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Grèce : ce qui nous attend aussi

Ecrit le 15 février 2012

Les chefs des trois partis soutenant le gouvernement non élu de M.Papadimos (ex Goldman Sachs, ex gouverneur de la Banque Centrale de Grèce...), se sont réunis, pour faire semblant de négocier. Résultat des courses :

  • 1) suppression des conventions collectives, tout le monde à la même enseigne, élargissement de la dérégulation, emploi à temps partiel, conditions d’embauche spéciales pour les moins de 25 ans (voir plus bas)
  • 2) baisse de 22% du salaire minimum (le portant à 600 euros bruts ; soit env. 480 nets)
  • cela influe sur TOUTES les primes (enfants, mariage, diplômes...) qui s’ajoutent éventuellement au salaire de base et sont calculées à partir du salaire min.
  • 3) 10% de baisse en plus pour les moins de 25 ans (donc salaire de base à 527 € bruts pour eux, moins de 400 € nets, à condition bien sûr de travailler à plein temps).
  • 4) gel du salaire minimum pour 3 ans (jusqu’en 2015)
  • 5) gel des primes à l’ancienneté tant que le chômage ne sera pas à moins de 10% (les calendes grecques, quoi)
  • 6) baisse de 2% des cotisations sociales en 2012, et de 13% en 2013
  • 7) baisse des grilles des salaires dans la fonction publique (et bien sûr ce n’est pas la première)
  • 8) baisse de 15% des retraites complémentaires (pour toutes les retraites complémentaires, quel que soit le montant total perçu par les retraités)
  • 9) la question des retraites principales reste ouverte
  • 10) baisse de 15% des retraites principales à DEI (équivalent d’EDF), OTE (le téléphone) et dans les banques nationalisées ou semi
  • 11) suppression directe de 15.000 postes dans la fonction publique, et de 150.000 (par non reconduction de postes après retraites, etc...) d’ici 2015.

 
Les enfants ont classe dans des écoles sans chauffage, on attend toujours les livres (mais ça ça paraît franchement anodin comparé à tout le reste). Pour faire des examens à l’hôpital, il faut avancer les frais (et être remboursé à 70%, si la caisse de Sécu existe encore à la date du remboursement...). Et au titre des impôts divers (on est imposable à partir de 5.000 euros par an) on nous fait une ponction à la source sur nos salaires.

 
Mon dernier salaire (janvier, sans la ponction automatique d’environ 30 euros pour impôts, et avant les baisses annoncées aujourd’hui) était de 758 euros. Byzance, quoi. Mon loyer est de 320 euros, le fuel est à 1,06 euros le litre, l’essence à 1.69 (dans le meilleur des cas), le pain à 1.60 le kg, les patates à 0.8, le lait à 1.2 ...

 
Dans les médias, on subit une offensive de propagande incroyable (« c’est dur, mais il faut ça pour se sauver », ’c’est l’occasion de mettre de l’ordre avec tous ces tricheurs" etc...), et ceux, pas nombreux, qui affirment qu’il faut dire non, et retourner à la drachme qui nous permettrait enfin de nous remettre debout (parce que tant qu’on est ficelés par la monnaie commune, on ne peut rien faire, sinon être plongés encore un peu plus dans la récession), sont accusés de folie, communisme, enfin bref de tous les maux de l’humanité.

 
Le gouvernement NON ELU et placé là au mépris de la constitution, signe un arrêt condamnant la Grèce pour les 50 prochaines années. C’est systématique, organisé, délibéré.

Source : Marie-Laure Veilhan, Traductrice grec-anglais-français, Aighion


Ecrit le 15 février 2012

Sonia Mitralia

Mediapart publie le discours de Sonia Mitralia, membre du comité grec contre la dette, prononcé le 24 janvier dernier devant le Conseil de l’Europe à Strasbourg. Elle y rappelle que le « droit international oblige (…) les Etats à donner la priorité à la satisfaction des besoins élémentaires de leurs citoyens et non pas au remboursement de leurs dettes ».Voici des extraits :

Presque deux ans après le début du traitement de choc imposé par la Banque centrale européenne, la Commission européenne et le Fonds monétaire international à la Grèce, son bilan est catastrophique, révoltant et inhumain.

Selon tous les responsables du désastre grec, si leurs politiques (d’austérité plus que draconienne) s’avéraient efficaces à 100%, ce qui est d’ailleurs totalement illusoire, la dette publique grecque serait ramenée en 2020 à 120% de PIB national, c’est-à-dire au taux qui était le sien... en 2009 quand tout ce jeu de massacre a commencé ! En somme, ce qu’ils nous disent maintenant cyniquement, c’est qu’ils ont détruit toute une société européenne... absolument pour rien !

Mais, comme si tout cela ne suffisait pas, ils persistent à imposer aux Grecs –mais aussi pratiquement à tout le monde– exactement les mêmes politiques qu’eux-mêmes admettent en échec. C’est ainsi qu’on est désormais en Grèce au septième mémorandum d’austérité et de destruction de services publics, après que les six premiers ont fait preuve d’une totale inefficacité ! On assiste au Portugal, en Irlande, en Italie, en Espagne et un peu partout en Europe à l’application de ces mêmes plans d’austérité draconienne qui aboutissent partout au même résultat, c’est-à-dire enfoncer les économies et les populations dans une récession et un marasme toujours plus profonds.

En réalité, des expressions telles que « austérité draconienne » sont absolument insuffisantes pour décrire ce qui se passe en Grèce. Les salaires et les retraites sont amputés de 50 % ou même, dans certains cas, de 70 %. La malnutrition fait des ravages parmi les enfants de l’école primaire, la faim fait son apparition surtout dans les grandes villes du pays dont le centre est désormais occupé par des dizaines, des milliers de SDF misérables, affamés et en haillons. Le chômage atteint désormais 20 % de la population et 45 % des jeunes (49,5 % pour les jeunes femmes). Les services publics sont liquidés ou privatisés. Les lits d’hôpitaux sont réduits (par décision gouvernementale) de 40 %, il faut payer très cher même pour accoucher, il n’y a plus dans les hôpitaux publics de pansements ou de médicaments de base comme des aspirines. Des dizaines de milliers de citoyens grecs handicapés, infirmes ou souffrant de maladies rares se voient condamnés à une mort certaine et à brève échéance après que l’Etat grec leur a coupé les subsides et les médicaments. Le nombre de tentatives de suicide s’accroît à une vitesse hallucinante, comme d’ailleurs celui des séropositifs et des toxicomanes abandonnés désormais à leur sort par les autorités.

Des millions de femmes grec-ques se voient maintenant chargées des tâches normalement assumées par l’Etat à travers ses services publics quand ceux-ci n’étaient pas encore démantelés ou privatisés par les politiques d’austérité. La conséquence en est un véritable calvaire pour ces femmes grecques : non seulement elles sont les premières à être licenciées et sont contraintes d’assumer les tâches des services publics en travaillant de plus en plus gratuitement à la maison, mais elles sont aussi directement visées par la réapparition de l’oppression patriarcale qui sert d’alibi idéologique au retour forcé des femmes au foyer familial.

On se trouve devant une situation sociale qui correspond parfaitement à la définition de l’état de nécessité ou de danger reconnu depuis longtemps par le droit international.

« Notre position, partagée par des millions de Grecs, est claire et nette et se résume au respect du droit international. Les Grecs ne doivent pas payer une dette qui n’est pas la leur. Parce que cette dette publique grecque, ou au moins une part très importante, semble réunir tout les attributs d’une dette odieuse, et en tout cas illégitime, que le droit international intime de ne pas rembourser.

La tragédie grecque n’est ni fatale ni insoluble. La solution existe : le non paiement de la dette publique grecque serait un premier pas vers le salut de tout un peuple européen menacé par une catastrophe humanitaire sans précédent en temps de paix... »