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Combien d’agriculteurs ? Quels agriculteurs, demain ?

Ecrit le 12 septembre 2012

La Foire de Béré est l’occasion de débattre. Oh, certes, cela n’attire pas les foules qui, globalement, préfèrent se détendre plutôt que de réfléchir à leur avenir. Cela n’attire pas non plus les élus des communes ! Pourtant cela conditionne la vie de demain. La crise économique mondiale se double en effet d’une crise alimentaire, y compris dans nos pays développés. Le coût de l’énergie renchérit les prix alimentaires. Le mildiou frappe la production de pommes de terre. La sécheresse provoque une hausse du prix des céréales : les plus pauvres ne pourront manger ni des patates ni des pâtes. Et la froidure de l’hiver dernier a sérieusement compromis la production de fruits. La chute de l’entreprise DOUX met en péril la filière « volailles ». Que mangerons-nous cet hiver ?

 Trois fermes valent mieux ...

Pour Marie-Noëlle Orain, 160 000 agriculteurs ont quitté la profession, en dix ans, 16 000 personnes par an, « ce qui représente deux fois l’ampleur d’un plan social chez PSA » dit-elle, et ce qui contribue à l’accélération du chômage. « Trois fermes valent mieux qu’une seule ». La Confédération Paysanne insiste sur l’emploi en agriculture.

L’installation de jeunes est une priorité pour tout le monde. Mais on note 1 installation en agriculture pour 3 départs en retraite. Pour Bernard Deniaud, ce déficit de renouvellement des agriculteurs favorise la concentration et peu à peu les cultures prennent le pas sur l’élevage. Et à chaque fois qu’il y a perte d’emploi agricole, il y a perte de production.

François Guyot (Président des jeunes agriculteurs 44) reconnaît en effet que le nombre des installations est en baisse, « mais pas la qualité ». « Il nous faut motiver les gens, communiquer positivement sur notre métier, montrer que nous sommes fiers d’exercer ce métier ».

Hubert Garaud, président de la Coopérative Terrena, s’inquiète aussi du non-renouvellement des générations en agriculture, avec le risque de voir disparaître progressivement des outils de transformation : abattoirs, infrastructures de collecte du lait. « Si on veut garder notre activité économique, il nous faut savoir ce que souhaite le consommateur (« des prix bas, l’absence de pesticides et de résidus, il veut tout »). Il nous faut aussi être présents sur les marchés de proximité et sur ceux des autres régions ». Terrena propose à ses adhérents une agriculture écologiquement intensive, mettant l’accent sur la nutrition et la santé. De nouveaux produits vont être lancés en octobre prochain, revalorisant l’acte de production [Ndlr : ils seront sûrement vendus plus cher. Mais qui pourra les acheter ?]

Alors, demain, combien d’agriculteurs et quels agriculteurs ? Pour Patrick Baron, quand un départ en retraite se prépare, la loi, grâce à des montages sociétaires qui incluent le futur cédant de plus de 55 ans, favorise l’agrandissement. De ce fait, quand l’heure de la retraite est arrivée, les terres servent à agrandir les exploitations voisines. Ainsi disparaissent des exploitations... Sans compter les ventes spéculatives : « Une longère se vend cher actuellement, mais alors, avec la disparition du siège d’exploitation, il n’y a plus moyen d’installer un jeune ! ». Pour Bernard Deniaud « ce n’est pas la taille de l’exploitation qui garantit le revenu, mais le système d’exploitation. Il nous faut absolument augmenter le nombre d’actifs en agriculture »

Benoît Gavaland

Benoît Gavaland, installé depuis janvier 2009 déclare : « J’ai toujours eu envie de m’installer. Je me suis préparé depuis 2007 avec l’aide de mes parents et en suivant les formations nécessaires. BEP, Baccalauréat professionnel, Brevet de Technicien Supérieur, nombreux remplacements sur le secteur de Derval, je n’ai jamais douté de mon choix et je ne regrette rien ! ».

 Revenus

Tous les intervenants se sont entendus sur la nécessité de procurer aux agriculteurs un revenu décent lié à leur travail ! Tous ont souligné le défi du foncier : l’urbanisation croissante, l’affectation de terres pour les loisirs (et les activités industrielles), le gel de certaines terres dans une perspective spéculative, … et le projet d’aéroport de Notre Dame des Landes, tout cela contribue à la diminution des surfaces agricoles avec ce paradoxe : « Il est plus facile de s’installer sur 60 hectares que sur 2 hectares ». La course à l’agrandissement cache une difficulté à partager. « La liberté d’entreprendre n’est pas la liberté de tout reprendre ».

On sait que les primes versées dans le cadre de la PAC (politique agricole commune) constituent une partie de la rémunération des agriculteurs. Ces primes sont découplées de la production, « et par exemple continuent à être versées aux céréaliers alors même que les prix flambent » dit René Bourrigault. « Nous souhaitons un recouplage en faveur de l’élevage » dit Marie Noëlle Orain.

L’importance de la formation a été réaffirmée par tous et notamment par Françoise Guinchard. « Un module nouveau est proposé : accompagnement de projet professionnel et personnel ». En effet, selon François Guyot, les jeunes agriculteurs (comme tous les jeunes d’ailleurs), veulent moins de contraintes, et, par exemple, la traite quotidienne des vaches est plus contraignante que la culture du maïs.

Dominique Lebreton a rappelé les enjeux de demain : la production alimentaire de qualité, et l’emploi.

Fabienne Simoneau

« Je ne viens pas du monde agricole, j’étais vendeuse en jardinerie, j’ai fait un Brevet Professionnel de Maraîchage ce qui m’a bien aidée à découvrir les différentes façons de produire. Et puis j’ai eu envie de m’installer mais ce ne fut pas facile de trouver 2 hectares ! Finalement j’ai eu la chance de les trouver à La Gélardière en Rougé. C’est bien parti, ma production est en progression et je vends 100 % en vente directe et notamment sur les marchés de Châteaubriant le mercredi et le samedi. J’ai ainsi double plaisir : celui de produire et celui de vendre. Mais il ne faut pas oublier la gestion de l’entreprise ! »

 Les cédants et les élus

Finalement, ces questions d’installation des jeunes, cela tient aussi à d’autres facteurs : les cédants et les élus.

Les cédants (ceux qui quittent le métier) : il importe de les sensibiliser à l’installation de jeunes. C’est le rôle des commissions transmission-installation. Marie Noêlle Orain rappelle que, avec la précédente majorité de la chambre d’agriculture, ces commissions étaient très actives et s’ouvraient aux élus des communes.

Les élus ont un rôle à jouer pour préserver le foncier agricole, dans le cadre des PLU   (plan local d’urbanisme) et des SCOT   (schéma de cohérence territoriale). Jean Luc Colin a rappelé que, enfin, le Pays de Châteaubriant   va se doter d’un SCOT  .

En conclusion les intervenants ont appelé à l’optimisme ! Et le témoignage des deux jeunes installés, Benoît et Fabienne, incite à croire en l’avenir. « Il nous faut aller au devant des cédants, en lien avec les élus, pour une vision partagée du territoire » a dit Hubert Garaud tandis que Marie-Noëlle Orain insistait « il est important de faire confiance aux jeunes »

 Des questions n’ont pas été posées :

  • Quel avenir pour la production et la consommation de viande bovine … quand on sait qu’il faut 7 kg de céréales pour produire 1 kg de viande. En période de pénurie alimentaire, on nourrit les vaches, et les gens riches, quand les pauvres meurent de faim.
  • Quels types d’agriculture pour nourrir tous les hommes ? Il faut 200 kg de céréales par an et par habitant pour nourrir les êtres humains. Or la production mondiale est de 335 kg/an/hab. Alors pourquoi les gens ont-ils faim ? Parce qu’ils sont pauvres !