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Le suicide des personnes âgées

Ecrit le 13 juin 2012

La France est très (trop touchée) par le suicide et la région de Châteaubriant-Nozay-Derval a un taux de suicide supérieur de 37 % à la moyenne nationale. Le suicide touche les hommes davantage que les femmes. Et les personnes âgées, davantage que les jeunes. Le taux moyen est de 17 pour 100 000 habitants en France, il monte à 32 pour les 75-84 ans et même à 44 pour les 85-94 ans.

Et pourtant, le phénomène suicidaire chez les personnes âgées attire moins l’attention que chez les jeunes . Parce que l’acte de mourir est inéluctable ? Parce que le suicide est souvent masqué ? Parce que la mort, parfois, ressemble à une délivrance.

 Naufrage

« La vieillesse est un naufrage », disait Charles de Gaulle. « Chez moi s’est installée la maussaderie de la vieillesse, le désenchantement comparable à la plénitude d’un engourdissement lunaire, le froid intérieur. » disait Freud à 71 ans. « La vieillesse fournit plusieurs raisons assez réalistes d’éprouver du désespoir : les aspects d’un passé qu’on aurait ardemment désiré différent ; les aspects du présent qui nous causent une souffrance sans rémission ; les aspects d’un futur incertain et effrayant. Et bien sûr la mort inévitable demeure un aspect du futur qui est à la fois totalement certain et totalement inconnu. Par conséquent, il faut qu’un certain désespoir, anticipé depuis le
commencement de la vie, soit reconnu et intégré comme une composante du vieil âge. » disait Erikson à 84 ans

De nombreux facteurs négatifs affectent le temps de la vieillesse :

  • l’isolement social et affectif
  • les difficultés financières
  • les deuils et séparations
  • les maladies
  • la dépression, etc

La dépression est plus fréquemment retrouvée en cas de suicide chez le sujet âgé que chez le sujet jeune. Elle est un puissant accélérateur d’accès aux idées de suicide . Elle se manifeste de plusieurs façons :

– Humeur triste
– Diminution de l’intérêt pour les activités
– Perte ou gain de poids significatif
– Augmentation ou diminution de l’appétit -
– Insomnie ou hypersomnie
– Fatigue ou perte d’énergie
– Sentiment de dévalorisation ou de culpabilité
– Diminution de l’aptitude à se concentrer
– Pensées de mort récurrentes/idées suicidaires récurrentes/tentative de suicide

Les personnes ne sont pas égales devant la vieillesse-dépression.

  • - Le caractère personnel est important : la personne est-elle, en temps normal, positive ou négative ?
  • - L’environnement est-il protecteur ? Il ne s’agit pas de surprotéger une personne âgée, mais de lui offrir un réseau de soutien familial et amical. De lui donner l’occasion de reconnaître et exprimer des émotions . Si elle est sensible à l’humour , cela peut arranger les choses !
  • - Enfin il faut prendre en compte le rôle fondamental des services accessibles aux personnes âgées, des aides financières et des aides au logement .

Une intéressante conférence a eu lieu le 7 juin 2012 à Châteaubriant, sur la crise suicidaire des personnes âgées. Dommage, malgré les quelque 1000 adhérents de l’ORPAC   et des Aînés Ruraux  , il n’y avait guère qu’une centaine de personnes !

 La crise suicidaire

Pour les intervenants, la crise suicidaire dure de 6 à 8 semaines. En temps ordinaire, chaque personne trouve des solutions pour faire face au stress de la vie : ce peut être une promenade ou un concours de belote, ou la visite d’amis … Mais il arrive que le stress augmente (perte d’emploi, rupture sentimentale, décès), la personne est submergée par ses émotions et n’arrive plus à trouver une solution. Elle peut alors basculer dans un état de crise qui culmine dans le passage à l’acte (sous diverses formes : fugue, bagarre, déménagement, suicide, …). Le suicide n’est pas un choix : c’est la seule solution que la personne croit trouver. La personne ne veut pas forcément la mort : elle veut mettre fin à la situation qu’elle vit.

Souvent l’entourage se focalise sur l’acte suicidaire, sans prendre en compte tout l’enchaînement qui a conduit à cela. Et sans toujours comprendre : « Elle était bien, pourtant ». C’est que, en effet, quand la décision est prise, la personne peut paraître sereine : elle sait que sa souffrance va s’arrêter. Les jeunes sont souvent dans l’impulsivité. Les personnes âgées suicidaires savent comment elles vont s’y prendre, elles planifient leur geste, méthodiquement.

 Idées reçues

On pense qu’il ne faut pas parler de suicide. « Eh bien si, il faut oser poser la question : pensez-vous au suicide ? ». Cela donne à la personne la possibilité de parler de sa souffrance, ce qui, en soi, a un caractère apaisant.

Il ne faut pas avoir d’oeillères : si l’on détecte un risque suicidaire, il faut oser en parler à la famille, aux amis, au médecin traitant. Ce n’est pas de la délation : c’est un geste de premier secours. Il faut aider la personne à retrouver une qualité de vie.

Le suicide n’est pas une maladie mentale, il n’y a pas d’hérédité familiale. Chaque histoire est individuelle : « comment je me perçois »

Le suicide : courage ou lâcheté ? Ni l’un ni l’autre. Il faut veiller aux mots que l’on choisit, pour ne pas blesser l’entourage.

 L’entourage

Dans le risque suicidaire, l’entourage est très impacté, il ne sait pas toujours comment réagir. « C’est difficile d’aider. Celui qui aide est lui-même fragilisé, il lui faut souvent être aidé lui-même pour rester solide ».

Comment aider ? Difficile à dire, car il y a des personnes qui ne veulent pas être aidées ! Les intervenants ont donné trois directives : Prendre le temps d’écouter les autres tout en sachant qu’on ne peut pas tout faire – Faire confiance à son intuition – Ne pas rester seul . « Il faut garder le lien vers l’extérieur et prendre soin de soi-même ! » « Je serai capable de m’occuper des autres si je sais m’occuper de moi ».

Et s’il y a eu suicide « abouti », l’entourage est encore impacté. On dit qu’un suicide touche 6 personnes directement et une vingtaine de personnes indirectement. « Ne pas hésiter à en parler, il n’y a pas de risque de contagion ». Le cas des familles endeuillées par un suicide doit être traité soigneusement, il y a une association pour cela à Nantes : « Recherche et Rencontres   » (02 40 08 08 10).

 Des adresses

  • Le Centre hospitalier de Blain – tous les jours même le dimanche 02 40 51 51 51
  • Recherche et Rencontres   à Nantes : 02 40 08 08 10
  • Le Centre Médico Psychologique de Châteaubriant (5 rue Duguesclin) : il y a toujours quelqu’un pour vous accueillir. 02.40.28.33.50

Des sentinelles formées spécialement