Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Châteaubriant > Histoire autour de Châteaubriant > Derval : le clergé dervalais sous la Révolution

Derval : le clergé dervalais sous la Révolution

Ecrit le 22 février 2012

 Le clergé de la Mée dervalaise sous la Révolution

Au moment où éclate la Révolution française, la Baronnie de Derval relève des Princes de Condé. Vieille dépendance, au religieux, de l’abbaye de Saint-Nicolas d’Angers, au XIe siècle, puis du monastère de Saint-Pierre de Bourgueil en Vallée, au même diocèse, la paroisse   de Derval passe, dans les premières années du XVIIe siècle à l’Evêque de Nantes qui désormais en désigne les curés. En visite à Derval en 1787 l’évêque de Nantes, Mgr de la Laurencie souligne « combien sont modiques et insuffisantes » les ressources de la cure, pour un recteur chargé d’une paroisse   de 7 à 8 lieues de circonférence qui contient plus de 1500 communiants, dont grand nombre de pauvres dispersés ça et là dans les landes, ce qui oblige le curé à avoir des chevaux pour lui et ses vicaires. De plus, le clergé local est obligé de recevoir « les pauvres voyageurs, les religieux et religieuses, mendiants ou autres, allant de Rennes à Nantes, ce qui occasionne de grandes dépenses »

 La Constitution civile du Clergé

Le 12 juillet 1790, l’Assemblée Nationale vote la Constitution Civile du Clergé.

Le Bas-Clergé n’y est pas hostile d’autant qu’il se voit allouer un meilleur traitement. Le Pape, consulté par le Roi, ne répond pas dans l’immédiat et le Roi, un moment hésitant, accepte cette Constitution. La majorité des députés y est favorable. L’abbé Grégoire, dans une de ses interventions résume bien les choses : « L’intention de l’Assemblée est de réduire l’autorité du Souverain Pontife à de justes bornes, mais elle est également de ne pas faire de schisme ». Néanmoins cette réforme aurait dû être élaborée en accord avec l’autorité ecclésiastique. Les Députés n’en firent rien par défiance envers les Evêques soupçonnés d’être réfractaires...

Le Curé Yves Marchais de l’Anjou s’indigne : « Bientôt les fanatiques vous persuaderaient qu’en qualité d’hommes étant tous égaux, chacun est son maître dans sa condition et que les droits, privilèges et exemptions particulièrement attribués jusqu’à présent à certaines familles ou dignités ne sont que des abus. Dieu nous préserve de pareilles grossièretés » et de conclure : « L’inégalité a été voulue par Dieu et les envoyés du Seigneur n’ont pas de compte à rendre à l’Assemblée Nationale ».

Le 27 novembre 1790, l’Assemblée Constituante décide que tous les prêtres doivent prêter serment à la Constitution Civile du Clergé. Le Roi, qui l’a ratifiée le 29 août, ordonne son application le 26 décembre 1790.

Faïencerie de Nevers

Dans l’Ouest, environ 75 % des prêtres la refusent. A Nantes, Mgr de la Laurencie refuse le serment. Les législateurs, apeurés devant le manque d’enthousiasme avec lequel est accueillie cette Constitution Civile du Clergé, décident que tous les évêques et les prêtres doivent prêter serment sous peine de perdre leurs charges. L’Eglise est divisée, ce qui suscite des troubles importants en son sein et dans la population.

En avril 1791, le Pape Pie VI sort de sa réserve et prend position contre la Constitution civile du Clergé, mais aussi contre la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, n’hésitant pas à affirmer : « La liberté de penser et d’agir est un droit chimérique contraire aux droits du Créateur ».

Des prêtres ne partagent pas cette analyse. Parmi eux, l’abbé Grégoire. Dès le début, en sa qualité de délégué aux Etats Généraux, on le trouve à pointe du combat pour le changement qui doit assurer aux hommes le respect de leurs droits. Dans ses nombreuses interventions, il fait appel à une modification radicale de la loi et des mentalités jusque dans des domaines les plus inattendus pour l’époque : les Juifs, les Noirs, les Femmes. On le calomnie. Il n’est pas un partisan enthousiaste de la Constitution, mais il la soutient : « car il n’y voit rien qui puisse blesser les vérités que nous devons croire et enseigner ».

Pour l’Assemblée Constituante, la prise de position du Pape est un échec car beaucoup de prêtres qui avaient prêté le serment se rétractent et le Roi, troublé par cette situation, ainsi que par le climat politique qui se tend, change d’attitude et décide d’abandonner la Révolution.

 Peu de «  jureurs  »

Dans le district de Châteaubriant, 70 % des curés et 80 % des vicaires refusent le serment. Le canton le plus hésitant est celui de Derval. Six prêtres sur huit prêtent serment mais trois seulement le maintiennent après la prise de position du Pape.

L’Abbé Crespel est recteur de Derval depuis 1788. Agé de 34 ans, il est populaire et d’esprit conciliant. Il n’a eu qu’à se louer, jusqu’alors, de la Révolution puisqu’en principe celle-ci assure aux prêtres un traitement plus confortable que la Dîme. Aussi, le dimanche 3 février 1791, au prône de la grand-messe, il prête serment à la Constitution Civile du Clergé, ainsi que son vicaire l’abbé Maillard : « je jure de veiller avec soin sur les fidèles de la Paroisse   qui m’est confiée, d’être fidèle à la Nation, à la Loi

et au Roi et de maintenir de tout mon pouvoir la Constitution décrétée par l’Assemblée Nationale et acceptée par le Roi ». (par la suite François Maillard sera élu curé constitutionnel à Plessé. François Denis, autre vicaire du Recteur Crespel, en charge de la Trêve de Lusanger, deviendra curé constitutionnel de cette paroisse  . Seul Michel Rolland, autre vicaire de Lusanger, ne prêtera pas serment).

A Mouais le Curé et le Vicaire prêtent serment puis se rétractent. Les curés de Sion et de Jans refusent de prêter serment, le curé de St Vincent également. Philippe Beauregard, qui vient d’Escoublac, deviendra curé de St Vincent. La population accueillit très mal le nouveau curé (constitutionnel). Le 4 mai, jour de son installation, il fut copieusement insulté.

La Constitution civile du clergé eut pour effet d’empoisonner les relations entre Français. A Issé, dans la famille Defermon, la tension fut criante, entre Jacques le député républicain et le reste du clan resté fidèle à l’autorité catholique. Le cadet François Defermon, qui n’a pas prêté le serment, fit partie des prêtres les plus révoltés de la région. Autre conséquence : le fils du métayer de la famille Defermon, Jean Terrien, qui faisait des études au grand séminaire de Nantes, grâce à la générosité des patrons de ses parents, fut obligé de quitter la soutane et de revenir chez son père travailler la terre du législateur Defermon. Il n’oubliera pas que son maître a brisé sa carrière !

 Le recteur Crespel, curé de Derval

Depuis que le Pape a fait connaître sa position, certains prêtres se sont posé des cas de conscience et se sont rétractés. En mai c’est au tour d’Armand Crespel curé de Derval de renier son serment.

A la mi-juin, dans une lettre adressée à l’Administration centrale, le Directoire de Châteaubriant décrit ainsi la situation du District : « J’ai l’honneur de vous informer de l’état des curés élus par le corps électoral de ce District, dans les deux séances du 29 mai et du 13 juin. Si tous les élus acceptent, notre District se trouvera enfin n’avoir que des prêtres constitutionnels. M. Crespel, curé de Derval, a eu une « faiblesse » le 22 mai, il rétracta son serment et serait dans le cas d’être remplacé. Mais le 7 juin, il avoua sa faiblesse et déclara persister dans son premier serment. Ainsi il est resté curé de Derval »

Le 20 juin 1791, le Roi qui entretient des relations avec l’Etranger, décide de s’enfuir vers l’Est avec toute la famille royale. Arrêté à Varennes, il est contraint de rentrer, humilié, à Paris. Le Pays est de plus en plus troublé. La fuite du Roi a mis les autorités de la Nation dans la plus grande agitation, comme en témoigne cette lettre du 19 juillet, adressée par le Directoire aux Officiers Municipaux de Derval : « Messieurs, l’événement de la fuite du Roi a donné à tous les citoyens français des inquiétudes et sollicitudes qui commandaient les perquisitions et arrestations les plus exactes pour la sûreté du moment et la sûreté publique. Mais sa rentrée et la position actuelle de la France doivent rassurer tous les esprits, rétablir l’ordre et le calme et particulièrement maintenir tous les fonctionnaires publics à leur poste, surtout dans ce moment de crise. Maintenant vous pouvez discontinuer vos recherches, sans cependant cesser de surveiller les ennemis de la Révolution. La grande fréquentation de votre route étant pour vous des motifs plus que déterminants, il convient encore de laisser passer librement les lettres et de ne plus violer le secret de la poste ».

Cependant l’attitude du Roi apparaît rapidement suspecte à l’opinion parisienne. Une armée prussienne s’est jointe aux Autrichiens et leur général adresse un ultimatum aux Parisiens, menaçant la capitale de destruction totale s’il est fait le moindre outrage à la famille royale. Cet ultimatum paraît être la preuve manifeste de la complicité de Louis XVI avec l’envahisseur. Le 10 août 1792, une commune insurrectionnelle est organisée à Paris, elle s’empare du château des Tuileries, le pille et massacre ses défenseurs. L’Assemblée Législative, effrayée par les événements, se résigne à voter les mesures exigées par les vainqueurs : une Convention nationale est convoquée et, le 21, la République est proclamée. Le 26 août 1792 un décret de bagne pour les prêtres non assermentés est signé. A partir du 26 décembre, la Convention juge le Roi.

A Derval, le Recteur Crespel, troublé par l’évolution prise par les événements, renie son serment le jour de Noêl 1792 et, cette fois, définitivement. Comme les autres prêtres dans cette situation, il est mis en état d’arrestation.

Le 25 février 1793 à 11 heures du matin, quatre gendarmes de Nozay se présentent au presbytère de Derval pour arrêter le recteur Crespel mais celui-ci a disparu. Prévenus de la perquisition, un groupe de paroissiens veillent jour et nuit dans l’attente de la force armée. Déçus, les gendarmes se retirent à l’Auberge de la Grande Maison. Une cinquantaine de personnes, le maire en tête, les y rejoignent. C’est un concert de protes-tations véhémentes à l’adresse des gens du District. « il faut être malhonnête pour commander une besogne pareille. Quand même vous auriez trouvé notre curé, s’écrie l’un des protestataires, vous ne l’auriez pas emmené ».

Une pétition est adressée par la municipalité et les habitants de Derval aux Administrateurs du département. Par celle-ci, ils dénoncent la démarche illégale qui a obligé leur pasteur à fuir, ce qui les prive de secours spirituels. « Si notre pasteur se fut rendu coupable de crime de lèse-constitution, notre attachement, notre amour pour la Patrie, ne nous eussent pas permis de garder le silence et nous aurions été les premiers à le dénoncer comme ennemi de la chose publique. Mais il est loin de mériter un pareil reproche, nous vous assurons, messieurs, qu’il est uniquement renfermé sur ses devoirs et occupé à nous donner le précepte et l’exemple des vertus.... Rendez-vous à nos voeux, Messieurs, en rappelant parmi nous celui que nous désirons exclusivement, celui qui a gagné toute notre confiance... En faisant droit à notre requête, vous entretiendrez le calme dont notre commune n’a point encore cessé de jouir ».

Le Directoire répond le 8 mars, par une fin de non-recevoir : « Considérant que le sieur Crespel a, par deux fois, rétracté son serment, il se trouve de ce fait du nombre des ecclésiastiques, non-assermentés, contre lesquels l’arrêté du département, du 9 octobre 1791, a prononcé l’arrestation. Il est d’avis qu’il n’y a pas à délibérer sur la réclamation des habitants de Derval et que l’arrêté du département soit exécuté contre le sieur Crespel ». Fin mars le sieur Crespel est arrêté et assigné à résidence à Redon.

L’absence de prêtres et de secours spirituels provoque dans la paroisse   de Derval une émotion douloureuse. Alors les habitants, de plus en plus déconcertés et irrités, s’en prennent aux officiers muni-cipaux qu’ils rendent responsables de cette situation. « Nous voulons des prêtres » disent-ils et ils menacent même de livrer leurs maisons au pillage s’ils n’obtiennent pas satisfaction.

Confrontée à cette situation explosive, la municipalité s’adresse une nouvelle fois au Directoire de Châteaubriant et réclame, en outre, les moyens de se protéger des « brigands »

Le 3 mai, le Président du Directoire de Châteaubriant répond aux officiers municipaux de Derval : « Vous m’annoncez qu’il existe beaucoup de fermentation dans votre commune à cause des prêtres … Il est pressant que ceux qui se permettent pareil désordre soient traduits devant les tribunaux pour être jugés selon la loi. Le nom des coupables qui se sont portés vers le lieu de vos séances devrait être entre les mains du Juge de Paix. Désormais, ne tergiversez plus pour suivre les voies légales, ce sont les plus propres à imposer aux factieux et aux mal-intentionnés qu’enfin le règne des lois est arrivé ».

En l’absence de prêtres à Derval, les Dervalais se voient contraints de chercher le secours de la religion là où ils peuvent, soit auprès de Denis, curé constitutionnel de Lusanger ou auprès de ceux qui sont camouflés, comme l’abbé Coussaud à Pierric. D’autres, plus proches de Marsac, font appel à l’abbé Perchais et ceux plus au nord à l’abbé Briand, recteur de Fougeray. Cette situation durera jusqu’au retour de l’abbé Crespel en septembre 1795.

 François Denis et Michel Rolland

A Lusanger (vieux bourg), depuis 1780, l’abbé François Denis assure le ministère. Le 27 juillet 1787, trois ans après avoir été ordonné, Michel Rolland, prêtre de Bei-gnon, petite paroisse   de Guer, est arrivé à la paroisse   de Lusanger. Les habitants ont salué avec d’autant plus de joie l’arrivée de ce nouveau prêtre parmi eux que l’autre vicaire, l’abbé Denis, est d’un caractère fantasque et irrégulier dans son service. Mais si la population de Lusanger s’est montrée satisfaite, l’abbé Denis le fut moins et il saura par la suite montrer de la mauvaise humeur à son compagnon de travail. Par exemple c’est l’abbé Denis qui détenait les bénéfices, jadis offerts pour assurer la vie religieuse en cette paroisse  . Au début, l’abbé Rolland, esprit sage, ne brusqua pas les choses, préférant attendre que l’affaire se décante et ne faisant entendre aucune plainte. Les mois passèrent. Las d’attendre et réduit à la misère, l’Abbé Rolland décida de porter l’affaire au général de Paroisse  . L’abbé Denis fut contraint de payer tous ses retards.

En mars 1791, l’abbé Rolland refuse de suivre son confrère qui prête le serment à la Constitution civile du clergé. Il sait pourtant ce qui l’attend : l’arrêt de son ministère et la privation de son traitement. En octobre il écrit au District de Châteaubriant pour faire part de la si-tuation dans laquelle il se trouve et termine sa lettre par « je vous supplie de me dire franchement si mes services vous sont encore utiles. Le seul reproche que vous pouvez me faire, c’est d’avoir refusé le serment. Mais la liberté d’opinion étant reconnue par la Constitution, comment pouvez-vous m’en tenir grief et contribuer, sans injustice, à me priver de mon salaire car je n’ai rien touché pour 1790 et 1791 ». La réponse du Directoire : « Le sieur Rolland sera payé et recevra, sans tarder son traitement. Mais, considérant qu’à Lusanger, Denis a prêté le serment et qu’il est en mesure de pouvoir seul administrer les fonctions sacerdotales qui lui sont demandées, le Directoire est d’avis que le sieur Rolland ne soit plus considéré comme vicaire de Lusanger »

Dès que cette réponse fut connue à Lusanger, ce fut la consternation. Encouragés par les paroissiens qui lui étaient restés fidèles, l’abbé Rolland décide alors de rester sur place et de vivre dans une certaine clandestinité tout en exerçant son ministère. Cela dura toute l’année 1792. Comme tout prêtre insermenté, il tombait sous le coup de la loi du 26 août 1792 qui lui donnait le choix entre l’exil ou la réclusion. Alors il résolut de se cacher et trouva refuge dans la maison de la veuve Gas cher-Duval, à la Galotière. Un autre prêtre, l’abbé François Foullon, comme lui originaire de Beignon, vint le rejoindre.

Chapelle de la Galotière

Le 4 juin 1792, Potiron, président du Tribunal du District de Châteaubriant procède à l’interrogatoire de Jean Rouiller, accusé de vols et violences qu’il aurait commis chez la veuve Gascher-Duval à la Galotière en Lusanger. Après avoir décliné son identité, le prévenu répond aux accusations : « qu’étant commandant de la Garde Nationale de Lusanger et ayant appris qu’il se tenait des assemblées de prêtres réfractaires, gens mal-intentionnés, qui donnaient des inquiétudes aux bons citoyens, le 7 mai dernier, avec les gens de sa troupe, il s’était rendu au domicile de la veuve Gascher-Duval, afin de procéder à leur arrestation, conformément à l’arrêté départemental, et, pour prêter main-forte au procureur et au greffier qui devait opposer le scellé à cause de l’émigration de son fils. Mais, s’étant retrouvé devant une troupe armée de bâtons, cinq à six fois supérieure à sa garde, il s’était retiré avec elle. Déclare réfuter les accusations de vol et pillages dont on l’accuse » (extrait des archives du Tribunal de Châteaubriant)

 Après la mort du roi

A partir du 26 décembre 1792 la Convention juge le Roi Louis XVI. Defermon, de Châteaubriant, est élu Président. A ce titre il va essayer de sauver Louis Capet. A la question : Louis Capet est-il coupable de conspiration contre la liberté publique et d’attentats contre la sûreté de l’Etat ?

Defermon, ainsi que 693 autres membres sur 706, répond « OUI ». La question est posée le 16 janvier 1793 : quelle sera la peine infligée à Louis Capet ? Defermon réclame la réclusion jusqu’à la paix : « Si j’étais obligé de donner mon suffrage comme juge, je répondrais : ouvrez le Code Pénal, il prononce la mort. Mais, comme homme, je ne pense pas qu’un homme ait le droit d’ôter la vie de son semblable. Comme législateur, je ne voterai jamais la peine de mort. Je ne puis être de ceux dont les noms ont appelé la vengeance royale, c’est un motif pour nous de n’en user. Je vote pour la réclusion ». 334 votants partagent l’avis de De Fermon mais 361 votent la mort. Louis XVI mourra sur l’échafaud le 21 janvier 1793

La mort du Roi crée un choc psychologique. Un traumatisme s’opère notamment dans les populations rurales de l’Ouest très attachées aux valeurs traditionnelles et à la hiérarchie incarnée par la royauté.

La conscription – obligée - de mars 1793, dans le but de voler au secours de la Patrie menacée par une coalition de puissances étrangères, ne fait qu’accentuer l’hostilité de plus en plus grande contre la « foutue » République. Et maintenant voilà qu’on arrête des prêtres !

Le 30 mars le commandant de la brigade de cavalerie se présente à la Galotière, pour y arrêter la veuve Gascher-Duval. « Nous nous sommes transportés ce jour à La Galotière, où nous avons trouvé la Duval et son fils Joseph et Michel Rolland, prêtre non assermenté qui a tenté de nous faire croire, sous son déguisement, qu’il était le jardinier de la maison ; un autre homme était là qui nous a dit être l’un des fermiers de la Duval. Nous l’avons soupçonné d’être prêtre. C’était en effet François Foullon, originaire de Beignon. Ensuite nous sommes allés à Châteaubriant pour y déposer tous nos prisonniers à la Maison d’arrêt »

Le 5 juin, les prisonniers étaient jugés en audience publique du Tribunal criminel et renvoyés en prison dans l’attente de leur déportation. Mais ce jour n’arriva jamais. Fin octobre arrivait à Nantes le sinistre Carrier … Après six mois de souffrances physiques et morales, ils allaient mourir par immersion dans la Loire.

 Je foutrai la patte dessus

Curé constitutionnel et officier public de Lusanger, François Denis semblait avoir autant de soucis avec ses paroissiens qu’avec l’Administration. Comme les au-tres prêtres constitutionnels, il fut contraint d’abdiquer la prêtrise en 1793. Dans une lettre adressée au District, l’agent Renaud de Derval écrit : « je ne sais pourquoi ce Denis est officier public. C’est contre la loi. Le bougre n’a pas encore changé de costume, il fanatise encore les païsans. Plusieurs personnes de Derval m’ont demandé permission d’enterrer et de faire baptiser ou de se marier par cette espèce d’homme-là qui, de tous temps ont été le fléau du genre humain. Dans quelques temps je foutrai la patte dessus et je l’enverrai vendre des bénédictions ailleurs. Je te prie de faire destituer ce monstre » Réponse du District : « considérant que la loi défend aux ecclésiastiques de porter leur costume, hors de l’exercice de leurs fonctions … que le dit Denis fanatise les habitants des campagnes, qu’il paraît qu’il baptise et marie encore, que cette conduite est absolument répréhensible, il mérite d’être poursuivi ».

Croix Denis à Pipriac

Photo : la Croix Denis à Pipriac

Se sentant menacé, Denis s’en est allé à Pipriac chez sa sœur mais, là bas, il est « tombé » sur un groupe de Chouans qui se sont chargés de son sort. C’était la nuit du 31 décembre 1794. Une croix a été érigée au lieu même où il a été abattu et enterré. Cette croix est toujours entre-tenue et on dit même qu’il s’y produit des miracles ; En fait, la population de Pipriac a confondu l’abbé Denis avec un prêtre réfractaire caché pendant la Révolution. Denis est pourtant devenu « un saint martyr ». Dieu reconnaîtra les siens !

En 1803 on retrouve l’abbé Crespel à Derval où il a repris son ministère paroissial,. Malgré son mauvais état de santé, le désir des paroissiens était de le conserver. Une délégation partit même à Nantes demander son maintien. Monseigneur Duvoisin, conscient du mauvais état de santé de l’abbé Crespel, se montra inflexible : « Votre paroisse  , répondit-il, est semée de ronces et d’épines. Il y faut un laboureur actif et vigoureux ». L’abbé Crespel mourut un an plus tard au presbytère de Saint-Gildas des Bois où il avait été nommé curé.

Quant à Derval, la paroisse   accueillit son nouveau curé, Grégoire Orain, le 17 février 1803 après que celui-ci eut prêté le serment prévu par la loi : « Je jure et promets à Dieu sur les saints évangiles, de garder obéissance et fidélité au gouvernement établi par la Constitution de la République française. Je promets aussi de n’avoir aucune intelligence, de n’assister à aucun conseil, de n’entretenir aucune ligue, soit au dedans, soit au dehors ; Et si dans mon diocèse ou ailleurs, j’apprends qu’il se trame quelque chose au préjudice de l’Etat, je le ferai connaître au Gouvernement ». Grégoire Orain, devint le nouveau curé de Derval, il le resta jusqu’à sa mort le 20 décembre 1829.

Julien Bretonnière

Source : archives départementales de Loire-Atlantique