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La petite presse en danger

Ecrit le 14 décembre 2011

 La Mée, menacée

Les nombreuses petites revues associatives, militantes ou non, qui ont recours aux services de La Poste pour assurer leur diffusion, rencontrent des difficultés croissantes pour satisfaire aux exigences qui leur sont imposées pour bénéficier des tarifs Presse, qui, eux-mêmes, connaissent des hausses insupportables.

Et en même temps se poursuit la concentration des grands groupes de presse et d’édition. Il n’y aura bientôt plus de place que pour les informations formatées.

Cette double évolution menace à terme la liberté d’opinion et de circulation des idées dans ce pays. Il est temps de le faire savoir et d’y porter remède avant qu’il ne soit trop tard.

 Contraintes actuelles

Déjà nous avons des contraintes importantes (regardez la bande d’expédition de votre journal ).

1) indiquer un « code facteur » de quatre chiffres du genre 0909, ou 0505 (etc) ... qu’on ne peut pas deviner. C’est La Poste qui le fixe, en fonction de la tournée du facteur. Et, pour connaître ce code facteur il faut passer par une société de routage (payant bien sûr) ! Et des fois, surtout pour les personnes habitant en campagne, La Poste ne donne pas de code facteur. Mais la société de routage nous fait payer pour nous dire qu’il n’y a pas de code facteur. Et les PTT nous imposent un tarif plus élevé ... parce qu’il n’y a pas de code facteur.

2) toutes les semaines nous devons indiquer, en rouge, la date d’expédition. Il arrive que des journaux postés le lundi à Châteaubriant arrivent le samedi à Pouancé ou même à Châteaubriant !

 Contraintes futures

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Dessin de Moon - 06 87 32 77 47

Mais cépatout ! Certaines petites revues se voient déjà signifier un refus d’expédition sous bande (par exemple Silence et « Acontrecourant »]. Si la même chose arrivait à La Mée, cela voudrait dire que tous les exemplaires devraient être mis sous enveloppe plastique ! Il est évident que nous n’aurions ni les moyens, ni la place d’installer une machine pouvant emballer 15 000 exemplaires à l’heure ! La mise sous enveloppe constituerait un gaspillage de papier préjudiciable à l’environnement. Une mise sous plastique serait encore plus préjudiciable de ce point de vue. Et vous n’en avez pas assez d’éliminer tous les plastiques qui entourent les revues ?

Ceci reviendrait à signer la disparition de La Mée, au moins dans sa version papier.

A d’autres petites revues on exige un dépôt, non pas au bureau de poste, mais au centre de tri. Cela voudrait dire, si cela était imposé à La Mée, qu’il nous faudrait aller porter les journaux le lundi matin à Orvault. Ou passer par un prestataire de routage (nous n’en avons pas les moyens), ou épuiser encore davantage l’énergie militante de la petite équipe qui porte la revue à bout de bras depuis ses origines, et accomplit la totalité des tâ-ches : conception, impression, reliure, conditionnement en vue de la distribution. Nous serions donc condamnés à disparaître. Yen naki seraient bien ravis !

A propos, la Poste se modernise peu à peu. Le CTC (Centre de Traitement du Courrier) devient une PIC (Plateforme Industrielle Courrier). C’est piquant !

Cette disparition de la petite presse militante et associative aura des conséquences désastreuses :

  • - Sur la Liberté de la Presse et d’opinion, en mettant en péril la survie des petits organes de Presse à très court terme.
  • - Sur l’emploi à la Poste : l’interdiction de la mise sous bande permettra de généraliser l’automatisation du tri, et donc de supprimer encore plus d’emplois, comme si le chômage n’était pas déjà assez élevé dans ce pays !
  • - Sur la préservation de l’environnement : L’augmentation massive d’enveloppes papier ou de films plastiques ne sera certainement pas compensée par l’instauration du timbre dit “vert” qui sert d’alibi à La Poste pour se donner une image écolo dans l’opinion !

Nous demandons à La Poste de respec-ter sa mission de Service Public en étant attentive aux difficultés des petites publications, au besoin en réclamant à l’Etat le financement que celui-ci néglige de lui verser depuis des années.

– Enfin, nous lui demandons d’entamer une renégociation des conditions fixées par la Commission tripartite Etat-Poste-Presse plus favorable aux petites publications, qui ne sont pas repré-sentées dans cette Commission où siègent seulement les grands groupes de Presse qui veillent à leurs intérêts, mais pas à ceux de la Presse tout entière.

Il en va de la Liberté de la Presse
et de la diversité des opinions dans ce pays.


Ecrit le 14 décembre 2011

 Histoire

L’histoire, on pourrait mettre un grand « H », commence dans la période révolutionnaire : la loi du 4 thermidor an IV fait bénéficier la presse d’un tarif postal réduit. Cette façon de favoriser la liberté d’expression est supprimée sous le Consulat puis rétablie en 1930 pour « les journaux, écrits et périodiques publiés dans un but d’intérêt général pour l’instruction, l’éducation et l’information du public ».

En 1945, une presse pluraliste est considérée comme la meilleure des protections contre le retour des horreurs qui venaient d’être vécues. Les journaux sont alors choyés par les institutions qui leur aménagent des conditions très favorables de distribution et par les lecteurs qui n’ont jamais été aussi nombreux à s’y intéresser qu’à cette époque où on comptait 16 millions d’exemplaires, rien que pour la presse quotidienne, pour une population nettement inférieure à celle d’aujourd’hui. Après la Libération, l’idée s’imposait qu’un journal n’est pas une « marchandise » comme une autre et qu’une « entreprise » de presse n’a pas à se soumettre aux lois du profit maximal que dicte le marché.

 Tarifs en hausse , libertés en baisse

Aujourd’hui, c’est exactement le contraire : le fric d’abord. L’information et l’éducation ne sont plus qu’un vague prétexte. Toutes les institutions et ceux qui les dirigent organisent méthodiquement reculs et régressions depuis trois décennies.

C’est en 1980 qu’une commission tripartite composée de parlementaires, de hauts-fonctionnaires et de représentants de la « grande presse » et présidée par un conseiller d’Etat (Pierre Laurent) a (re)découvert, faussement étonnée, que la majeure partie du coût global de la distribution de la presse vendue par abonnements était supportée par la Poste. Ben oui... Comment pouvait-il en être autrement ? La Poste, service public, s’était fixé comme noble mission, plus de trente ans auparavant, de contribuer à favoriser la libre circulation des idées. Et ce, sans compter, puisque cela faisait partie de son fonctionnement global.

Les « accords Laurent » de 1980, ont décidé que le coût de la distribution devait être largement assumé par les éditeurs. C’était déjà une mise en cause du rôle de la Poste, un premier pas vers sa privatisation. En 1991, cette dernière devient exploitant « autonome ». Ses dirigeants contribuent alors, en 1992, toujours au sein d’une commission tripartite, à l’élaboration d’un protocole prévoyant que les éditeurs devraient acquitter le tiers du coût du transport. La Poste et l’Etat - qui en réalité n’a jamais vraiment assumé - devant chacun payer un autre tiers.

 Galmont et CPPAP

Quatre ans après, ceux d’en haut s’entendent à nouveau pour programmer des reculs. Cela donne « les accords Galmot », signés en 1996, une fois de plus sans qu’aucune voix venant de la petite presse libre puisse se faire entendre. Tant et si bien qu’en 2001 la moitié du coût de la distribution est assumée par les éditeurs. C’est devenu insupportable pour de nombreuses revues qui disparaissent, d’autant que simultanément des contraintes matérielles de présentation et de routage de plus en plus compliquées leur sont imposées.

En 1997, pour amplifier le massacre, le pouvoir politique - Juppé relayé par Jospin – oblige la CPPAP (Commission Paritaire des Publications et Agences de Presse, dépendant des services du premier ministre) à se montrer plus stricte dans l’application de certains critères et à revoir périodiquement les agréments qu’elle délivre. Résultat : des milliers de revues sont recalées à l’examen de renouvellement et la CPPAP les prive du précieux « numéro de CPPAP » qui leur donnait droit au tarif postal préférentiel. Les lois du marché sont peut-être de mieux en mieux appliquées ; pour ce qui concerne la défense de la liberté d’expression, c’est autre chose...

Ne rencontrant quasiment aucune opposition, les intégristes du « libéralisme » ont foncé, amplifiant les dégâts.

En juillet 2004, des « négociations » tripartites, menées cette fois sous l’égide d’un conseiller maître à la Cour des Comptes (pour les apparences de justice et de rigueur), en présence du ministre de la culture et du ministre délégué à l’industrie (pour affirmer la solennité et l’irréversibilité de la démarche), aboutissent à un protocole d’accord applicable de 2005 à 2008, dont l’essentiel – d’une originalité folle - consiste en une « revalorisation annuelle maîtrisée des tarifs ».

Le même mauvais spectacle est rejoué en juillet 2008 où des « revalorisations maîtrisées » ont été programmées jusqu’en 2015.
(Historique emprunté
à la revue « AContreCourant »)


 Passer à l’action

Tout laisse à penser hélas que, sans réaction coordonnée entre les équipes des revues, et avec l’appui de leurs lectrices et lecteurs, de nombreux « petits » journaux vont disparaître. Un collectif « presse libre » s’est mis en place autour de la revue « AContreCourant » La Mée pour l’instant tient bon, du moins moralement ! Si nécessaire, nous solliciterons nos lecteurs pour envoi de lettres aux princes qui nous gouvernent.

Voici des liens (du moins pour ceux qui ont internet) :

– A ContreCourant
– Silence
– Fakir

 Internet, c’est pas la solution

Si La Mée devait disparaître pour des raisons techniques, il est évident qu’elle continuerait sous forme « internet » ce qui n’est pas la solution pour deux raisons :

1) tout le monde n’a pas accès à internet (même si de nombreuses associations s’activent pour assurer des formations et pour recycler-donner des ordinateurs)

2) la parution sur internet exige un hébergement, certes d’un prix réduit (60 € par an pour La Mée) mais sans garantie de conservation alors que La-Mée-papier est conservée aux archives nationales et régionales.

La revue « Silence » dans son n° 395 (novembre 2011) publie un dossier d’une dizaine de pages sur la presse alternative : « Une ouverture, un décloisonnement, une autre manière de voir le monde, une manière de susciter une réflexion autre (...) Elle permet de déconstruire, de prendre du recul, de désobéir ». Avec ses qualités et sa fonction démocratique essentielle, cette « petite » presse est indispensable, puisqu’elle joue un rôle qu’en aucun cas la « grande » presse ne peut jouer. « Silence » profite de ce dossier pour épingler « le totalitarisme numérique » qui a envahi les milieux militants où « on troque souvent les journaux et tracts pour des sites internet, des fils Twitter ou des groupes Facebook. Pour nous, il faut se battre pour faire exister le papier, pour faire sortir les titres alternatifs du cercle des initiés et imposer leur existence »

 Armor-magazine : 500 et plus rien

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Armor magazine

Le journal « Armor Magazine » a publié son 500e numéro en septembre 2011 et il a décidé d’arrêter sa parution, au bout de 42 ans et demi de parution avec « le blues au cœur, avec cette sensation de travail inachevé tant il reste de combats à mener et de choses à dire, mais aussi avec la fierté d’avoir accompagné l’histoire de la Bretagne contemporaine ». C’était une revue riche d’analyses (politiques, économiques, sociales), avec une importante rubrique culturelle, un recensement de tout ce qui se faisait dans la Bretagne à 5 départements. Mais la réalité économique est là, implacable ...


Ecrit le 25 avril 2012

 Presse : en dérive hâtif

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Hélas, les difficultés de la presse écrite sont bien réelles et pas seulement à France-Soir ou à la Tribune.

En province aussi, ici ou là, des journaux mènent des expériences hardies de diversification, de produits dérivés.
(photo A.Borgone)