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Les paysans incendiaires à Derval

Ecrit le 8 juin 2011

 Les paysans incendiaires : rebelles ou instrumentalisés ?

Avant la Révolution, Derval (ainsi que Châteaubriant) occupe une place prépondérante dans la région. Situé au centre de l’axe Nantes-Rennes et Redon-Château-briant, il est avant tout le siège de la baronnie. Cette situation lui confère une importance particulière. Derval est habité et administré par des personnages exerçant des fonctions les plus diverses : sénéchal – procureur fiscal – avocats – huissiers – hôteliers – directeur de poste … Ces gens instruits sont pour la plupart au service du Prince de Condé, l’héritier de la baronnie de Derval.

 Potiron de Coisnérion

L’un d’entre eux, Potiron de Coisnérion, est âgé de 37 ans en 1789. Il a fait ses études à Châteaubriant puis à Rennes, il exerce la charge de Sénéchal de la baronnie et en même temps celle d’avocat à la Cour du Parlement de Bretagne. A Rennes, où siège le Parlement, il a l’occasion de côtoyer des gens de son milieu. Parmi ceux-ci, Jacques Defermon de Châteaubriant (futur député puis, pendant 16 ans, Conseiller d’Etat de Napoléon-Bonaparte). Ces hommes brassent des idées, fréquentent des personnages importants et tentent d’éclairer la masse des paysans, du peuple. En 1788 ces hommes sont au cœur des événements de Rennes qui seront le prélude de la Révolution. A Derval, l’influence de Potiron de Coisnérion est certaine. On le voit notamment à l’occasion de la rédaction des Cahiers de doléances.

Un autre personnage, Dubourg de la Prêverie, procureur fiscal, est également avocat à la Cour du Parlement. S’il appartient à la même classe sociale que Potiron, il est plutôt de tendance royaliste. Il deviendra le chef chouan de la section de Derval sous les ordres de Terrien, dit « Cœur de Lion »

A la veille de la Révolution, ce qui prédomine dans cette région de Derval-Châteaubriant c’est l’écrasant pouvoir seigneurial incarné par le prince de Bourbon-Condé, héritier des deux baronnies. Outre les grandes terres qu’il possède dans toute cette région, il est propriétaire des forges de la Hunaudière   en Sion et, à Moisdon, d’une douzaine de moulins et de presque tous les bois, forêts et étangs. L’essentiel des rentes qui lui sont dues consiste en impôts en nature, surtout en avoine. Il a, en plus, un droit d’impôt et de justice.

 Une région pauvre

Cultivateur laborieux

Au printemps de 1789, après la récolte catastrophique de l’année précédente et le terrible hiver, le monde paysan de cette région connaît une vie bien précaire, parfois réduite à la plus simple expression : survivre.

La misère provient aussi de l’ignorance, du manque de progrès et d’hygiène. Les mauvaises conditions d’habitat favorisent le développement des maladies infectieuses.

A cette époque de nombreux témoignages attestent le médiocre rendement des terres de la région et la pauvreté de ses habitants : le célèbre voyageur et agronome anglais,Arthur Young, traversant la Bretagne, décrit la région en ces termes « taillées dans la lande et les bois rabougris, on découvre de ci de là des terres labourées sur lesquelles s’affairent des gens miséreux ». A.Young s’étonne alors de voir un si grand pays comme la France enfoncé dans une telle routine. Sur ce point il juge la France en retard de plusieurs siècles sur l’Angleterre.

L’agriculture modeste, peu productive, n’emploie souvent que des journaliers. Le 25 janvier 1789, l’intendant de Bretagne écrit à son subdélégué de Châteaubriant : « J’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite pour me demander quelques secours en faveur des pauvres journaliers. Je présume qu’ils sont dans le cas de trouver de l’occupation, la saison étant devenue plus douce (25 janvier !). Au reste, je n’ai aucun fonds à ma disposition pour les soulager ».

Les inégalités sont criantes, le salaire moyen annuel d’un journalier avoisine les 150 livres. Le recteur de Derval perçoit la dîme, environ 1500 livres. Quant à lui, l’intendant du Prince de Condé, Félix Jousselin, il gagne 8000 livres par an.

 Cahiers de Doléances

Livre de 1787
Paysans

Au début de 1789, Louis XVI écrit aux provinces pour convoquer leurs représentants afin, dit-il, « qu’il soit apporté le plus promptement possible un remède aux maux de l’Etat et que les abus de tous genres soient réformés ».

En fait, de ces Etats Généraux, on en parle depuis plusieurs mois et les notables en ont discuté ici et là, en particulier à Rennes, où le Sénéchal Potiron de Coisnérion y a pris part et à Derval, le 28 janvier 1789 où les participants de Derval, Mouais, Pierric ont adhéré aux articles formulés à Rennes.

Les électeurs de Derval et (et de Lusanger sa trêve) sont réunis le 31 mars 1789 en Assemblée. Ils sont 128 présents. La lecture du cahier de Doléances est assez fastidieuse. Les trois premiers articles traitent plus des problèmes politiques que des réalités quotidiennes. Le quatrième revendique l’entrée libre dans tous les corps et l’abrogation de toute exclusion humiliante tendant à enchaîner la liberté, détruire l’émulation et à étouffer le germe des lumières et des vertus. Le dernier article évoque : « La coutume de cette province trop favorable à l’oppression » et affirme la nécessité de réformer « l’ouvrage des seigneurs dans des siècles d’ignorance et de servitude ».

Le Cahier porte aussi des doléances bien concrètes, comme la suppression des milices (sorte de service militaire) ainsi que l’abolition des « corvées des grands chemins ». On veut aussi plus de justice dans les impositions et qu’elles soient mieux réparties en fonction des capacités des contribuables. La rapacité des seigneurs irrite les paysans « les juges seigneuriaux ont modifié la forme des boisseaux en les diminuant de hauteur et en élargissant leur circonférence et leurs bords afin d’accroître d’autant le comble des dits boisseaux ».( mesure de grains de l’ancien régime).

Le ton reste déférent envers le Roi Louis XVI, on ne le tient pas responsable de cette misère. Il semble même porter l’espoir du peuple. Le Cahier n’est pas hostile au système féodal, mais seulement aux abus les plus criants. Enfin, il faut bien reconnaître que, sur 70 signatures, 10 appartiennent à des « hommes de loi » et que la paroisse   se retrouve unanime derrière ces doléances qui servent avant tout les plus riches de ses habitants, les plus habiles surtout qui se retrouvent très logiquement députés.

En ce qui concerne Pierric, le préambule du cahier dit : « Il n’est pas de paroisse   plus opprimée que celle de Pierric. Ecrasée par les impositions royales, elle l’est encore infiniment davantage par les impositions seigneuriales : quatre seigneurs se partagent ses dépouilles, Fougeray, Derval, Auguignac et Ballac. ».

L’assemblée ne craint pas d’assurer que « les rentes prélevées triplent et quadruplent les impositions royales. Les laboureurs languissent dans une misère si extrême qu’elle les réduit presque à l’impuissance de travailler et occasionne la stérilité des terres qui ne produisent plus rien faute de cultures et d’engrais dont elles sont privées…Aussi, les peuples de cette paroisse   sont dans la plus grande misère et obligés d’aller mendier dans d’autres endroits. »

La situation de la paroisse   voisine de Conquereuil n’est pas plus réjouissante. Celle-ci se trouve sous la dépendance de cinq seigneurs. Elle est, de ce fait, extrêmement surchargée et par les rentes et par le gouvernement fédéral : la dîme s’y perçoit à la 11e dans la grande partie, dont deux-tiers vont au seigneur.

L’assemblée de la Sénéchaussée de Nantes se tient le 6 avril 1789, pour fondre en un seul cahier les doléances des paroisses et désigner les huit députés qui siégeraient aux Etats Généraux de Versailles. Trois Nantais sont élus pour représenter la ville. Mais, sur les cinq élus représentant les campagnes, un seul est vraiment représentatif. Le délégué de Saffré, Joseph Marie de Cétray, qui s’est montré tout au long de l’assemblée un fervent défenseur des Paroisses, conclut : « les plaies saignent encore chez les représentants des campagnes. Chez les paysans qui ont reçu le mépris citadin en plein visage, sans pouvoir rien dire, pourront-elles se cicatriser ? »

Un an plus tard, cette région va exploser ! L’espoir des changements de société n’allait pas durer longtemps. Les paysans sont déçus et amers. Au début de l’année 1790, les réformes nouvelles pouvant améliorer la condition des habitants, ne sont toujours pas entrées en application. Dans les campagnes on s’agite beaucoup et, du côté d’Avessac, l’idée d’un soulèvement prend corps.

 Les paysans incendiaires

Depuis le 4 août 1789, la féodalité a été abolie et les Droits de l’Homme proclamés (26 août). Le peuple des campagnes, par les Cahiers de Doléances, a exprimé son « ras-le-bol » des pouvoirs souvent injustes et exorbitants des seigneurs. Les Municipalités se mettent en place et commencent à exercer le pouvoir. Cependant, les procureurs fiscaux sont toujours les représentants des seigneurs pour faire rentrer les impositions en vigueur au début de 1790.

Moins d’un an après la tenue des Cahiers, à partir des 9 et 10 février 1790, la région, entre Blain-Redon-Pipriac-Bain et Derval, connaît une flambée de violence anti-seigneuriale. Des groupes d’émeutiers partis d’Avessac, en grande partie composés de paysans, visitent les châteaux et s’en prennent aux archives, aux « papiers » des seigneurs et les brûlent. Ils pensent, ainsi, détruire ce qui les rattache encore à la féodalité.

Le 9 février 1790, les émeutiers sont à Fougeray. Ils se rendent chez M. du Bois Guéhenneuc et mettent le feu à ses titres. Le lendemain, ils se rendent chez M. de Grandville (Seigneur de Fougeray) et brûlent ses papiers… Des maisons du bourg sont aussi pillées et incendiées. Les émeutiers, au nombre de 1200 à 1500 paysans, cherchent le sieur de Grandville pour lui couper la tête et, disent-ils, « la porter au bout d’une pique ». C’est sans doute sous la contrainte que, par une déclaration écrite, Loquet de GrandVille déclare « renoncer à ses fiefs, rolles, afféagements et autres droits seigneuriaux dont je fais remise pour le présent et l’avenir ».

« Les mêmes horreurs se commettaient au château de Juzet de Guémené. De chez moi, je voyais les flammes de l’incendie » déclare Gaignard, procureur fiscal de Pierric. Des événements similaires sont constatés à Pierric et Conquereuil. La municipalité de Nantes fait alors dépêcher 50 hommes du régiment de Rohan, qui séjourneront à Fougeray jusqu’à fin mars, et une plainte est déposée par les seigneurs du Bruc et du Halgouët de Conquereuil et Guémené. Des meneurs seront repérés mais, en juillet, quand la force armée viendra les arrêter, un nouveau soulèvement aura lieu.

 Elections municipales

Le 10 février 1790 a lieu, à Derval, la première élection de la nouvelle organisation municipale. Jacques Hyacinthe Potiron de Coisnérion est élu maire. Il cumule cette fonction avec celle de juge au Tribunal de Châteaubriant (l’année suivante il abandonnera sa charge de maire). En 1788-89, comme Sénéchal de la Baronnie, il avait œuvré, avec d’autres, pour la reconnaissance du Tiers Etat et pour un changement de société. Le jour de son élection comme maire de Derval, profitant de circonstances, un groupe d’individus dérobe des dossiers d’archives du Prince de Condé. Par la suite, ses détracteurs sauront lui rappeler sa passivité face à ce méfait. Il semble, comme le démontreront les événements à venir, qu’il n’avait guère d’affinités avec la noblesse. Sa proximité avec le peuple et les paysans l’a peut-être entraîné un peu loin dans le processus de mise en route de la fronde du côté d’Avessac.

Sitôt son élection, Potiron, le maire de Derval, écrit aux Représentants de la commune à Nantes pour les informer de la révolte à Avessac. Dans sa lettre, publiée dans « Le Journal de la correspondance de Nantes » il met en cause les procureurs fiscaux des communes de Pierric, Fougeray, Derval à savoir Gaignard et Dubourg, les accusant d’être plus ou moins les commanditaires des incendiaires et d’avoir même fait « la part du feu » en désignant les papiers à brûler !

Cette lettre du maire de Derval suscite, dès sa parution, de vives réactions de la part de ceux qu’elle met en cause : Hubert de la Massue sieur de la Haye et les procureurs fiscaux Dubourg de la Prêverie et Gaignard. Ceux-ci après avoir tour à tour analysé en détail les principaux griefs et motifs d’accusation les concernant, et avec force détails, répondent au maire de Derval pour démonter son argumentation. Au final ils l’accusent d’imposture et d’être calomniateur.

Il est difficile de faire toute la lumière sur cet épisode de la Révolution en Pays de la Mée. On peut se demander pourquoi les procureurs fiscaux avaient « déserté » leur domicile et laissé leurs épouses seules face aux émeutiers pourtant annoncés. A cette époque de la Révolution, ils étaient encore eux-mêmes dépendants des seigneurs pour lesquels ils faisaient rentrer des impositions. C’est peut-être en cela que leurs intérêts divergeaient de ceux du maire.

 L’affaire des incendiaires portée à l’Assemblée Nationale

A la suite des exactions de février 1790, et après les plaintes déposées par les seigneurs du Bruc et du Halgouët, le siège prévôtal de Nantes décrète la prise de corps de 19 personnes considérées comme des meneurs. Mais quand la Maréchaussée vient pour les arrêter, on la force à se retirer. Une nouvelle flambée de violences a lieu les 18 et 19 juillet 1790 et le Directoire s’inquiète : « La poursuite qu’on en fait pourrait très bien en occasionner de nouveaux et peut être plus funestes en ces temps où la terre est couverte de moissons. Il nous paraît plus prudent de préférer les voies de la douceur en suspendant ces poursuites criminelles… Nous ne croyons pas prudent de faire paraître trop de forces en ce moment dans le pays et nous pensons qu’il faut remettre à un temps plus calme les réparations des dommages causés cet hiver ».

Le Directoire écrit donc aux maires de Pierric, Conquereuil et Guémené, leur donnant une leçon de morale civique et jouant l’apaisement.

« MM. C’est avec une vive douleur que nous avons appris les troubles qui agitent les paroisses de Pierric, Conquereuil et Guémené et qui ont commencé dans la nuit du 18 au 19 juillet de ce mois ; on nous a fait entendre que vos alarmes ont pour motif principal les poursuites criminelles qui se font contre quelques uns de vos habitants accusés d’avoir incendié les châteaux de vos ci-devant seigneurs ; mais ce qui nous afflige d’autant plus c’est que des gens mal-intentionnés se sont servis de ces moments de troubles pour vous inspirer la résolution de refuser le paiement des dîmes et celui des rentes dues aux ci-devant seigneurs.

Eh quoi ! nos chers concitoyens, vous qui avez été affranchis de la corvée personnelle, de la suite des moulins, de la milice et de tant d’autres entraves qui pesaient sur vos personnes et vos propriétés, vous enfin, qui souffriez si paisiblement le joug dont on vous accablait, voudriez-vous passer pour des ingrats, voudriez-vous vous montrer indignes du bienfait qui vous a délivrés de vos chaînes et voudriez-vous être les seuls du département à vous soustraire à ces obligations légitimes ? Défiez-vous de ces émissaires turbulents qui essaient de tromper votre crédulité pour jouir du plaisir de vous faire envisager comme des hommes injustes et réfractaires et pour vous attirer de nouvelles persécutions.

Rappelez-vous que les décrets vous prescrivent de vous acquitter des dîmes encore cette année. Faites attention que ce sera la dernière fois. N’oubliez pas non plus que les rentes dues à vos seigneurs le sont comme celles dues à vos voisins.

Pénétrez-vous, mes chers frères et amis, que si votre tranquillité a été troublée par des poursuites, ce n’est pas par de nouveaux excès que vous devez espérer faire oublier vos premières fautes.

Ecoutez la voix de vos pasteurs qui vous disent qu’il faut payer ses dettes et ne faire de mai à personne.

Nous allons faire tous nos efforts auprès de l’Assemblée Nationale et du Roi pour qu’ils mettent un terme à ces procédures qui vous affligent. Mais au nom du Dieu de paix, ne vous portez pas à des attentats nouveaux ; soyez tranquilles, vaquez à vos travaux, ces travaux qui vous ont coûté tant de sueurs, soyez sûrs que nous veillons à votre tranquillité, et que si nous la soupçonnions menacée du moindre danger, nous irions la partager et la défendre contre vos persécuteurs s’il s’en trouvait ».

En même temps le Directoire écrit au maire de Pierric et aux trois compagnies militaires cantonnées dans les environs : régiment de Rohan, Garde Nationale et volontaires qui sont intervenus dans la région.

« MM. le Recteur de Pierric et le Maire sont venus nous rendre compte de ce qui s’est passé dans la nuit du 18 au 19 juillet dernier. M. de Bruc nous ayant assuré que tout était tranquille maintenant, nous avons jugé simplement mettre l’affaire sous les yeux de l’Assemblée Nationale et du Roi, et de solliciter leur indulgence ».

M. de Kervegan, maire de Nantes, soutient cette demande du Directoire en ces termes : « J’ai vu avec la satisfaction de tout citoyen, tout dévoué à sa Patrie, que vos inquiétudes sur les suites du décret lancé contre divers laboureurs de la Paroisse   de Pierric étaient dissipées. Solliciter en leur faveur l’indulgence du Roi est un bienfait pour les malheureux qui en sont l’objet et pour les habitants de ce département. »

Le 7 août, quatre communes du canton de Nozay soutiennent et intercèdent pour les trois communes sus-nommées. La position de l’Assemblée Nationale concernant cette affaire, n’est pas connue. Il est permis de penser, qu’à cette époque de la Révolution, celle-ci a été la clémence.

En novembre 1790, la municipalité de Derval réitère sa demande d’une garde nationale. Le District de Châteaubriant fait savoir qu’il adresse celle-ci au Département et ajoute : « Les citoyens de Derval sont invités à la paix et à la concorde entre eux jusqu’à l’organisation des gardes nationales annoncées par le décret de l’Assemblée Nationale ». Ce message n’était-il pas destiné, en premier chef, au maire de Derval et aux Procureurs fiscaux qui se sont déchirés dans cette affaire ?

Julien Bretonnière


 Le rachat des droits féodaux

On retrouvera M. Potiron de Coisnérion comme co-signataire, le 9 octobre 1790, d’une réclamation du district de Châteaubriant sur le rachat des droits féodaux. Il y est écrit que le peuple « au moment qu’il se flattait de voir tomber ses chaînes, (…) bénissait déjà le noble courage de ses libérateurs. Quels ont été, Messieurs, son effroi et sa douleur quand il a senti que les fers devenaient indissolubles, que les moyens de se soustraire au joug affreux de l’injuste et humiliante féodalité, lui étaient impraticables ». C’est que l’Assemblée Nationale a aboli les privilèges, le 4 août 1789 mais a décidé, le 15 mars 1790, que le peuple devrait indemniser les seigneurs !

District

« Ces rentes féodales sont le fruit de la tyrannie que vous avez détruite. Si quelques-unes ont été justes dans leur établissement, elles n’ont été dues que comme le prix des usances & des droits dont les vassaux furent bientôt dépouillés, ou comme le salaire des services dont les soi-disant seigneurs se sont dispensés » dit la lettre.

Parlant de « l’avidité insatiable des hommes puissants qu’un Roi foible croyoit devoir ménager », la lettre refuse le remboursement des droits féodaux aux seigneurs qui « par-là vont tripler leur orgueilleuse opulence ; par-là ils vont étendre leurs possessions, & se rendre maîtres de toutes les propriétés ; par-là enfin ils vont aggraver le joug de l’ancienne servitude qui fit autrefois gémir nos pères, & dont nous rougissons encore aujourd’hui ». Elle demande « d’abolir ces droits odieux & iniques qu’établit autrefois la tyrannie, pour avilir & écraser le peuple », de protéger les faibles « en arrachant aux usurpateurs puissants la proie dont ils s’étoient injustement enrichis ». (1)

(voir le site chateaubriant.org, article 490 : http://www.chateaubriant.org/490-Reclamation-sur-le-rachat-des)


NOTES:

(1) en complément :

Une lettre de 1790 fustige les puissants de ce monde, réclamant une indemnité pour la suppression de la féodalité : « vous l’avez obtenue, cette indemnité, dans le partage injuste que vous avez fait des impositions publiques ; vous l’avez obtenue, cette indemnité, dans les privilèges que vous vous êtes arrogés au détriment du peuple ; dans les exemptions pécuniaires que vous avez extorquées pour vos personnes, pour vos biens ; dans les franchises dont vous avez joui, vous et vos domestiques, au mépris de la justice et de l’égalité que la nature a établie ; vous l’avez obtenue, cette indemnité, par les pensions qui ont grevé le peuple et épuisé les finances, par le droit exclusif de posséder les charges et les emplois lucratifs dans lesquels nous aurions servi l’Etat beaucoup plus utilement que vous ». Voilà, c’est dit !

(2) Cours complet d’agriculture - 1787