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Joseph Doré : "A cause de Jésus"

Ecrit le 12 octobre 2011

Il n’est pas dans les habitudes de La Mée de présenter le livre d’un évêque, mais celui-ci a retenu mon attention pour plusieurs raisons.

Une : il est de Joseph Doré. Deux : il propose de nombreux thèmes de réflexion.

Joseph Doré un enfant du pays. Né au Grand Auverné, pensionnaire au collège d’Ancenis (30 km), il se souvient qu’il fallait d’abord se rendre à Moisdon, comme on pouvait (souvent 5 km à pieds), prendre le car pour Nantes, puis le train jusqu’à Ancenis. Une expédition. Ce soir d’hiver 1947, sa maman est venue le voir, profitant du trajet obligé d’un voisin. « J’ai une blouse grise, les genoux nus et glacés, comme mes mains et mes pieds (...). Depuis le petit déjeuner je tiens serrée contre moi une grosse patate, oui une patate bouiillie. C’est qu’à l’époque les enfants ont faim. Et pour les nourrir, au collège, il n’y a pas toujours assez de pain ». Ce jour-là la maman pleure sur la dureté du temps qui la contraint à laisser son fils avoir faim de patate. « Emmène-moi maman » dit le gamin de 11 ans. « Oh Joseph, je le voudrais bien ! Mais il faut que tu étudies, Joseph, il le faut ».

Le jeune homme étudie ensuite au Séminaire de Nantes, fait l’expérience de la guerre en Algérie, est tenté par la politique
et choisit finalement la prêtrise puis est mis à la disposition de la Compagnie des prêtres de Saint-Sulpice ... où on l’envoie... à Rome. Et le voici de retour à Nantes, formateur au séminaire. C’est l’époque de Mai 68 et des rencontres   avec les militants ouvriers. « Nous comprenions qu’il y avait des carcans qu’il fallait faire tomber, qu’il fallait lutter contre le vieillissement de notre propre institution et contre ses scléroses ».

1971, Joseph Doré est à Paris, confronté au grand ébranlement suscité par les questions intellectuelles du temps. Il lit Claude Lévi-Strauss et Tristes Tropiques, puis découvre « Pour Marx » de Louis Althusser, « Les Mots et les Choses » de Michel Foucault. Et d’autres. Avec lui nous nous interrogeons sur l’existence et sur l’histoire de l’humanité, et sur l’histoire des relations entre l’Eglise et « le monde » : le constantinisme ou la tentation du pouvoir ; les croisades ou la tentation de la conquête ; l’Inquisition ou la tentation de la répression : l’intransigeantisme ou la tentation de l’absolutisme. Le tout écrit de façon très simple.

1997 : il est pressenti pour être archevêque de Strasbourg. Il refuse longtemps puis finit par accepter. « Apprendre une nouvelle responsabilité à 60 ans et découvrir un bonheur qu’on n’attendait pas », les particularités d’une vie d’évêque, le lien avec la société et les autres religions, « au carrefour des pauvretés, au carrefour des champs culturels, au carrefour des réalités politiques et des chemins religieux »’ dans une société en pleine mutation, dans une Eglise en pleine crise elle aussi. Il réfléchit à beaucoup de choses, à la place des laïcs dans l’Eglise, à la place des divorcés-remariés, à la place des femmes (et à leur possible ordination).

C’est alors qu’il rencontre (affronte) l’extrême-droite :« masquées derrière des demandes religieuses, ce sont des revendications nationalistes, xénophobes, antisémites et anti-islamiques » (1). Il était pour eux « l’infâme évêque de Strasbourg ». « Je n’étais pas alsacien ; j’étais mauvais Français et traître à la patrie ; chrétien hérétique, sous-marin franc-maçon. Les insultes furent abondantes et anonymes, toujours lancées au nom du véritable catholicisme, de la civilisation et de l’Occident blanc et chrétien dont j’étais le fossoyeur ». Insultes quotidiennes dans le courrier, et même une fois une enveloppe contenant des excréments ! Et calomnies anonymes aussi, lui prêtant des relations intimes avec telle ou telle femme de son entourage. « C’est fait pour blesser et cela marche.(...) La question qui nous est alors posée est de savoir comment nous pouvons rester vivants, humains. Comment ne pas répondre au mal par le mal »

Le temps passe. Au bout de 9 ans, Joseph Doré est très fatigué, une fatigue sans remède. Cancer, opération. Il démissionne donc de son poste d’évêque et se retire à Paris, il a 70 ans. « J’aspirais à entrer tranquillement dans un temps de contemplation et d’attente ». Le livre aurait pu se finir là. Mais ...

Mais Joseph Doré ne pouvait pas se taire. Trop de choses se bousculent : la levée de l’excommunication de quatre évêques intégristes dont l’un, Mgr Williamson, tenant des propos négationnistes sur l’extermination des juifs. Et l’histoire de cette petite fille de 9 ans, violée par son-beau-père depuis l’âge de 6 ans, excommuniée, elle, parce qu’elle avait fait un avortement. Et puis toutes les affaires de pédophilie dans l’Eglise.

Joseph Doré analyse la possible disparition d’un catholicisme vivant et organisé, le risque de fossilisation. Et puisqu’il a décidé de tout dire, il parle de contraception et d’avortement, de sexualité en général, (et un tout petit peu d’homosexualité), d’euthanasie. « La femme qui, à son cœur et à son corps défendant, se résout à interrompre une grossesse à ses yeux problématique, ou le médecin qui augmente la dose de morphine dans la perfusion d’un malade accablé de souffrance et aux limites de la résistance, ne sont pas à loger à la même enseigne que le criminel qui assassine froidement une vieille dame pour lui prendre son sac à main »

Certains trouveront dans ce livre une dimension religieuse car Joseph Doré, lui, a une vraie croyance en Jésus. D’autres y verront une dimension humaniste et des éléments de réflexion essentiels. Un livre très intéressant, bien écrit, dans un style abordable

B.Poiraud


NOTES:

(1) cela fait penser à ce qu’a subi Jo Brégeon, curé de Châteaubriant, contre lequel une cabale avait été montée avant son arrivée parce, venant du Nicaragua, il ne pouvait qu’être de gauche et tiers-mondiste. Heureusement il s’est trouvé des équipes paroissiales refusant de le rejeter avant de le connaître. Il n’empêche qu’il en a souffert plus qu’on ne croit.