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Qu’est-ce qu’on fait des vieux ?

Ecrit le 25 avril 2012

Les vieux ? Les vieilles ? On ne prononce plus ces mots. On parle du 4e âge. Et du 5e risque (= la dépendance). On parle des seniors, ou des anciens, voire des sages. Cachez ces vieux dont je ne saurais parler !

Et finalement on en parle si peu qu’ils en deviennent virtuels. On ne s’en soucie plus guère. Au point qu’on les oublie. C’est Jean Gauchet, l’initiateur de l’ORPAC  , qui tire la sonnette d’alarme.

« J’ai 87 ans, dit-il, je fréquente la tranche des 80-100 ans, une population qui me tient à cœur car elle a de sérieux problèmes. J’en ai parlé au Conseil d’Administration de l’ORPAC  . On m’a répondu : il y a tout pour eux. Il suffit de demander. Mais, justement, c’est une population qui ne demande rien et on ne fait pas grand chose pour elle ».

« Il y a eu une réunion sur la maladie d’Alzheimer  , et sur l’aide aux aidants. Mais que faire quand la personne est seule ? C’est un problème que je ressens vivement sans savoir quelle réponse apporter ».

Chez les personnes âgées, il y a trois comportements :

  • 1) la personne qui s’est bien défendue dans la vie, qui a des difficultés et ne veut pas le reconnaître, qui refuse tout ce qu’on lui propose.
  • 2) La personne qui accepterait une aide mais qui ne sait comment la demander et qui se trouve désemparée quand, au téléphone, elle tombe sur un serveur vocal. « Pour une aide à domicile, tapez 1 ; pour un bisous, tapez 2... ».
  • 3) et enfin la personne malade qui n’a plus les moyens de demander quelque chose.
  • « Il y a tout, à Châteaubriant ? Peut-être. Mais est-ce accessible ? Il y a des aides de toutes sortes, mais il est difficile de s’y retrouver. Le CLIC   essaie de répondre aux questions posées mais n’intervient pas en l’absence de demande. L’assistante sociale, c’est la même chose. Les associations et les services ont un mal fou à travailler ensemble. Les personnes qui interviennent se rendent compte que, au delà de la question posée, il y a d’autres problèmes face auxquels elles se trouvent démunies ».

« Je refuse le terme : « ancien » car c’est une mise à l’écart, mais le problème de la vieillesse inquiète. Si les nouveaux retraités arrivent à bien vieillir, c’est qu’il y a eu des choses de faites avant : préparation à la retraite, entraînement de la mémoire, gymnastique préventive, etc, tout ce qui peut favoriser le mieux vivre. Mais j’ai le sentiment que, actuellement, on ne se soucie plus de cela et que, d’une certaine façon, on laisse tomber les plus âgés »

Les maisons de retraite ne correspondent plus à la situation d’aujourd’hui. « Quand je vais dans l’une ou l’autre de ces maisons, j’ai le sentiment de retrouver les mouroirs d’antan. Pourtant, c’est vrai, les bâtiments sont corrects, mais pour y vivre, il ne faut pas avoir un handicap, il ne faut pas être malade : car alors on est condamné à rester dans sa chambre, sauf les périodes de repas, et encore ! Le personnel fait ce qu’il peut, mais il est en nombre insuffisant. Son temps est réduit, quasiment minuté. Pas le temps de faire manger une personne »

L’ORPAC   est devenue une association de loisirs pour les personnes âgées, alors que la meilleure animation, pour une personne, est celle de sa vie quotidienne (se lever, manger, bouger, voir du monde). Quand on n’a plus la possibilité de sortir de chez soi, que faire ? (heureusement qu’il existe des associations comme Un jour part’âgé).

Demander de l’aide ? A qui ? Comment ? Faut-il imaginer de nouveaux lieux pour vivre ensemble ? « Vieillir à domicile c’est sans doute mieux de que vieillir en maison de retraite. Mais vieillir seul devant sa télé, avec une noria d’intermédiaires qui passent (et font ce qu’ils peuvent !) c’est tout de même déprimant. »

A toutes ces questions, y a-t-il une solution ? Non, pas directement. Mais il faut se poser le problème car rien d’humain ne se fait du jour au lendemain. Il faut sûrement inventer un avenir car nous sommes dans une situation nouvelle : de plus en plus de personnes très âgées, au delà de 80 ans. Y aura-t-il des bénévoles pour faire face ? Les bénévoles, de nos jours, ne veulent pas se laisser embrigader. Et ils vieillissent aussi. Les jeunes ne sont pas au rendez-vous et leur difficulté à s’installer dans la vie ne les incite pas à donner un coup de main aux plus anciens.

« Alors on ne voit pas de solution. Parce qu’on ne la cherche pas. On ne peut pas se dire « il y a tout », car cela revient à ne pas se remettre en question, à ne pas voir les conséquences de la grande vieillesse, pour aujourd’hui et encore plus pour demain »

Témoignage de Jean Gauchet

Note : Jean Gauchet est décédé fin juin 2013. Il a été inhumé le premier juillet 2013

Il fait si bon vieillir

Lors du Concours de plaidoiries pour la défense des droits de l’Homme, organisé par le Mémorial de Caen, une jeune fille de 16 ans, Alma Adilon-Lonardoni a prononcé un remarquable discours sur la dignité des personnes âgées placées en institution. Elle a reçu le premier prix.

On peut trouver cette plaidoirie ici 

En voici des extraits :

Aujourd’hui, mesdames, messieurs, j’ac-cuse la société de reléguer ses mères, ses pères aux oubliettes. (...) Je pense qu’il est indigne de notre société d’avoir à ce point honte de ses vieux devenus inutiles qu’elle les cloître autoritairement. Je pense qu’il est inacceptable que ces personnes soient considérées comme des enfants, voire comme des objets.
C’est nous qui sommes les enfants, mesdames, messieurs, nous qui leur devons tout. (…) il me semble parfois que, contrairement aux clichés que véhicule notre société, ce ne sont pas eux les assistés, mais bel et bien nous... Nous sommes plongés dans une loi du plus fort, dans une course au profit et à l’efficacité, à la rentabilité, la rapidité, qui évince et dévalorise la vieillesse de notre société.

Dès lors que les portes de la redoutable maison de retraite sont franchies, le statut de la personne change. On n’est plus un être humain mais un « résident ». Je ne cherche pas à généraliser. Les conditions de vie en maisons de retraite que je dénonce ne s’appliquent heureusement pas à tous les établissements. Mais ceux dans lesquels l’on peut attendre un minimum de respect, lorsqu’ils ne sont pas hors de prix, affichent bien souvent complet. De même, bien sûr, tous les aides-soignants ne sont pas des irresponsables insensibles. Mais si certains le sont bel et bien, beaucoup d’autres n’ont peut-être pas le choix... Parce que l’intégralité du système médical public est gérée en amont. (..)

C’est l’État le plus responsable, qui de sa jouvence immaculée, ne perçoit rien d’autre que des chiffres un peu flous. Une aide-soignante pour quatre-vingts pensionnaires, qu’est-ce que c’est ? Ce sont des économies en plus, et si ça doit être au détriment de vies humaines, qu’à cela ne tienne ?

Quelle importance que des êtres humains pourrissent dans des geôles impersonnelles, dans une souffrance qui pourtant serait évitable, quelle importance que de vieilles femmes incontinentes soient parquées dans leur lit par manque de temps ? Quelle importance que le personnel n’ait pas le temps de veiller à ce que ces personnes prennent les repas qui ont été balancés à la hâte dans leur chambre, si bien que les hospitalisations pour déshydratation sévère fassent désormais partie de la routine ?

Quelle importance aussi que des pensionnaires soient, au nom de leur prétendue sénilité, gavés de médicaments lourds et nocifs, et surtout injustifiés ? (…)

Je demande, Mesdames et Messieurs, au nom de tous ceux qui souffrent depuis trop longtemps, une hausse réelle du personnel dans notre société.

Je demande à ce que bien-être et traitements respectueux ne soient pas des services qui se monnayent, mais à ce qu’ils soient accessibles à tous.

Je demande à ce que maison de retraite ne soit plus synonyme d’hospice ni de mouroir, mais de lieu d’accueil solidaire et fraternel.

Je demande la dignité

signé : Alma Adilon-Lonardoni