ou pas à la situation actuelle ».
« Pour chacune de ces mesures, dites si elles vous paraissent de nature à rétablir le calme et le dialogue dans les banlieues »

« Pour chacune de ces mesures, dites si elles vous paraissent de nature à résoudre à long terme la crise sociale que traduisent ces émeutes »

« Selon vous, quelles sont, parmi les mesures suivantes, celles qui sont les plus urgentes pour résoudre cette crise :
– plus de présence policière et une répression plus sévère
– moins d’abus de la part des policiers (contrôles à répétition, propos injurieux, excès de violence dans les interpellations)
– plus de moyens pour les services sociaux
– un grand plan de lutte contre le chômage et la précarité
– un grand plan de lutte contre les discriminations
– plus de moyens pour les écoles
– autres » Etc.

Si ces questions étaient posées, a fortiori à un échantillon ciblé, composé uniquement d’habitants de « banlieues à émeutes », la réprobation demeurerait sans doute élevée à l’égard des violences commises par les émeutiers, ou du moins à l’égard d’une grande partie d’entre elles,

mais une certaine compréhension s’exprimerait aussi, et surtout une hostilité au moins aussi forte se ferait aussi entendre à l’égard de Nicolas Sarkozy, de Dominique de Villepin, et plus largement à l’égard d’une classe politique considérée comme responsable de la situation déplorable de ces « banlieues ».

C’est tout cela qui manque dans la « radiographie de l’opinion » que prétend apporter Le Parisien. C’est avant tout par omission que cette Une est mensongère.

Ces questions « oubliées » ne sont pas des question neutres, dira-t-on ; certes, mais elles ne sont pas moins neutres que le questionnement du Parisien, étroitement sécuritaire et extrêmement complaisant pour le pouvoir en place.

Source : Collectif Les mots sont importants - 13 Novembre 2005 - http://lmsi.net/article.php3?id_article=483


Ecrit le 23 novembre 2005 :

Communiqué du SYNDICAT NATIONAL DES MEDIAS (CFDT)

 Etat d’urgence : attention danger

Le parlement a voté, il y quelques jours, la continuation de l’état d’urgence pour 3 mois !
L’expression nous renvoie à des périodes de guerre civile où le gouvernement se dote de « pouvoirs spéciaux ».

Une des constantes de ces périodes est de faire pression sur les médias au nom de l’intérêt national : on a d’abord commencé par des critiques selon lesquelles les journalistes ont fait trop de place au spectaculaire pendant les affrontements dans les banlieues.

Dans le même temps :
–  la direction de l’AFP, sur injonction policière et judiciaire livre les photos d’un de ses journalistes en totale violation du respect des sources

– · un de nos confrères du Parisien est mis en garde à vue parce qu’il a écouté les fréquences de la police sur un scanner -ce qui est une pratique récurrente des journalistes depuis des décennies-

– · Sarkozy fait interdire un livre consacré à la vie de son épouse légitime dont il est séparé

– · la Présidence de la République donne injonction à France Télévisions de se marier avec TF1 au motif, aujourd’hui avoué, que les journalistes du service public de l’audiovisuel ne sont pas « fiables »

Dans ces circonstances extrêmement graves, le Syndicat National des Médias CFDT rappelle que la liberté de la presse, et plus largement la liberté d’expression, sont des droits fondamentaux qu’on ne peut, en aucun cas, mettre entre parenthèses sur de simples prétextes qui n’ont plus rien à voir avec les déclarations initiales du gouvernement pour faire voter le recours à ces lois d’exception.

Selon nous, il importe au contraire, dans une période socialement troublée, de réaffirmer l’indépendance des équipes rédactionnelles.

Les journalistes ne sont pas les vecteurs de la communication gouvernementale.

Leur seule mission est de donner aux lecteurs, auditeurs ou téléspectateurs, les clés permettant de comprendre les événements en cours.

Donner une information équilibrée, c’est respecter le droit d’expression des uns et des autres, sans accepter la censure ou l’autocensure.

Le Syndicat National des Médias CFDT interpelle ici les hommes politiques démocrates, les organisations syndicales, les associations, pour que, sur ces points fondamentaux, ne perdure pas une sorte de consensus mou qui contribue à développer un climat de plus en plus proche de ce que souhaitent les partisans de l’extrême droite


Ecrit le 31 mai 2006 :

 Menace de censure

Donnedieu ! V’là ministre en embuscade. Comme il l’a déclaré dans un interview à Libération, le 10 mars dernier M. Donnedieu de Vabres veut : « s’attaquer un jour au problème de la presse et de l’Internet ».

Il a précisé sa pensée en disant « il n’y aura pas d’informations de qualité sur l’Internet sans de vraies signatures, de vrais acteurs dont c’est le métier ».

Il y est revenu le 10 avril, sur iTélé : « Vous savez très bien que aujourd’hui sur Internet circulent beaucoup de choses, parfois le pire comme le meilleur, ce qui veut dire que paradoxalement redevient essentielle la certification, c’est-à-dire la signature par un journaliste parce que ça garantit l’authenticité ».

Ainsi est menacée, directement, la publication sur internet de « blogs » (1) et autres journaux non signés par un « vrai » journaliste.

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Dessin JL Aulnette 02 99 50 11 80

Selon le journal AgroraVox (2) il y a deux manières de censurer Internet.
– La manière franche, à la chinoise, est de cacher le contenu que l’on désire mettre à l’écart, d’en prévenir l’accès pour que personne ne puisse le découvrir.
– La manière sournoise, « démocratique », vise à dévaloriser certains modes d’expression pour mieux décrédibiliser le contenu que l’on ne contrôle pas.

Ainsi RDDV souhaite mettre en place une sorte de label de qualité qui ne sera décerné qu’à des journalistes qualifiés, probablement titulaires de la carte de presse. L’ensemble des bloggeurs, qui forme « le journalisme citoyen » avec plus de 3 millions de blogs en France, seront laissés à l’écart car non certifiés.

Le journalisme citoyen (dont La Mée est un exemple) est une alternative au journalisme traditionnel. Celui-ci (les journalistes ne sont pas en cause !) est largement contrôlé, en France et dans le monde, par une poignée d’industriels qui cherchent à faire passer leurs idées : heureusement il reste, dans ces journaux, des journalistes résistants qui arrivent à exprimer de temps en temps, des réflexions divergentes.

Un journal alternatif est difficile à faire (recherche de l’information, écriture, réalisation technique, diffusion, etc) alors qu’un blog est très facile à réaliser. Une personne, seule, peut alimenter son blog, tous les jours, alors qu’elle ne pourrait pas, tous les jours, faire paraître un journal-papier.

 Censure sur les Blogs ??

Les citoyens internautes peuvent alors donner un autre point de vue que celui de la presse officielle. Ils peuvent aussi raconter leur histoire personnelle, ou prendre position sur ceci ou cela. On l’a bien vu lors du référendum sur l’Europe, en mai 2005 : les blogs, les courriers par internet, ont véhiculé très vite des idées opposées au discours ouiste ambiant !

Les gouvernements ont toujours essayé, dans le passé, de contrôler la presse. Actuellement ils n’ont plus guère besoin de le faire : les puissances économiques ont pris le relais. Et savent ne pas passer les informations qui peuvent être gênantes ! Par exemple, en ce moment, la presse évite de parler de l’affaire Clearstream, ou des abus du CNE (contrat nouvelle embauche), ou bien du docu-marrant fait sur Jacques Chirac (lire page 7)

Il reste internet.... Il faut faire taire internet. C’est bien l’intention du ministre.

 La Boillat

En Suisse le blog « La voix de la Boillat » réalisé autour d’un conflit social, a reçu la « souris d’or ». Les membres du jury des souris d’or ont voulu mettre en valeur « une forme d’expression exemplaire utilisée comme moyen de communication politique, en dehors des sentiers battus des médias ». Pour eux, ce blog symbolise le rôle des nouveaux espaces virtuels pour « des communautés unies autour d’une idée ou d’un combat. »

Un diplôme de journaliste ?

S’il faut un diplôme de journaliste pour avoir le droit de s’exprimer, il faudrait un diplôme de ministre pour avoir le droit de légiférer

Dans un article du Monde du 24 mai 2006, Eric Schmidt, PDG de « Google » rappelle que « pendant des siècles, l’accès et la transmission de l’information dans le monde ont été réservés à la frange aisée et instruite de la population. Aujourd’hui, il suffit de taper quelques mots-clés sur le clavier d’un ordinateur pour obtenir des informations sur n’importe quel sujet ou presque » (...)

« Le quart des sujets de recherche sur Google concerne des sujets demandés pour la première fois. Ce chiffre étonnant montre à quel point Internet stimule la curiosité. Il encourage chacun à poser de nouvelles questions et à élargir le champ de ses connaissances », à réfléchir par lui-même et à ne plus prendre pour argent comptant ce que disent les grands médias.

Cette liberté représente un danger pour les pouvoirs établis. Jusqu’à maintenant il fallait avoir les moyens d’acheter un journal, deux journaux, plusieurs journaux pour comparer les informations et les points de vue des uns et des autres.

Aujourd’hui, par internet, pour le prix d’un abonnement à UN journal, on peut avoir accès à de multiples sources d’information, tous les jours, à l’heure que l’on veut.

Un simple blog comme « la lettre du 15 » (éditée par le Parti Communiste de Châteaubriant) est visité 35 fois par semaine. Le blog de La Mée est visité 45 fois. Certes, c’est encore modeste, mais quel militant peut se permettre de dire : j’ai expliqué mon point de vue à 35 personnes cette semaine ? Le site internet de La Mée est visité, lui, 7000 fois par semaine.

Cette capacité, donnée aux citoyens, de se faire leur propre opinion, n’est encore accessible qu’à 10 % de la population du globe, mais la progression est rapide, puisque le réseau des téléphones portables permet souvent l’accès à internet.

Voilà pourquoi les « grands » de ce monde souhaitent lé-gi-fé-rer pour faire taire cette expression libre des citoyens qui représente, une possible contestation de leur pouvoir.

Et puis après on fera taire les quelques journaux alternatifs qui s’obstinent à vivre ?.


Ecrit le 26 juin 2006

  Plume d’or ou laisse d’or ?

Ce cher François Régis, PDG de Ouest-France signe, dans son édition du 10 juin 2006, un édito extraordinaire dans lequel il reprend des propos tenus lors de l’assemblée de l’association mondiale des journaux (juin 2006, Moscou).

François-Régis Hutin s’alarme :

Pourquoi les principaux journaux et médias [de Russie] sont-ils achetés par des groupes financiers et industriels contrôlés directement ou indirectement par l’Etat ?

Oh que son inquiétude est vertueuse ! ...et décalée ! Quand on sait qu’en France la quasi totalité des médias sont contrôlés par des groupes financiers et industriels .

Alors, quelle différence avec la Russie ? C’est que, en Russie, ces groupes financiers et industriels seraient contrôlés par l’État, tandis que, en France, ils ne le sont pas. Qu’est-ce que ça change ?
– Quand le gouvernement est de droite, comme c’est le cas actuellement, les grands médias lui emboîtent le pas, soutiennent toutes ses initiatives.
– Quand le gouvernement est de gauche, les grands médias ameutent le peuple, à tours de bras.

Mais où est la liberté d’expression dans tout ca ?

Comme dit le journal PLPL : les médias servent trois fois le capitalisme  :
– D’abord comme source de profit : tenue ou détenue par les industriels et les financiers, la presse est une industrie.
– Ensuite comme moyen dont disposent les possédants pour dissimuler leurs intérêts sous le fard de l’humain et de l’universel : la presse fabrique du consentement à la pensée de marché.
– Enfin en répandant l’illusion que la domination des patrons qui plastronnent est éternelle : les médias occultent l’histoire, dépolitisent, démobilisent.

Source : http://forestent.free.fr/sitemap.html etet http://www.clemi.org/formation/outils/groupes-presse.pdf

 Les nouveaux chiens de garde

Dans son livre « Les nouveaux chiens de garde », Serge Halimi commente : « Les médias français se proclament « contre-pouvoir ».

Mais la presse écrite et audiovisuelle est dominée par un journalisme de révérence, par des groupes industriels et financiers, par une pensée de marché, par des réseaux de connivence.

Alors, dans un périmètre idéologique minuscule, se multiplient les informations oubliées, les intervenants permanents, les notoriétés indues, les affrontements factices, les services réciproques.

Un petit groupe de journalistes omniprésents - et dont le pouvoir est conforté par la loi du silence - impose sa définition de l’information-marchandise à une profession de plus en plus fragilisée par la crainte du chômage. Ces appariteurs de l’ordre sont les nouveaux chiens de garde de notre système économique ».

Henri Maler, membre de Action-Critique-Médias (Acrimed), explique :

« Avant, les journaux n’étaient qu’un moyen pour les patrons de s’offrir un instrument de propagande tandis que maintenant ils doivent être profitables pour les actionnaires. Ce besoin d’un taux de profit de 15% change tout ; les lecteurs sont devenus des clients ».

 En laisse

Libre la presse en France ? Sans blague ! La presse est en laisse, tenue par les groupes financiers. On le voit bien ces temps-ci, avec le départ de Serge July, de Libération. En effet, on a appris le 13 juin 2006 que Edouard de Rotschild, principal actionnaire de Libération (près de 39 %) exige le renvoi du PDG Serge July ainsi que celui de son bras droit, Louis Dreyfus, au nom de la relance d’un quotidien en mauvaise posture financière.

Serge July, 63 ans, co-fondateur du journal, est prêt à se retirer si cela peut « favoriser » la recapitalisation du titre par Edouard de Rothschild.

La société des rédacteurs rappelle que « à Libération, il n’est pas du ressort d’un actionnaire quel qu’il soit de décider du contenu éditorial et de ses contributeurs. Ce droit est la prérogative inaliénable du directeur de la rédaction » Mais le 30 septembre 2005, Edouard de Rothschild a répondu par anticipation : « Je crois que c’est une vue un peu utopique de vouloir différencier rédaction et actionnaire ».

Une façon de dire que les journalistes doivent écrire dans le sens souhaité par les actionnaires ? Adieu la (petite) liberté, adieu le ton (quelque peu) persifleur : Vous écrirez ce qu’on vous dira.

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 D’autres journaux en difficulté

Libre la presse en France ? Sans blague ! La presse est en laisse, tenue par les pouvoirs politiques.

Alain Genestar, directeur général de la rédaction de Paris-Match , est prié de quitter son poste, en raison d’un désaccord avec son propriétaire, le groupe Hachette Filipacchi Médias, filiale de Lagardère. Une assemblée générale de la rédaction parle de « mise à l’écart pour raisons politiques ». En effet Arnaud Lagardère reproche à Paris-Match la parution d’une « Une » montrant Cécilia Sarkozy aux bras d’un autre que ... Nicolas Sarkozy. Certains journalistes voient dans les remous à Paris-Match une forme de purge destinée à préparer le terrain médiatique en vue de la campagne présidentielle de 2007. Mais non ! Mais non !

France-Soir est reparu le 7 juin. Son contenu futur n’est pas encore bien défini. La nouvelle direction, mise en place par le promoteur immobilier Jean-Pierre Brunois, promet « un quotidien très visuel, avec beaucoup de photos, de la couleur, des articles courts et nerveux ». Et pas beaucoup de politique sans doute.

Le journal L’Humanité aussi est en difficulté et son rédacteur en chef fait appel au peuple pour trouver les fonds nécessaires à sa survie.

Et voilà une nouvelle alerte pour la presse payante : trois nouveaux projets de quotidiens gratuits sont en chantier. L’un est lié à Vincent Bolloré, un deuxième au journal Le Monde, le troisième dépendra de Serge Dassault actionnaire du Figaro.

Cette explosion de gratuits a une explication très simple. Alors que certains payants perdent de l’argent, les gratuits en gagnent ! « Metro » et « 20 Minutes » ont prouvé qu’un marché publicitaire existait, grâce à leur large distribution. [Ouest-France est actionnaire de 20 minutes ! ]

Prochaine étape : le développement de magazines gratuits. M6 va investir dans les mensuels « Homme en ville » et « Femme en ville ». De quoi fragiliser un peu plus la presse traditionnelle.

Le loup dans la bergerie

François-Régis, qui titre et larmoie sur la Liberté de la Presse, souffre parfois d’un dédoublement de personnalité, au point de poursuivre, par personne interposée, un pigiste qui use de la liberté d’expression de tout citoyen.
En effet, un pigiste au journal Infomer, a été licencié en plein mois d’août 2005, pour faute grave. Motif : “ manque de loyauté par le dénigrement continu de l’associé majoritaire de la société et de ses salariés et dirigeants”. Ce qui est reproché à ce pigiste : « vous avez publié dans le journal la Lettre à Lulu plusieurs articles où vous dénigrez ouvertement le journal Ouest France. Vous avez nommément remis en cause, en termes excessifs, des salariés et dirigeants ».
Ainsi ce pigiste à Infomer est licencié pour publication d’articles sur Ouest-France, actionnaire de Infomer.

Liberté d’expression, où es-tu ?

Le Conseil des Prud’hommes de Nantes, dans un jugement du 29 mai 2006, a reconnu ce licenciement com-me « sans cause réelle et sérieuse »

Le blog d’un inspecteur du travail (s’il n’est pas fermé !) : http://bereno.blog.lemonde.fr/

Comment ne pas informer

Un blogueur en butte à sa mairie (Puteaux)

Attaqué 4 fois en justice, MonPuteaux a gagné 4 fois

Journaliste à Madagascar

A quoi sert la presse

La presse est libre etindépendante


NOTES:

(1) Blog = contraction de web-log, c’est-à-dire journal paraissant sur internet.

(2) http://www.agoravox.fr/article.php3 ? id_article=8979