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Réflexions sur l’insertion

Ecrit le 9 mai 2012

 L’insertion sociale et professionnelle

Désormais l’insertion concerne la quasi-totalité d’une génération ; elle est synonyme de sas social, pour ne pas dire bizutage, et, hormis quelques cas marginaux – rentiers, fils et filles de… -, ce sont tous les jeunes, de l’illettré au masterisé, qui désormais s’interrogent sur leurs chances et stratégies d’insertion. Aux diplômés est promis le déclassement, aux non-diplômés le piétinement ou le découragement face à la file d’attente de Pôle emploi.

Une déviation des principes de base des Missions Locales s’est produite peu à peu :

► L’insertion professionnelle est devenue prioritaire, parfois même exclusive. Les Missions locales sont financées sur résultats et notamment sur l’indicateur d’accès à l’emploi.

► L’insertion sociale – disposer d’un logement, être en bonne santé, pouvoir se déplacer, trouver un équilibre psychique, agir comme citoyen…, est devenue « la cerise sur le gâteau », une coquetterie intellectuelle accordée parcimonieusement à des professionnels décidément trop humains.

► L’écoute est chronométrée. Plutôt que partir du jeune (ses besoins, ses potentialités, son projet), on part désormais des programmes (faire entrer dans le CIVIS, inscrire en PPAE, mobiliser pour une plateforme « vocationnelle »). Formulé différemment : il s’agit moins de porter la parole des petits aux grands que l’inverse.

Le jeune, on le « diagnostique » et on lui prescrit. Sans doute possible, le jeune étant ontologiquement malade, il faut donc extirper ce qui fait problème, ses « freins à l’emploi », son « savoir-être » mal dégrossi, ses compétences inabouties… alors que la première cause de désinsertion est bien sûr l’hyper-sélectivité du marché de l’emploi (l’armée de réserve…).

 La voie est libre

On peut parler de « société bloquée »… Pour la débloquer, on peut arrêter la partie, changer les joueurs, redistribuer les cartes, modifier les règles du jeu. On imagine mal une interruption sauf à laisser sans aide et accompagnement les 1,2 million de jeunes suivis chaque année par les missions locales. Changer les joueurs n’est pas possible : autour des missions locales, on trouve toutes les composantes de la société. La redistribution des cartes s’impose au sens de leur donner plus d’atouts, c’est-à-dire plus de moyens. Reste à modifier les règles du jeu… à reconstruire sur de nouvelles fondations en réinjectant l’esprit de l’éducation populaire et permanente.

Sur la route de la libération de Paris, après le débarquement de Normandie, la progression fut stoppée par les Allemands. Leclerc eut l’idée de faire passer sur les ondes des radios ce message : « La voie est libre ». Elle ne l’était pas mais tous y allèrent… et libérèrent Paris.... Alors, allons-y !

Source : un article de Philippe Labbé, sociologue