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MES : une dictature européenne ?

Ecrit le 26 octobre 2011

Un nouveau traité européen, dont quasiment personne n’a entendu parler ? Effectivement.

C’est un traité qui concerne tous les pays de la zone euro. Et ce n’est pas par hasard, que dans la plupart des pays concernés aucune information ne circule sur ce traité. C’est qu’il est très dangereux pour les citoyens ! Vous n’étiez pas censé l’apprendre avant que les choses soient définitives !
 
Ce traité établit une nouvelle administration européenne, appelée Mécanisme Européen de Stabilité (MES). Ne le confondez pas avec ses prédécesseurs, les fonds de secours européens MESF et FSFE, dont on entend beaucoup parler dans les journaux télévisés ces jours-ci !!! 
 
Le MES remplacera ces deux-là et aura autorité de vider les Caisses d’État quand il voudra et aussi souvent qu’il voudra. Le MES sera sans limite ! Le Conseil du MES sera composé des 17 Ministres de Finances, qui en deviendront les Gouverneurs. C’est eux qui prendront les décisions. Les parlements nationaux n’auront rien à dire sur ce MES, ni sur ses Gouverneurs, qui bénéficieront d’une immunité à l’extrême (comme d’ailleurs tous les gens qui y travailleront.)

 Un seul exemplaire

 
Jusqu’à ce jour Bruxelles n’a rendu public qu’un seul exemplaire du traité. En anglais (96,5% de la population de la zone euro parlent d’autres langues !)

Treaty establishing the European Stabilty Mechanism (ESM). Le consulter ici :
 
Il a été signé le 11 juillet 2011. Curieusement, aucun journal français ou international n’y a consacré un titre. Le traité deviendra définitif après ratification par les parlements nationaux. Habituellement de telles ratifications sont une simple formalité. Il est peu probable que les parlementaires aient déjà compris que le texte signifie la fin du pouvoir suprême du parlement, celui de décider du budget. Et lorsque les Caisses seront vides, nous aussi nous devrons nous serrer la ceinture de plus en plus pour sauver l’euro et les banques.
 
Bruxelles veut que les Parlements de la zone euro donnent leur accord avant le 31 décembre 2011.

Des articles explicatifs en français, sont disponibles (1)

 MES, un coup d’Etat dans 17 pays

Coup d’Etat : prise du pouvoir réel et limitation du pouvoir du Parlement national démocratiquement élu. Le traité du MES est un coup d’Etat dans 17 pays simultanément, entièrement en accord avec la philosophie de la Commission Européenne, qui, selon son Président Barroso, doit être le gouvernement économique de l’Union, qui doit définir les actions que les gouvernements nationaux doivent exécuter.

Le Mécanisme Européen de Stabilité (MES) est un nouveau mode d’administration de l’Union Européenne (UE). Le but déclaré est de fournir des prêts (sous conditions strictes) à des pays de l’euro qui ne peuvent plus remplir leurs obligations financières (reprenant ainsi les attributions des FESF et MESF mentionnés plus hauts). Il sera géré par un Conseil de Gouverneurs composé des 17 Ministres des Finances des pays de l’euro situés dans l’Union Européenne.

Le traité du MES dit, dans son article 8, que cet organe disposera d’un capital de 700 milliards d’euros. Ensuite, dans son article 10, il est précisé que le Conseil des Gouverneurs peut décider de changer ce montant et d’adapter l’article 8 en conséquence. Dans l’article 9 il est dit, que le Conseil des Gouverneurs peut exiger à tout moment le versement du capital non encore payé (et ceci en moins de 7 jours.) En fait, il est dit que le MES peut exiger de l’argent des pays membres de façon illimitée. Le traité ne prévoit pas de droit de veto pour les Parlements nationaux.

Le MES aura un caractère permanent et le pouvoir d’exiger des sommes illimitées des Caisses d’État et de les prêter aux risques et aux frais des citoyens du pays auquel ils prêteront. Pour l’instant il s’agit d’une capital de 700 milliards (2100 euro par citoyen euro), mais il est déjà question de montants de 1500 à 2000 milliards ...

 Unanime

Selon l’article 5.6 le Conseil des Gouverneurs doit prendre les décisions ci-dessus à l’unanimité. Le Conseil entier doit donc voter « pour ». A première vue il est très étrange que le fonctionnement du traité dépende entièrement de l’unanimité des 17 Ministres des Finances de la zone euro... quand on voit combien de peine leur coûte en ce moment la conclusion d’un accord sur la délivrance de prêts déjà promis à la Grèce !

Dans le MES ce sont les 17 Ministres des Finances qui votent sur toutes les décisions importantes, mais il y a encore d’autres gens qui sont présents dans toutes leurs réunions, officiellement en tant qu’ « observateurs ». Pourquoi ces ministres ont-ils besoin d’observateurs ? Pour vérifier qu’ils font bien ce qu’on attend d’eux ? Ces observateurs sont au nombre de trois :

  • Le membre de la Commission Européenne qui est en charge des affaires économiques et monétaires,
  • le Président du Groupe Euro (un club informel de ces 17 Ministres des Finances)
  • et le Président de la Banque Centrale Européenne !

Donc, s’il n’y a pas une unanimité spontanée des 17 Ministres des Finances, ça doit être l’influence exercée par ces observateurs qui arrivera à les mettre d’accord. Pour comprendre quelle influence la Commission Européenne et la Banque Centrale Européenne peuvent exercer sur nos ministres, regardons les choses d’un peu plus près.

 Qui sont les Ministres des Finances ?

Eh bien, en général ce sont des gens qui vont et viennent. Le plus souvent ils sont nommés après les élections parlementaires, qui débouchent d’abord sur les tractations pour former une coalition majoritaire aux dépens des promesses électorales et qui sont suivies par les tiraillements pour le remplissage des portefeuilles importants, comme le Ministère de l’Intérieur, de l’Économie et des Finances.

Le plus souvent ce sont des personnes qui ambitionnent une carrière politique et qui ont été poussées en avant par des partis politiques. Dans le cas favorable, elles disposent des capacités de mener un ministère. Une telle personne peut avoir la direction de la Défense et puis, une autre fois, être nommée Ministre d’Éducation ou d’Affaires Sociales. La connaissance du sujet est généralement estimée moins importante que les capacités dirigeantes.

Les Ministres des Finances fraîchement nommés sont généralement fous de joie d’avoir réussi à arriver si loin dans leur carrière. Cependant, ils arrivent dans un monde qu’ils ne connaissent que peu ou pas. C’est le petit monde influent des institutions financières internationales et des nombres avec des zéros à l’infini. Un moment d’inattention suffit pour se tromper de dizaines de milliards d’euros. Ces ministres nouveaux arrivants sont des proies faciles pour les conseillers de la BCE (banque centrale européenne) et du FMI, (fonds monétaire international) qui viennent expliquer comment ça fonctionne et ce qu’on attend d’un bon Ministre de Finances.

Et ce qu’on lui demande, c’est de favoriser les entreprises privées ... pas les citoyens.

 Le mécanisme, à l’œuvre actuellement

Le mécanisme, à l’œuvre actuellement, est simple : la libre circulation des capitaux est la règle des règles. Le schéma qui a conduit à la crise actuelle est celui-ci : l’argent est fictif, c’est de l’argent-dette. Et puisque, avec un même capital, les banques sont autorisées à fournir deux fois plus d’hypothèques que des prêts pour d’autres usages, ce sont surtout des logements qui furent financés. Les banquiers oublièrent cependant que les gens n’ont pas besoin uniquement d’un espace pour habiter, mais aussi de revenus pour rembourser leurs emprunts. Elles auraient dû financer suffisamment d’activités économiques aussi. Ce ne fut pas le cas. Ainsi une première vague de nouveaux citoyens de l’euro se sont retrouvés dans des dettes dont ils ne pourront plus se sortir. Le marché immobilier s’est effondré. Les entrepreneurs et leurs fournisseurs firent faillite, laissant derrière eux un paysage désolant de quartiers d’habitation vides et non finis. Les banques se sont trouvées en difficulté aussi. Les Etats sont intervenus pour soutenir les banques [alors qu’on ne voit pas les Etats soutenir les activités économiques !]

Voià donc les pays en difficulté, et parce que quasiment tous les pays avaient dépassé les limites en matière de dette, il était utile de dévier l’attention et de pointer du doigt l’élève le plus désobéissant. Pour la Grèce ils montèrent même toute une campagne de diffamation : la Grèce aurait caché sa dette, les Grecs étaient des fainéants et partaient à la retraite tôt etc. Rapidement la Grèce fut attaquée de toute part et dut payer des intérêts de plus en plus élevés pour ses emprunts. Heureusement ses copains de classe de l’euro voulaient bien l’aider. Il est donc prévu de prêter à la Grèce ...

Cela fera un pays surchargé de prêts, au point de ne plus pouvoir payer les intérêts. Ces prêts sont accordés pour des projets définis. Ceux-ci sont généralement exécutés par des entreprises étrangères. Ce sont elles qui touchent l’argent des prêts. Le pays reste avec les dettes. Ensuite on vend tout ce que le pays a de valeur à des investisseurs étrangers. Et bien entendu, le gouvernement doit couper les dépenses jusqu’à l’os et la population doit saigner. La diffamation ayant fait son œuvre, les citoyens dans les autres pays de la zone euro ne protestent guère, tout au plus contre la perte possible de leur argent, que des Caisses de Retraite y ont investi. Mais s’il réfléchissaient un peu plus, ils comprendraient qu’un jour, peut-être déjà demain, eux aussi pourront être englués dans des dettes. Cela peut arriver en un éclair. Juste par une petite info : les sacro-saintes « agences de notation » ont baissé leur note. C’est ce qui menace la France en ce moment.

Lorsqu’on a fini par rouler la victime dans les problèmes - encore une fois, la Grèce n’avait pas de problème insurmontable lorsqu’elle accédait à la zone euro en 2001 - alors, on peut prendre le pouvoir dans le pays. C’est pas les citoyens, non, qui prennent le pouvoir ! Sous prétexte de combattre l’instabilité de la zone euro, les parlements pourront limiter les effets de législation nationale et les droits des citoyens, non pas pour un « bonheur national brut » mais pour un « profit maximal brut » conquis par les uns au détriment des autres. La dictature politique au bénéfice de la dictature financière.

Alors, le MES là-dedans ? Ce traité peut fonctionner ou devenir caduc selon que les 17 Ministres des Finances sont unanimes ou non. La Commission Européenne et la BCE font confiance à leur influence pour mettre les 17 nez dans le même sens.

Pire : tous les 17, ce n’est pas nécessaire. En effet une décision peut être valide même les ministres ne sont pas tous présents car un système a prévu que chaque ministre représente un nombre de votes, proportionnel au capital souscrit par son pays. Lorsque les 2/3 des ministres représentant les 2/3 du nombre total des votes sont présents, ils peuvent voter validement. Et ne pas voter n’empêche pas une décision unanime...tant que personne ne vote contre.

En théorie, un ministre têtu d’un petit pays pourrait donc gâcher la fête. Il devra disposer d’un grand courage. Barroso ne veut plus de cela. Il veut que tous les traités européens soient modifiés et que les décisions n’aient plus besoin d’être prises à l’unanimité. Pour le MES, par exemple, cela voudrait dire que si l’Allemagne, la France, l’Italie et les Pays-Bas sont d’accord, les 13 autres n’ont plus rien à dire. Vive la dictature à Bruxelles ! Vive l’Union Européenne !

 Immunité

Nous savons déjà que les administrateurs et représentants du peuple n’aiment pas avoir à répondre de leurs paroles et de leurs actes. Mais pour le MES, ils poussent le bouchon vraiment très loin. Les règles ont été établies de telle sorte que tous ceux qui en font partie ou y travaillent pourront faire ou laisser ce qu’ils voudront, sans qu’ils aient à en répondre devant aucun Parlement, aucune Administration, ni aucun juge. Tout au plus un Ministre de Finances pourra être remplacé par un autre, qui bénéficiera tout de suite des mêmes privilèges exorbitants. Un voyou ne pourrait pas souhaiter un meilleur repaire.

 Une dernière réflexion

L’Union Européenne a un principe : l’économie de marché libre. Presque tout le monde a déjà compris que la dérégulation des banques, la privatisation des infrastructures et l’abolition des tâches du gouvernement mènent à une société dure et harcelée par des crises. Ces principes sont dépassés. Ses défenseurs ne pourront les imposer que par la violence. La Grèce ne sera pas la dernière victime.

D’après des explications de Rudo de Ruijter

Source


Ecrit le 26 octobre 2011

 100 milliards et un demi-milliard

100 milliards d’euros : c’est la somme sur laquelle se sont accordés les Etats membres de l’UE pour recapitaliser les banques européennes, selon la ministre autrichienne des finances, Maria Fekter. Cette enveloppe, qui doit s’ajouter aux 50 milliards d’euros déjà levés par les banques entre janvier et avril et aux fonds levés depuis sur le marché, concernerait une soixantaine des principales banques de l’Union. La recapitalisation des banques est un sujet majeur du sommet européen de Bruxelles le 23 octobre 2011.

 Un demi-milliard

En 2011, le programme européen d’aide aux plus démunis est de 480 millions d’euros pour l’Europe. Il permet d’apporter de l’aide alimentaire à 13 millions de personnes. Il correspond à 1% du budget de la PAC (politique agricole commune) et représente environ 1 euro par Européen.

En France, le programme est de 72 millions d’euros. Il aide près de 4 millions de personnes à se nourrir par l’intermédiaire de quatre associations (Banques alimentaires, Croix-rouge, Restos du cœur et Secours populaire   français).

Pour 2012, la Commission européenne a décidé que, pour l’Europe, le budget sera diminué de plus de 75% : le programme passera de 480 à 113 millions d’euros. Pour être ensuite peut-être menacé de disparition. La part de la France sera amputée de près de 80%, tombant de 72 à 15 millions d’€uros.

Pour le Secours Populaire   qui apporte une aide alimentaire à 1,3 million de personnes, ce programme représente plus de la moitié des produits distribués. Derrière les chiffres se cache la détresse d’enfants et de familles, de personnes âgées, de chômeurs, de travailleurs pauvres, de jeunes... Cette restriction aurait des conséquences dramatiques sur le quotidien des personnes déjà victimes de beaucoup trop de privations. Le « Livre porte-voix de la pauvreté » édité par le Secours populaire   en octobre 2010, en témoigne : des familles avec enfants dont le frigidaire est vide le 15 du mois, car il faut payer le loyer, les factures... ; les pensions de retraites insuffisantes pour s’alimenter correctement après toute une vie de travail... Qu’arrivera-t-il si plus de la moitié de cette aide disparaît ?

 Syndicats européens

« Le secteur financier est à l’origine de la crise. Les citoyens la paient. Ce sont eux qui créent la croissance et paient des impôts. Ce sont eux qui sauvent l’euro et les banques. Plutôt que de reconnaître la valeur de leurs efforts, leurs droits sont attaqués. Les travailleurs attendent des responsables et des institutions européens qu’ils agissent pour davantage de démocratie et non pour miner l’Europe sociale, les droits syndicaux et les droits du travail, y compris les négociations collectives » dit la Confédération Européenne des Syndicats


NOTES:

(1) (Sur ce site vous trouverez également des explications faciles sur Les secrets derrière l’argent et les banques.)