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Confidentiel défense : les lieux sanctuarisés de la République

Ecrit le 16 novembre 2011

Les lieux sacrés de la République

On en découvre tous les jours : il y a en France des secrets que le pouvoir protège soigneusement de crainte que les juges n’y mettent leur nez. Rappelons par exemple l’affaire Ben Barka, le « suicide » du ministre Robert Boulin et ... l’affaire Karachi.

Le secret-défense protège les documents et, depuis 2009, les bâtiments où sont sont rangés les documents !

Karachi : Mercredi 8 Mai 2002, comme chaque matin, à la même heure et suivant le même trajet, le bus de la Pakistan Navy, a pris en charge les ouvriers et techniciens français de la DCN (direction des constructions navales, organisme public) pour les acheminer vers l’arsenal de Karachi où ils travaillent à l’assemblage du 3e sous-marin Agosta vendu par la France au Pakistan. Une Toyota Corolla se place à côté du bus. A 7h45 (heure locale), le bus explose faisant 14 morts, dont 11 français, et 12 blessés.

« Ce crime est monstrueux. Ses auteurs seront punis. Il ne peut y avoir de sanctuaire pour les terroristes » déclare Jacques Chirac le 13 mai 2002. Mais, depuis cette date, la justice ne rencontre que des obstacles, d’autant plus que le volant financier de cette affaire s’oriente vers le financement occulte de campagnes électorales de la Droite en France. Celle-ci multiplie les parades. N. Sarkozy avait promis de recevoir les familles une fois par an. Il n’en fait rien. Sans doute a-t-il un agenda trop chargé. Il s’agace d’ailleurs :
« il ne sortira rien de cela et tout le monde le sait » a-t-il déclaré encore le 27 octobre 2011. Un de ses conseillers de N.Sarkozy a même rétorqué en juin 2009 aux familles des victimes « Monsieur le Président en a assez qu’on l’importune avec des bobos personnels ».

Mais sans doute y a-t-il des choses à cacher puisque les documents sur Karachi sont toujours « secret-défense » et que, de plus, la loi du 29 juillet 2009 a étendu le secret défense -qui concernait auparavant des documents- aux locaux les abritant. Par un décret non publié au Journal officiel, le premier ministre a classé « secret défense » une vingtaine de lieux, notamment les services de renseignement et de contre-espionnage.

Le Conseil Constitutionnel, dans sa décision du 10 novembre 2011 a jugé que la classification d’un lieu « secret défense » empêche les magistrats d’accéder librement à ce lieu et que l’accès à d’éventuelles preuves est inaccessible tant qu’une autorisation administrative ne leur a pas été délivrée.