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Il y a de l’eau dans le gaz ... de schiste

Ecrit le 20 avril 2011

Des techniques brutales

Le film Gasland qui passe en ce moment à Châteaubriant, est dû à une enquête minutieuse de John Fox sur le scandale de l’eau polluée aux Etats-Unis. Au rang des séquences ahurissantes... celle qui montre un homme ouvrir le robinet de sa cuisine, en approcher une allumette : l’eau s’enflamme ! La faute à une nouvelle technique de forage appliquée dans le secteur du gaz, en pleine révolution depuis les années 2000. Ce nouveau mode d’extraction est extrêmement polluant pour les nappes phréatiques et contamine les circuits d’eau potable. En France certaines entreprises se montrent très intéressées par cette nouvelle technique : la « fracturation hydraulique horizontale », consiste à provoquer des failles à l’aide d’un liquide envoyé à très forte pression, pour libérer le gaz et le pétrole pris dans la roche compacte, à environ 2000 mètres de profondeur. Trois « ingrédients » sont nécessaires pour créer ces mini séismes : des quantités phénoménales d’eau (entre 15 000 et 20 000 m3), des produits chimiques (plus de 500) pour attaquer la roche et des micro-billes pour maintenir ouvertes les failles.

Aux Etats-Unis, le bilan de l’extraction de ces énergies fossiles est catastrophique : pollution massive des nappes phréatiques et de l’air, destruction des paysages et de milieux naturels, etc. Leur exploitation, en France, conduirait inéluctablement aux mêmes dégâts ainsi qu’à des émissions accrues de gaz à effet de serre, alors même que notre pays s’est engagé à les diviser par quatre.

« La ressource en eau, la ressource la plus vitale, est menacée par l’exploitation du gaz de schiste. C’est complètement suicidaire ! » dénonce José Bové.
 
« Personne ne sait quels sont les produits chimiques utilisés dans la fracturation hydraulique... On a donné un blanc-seing à tous les industriels, gaziers et pétroliers, pour aller saccager les territoires... Y a pas une institution, ni au Ministère de l’industrie, ni au Ministère de l’agriculture, ni à la Commission énergie au niveau européen, qui connait la liste des produits qui sont utilisés pour la fracturation hydraulique... C’est absolument invraisemblable comme situation ! » dit-il encore.
 
La mobilisation a finalement payé. Le Premier Ministre, François Fillon, a répondu ceci, le 13 avril, lors des questions d’actualité, au Parlement : « Les autorisations qui ont été données l’ont été dans des conditions qui ne sont pas satisfaisantes. Il n’y a pas eu assez de concertation (...) pas assez d’information, j’en prends en tant que chef du gouvernement ma part de responsabilité », « Je considère qu’aujourd’hui, pour qu’il n’y ait aucun doute dans le débat entre les Français et le gouvernement sur le sujet, il faut tout remettre à plat, et donc il faut annuler les autorisations qui ont déjà été données. », a-t-il poursuivi.

Et voilà qu’un expert américain, Robert Howarth, vient de publier dans Climatic Change Letters une évaluation du bilan carbone des GNC (gaz non conventionnels). Il estime que l’empreinte carbone de l’exploitation des gaz de schiste est plus élevée que celle des puits de gaz naturels conventionnels. L’exploitation des gaz de schiste pourrait sur une période de vingt ans, engendrer 20% d’émissions de gaz à effet de serre de plus que celle du charbon. Une estimation qui s’ajoute à la liste des craintes concernant ce gaz piégé dans des roches peu perméables devant être facturées avec une grande quantité d’eau et de produits toxiques.

Pour l’instant, les recherches en France sont suspendues. Le ministre de l’Ecologie demande aux industriels de prouver qu’ils utiliseront des méthodes différentes de celles des industriels américains. Mais à Fukushima, l‘industriel affirmait lui aussi qu’il avait fait les travaux de sécurité nécessaires. Mais quand le tsunami est arrivé, il a dû admettre qu’il avait menti.