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2012 : Solitudes

Ecrit le 10 juillet 2012

 Solitude : 4,8 millions de personnes

Aujourd’hui, en France, la solitude touche 4,8 millions de personnes . 11% de Français (9% en 2010) ne disposent d’aucun réseau de sociabilité et peuvent donc être considérés comme objectivement seuls. Loin de reculer, l’isolement relationnel a progressé de 20% en deux ans et s’étend à des populations qui étaient jusqu’ici épargnées par ce phénomène.

Plus largement, 21 % de la population déclare se sentir seule, un sentiment éprouvé sans distinction de sexe, de profession ou de lieu d’habitation ; néanmoins, les plus modestes, qui touchent moins de 1 000 € par mois, sont particulièrement touchés (38 % d’entre eux se sentent seuls).

 Relations d’un seul type

27 % des personnes interrogées (23 % en 2010) n’entretiennent des relations que d’un seul type : cela signifie qu’ils ne fréquentent que leur famille, que leurs amis ou que leurs collègues. Une situation précaire du point de vue relationnel : un déménagement, la perte de leur emploi, et c’est toute leur vie sociale qui est remise en cause.

L’opinion française fait écho à ce phénomène : 65 % des personnes interrogées considèrent que l’isolement et la solitude s’aggravent, dans une société qui n’apparait pas en mesure d’apporter des solutions. Tels sont les enseignements du Baromètre 2012 établi par la Fondation de France, par l’institut d’études TMO Régions (enquête quantitative) et par l’Institut Wei (entretiens qualitatifs).

 De plus en plus jeunes

L’un des enseignements principaux du baromètre 2012 est le rajeunissement des personnes isolées : 9 % des 30-39 ans sont en situation d’isolement en 2012, alors qu’ils n’étaient que 3 % en 2010. Le profil de ces personnes peut expliquer cet isolement : ils vivent généralement seuls, sans enfant, sont peu diplômés et rencontrent des difficultés à trouver leur place dans le monde du travail. Ainsi, l’âge moyen des personnes isolées passe de 59 ans à 54 ans. Ce rajeunissement va de pair avec une plus large utilisation des réseaux sociaux virtuels par les personnes isolées ; néanmoins, ces pratiques ne semblent pas atténuer significativement le sentiment de solitude. La situation des seniors n’en reste pas moins préoccupante : la solitude des plus de 75 ans progresse (21 % d’entre eux sont seuls, là où ils étaient 16 % il y a deux ans) et touche particulièrement les plus démunis.

 Le travail n’intègre plus

Le travail est longtemps apparu comme l’un des grands moyens d’insertion dans la société. L’étude 2012 révèle que le travail ne joue plus ce rôle aujourd’hui : près d’un tiers des Français qui travaillent disent ne pas être en mesure de construire des relations autres que stricte- ment professionnelles avec leurs collègues, et 37 % des personnes isolées sont en emploi en 2012.

Les travailleurs pauvres et les travailleurs indépendants (agriculteurs, micro entrepreneurs...) sont les plus exposés à la solitude : ils sont précaires – 15 % des personnes en contrat à durée déterminée ou en intérim sont en situation d’isolement (contre 5 % il y a deux ans) – travaillent souvent à temps partiel ou en horaires décalés, parfois seuls... autant de modalités qui rendent difficile l’établissement de liens. Les hommes, qui s’entourent davantage de personnes issues de leur univers professionnel, apparaissent donc légèrement plus fragilisés que les femmes à cet égard.

L’augmentation globale du nombre de personnes en situation d’isolement tient moins à la progression du chômage qu’à un affaiblissement de la fonction intégratrice du travail, et cela en raison de l’instabilité de l’emploi, du développement de nouvelles formes de travail (travailleurs indépendants par exemple) et de certaines méthodes managériales qui limitent les échanges.

La solitude a nettement augmenté dans les grandes agglomérations, et plus particulièrement là où se concentrent les logements sociaux. 18 % des habitants de HLM sont en situation d’isolement relationnel, ce qui peut s’expliquer par une diminution des relations entretenues entre voisins : « Après mon déménagement, je me suis retrouvée dans un bloc où je ne connaissais plus personne... et comme j’étais plus loin qu’avant, il fallait que je parte plus tôt pour aller bosser et j’avais de moins en moins d’occasions de parler aux gens... mes voisins, ils vivent entre eux », raconte Marie.

 La pauvreté isole

L’étude de 2010 avait souligné que les personnes vivant sous le seuil de pauvreté souffrent davantage de solitude ; le baromètre 2012 indique que cette souffrance s’étend désormais aux personnes disposant de revenus modestes – entre 1 000 et 1 500 € par mois. 61 % des personnes seules considèrent que leur situation économique s’est dégradée en deux ans, or la situation financière a aussi un impact sur la vie sociale : fréquenter cafés, restaurants ou cinémas n’est souvent pas possible lorsque son budget permet à peine de couvrir les dépenses courantes.

 Un engrenage

La solitude n’est pas un état mais le résultat d’un processus, d’un enchainement d’événements qui peut être enrayé. 74 % des raisons d’isolement citées renvoient à une rupture biographique, dans le cadre familial (31 %), amical (13 %), associé à un problème de santé (13 %), professionnel (10 %) ou résidentiel (7 %).

« Quand mon amie est partie, je me suis retrouvé seul à la maison, c’est très dur... se préparer à manger le soir tout seul, à ressasser, à regarder les œufs frire dans la poêle et à passer la soirée devant la télé... C’est le vide, le vertige », témoigne Yann après une rupture amoureuse.

Une cassure relationnelle fragilise la personne, qui peut épuiser puis éloigner ses autres relations en leur demandant trop en compensation.... À l’inverse, elle peut se mettre à l’écart ; après son divorce, Bernard s’est isolé : « J’avais plus envie de me retrouver comme avant, avec les mêmes amis, et je ne me sentais pas trop à l’aise... un mec qui se fait larguer, hein ! c’est pas si facile que ça ». Effet en cascade, effet domino et un individu peut perdre tous ceux qui l’entourent.

Les ruptures qui déclenchent le processus de solitude privent les individus de deux choses essentielles, la confiance en soi et l’estime de soi : le fait de penser que l’on a en soi les ressources suffisantes pour surmonter une épreuve et le sentiment de pouvoir apporter quelque chose aux autres. Ces deux socles doivent être reconstruits pour qu’une personne soit de nouveau en mesure de nouer des relations sociales.

La solitude est un mal du temps et de l’espace de tous les jours. Les grands moments rituels qui se déroulent une fois l’an, comme Noël, ne brisent pas l’isolement : « Le repas des voisins, je n’y vais plus. J’y suis allé une fois il y a 6 ou 7 ans, tout le monde parle avec tout le monde, c’est sympa sur le coup. J’ai parlé un peu avec une dame que je n’avais jamais vue. Après je ne l’ai plus revue. Les gens qui se connaissent ils se retrouvent, moi je n’avais personne à retrouver... »

Le lien social est fait d’habitudes, il ne relève pas de moments exceptionnels.

Agir contre la solitude, c’est renouer des liens faits de proximité et de routine, se rencontrer et échanger. Or ces lieux de proximité se sont raréfiés ou sont inconnus d’une partie de la population. Parmi les personnes en situation d’isolement, 62 % disent qu’elles n’ont accès à « aucun lieu proche au sein duquel elles pourraient facilement rencontrer des gens ».

En agissant au travers d’associations locales et en soutenant des projets collectifs, la Fondation de France contribue à briser la solitude dont beaucoup souffrent.

Les cafés sociaux, où chacun participe en fonction de ses moyens ; les jardins partagés créés pour donner une nouvelle vie à des parcelles en friche et réunissant les habitants autour des plaisirs du jardinage. Les associations comme Castel-Loisirs  , Initiatives de Femmes, Relais-Rencontres  , Café Associatif et d’autres, constituent de véritables lieux de vie où toutes les générations se retrouvent pour partager des moments de convivialité. Ce sont des structures à soutenir.

Source : rapport de la Fondation de France, document pdf 1,1 méga octets.