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Sarkozy : ses chiffres sont faux

Ecrit le 2 novembre 2011

Lors de son intervention à la télévision, jeudi 27 octobre 2011, Nicolas Sarkozy a égrené un certain nombre d’affirmations, chiffrées ou non. Les journalistes Hélène Bekmezian et Alexandre Léchenet sont revenus plus en détail sur quatre déclarations plutôt trompeuses dans le journal lemonde.fr à qui nous empruntons les explications qui suivent (1) :

1) « La réforme [des retraites] que nous avons fait voter, c’est 24 milliards de plus par an » dit N.Sarkozy

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Dessin de Moon - 06 87 32 77 47

C’est vrai, mais ... pas avant 2025. Pour vérifier cette déclaration, il faut se plonger dans le rapport du Sénat de septembre 2010 mesurant l’impact total prévisible de la réforme des retraites. On y apprend que cet impact devrait être de 5 milliards d’euros en 2012, soit près de 5 fois moins que le chiffre avancé par N.Sarkozy.

Cette réforme va cependant rapporter de plus en plus d’année en année : ainsi, en 2025, l’impact global devrait bien être de 24 milliards d’euros, selon le Sénat. Mais, ces chiffres sont axés sur des projections de croissance qui sont plus que susceptibles d’évoluer. Jeudi soir, le président a d’ailleurs révisé à la baisse la croissance pour 2012 en la ramenant à 1 % (contre 1,75 %), ce qui implique « 6 à 8 milliards d’euros » de moins dans le budget 2012.

2) « Avec les heures supplémentaires, c’est 9 millions de salariés français qui ont gagné en moyenne 450 euros de plus »

C’est vrai, mais si l’on parle d’un gain annuel. Un rapport de janvier 2009, expliquait que les 5,5 millions de salariés ayant bénéficié du dispositif avaient gagné en moyenne 150 euros par mois et par foyer.

Un rapport parlementaire récent (juin 2011) a établi que la défiscalisation des heures supplémentaires a apporté un gain annuel moyen d’environ 500 euros (soit environ 40 euros par mois) à 9,2 millions de salariés (sur un total de 23,6 millions).

3) « Au début de l’année, [les policiers et les gendarmes] savent que 5 % d’entre eux termineront l’année soit morts, soit blessés graves » (a)

Le chiffre est bon, mais mais ... On compte en France 150 000 policiers et 120 000 gendarmes ; il y aurait donc, selon les dires de M.Sarkozy, chaque année environ 7 500 policiers et 6 000 gendarmes tués ou gravement blessés, soit 13 500. En présentant le 21 janvier les résultats de la politique de sécurité en 2010, Brice Hortefeux, alors ministre de l’intérieur, a rendu hommage aux « 12 875 policiers et gendarmes blessés dans l’exercice de leur mission en 2010 » : la proportion évoquée par Nicolas Sarkozy est donc exacte, même si M.Hortefeux ne parlait pas de « blessés graves ».

D’une part, la proportion de décès est très faible, heureusement. Pour la seule police, le capitaine de police Stéphane Lemercier a répertorié dans son livre Victimes du devoir (éditions du Prévôt, 2011) le nombre de personnes tuées, en se basant sur une large revue de presse : il en compte 9 pour l’année 2009. Le sociologue Laurent Mucchielli, qui a signé la préface de Victimes du devoir et qui est l’auteur du blog « Insécurité » sur Le Monde.fr, rappelle d’ailleurs que le décès d’un policier en service est rarissime, et qu’il s’agit le plus souvent non pas d’agressions volontaires, mais d’accidents. D’autre part, il assure que, dans 85 % des cas, les policiers blessés le sont de façon superficielle ; si l’on suit son calcul, le nombre de policiers « gravement » blessés tournerait donc plutôt autour de 1 000.

4) « Il n’y a pas un pays d’Europe où ceux qui ont de l’argent payent autant d’impôts qu’en France ».

C’est très difficilement vérifiable, com-me l’expliquait Alternatives économiques en 2010, notamment parce que le système fiscal français est l’un des plus complexes qui existent. En outre, il faudrait savoir ce que le chef de l’Etat entend par « ceux qui ont de l’argent ».

Si l’on ne prend en compte que l’impôt sur le revenu, la France n’est pas celle qui taxe le plus les plus riches. Selon une étude comparative menée par le site d’information spécialisé My Europ et publiée sur Rue89, l’Hexagone se trouve notamment derrière l’Allemagne, la Belgique et le Royaume-Uni.

En France, le taux marginal (c’est à dire le taux d’imposition qui s’applique à la dernière tranche de revenu, et pas à la totalité des revenus) s’applique aux ménages gagnant plus de 70 830 euros par an. Pour eux, le taux d’imposition est de 41 %. Seule la Belgique taxe plus et plus tôt, puisqu’elle applique un taux d’imposition marginal de 50 % quand un revenu dépasse 34 300 euros annuels.

Si l’on prend ensuite en considération les niches fiscales, la France reste toujours au moins derrière l’Allemagne, selon un rapport de la Cour des comptes de mai 2011.

Mais si l’on prend en compte la totalité des impôts (revenu, capital, etc.), la comparaison devient plus complexe, notamment parce que la France est le seul pays d’Europe à appliquer le mécanisme de l’impôt sur la fortune. Selon l’économiste Thomas Piketty, qui le premier a calculé un taux d’imposition global (en cumulant tous les types de prélèvements), les personnes ayant un revenu situé entre 5 000 et 9 000 euros mensuels sont effectivement très fortement taxées (taux à 48 - 49 %). Mais au delà de ce seuil, le taux décroît fortement et descend même jusqu’à 35 % pour les 0,1 % d’ultrariches.

Enfin, le plan de rigueur adopté en août par le gouvernement prévoit une taxe supplémentaire pour les plus riches : exceptionnelle, elle est de 3 % pour les revenus dépassant 500 000 euros par an, et ce jusqu’à ce que le déficit public atteigne 3 % du PIB. Mais cela concerne moins de 1 % de la population.

(1) toutes les références figurent dans leur article


Ecrit le 2 novembre 2011

Médecin ... choqué

Non, non, le gouvernement n’augmente pas les impôts, mais il s’arrange autrement pour léser les plus faibles. Derniers touchés : les malades et les familles. Vendredi 28 octobre, Christian Hutin, député de Dunkerque, a déclaré, lors du débat sur le financement de la sécurité sociale :

"Je suis médecin généraliste, et j’exerce en secteur 1, en zone urbaine sensible ; cette zone compte seize usines classées « Seveso », et la présence la plus forte en France de maladies liées à l’amiante. Ces patients ont de cruelles destinées : au port de Dunkerque, 80 % de l’amiante était déchargés à mains nues ; imaginez ce que cela peut donner ! C’est évident : il y a des risques industriels considérables, il y a une pénibilité au travail immense. Je suis donc très nettement au-dessus des indemnités journalières qu’il peut y avoir à Nice, à Cannes ou à d’autres endroits où certains risques sont probablement moindres !

Je n’accepte donc pas que, depuis trois jours, on parle de la responsabilisation et de l’honnêteté des médecins. Je viens d’entendre que les médecins prescripteurs seraient eux-mêmes des voyous : mais c’est quelque chose d’incroyable ! Je vais expliquer cela à mes collègues médecins généralistes : nous serions des voyous prescrivant des arrêts de travail pour frauder ! On va nous surveiller. (...)

Hier, la cour d’appel de Douai a abaissé l’indemnisation des victimes de l’amiante. Désormais la plupart des indemnisés de l’amiante verront leur indemnité diminuer d’un quart, d’un tiers, voire de moitié. Pire, cette mesure touche aussi les victimes de l’amiante qui sont à la retraite. La rente de l’assurance maladie qui leur est attribuée pour la perte de la capacité à gagner leur vie doit être considérée désormais comme une réparation pour préjudice personnel. Cela pourra aller jusqu’à une division par deux des dommages et intérêts !

Suite à la décision rendue hier par la cour d’appel de Douai, 300 personnes, des petits retraités, devront rembourser entre 5 000 et 15 000 euros. La plupart d’entre eux n’ont même pas un dixième de cette somme sur leur compte. Je n’imagine pas une saisie chez les victimes de l’amiante !

Si vous êtes victime d’un accident sur la voie publique, d’un accident de la circulation ou d’un acte de terrorisme, vous êtes totalement indemnisé de votre préjudice. Il n’en est pas de même pour l’accident de la vie du travail ?"


NOTES:

(a) Au sujet des « Forces de l’Ordre »