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Focast : le démantèlement continue

Ecrit le 10 octobre 2012

 Pebeco liquidé, Focast-Normandie liquidée, Focast-Soissons en péril

Gilles Rivaud, délégué CGT de la Fonderie Focast de Châteaubriant fait le point, désabusé : Pebeco liquidé, Focast-Normandie liquidée, Focast-Soissons en péril ...

Rappelons que des générations et des générations d’ouvriers se sont succédé dans la fonderie « Port-Brillet » en Mayenne, depuis … 1622. En 1985 elle employait encore 650 personnes. Mais vint le temps de la désindustrialisation, la fonderie est vendue et devient Pebeco en 1989, elle est ensuite rachetée par Daniel Alleaume, cadre du groupe Valois et de Valfond (comme quoi c’est toujours les mêmes qu’on retrouve !) qui crée le groupe Focast et le revend en 2010 à une multinationale luxembourgeoise OGEPAR. L’usine Focast-Mayenne, a fermé définitivement en octobre 2011 licenciant ses 80 salariés.

Et puis ce fut le tour de Focast-Normandie : En 2009 le groupe Focast (siège à Port-Brillet, 53) a repris la fonderie de Pontchardon (ex-Pamco). Mais l’entreprise a été liquidée en décembre 2011. La fonderie ornaise, qui a compté jusqu’à 500 ouvriers dans les années 70, ne recensait plus que 8 ouvriers et 10 intérimaires.

 Focast-Picardie

Foocast-Picardie

Et c’est maintenant le tour de Focast-Picardie (PDG Daniel Alleaume) qui a repris l’usine Baxi en mars 2008, avec, pour les salariés, abandon de RTT, du treizième mois et de la journée enfant malade. Sans compter la perte de trente-trois postes. L’usine a été placée en redressement judiciaire le 4 octobre 2012, pour un mois. Et 130 emplois sont en jeu.

9 novembre : un espoir de reprise pour Focast-Picardie

 Focast-Altantic

Et Focast-Atlantic ? L’entreprise a été cédée au groupe belge ABC Diesel (filiale d’OGEPAR !) en mars 2012, en licenciant 25 des 97 emplois. Du moins c’est plus compliqué que cela. Focast-Atlantic a été liquidée ce qui a permis d’effacer ses dettes, tant pis pour les fournisseurs. Et Focast-Châteaubriant a été créée. Pour l’année 2012, il devrait y avoir assez de commandes pour qu’il n’y ait pas de chômage partiel pour les 72 salariés (plus 2 ou 3 intérimaires). Pour 2013 les perspectives sont très mauvaises (comme aux ABRF, comme à la FMGC où les intérimaires ont été remerciés).

ABC prévoit des investissements en 2013 pour Focast-Châteaubriant, dans le Hall 2 ce qui permettrait de fabriquer des pièces plus lourdes et de rapatrier les pièces actuellement fabriquées en Espagne.

La fonderie de Port-Brillet

La fonderie Grandry à Sablé

Focast-Soissons : la liquidation


Note du 29 décembre 2012

 Focast Soissons liquidée

Article de Libération

Parqués comme du bétail sur la place de la Concorde, « avec pour seules commodités le mur du jardin des Tuileries pour les hommes, et un accompagnement sous bonne garde, deux à deux, pour les femmes ». Dans leur lettre au président de la République, les Soissonnais écument de rage et d’humiliation. Venus manifester à Paris le 5 décembre, 240 élus et salariés d’entreprises en difficulté ont été immobilisés manu militari pendant quatre heures. La banderole énumérant la litanie des fermetures (Jacob Delafon, AR Carton, Wolber-Michelin, Chappée, Ottawa, Becuwe, Trailor, Berthier, BSL industries) a été ignorée. Le même jour, les syndicats de Florange négociaient à Matignon. Même si, avec 600 emplois menacés, 7 000 disparus dans leur bassin depuis trente-quatre ans, ils invoquent leur « douzième Florange ». Le slogan leur paraissait vendeur.

Trois jours plus tard, la colère reste à vif. La route qui part de la gare de Soissons (Aisne) vers Villeneuve-Saint-Germain ressemble à un champ d’honneur. Cet intervalle géographique comptait 5 000 emplois dans les années 80, 500 aujourd’hui. Il y avait de tout : du verre, du pneu, de la fonte, de l’acier, de l’inox. Le plus gros employeur ici, désormais, avance-t-on en riant jaune, c’est l’hôpital et la mairie. A gauche, l’ancienne usine de pneus de vélo Wolber, filiale de Michelin, fermée en 2000. Plus loin, une cartonnerie liquidée deux fois, tombée à 50 emplois. Puis BSL Industries (chaudronnerie), liquidée en 2003. BSL Tubes et Raccords a en revanche été repris en 2010 par Genoyer. Puis les braises du moment : la fonderie Focast Picardie et l’assemblier de chaudières Baxi.

Un « C MORT » en lettres jaunes s’étale sur les briques de la fonderie. Edifiée en 1883 par Albert Piat, l’usine ne tourne plus. Le tribunal de commerce a prononcé sa liquidation le 29 novembre, à la consternation des 129 salariés. A l’entrée, des tiroirs bleu ciel avec le nom des gars pour les tenues de travail. Dans les lieux, jamais en repos sous le régime des 3x8, le bruit des pas se fait mat. La poignée d’ouvriers rassemblés autour du four à fusion éteint en parlent à l’imparfait. Son carburant, sa chaleur, le bruit. Ils ont travaillé jusqu’à la dernière pièce en fonte. Pour la plupart, c’est le triste épilogue d’un turn over local. Ballottés d’une usine à l’autre.

Cet après-midi, Franck Casola, CGT, 43 ans, vingt et un ans d’ancienneté, va tenter d’arracher en comité d’entreprise les meilleures conditions de départ. 2013 commencera à Pôle Emploi. La peine n’a pourtant pas été ménagée pour dénicher un repreneur. Le seul candidat a reculé devant un investissement voué à des pertes pour les trois ans à venir.

A côté de la fonderie, il y a sa sœur Baxi, propriété de BDR Thermea. En sursis. Sa fermeture dans deux ans a été annoncée le 15 octobre. Et, plus loin sur la zone, la plateforme Geodis Logistics stoppée depuis la mi-décembre, après la fin d’un contrat avec Carrefour. Les lettres de licenciement des 74 CDI partent le 31 décembre. Mais il y a aussi le centre d’appels Transcom France, en procédure de sauvegarde. Au total, 600 emplois sur le carreau ou sur le point de l’être, d’où le « Florange » invoqué à Paris. « Soissons affiche un taux de chômage de 20,4% et la Picardie, première région ouvrière de France, se situe en dessous du PIB moyen », alerte Jean-Marie Carré, président (PS) de la communauté d’agglomération du Soissonnais. Depuis le début des années 70, la désindustrialisation a grignoté le Grand Soissons, qui compte aujourd’hui 70 hectares de friches orphelines. Un territoire à gauche qui a voté à 27% pour l’extrême droite à la présidentielle, soit 10 points de plus que la moyenne nationale.

Focast fermée, les salariés de Baxi, en suspens jusqu’à fin 2014, n’ont pas le moral. Dans une lettre, la direction générale les a incités à reprendre la cadence, tombée à 50% depuis l’annonce de la fermeture. Sur 115 références de chaudières, 52 sont aujourd’hui en rupture. Mais comment se motiver quand une usine qui comptait 900 salariés en 1976 va mettre les 140 restants dehors ? Dans le Soissonnais, tout le monde a au moins un membre de sa famille passé par Baxi. L’argument économique est imparable : le marché du chauffage au sol affiche un recul de 15% au profit du mural. Et la réglementation européenne interdit les chaudières basse température à partir du 1er janvier 2015, 70% de la production de Baxi.

Ici, tous ont déjà vécu un plan social, en 2008, des bouts de délocalisation, en Turquie pour l’acier, en Italie pour les brûleurs. Avant, tout était fait sur place. « On peut trouver quelqu’un qui pourrait s’installer ici dans la tôlerie fine », tente de convaincre Jean-Marie Carré, le président de la communauté d’agglo. « Après les pneus, Wolbert a fait des meubles, on sait comment ça s’est terminé, oppose Manuel, un contrôleur amer. Si c’est pour rester un an et se barrer avec notre argent, je n’y crois pas. » L’agglomération tente de revivifier les zones abandonnées, d’attirer les entreprises. Mais les emplois créés ne comblent pas l’hémorragie. « On n’est pas que des pleureurs. On demande qu’une solidarité nationale s’exerce sur le territoire », insiste Jean-Marie Carré, qui réclame de l’Etat une conférence territoriale et une augmentation des fonds régionaux européens, sur lesquels une réunion se tiendra finalement le 11 janvier avec le préfet de l’Aisne.