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Les coulisses de la grande distribution

Ecrit le 9 février 2011

 Conférence de Christian Jacquiau

A l’appel d’un groupe d’associations de la région castelbriantaise, Christian Jacquiau est venu faire visiter « les coulisses de la grande distribution ». On s’étonne d’ailleurs d’avoir vu si peu de « petits commerçants » à cette conférence !

En réalité, il ne s’agissait pas de dénoncer les hypermarchés du coin. Il s’agissait de démonter toute l’horreur économique, berceau de cette « mondialisation » qui conduit le monde à sa perte.

Tout a commencé à la sortie de la guerre. Dans cette période de pénurie, le commerçant n’avait pas toujours une bonne réputation. Mais à l’époque les marges étaient de 1 à 4, c’est-à-dire qu’un produit acheté 1 franc était vendu 4 francs, rémunérant au passage dix ou douze intermédiaires.

 Leclerc 1949 … sur 50 m2

Décembre 1949 : ouverture du premier magasin « Leclerc » à Landerneau, avec une surface de vente de … 50 m2. Achetant au plus juste, s’approvisionnant directement chez les producteurs, mettant lui-même l’huile en bouteille, E.Leclerc diminue le nombre d’intermédiaires et parvient à vendre 30 à 35 % moins cher que les autres. La clientèle est au rendez-vous, venant parfois d’assez loin. « On achète pauvre » comme on disait. Les vitres du magasin sont peintes en blanc pour éviter de voir les clients. Des magasins « Leclerc » ouvrent un peu partout en France.

1963 : nouvelle étape. « Carrefour » lance le premier hypermarché, 2500 m2. Grands parkings, chariots, pompes à essence. Le concept effraie les commerçants mais les consommateurs plébiscitent. Le magasin, pris d’assaut, doit fermer au bout de deux heures, faute d’approvisionnement.

Leclerc transforme son magasin de Landerneau en hypermarché l’année suivante. Puis suivront Mammouth en 1966, Auchan en 1967. Au début on parlait d’usine à distribution. Le terme hypermarché date de 1966.

Géant Casino en 1970... Continent en 1972… le mouvement s’accélère : pour l’année 2009 on compte 1629 hypermarchés en France.

 Le bonheur économique

Dans les débuts, des épiciers se convertissent à ce commerce moderne. Il y a plus de 800 enseignes différentes. Le modèle fait l’unanimité. Les agriculteurs sont contents de trouver des débouchés. La généralisation des congélateurs permet aux clients d’acheter des quantités plus importantes. La consommation se développe, l’économie est relancée, des emplois sont créés. Si l’on oublie les petits commerçants à la peine, on peut dire qu’on arrive au « bonheur économique » : il y a un lien direct entre la consommation et la création d’emplois.

Un jour, quelques patrons d’hypermarché se disent qu’ils pourraient gagner davantage s’ils constituaient une centrale d’achat pour pouvoir obtenir des prix intéressants. Ils ont raison. Ca fonctionne. C’est leur force ! Alors, en plus des prix intéressants, ils imposent à leurs fournisseurs des RFA (remises de fin d’année), de 2 % environ. Les producteurs paient, pour ne pas perdre un marché de cette importance.

Sûrs de leur force, les centrales d’achat font encore baisser les prix des produits qu’elles achètent. Et elles passent les RFA à 4 % voire davantage et elles font preuve d’une belle imagination en demandant au fournisseur de payer pour être référencé dans les produits de l’hypermarché. Et de payer en plus, pour être mis sur les rayons du magasin. Et de payer encore pour être mis en tête de gondole, ou en « ilôts ». Elles demandent la livraison gratuite. Ou une animation gratuite etc.

D’après Christian Jacquiau, 548 procédés sont utilisés pour exiger des sommes additionnelles. On peut arriver comme cela à 40-50 % de « marge arrière » et jusqu’à 70 %. « Si vous ne payez pas, vous ne passerez pas ». Tant mieux pour les producteurs qui arrivent à tenir le coup.

C’est la surenchère permanente. Un exemple : « Leclerc fête ses 50 ans en 2000 et demande aux fournisseurs + 2% du CA annuel + 750 000 F par produit présenté sur le catalogue anniversaire + 1 250 000 F pour la campagne d’affichage + 1 000 000 pour la presse quotidienne + 1 000 000 pour les messages radio, et l’heureux quinquagénaire ne s’engage sur aucune réalisation de chiffre d’affaires » écrivent, le 17 septembre 99, des fournisseurs à Jean-Paul Charié (député)

« Oui mais, c’est à l‘avantage du consommateur. C’est la consommation à portée de tous. Le bonheur économique toujours », nous dit-on. Voire ….

 Boulimie

mondialisation
Dessin de Eliby - 06 23 789 305

Les conséquences de ce type de commerce n’ont pas tardé à se faire sentir.

– 87 000 petits commerces alimentaires (1946)
– 42 280 en 1993
– 25 500 en 2003
– 12 000 en 2010 ?

Tout cela fait des disparitions d’emplois, des pertes d’animation dans les bourgs, des manques de débouchés de proximité pour les agriculteurs. Disparitions, suicides, dégradation du lien social …

De plus l’impact environnemental est énorme : d’une part, en raison de la consommation de carburant par les clients se rendant à l’hypermarché et d’autre part en raison du coût de transport des marchandises proposées : les centrales d’achat font leur marché à l’étranger : des fraises en Espagne, des tomates en Turquie ; les langoustines viennent de Thaïlande, le blé noir vient de Chine et les animaux de la ferme sont nourris de soja venu du Brésil.

 Les caisses sont vides

Mais surtout l’impact social est considérable : le modèle de consommation participe à la remise en cause du programme du CNR (Conseil National de la Résistance). Les grandes centrales d’achat recherchent les pays à faible coût de main d’œuvre, pour que, dans leur prix de vente, les coûts de production soient minimes et les profits maximisés. Mais quand on fait produire à l’autre bout de la planète, cela supprime des emplois en France, cela augmente les cotisations-chômage que paient les salariés, cela diminue les cotisations sociales alimentant la Sécurité Sociale, cela diminue les recettes fiscales de l’Etat. Etc. Alors : il n’y a plus de sous, les caisses sont vides. Sauf celles des groupes multinationaux qui profitent du système.

Coulisses de la grande distribution
Dessin de Moon - 06 87 32 77 47

Des lois se succèdent alors, pour « moraliser » la grande distribution. Loi Royer, loi Galland, loi Raffarin, rapport Dutreil, rapport Attali … mais cela ne sert à rien. Les rapports sont enterrés, les lois ne sont pas appliquées. La grande distribution continue à imposer sa loi, même si, en raison du coût des carburants, les clients reviennent (un peu !) vers les commerces de proximité (tant qu’il en reste !).

 On paie toujours trois fois

« Oui mais, c’est dans l’intérêt du consommateur » nous chante-t-on sur tous les tons ! « il faut des prix bas pour que les familles défavorisées puissent acheter ». Mais on oublie que c’est le chômage massif qui augmente le nombre de familles défavorisées. S’il y avait de l’emploi, donc des salaires, ces familles pourraient acheter à des prix normaux, et, en plus, du côté « sécurité » et du côté « moral », tout irait mieux ! Mais les 4 ou 5 grandes centrales d’achat feraient moins de bénéfices.

Dans cette histoire, le client paie toujours trois fois :
– Une première fois, à la caisse
– Une deuxième fois par l’impôt, par exemple pour redonner aux agriculteurs ce que le distributeur ne leur donne pas.
– Une troisième fois par les cotisations sociales qui augmentent sans cesse, pour indemniser les chômeurs, pour prendre en charge les vieux, pour financer les entreprises, etc.
– Et tous les coûts cachés (environnement par exemple)

Et ce modèle de distribution fait des dégâts encore plus considérables dans les pays émergents où il maintient les bas salaires, les mauvaises conditions de travail, l’absence de protection sociale.

Nous avons en France 4 millions de chômeurs, 2 millions d’enfants ne faisant qu’un repas par jour, 8 millions de personnes sous le seuil de pauvreté. Demain ce sera davantage si on n’arrête pas cette machine infernale.

 Demain : toujours plus

Car les centrales d’achat décident de la qualité des produits qu’elles nous vendent [On se demande d’ailleurs si cela n’est pas la cause de l’obésité des enfants]

Les centrales d’achat demandent à intervenir dans la vente de médicaments. Demain peut-être pourrons-nous consulter un médecin Auchan.

Les centrales d’achat décident de ce que nous lisons. Le livre « les coulisses de la grande distribution » (de C.Jacquiau) ne figure pas dans les rayons des hypers ! Ce n’est pas un hasard si les grands groupes achètent des journaux.

Le système repose sur le « tout-automobile ». Avec le carburant qui se raréfie, il faudra dépenser plus pour consommer.

Le système fonctionne sur le ‘tout-automatique » . Demain il n’y aura plus de caissières : le chariot, équipé d’une puce, calculera tout seul son prix ! On expérimente même des robots chargés de mettre les produits dans les rayons.

 Le citoyen : à la maison

Tout cela résulte d’un choix, ou du moins d’une acceptation politique. Le citoyen analyse la situation, vote, propose … « mais le citoyen reste à la maison ! C’est le consommateur qui va faire ses courses et oublie ses choix de citoyen » dit C.Jacquiau.

« Je suis un optimiste. Si on se réveille, on a tout à construire » dit-il encore en saluant la création des AMAP (association pour le maintien d’une agriculture paysanne) et la vente directe par les agriculteurs. Il est favorable à la décroissance « ce qui ne veut pas dire privation ». Actuellement on prône la croissance, la croissance, mais le système maintient les jeunes dans une moindre consommation.

Sources :

– La conférence de Christian Jacquiau le 27.02.2011 à Châteaubriant.
– Le livre « les coulisses de la grande distribution ».
– Diverses interviews de Christian Jacquiau (qu’on trouve sur internet)
– Rapport Charié : http://www.jeanpaulcharie.fr/


NOTES:

Il y a deux hypermarchés à Châteaubriant

Leclerc totalise 5 097 m2 suite à son extension récente fin 2010 avec une surface de vente à dominante alimentaire de 4 313 m2, un espace culturel de 556 m2, et une galerie marchande de 228 m2 qui va accueillir prochainement une parapharmacie.

Hyper U a été autorisée le 18 janvier 2011 à porter sa surface de vente de 3 155 m2 à 4 670 m2, en y ajoutant une zone expo vente de 35 m2, un local de 10 m2 pour faciliter le développement du service de courses en ligne et en agrandissant la brasserie qui devrait passer de 72 m2 à 202 m2. Au total : 4927 m2