Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Politique générale > François Hollande > PSA veut défoncer l’Etat

PSA veut défoncer l’Etat

Ecrit le 17 juillet 2012

 Le patron et les charges sociales

Le constructeur automobile PSA va mal. Son directeur en profite pour demander « que l’Etat baisse les charges qui pèsent sur le travail de manière massive »

Dans cette histoire, Philippe Varin se sert de ses ouvriers comme boucliers humains ! il souhaite ainsi faire sauter totalement le système financier français car, si l’Etat baisse les charges sociales sur PSA il devra les baisser pour toutes les entreprises, ce sera alors la catastrophe financière absolue.

Or Philippe Varin n’a guère de scrupules en ce qui le concerne. Selon le journal Le Point du 15 février 2012, son salaire a été de 777 830 euros, en 2009, pendant la crise. Ensuite, en 2010, sa rémunération a quadruplé, il a gagné 3,25 millions d’euros et, en plus, une prime exceptionnelle de 300 000 euros (9000 euros par jour !) « compte tenu des résultats particulièrement remarquables réalisés en 2010 », selon le document de référence du groupe. PSA avait alors dégagé un bénéfice net après deux années de perte.

 Mais qu’en est-il exactement des charges sociales ?

Rappelons que ces charges financent le budget de l’Etat et des collectivités territoriales et notamment les routes où roulent les voitures et les poids lourds, les écoles où sont formés les ingénieurs embauchés par PSA, les activités culturelles et sportives que réclament les grands patrons pour s’installer dans une région, sans oublier les aides financières attribuées directement aux entreprises !

Selon « Les décodeurs » il est exagéré de dire que le coût du travail en France est le plus cher en Europe
lire l’article des décodeurs

1/ Le coût horaire moyen du travail en France n’est pas le plus élevé d’Europe

Comment calcule-t-on le coût du travail ? Plusieurs méthodes existent. Le plus souvent, on utilise le coût horaire du travail. Cet indicateur additionne le salaire (y compris primes, épargne salariale etc) et les cotisations sociales acquittées par l’employeur, et les divise ensuite par le nombre d’heures travaillées.

Dans l’Union européenne, le coût moyen du travail était, en 2011, pour les entreprises de plus de 10 salariés, de 23,1 euros de l’heure, selon l’institut Eurostat.

  • - Avec 34,2 euros de l’heure en moyenne, la France est dans le groupe de pays au coût élevé, mais elle n’est pas la plus chère.
  • - le Danemark est à 38,6 €,
  • - la Suède à 39,1 €,
  • - la Belgique à 39,3 €.
    L’Allemagne, avec 30,1 euros de l’heure, se situe au-dessous, mais reste dans le peloton de tête.

2/ Dans l’industrie non plus, il n’est pas le plus élevé

Il faut néanmoins être plus précis : le coût du travail peut en effet varier fortement en fonction de l’activité économique, il faut donc le calculer par secteur. L’Insee a publié au printemps 2012 une enquête sur la question, en distinguant notamment le coût du travail en 2008 dans l’industrie manufacturière (dont l’automobile fait partie) et les services marchands.
Il en ressort que la France, avec 33,16 euros de l’heure, était légèrement moins chère que l’Allemagne (33,37 euros de l’heure) dans l’industrie. Elle se classait cinquième, derrière Belgique, Danemark Allemagne ou Suède.
Dans les services marchands, l’Allemagne retrouvait un avantage avec 26,81 euros de l’heure, contre 32,08 euros de l’heure en France. Mais Danemark, Belgique, Suède et Luxembourg se classaient devant la France en terme de coût horaire

  • 3/ Dans l’automobile non plus, on ne peut pas dire que le coût du travail français est « le plus élevé d’Europe »

Le coût du travail dans l’industrie automobile : l’Insee l’évoque dans la même enquête... et explique une chose qui vient contredire totalement M. Varin : "Dans l’industrie automobile, le coût horaire allemand est le plus élevé d’Europe. Il est en particulier supérieur de 29 % à celui observé en France : 43,14€ en Allemagne contre 33,38€ en France ».

En clair, un ouvrier automobile allemand coûte 29 % plus cher de l’heure que son concurrent français, selon l’Insee. Pourtant, alors que l’industrie automobile française périclite, son homologue allemande, elle, se porte bien mieux. Un « paradoxe » qui donne des arguments à ceux qui estiment que le problème principal n’est pas celui du coût du travail mais celui de la stratégie industrielle.

 Exonérer les salaires de cotisations sociales ?

Le mythe de la baisse des « charges » (sic) a fait son temps.

Depuis de trop longues années, les « exonérations de cotisations sociales » ont été multipliées, prétendument « pour aider à l’emploi ». En 2010, ces exonérations représentaient le chiffre énorme de 30 milliards d’euros soit 10 % du total des cotisations. Cette forme d’assistanat aux employeurs pèse sur le budget de l’Etat et profite essentiellement à des entreprises qui ne sont pas confrontées à la concurrence internationale, dans la grande distribution, la restauration... La Cour des comptes, dès 2006, estimait que « les allègements représentent un coût trop élevé », pour une « efficacité quantitative trop incertaine ».

La hausse des salaires serait positive pour les cotisations qui alimentent l’ensemble de notre protection sociale

Les cotisations sociales ne sont pas des « charges », mais une part de nos salaires, mutualisée et redistribuée à chacun selon ses besoins pour la maladie, la retraite, le chômage, l’accident du travail ou la maladie professionnelle, la location d’un logement ou l’éducation des enfants.

La hausse des cotisations sociales, celle des salaires bruts, est une réponse stable et durable à la question du financement des quatre branches actuelles de la Sécurité sociale, et de la cinquième branche (dépendance des personnes âgées) annoncée par François Hollande.

Signé de Gérard Filoche, Virginie Houadec, Gérard Berthiot, Eric Thouzeau, Jean-Jacques Chavigné.


Note du 7 septembre 2012

 Les charges sociales en France

Coût du travail : plus faible en France qu’en Allemagne

La Tribune propose un excellent résumé d’une note de la Direction du Trésor qui démontre que le coût du travail est plus faible en France qu’en Allemagne. Il va falloir trouver une autre justification pour baisser les impôts sur les entreprises.

Ivan Best résume la note en expliquant que Bercy s’est livré à un examen comparatif minutieux des systèmes français et allemands de protection sociale, qu’il s’agisse de leur financement ou de l’organisation des prestations. Résultats :

– la protection sociale française est financée à hauteur de 44% par des cotisations patronales, contre seulement 34% en Allemagne.

MAIS :

– En Allemagne, les cotisations à la charge des salariés sont, à l’inverse, plus importantes qu’en France, représentant 22% des recettes du système social contre 17% en France : Conclusion : les cotisations sociales stricto sensu (hors CSG) pèsent du même poids dans les deux pays, représentant 20,7% du PIB en France, contre 20,5% en Allemagne ;

– Et, si on additionne l’ensemble des prélèvements obligatoires sur le travail, cotisations et impôts, ce que l’OCDE nomme le « coin fiscalo-social », les prélèvements sont moins lourds en France : « Le coin fiscalo-social est inférieur en France de 15 points en moyenne pour 20% des salariés (les moins bien rémunérés), puis de 7 points en moyenne jusqu’au dernier décile » (soit jusqu’aux 10% les mieux rémunérés). Bref, conclut Ivan Best les Allemands paient moins de cotisations, mais plus d’impôts, sur leur travail. Et au total, à l’exception des 10% les plus aisés, la taxation globale du travail est plus lourde pour eux.

De plus, si les Allemands dépensent moins en protection sociale, il n’y a pas de secret, le niveau de protection est plus faible qu’en France. Ainsi, le journaliste de la Tribune précise que le gouvernement Schröder n’a pas revalorisé les retraites plusieurs années de suite avec comme résultat que 13,4% des retraités allemands sont pauvres, contre 8,4% en France. En outre, les dépenses de santé ont été réduites, Outre Rhin, notamment, grâce à de nombreux déremboursements de soins, et de transferts de charge vers les mutuelles.

Bref, le coût du travail n’est pas la cause des problèmes de compétitivité de la France, en tout cas vis-à-vis de l’Allemagne qui s’en sort très bien sur ce point avec un coût du travail plus élevé.

Il faut donc creuser d’autres pistes comme pourquoi nos PME gagnent des marchés à l’export mais ont plus de mal à les garder, pourquoi nos chef d’entreprise, pris globalement, sont si peu innovants, pourquoi en dépit des baisses d’impôts sur les entreprises du précédent quinquennat ils ne s’en sortent pas mieux et quel rôle joue le niveau du taux de change de l’euro dans nos problèmes de compétitivité. Autant de sujets dont on espère qu’ils animent les débats de la Commission Gallois sur la compétitivité !


NOTES:

les