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Ecoutez vos oreilles

Ecrit le 17 juillet 2012

Que les personnes atteintes de surdité ou mal-entendantes ne m’en veuillent pas, mais je voudrais poser une question bête : savons-nous écouter nos oreilles ?

Qui dit oreille dit ouïe, la faculté d’entendre. C’est l’un de nos cinq sens que je cite en vrac : la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et le toucher. Cet organe qui débute à l’extérieur (le pavillon) nous permet, par un subtil processus mécanico-électrique inégalé, de capter et de conduire jusqu’au cerveau les sons nous environnant sans jamais être brouillé par le tumulte intérieur de notre corps. Mais oui, notre corps est très bruyant. Demandez à votre médecin de vous prêter le stéthoscope pour l’écouter. Vous serez surpris. L’oreille, donc, ne capte normalement que les sons extérieurs. Mais elle joue un autre rôle aussi important (quoique plus méconnu) en intervenant sur la gestion de l’équilibre et de la stabilité de notre corps. Nos deux oreilles sont synchrones. S’il y a perte d’audition sur l’une, le cerveau se charge de faire la balance. Merci, la Nature, d’avoir presque tout prévu.

Je vous invite maintenant à une visite guidée d’un bruit, de son émission jusqu’à sa perception par nos oreilles.

 Suivons ce son !

L’été arrive. Nous assistons à un feu d’artifice. Son et lumière garantis. Par sécurité, nous sommes à 300 mètres. Yeux et oreilles ouverts au maximum pour ne pas en perdre une miette. C’est l’heure du premier tir. Nos yeux captent presque immédiatement la trajectoire de la fusée puis sa gerbe de toute beauté. Mais nos oreilles doivent attendre 1 seconde pour percevoir le pchtttt puis le boum. Pourquoi ce décalage ? Parce que le son se propage bien moins vite que la lumière. Sa vitesse de croisière est de 300 mètres par seconde, soit environ 1200 km/h (ça va vite quand même !!!). La lumière gagne largement la course à 36 000 km/h. Le son arrive dans l’oreille externe, dénommée pavillon. Oreille normale, décollée, en chou-fleur, etc, souvent sujet de moquerie à la petite école. Son lobe, partie inférieure, est support de coquetterie (boucle d’oreille). A noter que le pavillon représente une sorte d’entonnoir tourné vers l’avant, tout comme nos yeux. Concentré par le pavillon, notre son traverse ensuite le conduit externe (là ou se dépose le cérumen) qui se rétrécit en diamètre. Il intègre alors l’oreille moyenne et frappe une membrane, le tympan, qui vibre et résonne comme un tambour, qui lui même active alors mécaniquement de minuscules os : le marteau, l’enclume et l’étrier. Enfin, filtré et épuré, notre son arrive dans l’oreille interne où les vibrations se transforment en signal électrique que le nerf auditif prend en charge pour transmettre au cerveau, notre super-ordinateur. Terminus, tout le monde descend. Ouf, mine de rien, quel voyage !!

Mais il suffit d’un rien pour casser irrémédiablement cette formidable chaîne. Alors je reviens à ma question première.

Écoutons-nous nos oreilles ?

L’intensité du bruit se mesure en décibels. Mais sa perception est parfaitement individuelle et subjective. Elle va du son agréable au son agressif, en passant par le supportable ou l’agaçant. Un exemple ? Vous lisez tranquillement « La Mée » et une innocente mouche (bas bruit) vient s’amuser à décrire des cercles parfaits juste au dessus de votre tête. En 1 ou 2 minutes, vous passez du tolérable à l’agacement. Si ça dure, vous devenez agressif. Bien. Vous posez votre journal et vous enfourchez votre moto qui pétarade bien (bruit élevé) pour aller chercher du pain et vous trouvez la balade agréable. Le « ressenti »du son n’augmente pas forcement avec son intensité .

 Le décibel : unité trompeuse !

D’après l’INSEE (fev. 2011), le bruit vient en tête des nuisances pour 54% des urbains, devançant insécurité et pollution. Sont cités transports,voisinage,chantiers, aboiements et discothèques...Le niveau sonore se mesure en décibels (Db pour les intimes), savant calcul qui représente la pression exercée sur le tympan. Cette échelle n’est pas proportionnelle mais logarithmique. Ainsi, 3 Db supplémentaires correspondent à un doublement du bruit !. Deux machines à laver de 60 Db dans la même pièce ne font pas un bruit de 120 Db mais de 63 Db. Pour nous repérer, quelques exemples et leur ressenti : conversation à voix basse = 20 Db (agréable) ; machine à laver = 50 Db (supportable) ; automobile = 80 Db (fatigant) ; baladeur au maxi = 100 Db (pénible) ; marteau-piqueur = 120 Db (douloureux). En 1998 et 2007, la Loi a fixé des seuils maximaux : concerts = 110 Db ; discothèque = 105 Db ; au travail = 85 Db. Ça ne veut surtout pas dire que la Loi est respectée partout. Des concerts sont régulièrement « flashés » à 140 Db près des baffles(niveau d’un turbo-réacteur !), des crêtes en discothèques montent à 115 ou 120 Db.

 Dégâts dramatiques du son

Notre ouïe est une chaîne fragile. Sans protection, l’oreille est agressée dés 75 Db et est en danger dés 85 Db. Mais il faut intégrer le temps d’exposition (comme pour le bronzage !). L’APTA (Association de Prévention des Traumatismes Auditifs), 2008, définit la durée maximale d’exposition : 8 heures à 85 Db ; 15 minutes à 100 Db ; 7 minutes et 30 secondes à 103 Db ; 28 secondes à 115 Db ; 7 secondes à 121 Db. Au delà, il y a traumatisme, lésion sans aucun message d’alerte (sauf douleur vers 120 Db). L’altération peut être temporaire ou définitive. Je pense en particulier à nos « jeunes oreilles ». A noter que les sons aigus sont les plus perforants.

Le premier effet notable est une forte baisse de l’audition, voire une surdité totale, dès la sortie d’un événement très bruyant (concert ou discothèque par ex.).
Si, après une nuit de repos au calme, nous retrouvons nos facultés, nous avons de la chance. Mais c’est une sérieuse alerte que notre corps n’oubliera pas.

Un deuxième degré d’effet, plus persistant et parfois à vie, se traduit par l’acouphène : des sifflements ou bourdonnements entendus dans les oreilles ou même dans la tête, en permanence, y compris dans un espace silencieux.

Nous entrons maintenant dans des pathologies auditives qui sont rarement réversibles et qui se traduisent par une hypersensibilité sonore. Le troisième effet se nomme hyperacousie : c’est percevoir les sons plus forts qu’ils ne le sont réellement.

Enfin, l’ultime degré est soit la surdité ou quasi-surdité permanente, soit son contraire, l’hypersonie : il s’agit d’une intolérance totale au bruit (tout son semble hurler dans la tête, comme trop amplifié). Ces trois dernières situations bouleversent complètement la capacité de comportement social. C’est l’isolement forcé.

 Protéger notre capital-son

A la naissance, chacun(e) dispose d’un capital-son. Cela se traduit par une infinité de cellules très spécialisées qui nous permettent d’entendre, chose tellement banale quand toute la chaîne fonctionne.

D’autre part, notre société est de plus en plus bruyante. Nous sommes plongés dans une espèce de véritable pollution sonore qui nous matraque chaque jour.

Il nous faut bien comprendre (bien entendre ?) que chaque agression sonore détruit progressivement ces cellules. Or elles ne peuvent pas être régénérées.

La meilleure des protections est bien sûr de ne pas exposer nos oreilles à un risque d’altération. Ce n’est pas toujours possible. Si l’on peut régler à loisir le volume de notre baladeur, nous devons subir un volume sonore imposé en concert, chantier ou discothèque. Outre détruire progressivement notre audition, la sur-exposition au bruit entraîne des conséquences indirectes : elle augmente la fatigue, les risques d’hypertension artérielle et les troubles digestifs. Elle joue sur la nervosité et le stress, elle perturbe notre qualité de sommeil. Enfin, et sans clore cette liste, elle diminue l’attention. Ainsi, dans les usines bruyantes, le taux d’accident du travail est multiplié par 4.

Dans les situations prévisibles, casques isolants et bouchons d’oreille sont d’un grand secours. Si l’on vit dans l’imprévu, nos doigts peuvent être utiles. Enfin, et il n’y a pas de honte, la sagesse recommande de s’éloigner de la source du son insupportable.

Apprécier sans parasites le chant du rossignol ou la discrète flûte traversière en l’orchestre mérite bien quelques égards pour nos oreilles, non ?.

Pascal, de Blain

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