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Accueil > La Mée ? > Histoire-Résistance-1939-1945 > 22 octobre 1941 : les camions chantaient

22 octobre 1941 : les camions chantaient

Ecrit le 29 février 2012

 Les camions qui chantaient

On peut lire dans le livre « Telles furent nos jeunes années » : ’’21 Octobre 1941 : un peloton de 90 soldats allemands est logé à l’école Aristide Briand. Toute la journée, les hommes chantent, boivent, astiquent leurs armes.’’ (d’après Alfred Gernoux). Je peux vous en parler de ce 21 Octobre 1941 : j’ai habité l’Ecole Aristide Briand de 1933, année de ma naissance, à 1945, année de mon départ pour Nantes : j’y ai partagé la vie des filles du Cours Complémentaire qui y étaient pensionnaires : nous les avons vus ces soldats allemands, et leurs camions...

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Voir légendes de la photo

C’était le mardi matin 21 octobre vers huit heures. J’étais seul dans la pièce qui servait de réfectoire dans l’ancien appartement de fonction de la directrice. Les filles, après avoir pris leur petit déjeuner, étaient parties dans la salle d’étude préparer leurs affaires avant de descendre et de rejoindre leurs classes en ville, en rangs par deux, comme chaque matin. Maman se préparait à accompagner un des groupes, sans doute celui dont les classes avaient été aménagées au Château, car une jeune surveillante se joignait à celui qui allait marcher jusqu’à l’école de Béré.

Arrivé le dernier, je m’étais trouvé seul et je finissais ma tartine de margarine que je trempais dans mon bol de chicorée. Les deux « bonnes », Yvonne et Marguerite, avaient ouvert les fenêtres pour aérer la pièce qu’elles balaieraient ensuite, après avoir essuyé les tables, quand elles auraient fini la vaisselle des bols et des couverts des pensionnaires.

C’est alors que j’entendis le grincement du grand portail suivi du grondement de plusieurs camions qui entraient dans la cour en première, manoeuvraient, freinaient puis arrêtaient les moteurs. J’avalai vite mes dernières gorgées et je me hissai sur une chaise près d’une des deux fenêtres.

Je pouvais voir l’arrière de trois ou quatre camions bâchés, arrêtés côte à côte dans la partie de la cour visible de ma fenêtre. Je ne pouvais pas identifier leur marque, ce qui me contrariait. Il devait y en avoir d’autres dans la partie droite de la cour que je ne pouvais pas apercevoir de là où j’étais.

Des ordres brefs et, comme toujours, gutturaux, déclenchèrent une précipitation, presque une panique, des chauffeurs qui jaillirent de leurs sièges et coururent déverrouiller les hayons à l’arrière. Les occupants, casqués, sautèrent au sol et se mirent en rangs, leur fusil à la main.

Yvonne et Marguerite regardaient aussi dans la cour depuis l’autre fenêtre. Se retournant et s’apercevant soudain que j’étais encore là, elles me chassèrent à grands coups de torchons, heureusement sans m’atteindre, car ils me paraissaient sales : « Pierrot ! Va-t-en vite ou tu vas être en retard à l’école ! »

Je resserrai ma ceinture autour de ma blouse grise, pris mon cartable, descendis l’escalier. Avant de traverser le hall, je jetai un regard vers la cour à travers la double porte vitrée qui y donnait accès. M’immobilisant un instant, je pus voir que les soldats descendus des camions s’étaient mis en rangs et formaient une colonne par trois qui, à mes yeux, n’en finissait pas, entre les rangées d’acacias, jusqu’au niveau des deux grands tilleuls du fond.

La sentinelle, dehors sur le perron, regardait vers la rue : je pouvais poursuivre ma contemplation béate : je n’avais jamais vu autant de soldats en armes à la fois. La sentinelle enfin se retourna. A travers la vitre elle fixa son regard sur moi. Son visage prit une expression courroucée et impatiente : je n’aurais pas dû traîner là. Elle ouvrit la porte et cria : « raoust ! ».

Je sortis, franchis d’un saut les quelques marches du perron et descendis la rue en courant aussi vite que mes galoches à semelles de bois me le permettaient, car, du coup, si je me contentais de marcher comme les autres matins, j’allais sûrement être en retard.

Pour savoir dans quelle classe j’étais en octobre 1941, il faut reconstituer mon calendrier scolaire à rebours : le repère c’est ma rentrée d’octobre 1945 comme pensionnaire au Lycée Clémenceau de Nantes en 4e. A Châteaubriant, ma rentrée d’octobre 1944 était celle de 5e, En octobre 1941 : j’étais donc en CM1.

La matinée à l’école se déroula de la manière habituelle. Vers midi et demi, je retrouvai des pensionnaires qui revenaient de leurs classes et s’attardaient dans le hall avant de monter au 1er étage pour déjeuner. La sentinelle leur lançait des regards furieux pour leur lenteur à prendre l’escalier.

Le nombre inhabituel de soldats qu’elles pouvaient apercevoir sous la verrière qui bordait les classes, avant de monter à l’étage, piquait leur curiosité. Les questions et les commentaires allèrent bon train pendant le déjeuner.

La routine des classes de l’après midi ne fut rompue que par l’annonce, dans les classes des filles et celles des garçons, la mienne, que le lendemain mercredi serait congé car les maîtres et les maîtresses se rendraient tous à une conférence pédagogique organisée par l’Inspecteur d’Académie. A l’école des Terrasses comme dans les classes des filles dispersées au Château ou à l’école de Béré depuis l’occupation de l’école Aristide Briand par les Allemands, tous et toutes exprimèrent leur joie de bénéficier d’un jour de congé supplémentaire.

Pendant l’étude du soir, ma maman annonça aux pensionnaires que le congé du lendemain serait consacré le matin à l’étude et l’après midi à des jeux sur place, car aucune surveillante n’était disponible pour qu’on puisse organiser une promenade comme celles que l’on faisait le jeudi et le dimanche.

Le bruit inhabituel qui montait du rez de chaussée gênait la concentration des filles pour faire leurs devoirs. Comme chaque soir je faisais les miens à côté d’une « grande » de la classe du brevet. Inquiète, elle levait la tête toutes les cinq minutes, comme toutes ses camarades, essayant d’identifier la nature ou la cause des bruits qu’on entendait.

Je suppose qu’on trainait des lits de camp ou des châlits sur lesquels les soldats allaient dormir, puis qu’on distribuait la soupe dans des gamelles qui tintaient comme des clochettes avant d’être remplies. Les mêmes bruits se firent entendre pendant le dîner que je pris comme d’habitude avec les filles, dans la pièce qui était juste au-dessus du réfectoire de l’école maintenant utilisé par les Allemands.

Plus tard, dans la soirée, ce furent des chants qui retardèrent notre endormissement, les filles dans leur dortoir et moi dans le lit que ma mère avait mis dans ce qu’on appelait « le bureau » qui se trouvait juste au-dessus de l’entrée de l’école, sa fenêtre ouvrant sur la rue de Vitré.

Il y eut aussi beaucoup d’allées et venues de voitures, le portail grinçant et tapant à chaque entrée et sortie de véhicule, dans la rue qui, derrière l’école, mène à Béré. Des ordres en allemand, criés d’un ton péremptoire, parfois suivis du martèlement pressé de bottes, retentirent encore tard dans la soirée. Je m’endormis avec peine.

Le lendemain matin je fus réveillé plus tard que d’habitude, non par les cris des coqs du voisinage au lever du jour, mon sommeil tardif avait dû être plus lourd au petit matin qu’à l’accoutumée, mais par des bruits inhabituels : vrombissements de moteurs, cris et piétinements pressés dans la cour et dans le hall au-dessous de moi. Après m’être passé un gant de toilette mouillé sur la figure devant le lavabo du coin de la pièce, c’était toute la toilette que je faisais quand quelqu’un ne me contraignait pas à utiliser du savon, je m’habillai en hâte de tous les effets de la veille, à l’époque on ne changeait de sous-vêtements qu’une fois par semaine, et je rejoignis le réfectoire, plus pour aller aux nouvelles que poussé par la faim.

Certaines des filles, agglutinées les unes contre les autres, regardaient par les fenêtres, leurs tartines à la main, tentant de déceler les raisons de l’agitation qui régnait au-dessous d’elles. D’autres , moins curieuses, étaient assises et mangeaient calmement, tournant leur cuillère dans leur bol avant de mordre, sans conviction, à leur tranche de pain noir margarinée.

Renonçant à me faufiler entre les corps pressés près des fenêtres, je me joignis à celles de mes épouses* qui restaient calmement à leur place, savourant avec elles la tiédeur de l’eau de chaussette, qu’on appelait chicorée, qui aidait à ramollir la croûte du sombre pain compact qu’on y trempait. Comme il n’y avait pas, ce matin là, le butoir de l’heure du début des classes pour quitter à temps le réfectoire, les départs vers la salle d’étude s’effilochèrent sur une bonne demi-heure. Les dernières, avec moi, furent chassées par les bonnes*, pressées de faire la vaisselle et de commencer à préparer le repas de midi.

Dans la salle d’étude, assis à côté d’une « grande » qui pouvait me servir de dictionnaire et de tables de calcul vivants, j’entrepris de faire mes devoirs et d’ap-prendre mes leçons. La récréation de onze heures arriva vite.

Depuis que les pensionnaires étaient privées de cour de récréation, la salle d’étude servait aussi de cadre à leurs ébats. Les livres et les cahiers étant soigneusement rangés dans les cartables placés sous les tables, elles organisaient des jeux qui les dispensaient de courir ou de sauter, mais leur permettaient néanmoins d’évoluer entre les tables, comme « colin-maillard » « jacques a dit » ou « pigeon vole » et de se détendre.

Nous devions une innovation à une jeune surveillante qui, après son « bachot », comme on désignait à l’époque le baccalauréat, préparait une licence d’anglais, se rendant de temps en temps à la faculté à Nantes, par le car à gazogène, pour suivre des cours. Pour remédier à l’ennui qui souvent s’installait dans ces récréations sur place, elle avait proposé une initiation à la langue anglaise, dès le début de l’occupation de l’école et de la France, recueillant tout de suite une adhésion quasi unanime des filles qui pensaient sans doute ainsi se rebeller contre l’occupant allemand, se ranger aux côtés d’un pays qui continuait à lutter contre lui, en apprenant sa langue. Ma mère approuva l’initiative   d’autant plus qu’au bout de quelques temps on vit arriver au pensionnat des élèves que leurs parents pensaient, en les y inscrivant, mettre à l’abri des bombardements de Nantes et de Saint-Nazaire. Dans les lycées ou les collèges de ces deux villes on enseignait l’anglais : il serait donc apprécié que le Cours Complémentaire de Châteaubriant puisse offrir aussi cet enseignement.

Cette jeune étudiante avait trouvé toute seule le secret d’une pédagogie active en mimant les actions dont elle enseignait les mots anglais ou en les faisant mimer par les élèves elles-mêmes lorsqu’elle prononçait un mot anglais. Par exemple l’ensemble des élèves se mettait à marcher sur place lorsqu’elle prononçait « all of you walk » et s’arrêtait à « stop walking » puis lorsqu’elle disait « Juliette stand up on the table » Juliette seule montait sur la table. Tout se sophistiqua au long des mois et des années et un système de gages, conçu collectivement, se mit en place, gages très souvent physiques pour remplacer les courses qui auraient dû dissiper dans la cour le trop plein d’énergie d’adolescentes et de pré-adolescentes.

Après le déjeuner je ne voulus pas retourner dans la salle d’étude où devaient être organisés des jeux et je choisis plutôt de sortir et d’aller voir si je ne pouvais pas retrouver au hasard des rues du quartier, un copain pour passer l’après midi avec lui.

Après le remue ménage de la veille et du matin, la cour était étrangement vide et silencieuse.

Sur le perron, une sentinelle était toujours là. Elle claqua des talons à mon passage : je savais que c’était par dérision : je l’avais repéré auparavant par un sourire narquois sur le visage de certaines d’entre elles que je connaissais, et qui m’avaient fait le même coup.

Moi, je passais toujours le visage fermé, le menton serré, le plus vite possible, souvent en sautant d’un bond les trois ou quatre marches du perron, pour bien montrer que j’avais les moyens physiques de combattre éventuellement, à bon entendeur salut ! Arrivé sur le trottoir, j’avais le choix, pour descendre jusqu’à l’étang au bas de la rue, entre les deux côtés : à droite, le long de l’école il y avait une grille devant une haie de lauriers, dont je pouvais arracher des feuilles pour faire des couronnes ou des chapeaux d’indiens, mais le trottoir était goudronné. Par contre à gauche, le trottoir était à peine dessiné et je pouvais y trouver des cailloux me permettant de me livrer à mon rituel traditionnel en arrivant à l’étang : me pencher au-dessus de la margelle, jeter des cailloux plutôt ronds dans l’eau et contempler les cercles que leur chute produisait à la surface, puis descendre plus bas jusqu’à la pente douce qui permettait parfois au bétail de venir boire et faire des ricochets avec des cailloux plutôt plats.

Je ne sais pas quelle heure il était. J’avais musardé interminablement en descendant la rue, je m’étais avancé de quelques mètres dans le Chemin de la Maison Brûlée, attendant un instant pour voir si mon copain Cornut n’apparaîtrait pas, mais sans perdre de vue la rue de Vitré au cas où mon autre copain, Lechat, ne serait pas descendu, lui, du haut de cette même rue. J’avais fini par commencer, seul, la phase un de mon rituel, jetant quelquefois deux cailloux à la fois pour regarder comment les cercles sur l’eau se croisaient quand soudain, j’entendis un chant, d’abord dans le lointain, puis qui se rapprochait.

M’adossant à la margelle, je me tournai vers l’endroit d’où provenait le chant, que je reconnus : c’était un chant interdit par les Allemands, c’était la Marseillaise !

Bientôt des camions bâchés, de couleur kaki, apparurent, venant de la direction de la Mairie, ils ralentirent et marquèrent presque un arrêt comme si le conducteur du premier hésitait à prendre à droite par la rue du Château pour remonter vers la Place des Terrasses, puis ils accélérèrent en continuant tout droit. Maintenant la Marseillaise se faisait entendre très fort et je me demandais s’il n’y avait pas un haut parleur dans les camions, mais pourtant c’était un chant interdit et les camions étaient allemands, bien que de marque Citroën, je l’aurais juré ! Pas de doute : les camions chantaient !

Ils continuèrent leur course, à vitesse modérée, en tout cas par rapport aux vitesses auxquelles on se déplace maintenant. Ils longèrent l’étang, au pied du château fort. Le chant s’amplifiait, puis, les camions s’engouffrant sous le tunnel, sous la voie ferrée, il diminua, puis ce n’était plus qu’un chant qui s’éloignait, comme en sourdine, après le tunnel.

Ce n’est qu’après sa disparition que je me dis que ce chant était forcément chanté par quelqu’un, que les chanteurs devaient être nombreux, un chœur en quelque sorte, comme celui que nous avions formé à l’école, pour chanter « Maréchal nous voilà », que je n’avais chanté qu’une fois, car après, maman m’avait dit de seulement faire mine de chanter, si on m’y obligeait, et d’ailleurs je n’avais pas eu besoin de faire mine car les instituteurs de l’école des Terrasses ne l’avaient pas fait chanter à nouveau, ou alors je ne m’en souviens vraiment plus. A l’école des filles, sous ma maman, il n’a jamais été chanté !

N’ayant pas trouvé mes copains, je décidai de rentrer à la maison, je remontai la rue, franchis deux à deux les marches du perron devant la sentinelle qui, immobile, une main à la bretelle du fusil à son épaule, me toisa de son haut au-dessous de son casque, et je commençai à me raconter des histoires en faisant évoluer mes soldats de plomb et mes petites voitures sur le tapis de la salle à manger dont les motifs m’invitaient à imaginer des routes et des chemins qui traversaient les continents.

Une journée de congé ordinaire, en somme !

Pierre Martin (ancien Castelbriantais)

(*) Il s’était établi un rituel enfantin, une sorte d’aimable bizutage, qui fut observé plusieurs années de suite, consistant à ce que chaque fille du pensionnat placé sous l’autorité de ma maman, mais à son insu, devienne l’épouse du fils de la directrice, peu après son arrivée, au cours d’une des premières récréations de l’année scolaire qui débutait.

C’est à regret que j’emploie le mot « bonne » , diminutif de « bonne à tout faire » que ma mère exécrait et dont elle avait banni l’emploi devant elle ou à portée de ses oreilles, préférant employer : « personne qui nous aide » ou « aidante ».


 Legende de la photo

  • 1- Logement de fonction de MM. Jeanneau, instituteurs.
  • 2- Salle d’étude du pensionnat.
  • 3- Logement de fonction de deux institutrices Mlle Drouet et Mlle Ripoche.
  • 4- Logement de fonction de la directrice, converti en local pour le pensionnat.
  • 5- Ancien réfectoire du pensionnat, utilisé par les Allemands comme tout le rez de chaussée.
  • 6- Fenêtre de la cuisine du logement de fonction que ma mère, devenue directrice, avait conservé.
  • 7- Porte vitrée du vestibule d’entrée de l’école.

Ecrit le 28 mars 2012

 La mer à l’aube

Basé sur les documents d’époque, inspiré par Pierre-Louis Basse, par une nouvelle d’Heinrich Böll et les écrits d’Ernst Jünger, le nouveau film de Volker Schlondorff sort en DVD Vidéo, au sujet des fusillés de La Sablière. La mer à l’aube est le récit de ce drame « qui se joue entre deux coups de feu : à 7h20 du matin, un officier allemand est abattu à Nantes puis à 15h50 le lendemain 48 otages sont fusillés ». Ce drame se joue en trois volets :
–* - En Loire-Atlantique, quelques centaines d’internés apprennent qu’une trentaine d’entre eux sera fusillée incessamment.
–* - A Paris, un officier qui n’est autre que l’écrivain Ernst Jünger, chargé de la censure des lettres, va suivre l’affaire, heure par heure.

  • - Troisième volet, celui d’un jeune Allemand, retour de permission, qui, puni, va se retrouver dans le peloton d’exécution.

La Mer à l’aube est un beau film choral, qui multiplie les points de vue chez les Français comme chez les Allemands.

La mer à l’aube, extrait 1

La mer à l’aube, extrait 2

La mer à l’aube, extrait 3

A découvrir : le livre de Pierre Martin :

Télécharger le document : Livre de Pierre Martin , format pdf de 7.3 Méga octets


NOTES:

Pierre Martin

Le signataire du récit « les camions qui chantaient » est un ancien Castelbriantais : Pierre MARTIN. S’apercevant soudain, à l’occasion d’une hospitalisation, qu’il est devenu un vieillard, Pierre ressent le désir de faire revivre le souvenir de tous ceux et celles qu’il a connus tout en essayant de mieux comprendre ce qui lui est arrivé, espérant, au passage, que son récit pourra peut-être intéresser, émouvoir ou réconforter un descendant. Il commence alors à rédiger une chronique de sa vie, tranche par tranche, chacune glissée dans une bouteille à la mer jetée dans l’océan d’Internet, espérant retrouver des survivants d’un passé qu’ils ont partagé avec lui.

Il commence par l’évocation du paradis d’une petite enfance heureuse, de 1933 à 1939, suivie, de 1939 à 1945, d’une enfance attristée, plombée même, par la guerre, l’absence de son père prisonnier, de sa mère surmenée, qui mourra tragiquement avant le retour de son mari, de sa petite sœur trop souvent éloignée, « qu’il ne prendra pas l’habitude d’aimer tous les jours », qui choisira ensuite, à 42 ans, une mort volontaire.

Il décrit ensuite sa pré-adolescence et son adolescence, puis son départ à Paris, en 1950, au moment où débute la guerre de Corée, pour faire des études de chinois et de japonais, en vue d’aller voir de l’autre côté du monde si l’on peut y être plus heureux que de ce côté-ci.

Ecrira-t-il une suite ? Il se demande s’il en aura le temps et l’énergie et si l’état de sa mémoire le lui permettra. On peut lui écrire :
pierremartinconseil@gmail.com.