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Tunisie : semer le désert

Ecrit le 21 décembre

 Tunisie : un an. Semer dans le désert

« Depuis un an, nous avons réalisé une performance sur le terrain politique. La révolution a réussi en quelque vingt-huit jours, du 17 décembre 2010 au 14 janvier 2011, à détrôner le dictateur. Puis nous avons organisé des élections libres et transparentes. Nous avançons à pas sûrs vers un régime démocratique. Les premiers débats à l’Assemblée ont été constructifs, les textes ont évolué, des propositions de l’opposition ont été retenues » : ainsi s’exprime Mehrezia Labidi Maiza, Tunisienne, vice-présidente de l’Assemblée constituante, élue du parti islamique Ennahda (circonscription des Tunisiens de France Nord) dans le journal « La Croix »

« Avec la mise en place du gouvernement, nous allons entrer dans le vif du sujet : faire fonctionner les institutions, répondre à l’urgence économique, prendre les premières mesures en faveur des familles des martyrs et des blessés de la révolution, des pauvres et des jeunes diplômés chômeurs et lancer le double chantier de la justice et de la réconciliation. Aux femmes, nous leur affirmons qu’il n’y aura aucune atteinte à leurs acquis (...) Se débarrasser d’un dictateur ne règle pas tout. La démocratie reste fragile. Et on ne peut écarter la menace des forces contre-révolutionnaires, surtout si la reprise tarde à venir  »

 Moncef Marzouki

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M. Marzouki

Moncef Marzouki est devenu président de la République de Tunisie le 12 décembre 2011. Il a une longue histoire d’opposant au régime du dictateur Ben Ali. Lauréat en 1963 du prix du concours général, il obtient son baccalauréat au lycée français de Tanger. Une bourse universitaire lui permet de poursuivre ses études en France, où il devient docteur en médecine. Ancien interne des hôpitaux et assistant à la faculté de médecine de Strasbourg, il se spécialise en médecine interne, neurologie et santé publique. Opposant au régime de Ben Ali, il est contraint à s’exiler en France en 2001, après avoir osé se présenter aux élections présidentielles en Tunisie en 1994, avoir été emprisonné, puis chassé de la Faculté de Médecine de Sousse.

Dans son livre « Dictateurs en sursis. Une voie démocratique pour le monde arabe » (Editions de l’atelier, 2009), Moncef Marzouki, analyse de manière prémonitoire les forces en présence en Tunisie et dans le reste du monde arabe, le rôle des dirigeants arabes, leurs méthodes pour s’accrocher au pouvoir, celui des différents partis et intellectuels de « gauche », et l’attitude des différentes couches de la population. Il fait le pari que les jeunes vont finir par se débarrasser du régime, sans passer par les partis d’opposition traditionnels. Il explique comment et pourquoi les spécificités de la culture arabo-musulmanes ne s’opposent pas, au contraire, au besoin de liberté et de démocratie.

« Je suis un homme du Sud, dit-il. Je viens du désert et j’ai vu mon grand-père semer dans le désert. Semer dans le désert, c’est semer sur une terre aride et ensuite vous attendez. Et si la pluie tombe, vous faites la récolte. Je ne sais pas si vous avez déjà vu le désert après la pluie, c’est comme la Bretagne ! Un jour, vous marchez sur une terre complètement brûlée, ensuite il pleut à peine et vous avez des fleurs, de la verdure... Tout simplement parce que les graines étaient déjà là... Cette image m’a vraiment marqué quand j’étais enfant. Et, par conséquent, il faut semer ! Même dans le désert, il faut semer !

« Et c’est de cette façon que je vois mon travail. Je sème et s’il pleut demain, c’est bien, sinon au moins les graines seront là, car que va-t-il se passer si je ne sème pas ? Sur quoi la pluie va-t-elle tomber ? Qu’est-ce qui va pousser : des pierres ? C’est l’attitude que j’adopte : semeur dans le désert... »

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