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Le Protestantisme en région de Châteaubriant

Ecrit le 16 février 2011

 Protestantisme et guerres de religion au Pays de la Mée

Au début du XVIe, beaucoup de gens en Bretagne et en France souhaitent une réforme de l’Eglise. Celle-ci dispose d’une telle puissance qu’il est dangereux de lui désobéir. Ceux dont les croyances sont jugées hérétiques peuvent être livrés à la justice des Souverains pour y être l’objet de diverses condamnations.

Les domaines de l’Eglise sont immenses et ses richesses incalculables. Certains papes et hauts prélats mènent l’existence fastueuse des grands seigneurs. Le Pape vend des indulgences. Un pareil clergé est méprisé pour ses mœurs, tant il pressure les fidèles.

Or, pendant ce temps, les Humanistes critiquent les enseignements et les mœurs du Clergé. Ils appliquent leurs méthodes critiques à l’étude des textes sacrés dont l’imprimerie assure la diffusion. La lecture de la Bible fait naître le désir d’une réforme. On lit, dans les Evangiles, que le Christ prêchait le renoncement aux biens de ce monde. En même temps que la Bible se répand l’idée selon laquelle chacun peut interpréter les Evangiles selon sa conscience.

Au début du XVIe siècle, l’heure est venue d’une réforme. En 1547, Luther s’élève contre la vente des indulgences et entre en lutte avec le Saint-Siège. Il jette les bases d’une religion nouvelle. Le français Calvin dénonce, comme Luther, les abus de l’Eglise et reprend la doctrine selon laquelle, guidés par de simples pasteurs, les chrétiens trouveront toutes vérités religieuses dans la Bible. Quant aux immenses biens de l’Eglise, ils sont sécularisés. Sous la direction de Calvin, une Académie est créée à Genève où sont formés les calvinistes zélés qui partiront propager la religion nouvelle. [Calvin est en avance sur son temps : il institue à Genève un des premiers systèmes de sécurité sociale, comportant une assurance maladie, vieillesse et invalidité. Il se préoccupe de formation professionnelle des jeunes, du « recyclage » des adultes, du contrat de salaire …]

 L’Eglise du Comté nantais

La situation de l’Eglise romaine du Comté Nantais ne fait pas exception. On y pratique les mêmes actes par rapport aux sacrements et aux indulgences. Les statuts synodaux promulgués à la fin du XVe faisaient obligation aux prêtres de résider dans le lieu de leur ministère. Mais ces recommandations furent loin d’être suivies d’effets : en 1507, 158 curés du diocèse de Nantes avaient demandé à ne pas être soumis à l’obligation de résidence !

Le culte des défunts provoque la multiplication extrême des petits bénéfices pour assurer la célébration des messes et cela engendre, à son tour, la prolifération des prêtres bénéficiers. Les recteurs des Abbayes sont contraints de recruter des vicaires pour assurer le service religieux des chapelles des Frairies et de celles des seigneuries nouvelles fondées à partir du XVe siècle sur l’ensemble du territoire. En revanche, si le clergé est abondant, il est peu formé, et, de plus, on dénonce le concubinage des membres du clergé ! Ajouter à cela le manque de prédications, voire de tout enseignement dans les paroisses rurales. Les prédicateurs envoyés de Genève allaient trouver, du fait de cette situation, un terrain favorable aux idées qu’ils propageaient.

 Thomas Le Roy

Pour illustrer l’itinéraire parcouru par l’un des plus célèbres personnages d’Eglise au XVIe siècle, voici Thomas le Roy, natif de Noë-Blanche, au milieu des landes d’une pauvre campagne du Pays de La Mée, né d’une famille honorable mais peu considérée. Citons l’historien Guillotin de Corson. Etonnant !

« Le 21 octobre 1524, mourut à Rome, dans son magnifique palais aux frises enrichies de fleurs de lys et d’hermines en relief et aux galeries et portiques soutenus de colonnes de marbre blanc, noble et illustre Messire Thomas Le Roy, maître des Requêtes à la Cour de Bretagne, Evêque élu de Dol ». Ses débuts furent fort humbles. Devenu prêtre, son amour de l’étude et sa conduite régulière ne tardèrent pas à lui procurer de puissants amis, dont Anne de Bretagne qui le protégea tant qu’il vécut. Bientôt les dignités s’accumulèrent sur la tête du protégé de la Reine Duchesse : il devint notamment recteur ou commanditaire perpétuel de Derval, Nozay, Messac, Poligné et autres. Puis doyen de Bain, chanoine des cathédrales de Nantes, Rennes, St Malo et Quimper, archidiacre de Plougastel en Tréguier et Abbé de Landevennec. Il fut enfin nommé chefecier c’est-à-dire doyen des chanoines de la Collégiale Notre Dame de Nantes.

Etant à ce poste, Thomas fonda, dans son église collégiale, la chapelle de St Thomas, un des monuments les plus remarquables jadis de la ville de Nantes. Ami éclairé des Beaux Arts, il choisit, pour décorer cette chapelle, l’artiste le plus éminent d’alors : le sculpteur Michel Columb, comme plus tard il jugea, selon la tradition, Michel Ange seul capable de lui construire son palais à Rome. En toutes circonstance Messire Le Roy agissait grandement !

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Villa de Thomas Leroy

A Rome,
l’actuel
bâtiment
du Musée Barracco est un petit
immeuble renaissance que Thomas Le Roy, construisit comme sa demeure privée en 1523

Lorsqu’eut lieu l’expédition d’Italie et la conquête du royaume de Naples, Anne de Bretagne fit connaître Thomas Le Roy à Charles VIII puis à Louis XII. C’est ainsi que Thomas Le Roy parvint à approcher les papes Alexandre VI, Jules II, Léon X, Adrien VI et Clément VII. Il fut même nommé procureur général près du Concile de Latran. Par la suite il devint Procureur des Lettres Apostoliques, abréviateur des grosses et des archives de la cour romaine, clerc du collège des cardinaux. Il participa activement au Concordat passé en 1516 à Bologne entre le pape Leon X et le Roi de France, concordat réglant les rapports de l’église et du royaume de France.

A la mort de Mathurin de Plédran, le Pape nomma Thomas Le Roy évêque de Dol (1522) ; mais le roi François 1er prétendit que cette nomination était contraire au Concordat qu’il venait de conclure avec le Saint-Siège et refusa de reconnaître le nouveau prélat. Ce prince aimait cependant personnellement Thomas Le Roy, auquel il accorda, la même année, des lettres de noblesse avec ces armoiries : d’or à deux fleurs de lys d’azur mises en fasce. L’évêque élu de Dol fut forcé de rester à Rome, où il mourut le 21 octobre 1524, avant d’avoir été sacré. Suivant ses ordres, son corps fut inhumé dans l’église française de la Trinité-du-Mont, à Rome, où l’on ne retrouve plus son tombeau, et son cœur fut apporté à Nantes, dans la superbe chapelle de Saint Thomas..

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Thomas Leroy

Ci contre, plaque
Tombale de
Thomas
Le Roy,
en cuivre,
placée dans
la chapelle
St Thomas
dans la
collégiale
Notre-Dame de Nantes

« Une tombe de cuivre gravée, placée sous le marchepied de l’autel, représentait Thomas Le Roy, la mitre en tête, revêtu des ornements sacerdotaux, les mains jointes sur la poitrine, le bras droit soutenant une croix au lieu d’une crosse. Au haut, deux anges supportaient l’écusson de ses armes timbré d’une croix. Deux colonnes, style renaissance, sur les bases desquelles se voyait le même écusson timbré d’une crosse, formaient les côtés de la niche dans laquelle était couché le prélat ». Les dépenses de ses funérailles, qu’il avait lui-même fixées par testament, s’élevèrent à 700 ducats, somme considérable pour l’époque. On ne peut qu’être effrayé de constater qu’il existait tant de pouvoir et de puissance sur la tête d’un seul homme.

 La Réforme en Pays de la Mée

Quand les idées calvinistes s’infiltrèrent en France, les « Grands » en eurent peur. Ils pensaient qu’elles risquaient d’ébranler leur autorité absolue. En 1535 Jean de Laval, Baron de Châteaubriant, et fils de Françoise de Rieux, héritière de la baronnie de Derval, mariait Claude de Foix-Lautrec, sa fille adoptive, avec son neveu Guy de Laval.

A cette occasion il la dota des biens de sa mère défunte. Ainsi dotée, Claude de Laval devenait baronne de Derval. Mais lorsqu’il vit sa belle-famille s’intéresser aux « idées nouvelles », et sa fille Claude y adhérer, Jean de Laval décida de modifier ses dispositions testamentaires. En sa qualité de Gouverneur de la Bretagne, il fit effacer un terme de la « Coutume » ce qui lui permettait d’assurer l’exécution de ses desseins. Ensuite il rédigea un nouveau testament qui frustrait considérablement les Rieux-Dinan et surtout Claude de Foix-Lautrec qu’il déshérita de la baronnie de Derval. Et il donnait à son ami le connétable Anne de Montmorency, catholique comme lui, le tiers de sa fortune.

 François d’Andelot

Les idées nouvelles sont introduites en Bretagne par François d’Andelot de Coligny, disciple de Calvin, époux de Claude de Rieux. C’est de son château de la Bretesche (Missillac), chef-lieu de la baronnie de la Roche-Bernard qu’il tint conseil avec trois autres ministres protestants. Ce fut le premier prêche protestant de Haute-Bretagne.

A Blain, la vicomtesse de Rohan, sœur d’Henri de Navarre, pratiquait la religion catholique. Elle reçut d’Andelot dans son château et accepta d’entendre le prêche de ses ministres. Dorénavant, Isabeau de Navarre se fit instruire de la nouvelle religion et favorisa la propagation du calvinisme.

Un prêche public futt fondé à Blain qui devint ainsi la « capitale » de la première Eglise Réformée. C’était en 1558.

Deux ans plus tard, d’autres prêches eurent lieu à Châteaubriant. Mais le fait que cette ville soit le fief du catholique Anne de Montmorency ne favorisa pas l’implantation du culte protestant. C’est pourtant à Châteaubriant qu’eut lieu le premier synode de Bretagne, le 10 septembre 1561.

 Dans les alentours

Dans les alentours de Châteaubriant, la nouvelle religion avait fait des adeptes. En 1562, dans la petite paroisse   de Sion, plusieurs calvinistes purent s’unir et s’installer sous la présidence du pasteur Jacques Guyneau. Ce petit bourg allait devenir la citadelle du protestantisme en Pays de la Mée. Des villages entiers, guidés par leurs maîtres, passèrent aux Protestants qui avaient attiré la maréchale de Créquy. On les appelait des huguenotières. On venait de loin pour entendre les prêches des pasteurs, Le plus souvent au moyen de chars à bœufs et par des chemins difficilement praticables.

René de la Chapelle, seigneur de la Roche-Giffart, aurait lui-même assisté au synode de 1561, comme seigneur fondateur de l’église paroissiale de Sion. Parmi les « anciens » et les notables de l’Eglise Réformée de Sion (une des cinq églises réformées du Comté Nantais), on trouve : René de la Chapelle de la Roche Giffart, Guillaume Le Maistre de la Garrelaye conseiller au Parlement, et Chambily de la Porte, tous deux de Derval. Puis De Mesneuf et De Villevoisin (de Pierric), Claude de Chamballan (de Rougé), Vay de la Fleuriays, des hommes de loi, des marchands et quelques ouvriers des forges, mais pas de laboureurs. En tout environ 150 personnes à Sion et à Fougeray. Le seigneur de la Roche-Giffart mit bientôt à leur disposition l’auditoire de Sion qui devint le lieu ordinaire des assemblées protestantes.

On dit aussi que l’hôtel Bois-du-Liers, à Châteaubriant, servit aux prêches et autres assemblées huguenotes

 La contre-réforme

Devant la propagation des idées nouvelles, l’église catholique et romaine commence à s‘inquiéter. Par le Concile de Trente (1545-1563) l’Eglise Romaine oppose aux Protestants une révision complète de sa discipline ainsi qu’une réaffirmation solennelle de ses dogmes. Elle enlève aux abbayes le bénéfice des églises. Désormais c’est l’Evêque qui nomme les Recteurs et à Derval, le premier, Louis Thomas, sera nommé en 1594.

Dans la nuit du 23 au 24 août 1572 eut lieu à Paris le massacre de la St Barthélémy, perpétré à l’instigation de Catherine de Médicis et des Guise, inquiets de l’ascendant pris par l’amiral de Coligny sur le jeune souverain Charles IX. La Saint-Barthélémy, fut célébrée comme une victoire par le roi d’Espagne et le pape Grégoire XIII qui, à Rome, fit entonner un Te Deum. Elle est restée le symbole de l’intolérance religieuse. [1]

 La Sainte Ligue

Après la Saint-Barthélémy et l’assassinat de Coligny, les ministres protestants, effrayés, s’enfuient et les Eglises se trouvent désorganisées. « En 1565, on comptait 27 églises protestantes ; en 1572, il n’en restait plus que 20 » dit Guillotin de Corson. En mai 1576, cependant, est signé le traité de Beaulieu (dit « Paix de Monsieur ») permettant l’exercice public de
la religion protestante dans toutes les villes de France, Paris excepté, avec pouvoir de bâtir des temples. Un prêche public eut lieu au bourg de Sion le dimanche 17 juin 1576. Par la suite les Protestants se réunirent aux Bignons et autres lieux de la paroisse   de Saint-Aubin-des-Châteaux, surtout à la maison de la Cocquerie-des-Champs, ou bien au château de Chamballan à Rougé.

En 1576 les princes catholiques forment une union : La Ligue. Celle-ci n’apparait en Bretagne qu’en 1582. Lorsque Henri de Navarre, le Protestant, devient l’héritier présomptif de la couronne de France, en 1584, les princes catholiques s’alarment. La Ligue multiplie les obstacles sur sa route. Mais le roi Henri III, sur son lit de mort, le désigne comme seul héritier légitime le 1er août 1589.

Henri de Navarre devient roi de France sous le nom de Henri IV. Mais il reste le chef du Parti des Protestants. « Plutôt mourir mille morts que souffrir un roi huguenot » : tel était le cri général quand on apprit la mort d’Henri III.

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Mercoeur

Philippe
Duc de
Mercœur

Ambitieux
et intéressé

une catastrophe
pour la Bretagne

En 1589, Philippe, duc de Mercœur, est gouverneur de la province bretonne et, du chef de sa femme (héritière des Penthièvre), il convoite, à son profit, le rétablissement du Duché. Les seigneurs bretons se trouvent, alors, divisés. Des huguenots se retrouvent avec les catholiques contre Mercœur (catholique) et pour le Roi (protestant). Cependant, Mercœur trouve à ses côtés bon nombre de bourgeois fanatiques et ambitieux. Il s‘efforce de rallier à la Ligue tous les Catholiques.

 Châteaux antagonistes : La Garrelaye et la Haye

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Château de La Haye

A Derval, Jacques Barrin, sieur de la Haye, se range dans le camp de Mercœur et devient un des ardents partisans de la Ligue.

Barrin est un personnage important : président du Parlement de Bretagne et de la Chambre des Comptes et titulaire d’offices à Rennes et Nantes. On peut deviner quelles étaient la mesure et l’étendue de son rôle dans l’administration de la Baronnie de Derval ! Il avait toute la confiance du très Catholique Anne de Montmorency, puis celle de son fils Henri.

Des affrontements ont lieu à Derval et dans la région entre partisans de Mer-cœur et nobliaux protestants. Les efforts de Mercœur vont s’appesantir sur les places fortes que détiennent les Huguenots, comme Derval et Blain.

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C hâteau de la Garrelaye

Mercœur s’empare de Derval en 1590, puis de la forteresse de Rohan à Blain en novembre 1591. Pour ses troupes Mercœur s’approvisionne chez l’habitant. Les fermiers sont désignés pour fournir les marchandises nécessaires, notamment les grains. Des meuniers et boulangers sont requis. On peut lire dans une note d’archive : « des charretiers de Châteaubriant conduiroient 4800 pains au siège de Derval. Le montant de la facture fut réparti entre les paroisses et la juridiction de Châteaubriant. Celle de Derval fut taxée à 16 écus sur les 380 qui représentait cette charge »

Le roi Henri vint combattre en pays nantais, mais cette guerre n’avançait pas. Un jour, les Ligueurs triomphaient, un autre jour les Royaux. Partout dans le pays nantais, la guerre inutile continuait de faire des victimes et des ravages. Les habitants des villes étaient écrasés d’impôts et la terreur régnait.

Après la conversion d’Henri IV au Catholicisme (25 juillet 1593), les motifs religieux de la Ligue s’évanouirent. Toutes les provinces baissèrent les armes. Seul Mercœur continua de résister. Derval fut, cette fois, assiégée par les troupes du roi Henri.

 Le Maistre de la Garrelaye

Dès le début, la famille des Lemaistre a adhéré aux « Idées nouvelles ». Guillaume est parent avec le célèbre François de La Noue, dit « Bras de fer » et avec René de la Chapelle de la Roche-Giffart, patron de l’église réformée de Sion. C’est ainsi qu’on le retrouve avec eux, luttant avec vigueur contre Jacques de Kerbouel de la Cour Péan, gouverneur de la place de Châteaubriant. Par la suite, on le voit défendre le château de Vitré contre Mercœur. En représailles, celui-ci fait détruire la tour de son château de la Garrelaye…

En 1575 Guillaume Le Maistre est gouverneur de la place forte de Blain quand le roi Henri le nomme, pour le représenter, aux conférences qui se tiennent à Fougeray où l‘on traite d’une paix éventuelle avec le Duc de Mercœur (ce serait à l‘occasion de ces rencontres   techniques que fut élaboré ce qui allait devenir : l’Edit de Nantes)

 L’Edit de Nantes

En 1597 Henri IV décide de faire le siège de Nantes, où réside Mercœur, et traite avec lui. Après de longues et difficiles négociations, le Roi peut faire accepter aux uns et aux autres l’Edit de Nantes (1598) dont l’un des articles porte sur la destruction de plusieurs places fortes dont Derval et Fougeray.

Avec l’Edit de Nantes, les Protestants retrouvent la liberté du culte. L’Eglise de Sion se reconstitue assez vite et connaît une belle vitalité. Elle est formée d’éléments appartenant à tous les degrés de la société : familles nobles et roturières. Un cimetière spécial est même ouvert pour les Protestants défunts.

La guerre a coûté très cher, notamment au Pays Nantais, C’était sans doute l’une des préoccupations du Roi. Lorsqu’il eut signé, à Nantes, son fameux Edit, il rejoignit Rennes et, tout en cheminant, découvrit toutes les landes s’étendant de Héric à Bain. Il s’écria alors : « Ventre saint-gris, où donc mes cousins bretons trouveront-ils tout l’argent qu’ils me doivent pour leurs contributions de guerre ? ».

 Révoltes du XVIIe

Après l’assassinat d’Henri IV (1610), sous la régence de Louis XIII, les Protestants se révoltent pour tenter de sauver les garanties obtenues par l’Edit de Nantes et qui sont menacées par les exigences des Princes et des grands Seigneurs. Ils tentent de s’emparer de quelques places fortes. A leur tête : le duc de Rohan et son cousin Soubise.

Que se passa-t-il à Derval ? Les archives signalent en 1615 et 1616, le pillage de la paroisse   par les troupes de Charnacé logées à Derval. Le registre de la paroisse   indique, le 13 mars 1616, en l’église de Fougeray, la baptême de Julienne Malhaut à cause de l’occupation de l’église de Derval. La baronnie de Derval est administrée par le sénéchal protestant, Paris de Soulanges. Depuis 1614 elle a été recueillie par Henri de Montmorency. C’est là tout le paradoxe de cette époque car Montmorency est un catholique zélé qui n’hésite pas à combattre les Protestants, notamment leur chef dans la région, le Duc de Rohan.

Quant au château de Derval, bien qu’en partie détruit, il servit de refuge aux prisonniers protestants capturés lors du siège de Port-Louis en 1623.

En 1629, Richelieu, avec l’Edit d’Alès, enlève aux Protestants leurs places de sûreté, mais leur rend toutes les libertés que leur avait accordé l’Edit de Nantes. Dès lors, les Protestants se conduisirent en loyaux sujets du Roi.

 L’Edit révoqué

Louis XIV, complètement fermé aux idées de tolérance, ne pouvait admettre que certains de ses sujets puissent avoir d’autres croyances que les siennes. Les Protestants furent à nouveau brimés et persécutés. En 1685, le Roi signa la révocation de l’Edit de Nantes. Désormais, le culte protestant est interdit et les pasteurs tenus de quitter le royaume. Les temples sont démolis par les Dragons.

Beaucoup de Protestants n’abjurent alors que pour échapper aux Dragons. Pour les autres, c’était les galères. D’autres prennent le chemin de l’exil : Henri de la Chapelle de la Roche-Giffart voit ses terres et la seigneurie de la Roche-Giffart saisies et mises en vente. Le marquisat est acheté par Catherine de Rougé, femme du marquis de Créquy, maréchal de France.

La marquise mit beaucoup d’ardeur à effacer le protestantisme dans la région. Elle n’hésita pas, dit-on, à faire pendre ses malheureux sujets qui avaient échappé aux dragonnades.

Vauban jugea ainsi cette période : « la révocation de l’Edit de Nantes eut des conséquences néfastes, elle fit perdre à la France ses meilleurs éléments. Deux à trois cent mille, peut être plus, sacrifièrent tout et risquèrent leur vie pour sauver leur foi. Des hommes capables de tels sacrifices étaient une élite dont l’émigration affaiblit la France et profita à l’Etranger. »

La révocation eut aussi un contrecoup désastreux pour notre pays. Elle excita contre nous la haine des Etats et des Peuples Protestants… En Irlande, par exemple, les Protestants dirigèrent des persécutions contre les Catholiques romains. Guillaume Hay de Slade et sa famille choisirent la France comme terre d’exil. En 1857, l’un de ses descendants, Richard Hay de Slade achetait le château et les terres de la Garrelaye, ancienne résidence des Le Maistre.

Le dernier Le Maistre à posséder la Garrelaye, François-Marie, est issu d’une branche qui abjura le protestantisme. Ayant choisi la prêtrise, il devint tour à tour aumônier de Louis XV, puis évêque de Clermont en Auvergne.

Les autres membres de la famille Le Maistre prirent le chemin de l’exil. Récemment des descendants de ces familles émigrées ont pris contact avec Derval et sont ensuite venues en pèlerinage à la Garrelaye. On raconte que, arrivées dans la cour du château, une dame australienne du groupe est montée à l’escalier de pierres extérieur, et, sans hésiter, a dégagé le lierre accroché au mur de l’entrée, mettant ainsi à jour la plaque portant les armoiries de Le Maistre. Et de s’exclamer : « Je suis enfin arrivée à la maison de grand-mère ».

Ainsi 300 ans séparent ces deux événements. Le départ pour l’exil et la visite de ces lointains descendants à la Garrelaye, prouvent qu’un retour aux sources et le désir de retrouver ses racines, demeurent quelque chose de vital.
Julien Bretonnière

Sources :

– Abbé Guillotin de Corson : Châteaubriant, Baronnie, ville et paroisse  
– Le site :
http://pinsonnais.free.fr/chateaubriant/
– Jean-Luc Tulot, « Une église réformée de Bretagne : Sion les Mines », C.G.O., 1991.


NOTES:

(1) Note : En août 1947 le père Yves Congar publiait un article à ce sujet (extraits) : « Certes les Catholiques ont, en plusieurs occasions, persécuté et employé la violence. Ils doivent aujourd’hui prononcer un désaveu sans ambiguïté de ces excès. La Saint-Barthélémy n’a été, à aucun degré, un acte de l’Eglise elle-même, mais un acte de Marie de Médicis contre Coligny, sa puissance, son emprise sur Charles IX et sa politique anti-espagnole ».