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Des jeunes forgent leur avenir avec les savoirs du passé

Ecrit le 2 mars 2011

Ce sont des entrepreneurs « aux mains nues ». Ils s’installent dans une ancienne forge, sans eau ni électricité, et sans faire d’emprunt.

Les mains nues ? Non,
ils ont de l’or dans les mains, des savoirs plein la tête et de l’enthousiasme à offrir.

Guillaume et Patrice

Deux jeunes à Saffré, un parcours initial un peu chaotique, la recherche d’un absolu, d’une autre façon de vivre dans la société actuelle, sans adopter les travers de cette société : voici Guillaume et Patrice, deux gars qui savent très bien ce qu’ils veulent !

« Je travaillais le métal depuis longtemps, mais surtout pour faire des bijoux » explique Guillaume « et je voulais attaquer quelque chose de plus utile ». « J’ai rencontré Bernard Bresnu, le forgeron, je suis venu ici, avec tous mes questionnements. L’accueil fut chaleureux et exigeant. J’ai découvert, là, les moyens humains et matériels pour réaliser mes projets. Je suis resté ».

Resté ? Ne croyez pas que Guillaume ait trouvé, à la forge de Saffré, un havre de tranquillité ! « J’ai trouvé un tremplin, un appui. Ici les gens se parlent. On peut se découvrir par l’intermédiaire des autres, retrouver l’énergie de se battre ».

Ainsi, Guillaume a trouvé l’énergie de partir vers le Lycée Professionnel de St Amour dans le Jura, pour y passer un CAP ferronnerie en un an. Diplôme obtenu ! « Maintenant je vais monter ma propre structure, dans le cadre d’une coopérative d’activité et d’emploi pour les métiers du bâtiment. « Ils sont là pour appuyer les jeunes créateurs d’entreprise, leur permettre de tester la viabilité de leur projet » explique Guillaume. La SCOP offre un hébergement comptable, fiscal et juridique, en amont de la création proprement dite, permettant au futur créateur d’entreprise de valider son projet en vérifiant sa capacité à démarcher des clients, à établir des devis, à réaliser des chantiers et à terme à vivre de son activité. « La personne qui suit cette démarche devient entrepreneur salarié et bénéficie au sein de la structure des assurances spécifiques nécessaires (garantie décennale), d’un accompagnement technique, de conseils à la gestion et de la mise en réseau avec les autres entrepreneurs salariés » .

Grille garde-corps

Ferez-vous appel à PCI   (Pays de Châteaubriant  -Initiative  ) ? Avons-nous demandé. Réponse de Guillaume : « Non, car nous n’avons pas besoin d’emprunter dans l’immédiat ».

« Nous ? » Guillaume s’installe très prochainement comme forgeron, avec Patrice.

Patrice, un baccalauréat en poche, « cela veut dire que je ne sais rien faire, alors que je suis attiré par le travail manuel, l’envie de faire quelque chose sur le long terme, sans passer par les circuits de consommation modernes ». « Je connais Bernard Bresnu depuis 10 ans, j’ai pu participer à des rencontres   professionnelles entre forgerons, ici, à Saffré, et j’ai découvert la transformation du minerai en métal, la forge, la gestion du feu, le travail du fer, et même la fabrication du charbon de bois. Ce sont des savoirs nobles où l’homme met son intelligence au service du travail de ses mains ». Patrice a donc suivi une formation « Métallica » à Roumégoux, près d’Albi (minéralogie, conduite du feu, affinage, forgeage).

Taboris

Et c’est à Saffré que Guillaume et Patrice se sont rencontrés. La vie est bien faite !

Guillaume et Fabrice ont déniché une forge à ressusciter dans un petit bourg. « C’est merveilleux : le maire et le conseil municipal nous attendent, les artisans locaux aussi. Une forge, c’est travailler au pays, c’est un commerce de proximité, un lieu de rassemblement, aussi vivant qu’un marché. Nous y allons avec beaucoup d’enthousiasme ».

L’urgence sera d’aménager la forge, un bâtiment actuellement sans eau, sans électricité. « Pour habiter nous n’avons pas besoin de grand-chose. Moi j’ai une vieille caravane » dit Guillaume. Alors il reste à acheter les outils ? « Mais non ! Les outils nous les avons fabriqués peu à peu, ici, à Saffré. Et nous avons récupéré plein de choses : un vieil établi en traverses de chemin de fer, des enclumes, une presse à boules, des soufflets. Nous avons rencontré des gens généreux et notamment Rogatien Mortier à Abbaretz ». Car des outils anciens, il en reste : dans les années 70-80, il y avait 9 forges à Saffré ! . « Tous ces matériels ont une qualité supérieure à celle des outils modernes. De plus, en démontant des objets anciens, nous observons les techniques ... »

 Créativité partagée

Tire-poisson

« Entre nous, c’est un échange d’idées, de créativité, de façons de faire. Face à la demande d’un client, nous proposons plusieurs dessins, plusieurs techniques aussi. Par exemple, nous abandonnons la soudure pour l’utilisation du rivet. Un rivet de cuivre rouge sur une grille en fer : c’est beau, et cela respecte mieux le métal ».

Les deux jeunes feront aussi de la réparation de matériels anciens, si on le leur demande, car il faut bien vivre. Mais il y a des limites : « Ne nous demandez pas de faire une grille défensive ! ». Si nécessaire, si on leur demande, ils feront des démonstrations de travail du fer, « pour diffuser des savoir-faire, oui, pour aider des gens qui en veulent. Mais pas pour faire du spectacle ! »

Et ne parlez pas à Guillaume et Patrice de mettre de la peinture sur une grille en fer. « Nous faisons de la patine à l’ancienne pour mettre en valeur la matière »

La beauté. Le respect du métal. L’amour de la nature va jusque là. Est-ce pour cela que ces gens sont, profondément, respectueux des autres personnes qu’ils rencontrent ?

 Echange, partage, convivialité

Triskel

Toute cette aventure est la suite du symposium qui s’est tenu à Saffré en juin 2006. « Le Conseil Général et le Conseil Régional nous ont aidés », explique Bernard Bresnu, « et, depuis cette date, une vingtaine de jeunes se sont formés et installés ». Au besoin, Bernard Bresnu prend en charge de jeunes chaudronniers du lycée Etienne Lenoir de Châteaubriant, « mais que des gars qui en veulent ! Certains d’entre eux seront embauchés à Villedieu-les-poêles où l’on recherche des chaudronniers d’art ».

Echange, partage, convivialité : ce sont les maîtres-mots de ces forgerons. Sans oublier l’insertion ! L’insertion, c’est la capacité de travailler ensemble pour faire vivre les autres. « Ici nous travaillons le fer. Et nous ne bricolons pas la matière que nous ne connaissons pas. Nous faisons appel à des spécialistes quand nous avons besoin, pour finir une belle table d’un plateau en bois avec incrustations de verre. Travailler ensemble, en respectant l’autre, c’est merveilleux » disent-ils.

Coordonnées :
– La voix de la forge : 02 40 77 28 99
– http://www.saffre.ouest-atlantis.com/forge.html

– Patrice 06 15 03 22 26
– Guillaume 06 74 18 59 73
– 4, petite rue
– 44390 SAFFRE
– laforgevive@gmail.com