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Démocratie locale et nouvelles technologies

Ecrit le 17 octobre 2012

  TIC, PAPI, Mooc... @Brest

Très intéressante conférence, ce mardi 9 octobre, au Conseil de Développement de Loire-Atlantique : Michel Briand y parlait d’internet et de ses applications aux innovations sociales. Pour lui, il y a trois grands principes :

  • - être paresseux
  • - donner à voir
  • - apprendre à copier

Note de la Rédaction : Etant présente à cette conférence, je souhaitais publier des extraits du document fourni par Michel Briand mais …. le Conseil de Développement de Loire-Atlantique souhaite en garder la primeur ! Comme quoi le partage est une chose difficile ! Donc je me contenterai des (nombreuses) notes que j’ai prises !

signé : B.Poiraud


 Territoires en réseaux : d’internet aux innovations sociales ouvertes

Michel Briand

Etre paresseux c’est, pour les élus, de laisser les gens faire. « Et ils font » dit Michel Briand, élu municipal à Brest, vice-président de Brest-Métropole chargé d’internet et du multimédia et, plus globalement, de l’aménagement numérique du territoire.

Peu à peu, en effet, le numérique a investi tous les secteurs de la vie sociale. Avec les blogs, les réseaux sociaux, le numérique s’est intégré à notre vie quotidienne, du moins chez les plus jeunes et l’intérêt est tel qu’il est fréquent de voir des personnes de 80 ans souhaiter s’initier à internet. (avec succès !) .

La société du numérique est celle de l’abondance. Les livres autrefois avaient des milliers de lecteurs. Sur internet ils peuvent en avoir des millions !

La coopération ouverte (sur le modèle des logiciels libres ou de l’encyclopédie Wikipedia) est un profond changement de culture dans une société où le travail est organisé de manière cloisonnée et hiérarchique. Apprendre à donner à voir, à copier, à réutiliser, partager, demande du temps parce que ce n’est pas dans nos habitudes. Il n’est pas rare de voir les sites internet des collectivités, frappées du « copyright » (interdit de reproduire !). Et l’attitude « conservatrice » du Conseil de Développement de Loire-Atlantique en est un exemple supplémentaire.

Mais le monde est en crise, il nous faut modifier la société, cela ne pourra se faire qu’à partir d’un mouvement social, d’une modification des nos façons de faire. Quand les gens s’auto-organisent, cela ne coûte rien à la société et cela peut être très efficace. Dans notre société en crise écologique et sociale, la transformation se tisse au sein des territoires : des milliers d’innovations préfigurent un changement possible. Et lorsque nous voyons que l’innovation est abondante parce que les envies de faire société sont partout, se pose la question d’utiliser sur nos territoires ces outils et méthodologies de la coopération pour favoriser un mieux vivre ensemble.

 Des PAPI partout

De nombreuses personnes s’impliquent localement pour participer à une transformation sociale soucieuse de créer des solidarités, d’élargir les biens communs, de redonner l’estime de soi aux personnes fragilisées et de co-construire des territoires en transition. Ces innovations, abondantes, peuvent devenir un moteur de l’indispensable transformation sociale. Encore faut-il que cette myriade d’innovations soient visibles, que des coopérations s’établissent entre acteurs d’un territoire et que la diffusion de ces innovations dans la société soit favorisée.

Pour ce faire, la commune de Brest a mis en place progressivement un réseau de ’PAPI’ (points d’accès public à internet). « Aujourd’hui le réseau compte 105 ’PAPI’ dont beaucoup de lieux de l’action sociale qui accueillent des personnes en situation de précarité ou d’isolement tels les restau du cœur, des structures d’hébergement (FJT, maisons de retraite). Deux projets internet pour tous dans des quartiers de la politique de la ville ont permis de toucher les personnes éloignées des technologies numériques » dit Michel Briand. (105 lieux dans une ville de 140 000 habitants, si l’on faisait ça à Châteaubriant cela représenterait 9 lieux. On en est loin !).

La commune de Brest réfléchit aussi au développement d’espaces de ’coworking’ : espaces de travail partagé, de 10 à 20 m2, pas tout à fait du travail à domicile et pas tout à fait du travail en entreprise : pouvoir se retrouver pour travailler sur son ordinateur, en disposant d’un bureau, de l’électricité, de la machine à café et … des échanges avec les autres coworkers ! Brest offre aussi 15 salles de visio-conférence.

Et ça coûte cher ? Même pas ! « quelques embauches, quelques emplois jeunes seulement car les animateurs locaux s’impliquent » dit Michel Briand en ajoutant : « Quand on a une idée, un projet, ’faire avec’ permet d’aboutir vite et à moindres frais ». Tout en sachant que ’faire avec’ c’est faire au rythme des gens donc … doucement !

 Concours d’innovations

Brest a lancé depuis 12 ans, un appel à projet annuel sur le multimédia. « La plupart des projets sont retenus dès lors qu’ils s’inscrivent dans les axes proposés.
L’apport de la ville est modeste (limité à 2500 € par projet) mais cela suffit pour soutenir l’envie de faire. Des dizaines d’innovations voient ainsi le jour. Par exemple une personne a demandé à des élèves des dispositifs-relais de tenir la main de personnes très âgées qui ont du mal à manier la souris : eux qui étaient en échec à l’école et ne tenaient pas en place, ont trouvé le moyen de retrouver l’estime d’eux-mêmes ».

Un bilan réalisé en 2007 a montré que « la mise en réseau des acteurs est aussi importante dans le dispositif que la subvention ». Les rencontres   autour de projets communs diffusent dans la ville une culture de l’innovation sociale et du travail ensemble ».

 Logiciels libres

Michel Briand, qui est Directeur adjoint de la formation à Telecom Bretagne, a poussé l’utilisation des logiciels libres.

Un grand nombre de sites internet de la commune de Brest sont des SPIP (logiciel de réalisation de sites internet, en français)... comme il en existe à la Com’Com’   de Nozay et dans les communes de St Julien de Vouvantes, Mouais, Petit-Auverné, La Chapelle Glain.

La commune a offert des « CD bureau libre » : mettre à disposition des habitants un panel de logiciels libres faciles à installer et utiliser , « un produit simple d’installation qui au gré des versions a été diffusé à 300 000 exemplaires en Bretagne et ailleurs. Les bibliothèques ont mis ce CD en prêt, le PAPI de Kérourien a promu la copie du CD, les quatre universités de Bretagne l’ont distribué à chaque nouvel étudiant, les écoles primaires l’ont adopté ».

Michel Briand veut promouvoir l’esprit des logiciels libres : « Améliorer un logiciel est à la portée de centaines de développeurs dès lors que le code est librement consultable et modifiable. Et hier ce qui était le propre du logiciel s’est répandu dans la production de contenus tel wikipedia et les cartes ouvertes ou ces dizaines de projets tels Tela Botanica où des milliers de producteurs amateurs coopèrent avec des professionnels ».

Un tel travail a débouché par exemple sur GéoBretagne qui fournit énormément de cartes, plus précises que celles de l’Institut Géographique National. On y trouve même Châteaubriant et ses environs !

 Sites participatifs

Pour aider au développement d’innovations sociales, il faut « donner à voir » celles qui existent. Au fil des années, plusieurs centaines d’initiatives ont été communiquées. Ce « donner à voir « des sites participatifs brestois concerne aujourd’hui l’appropriation sociale du multimédia, l’économie sociale et solidaire, le projet éducatif local, la santé, la solidarité internationale, l’action sociale ou l’égalité femmes-hommes.

Mais Michel Briand reconnaît que cette participation prend du temps : « le travail en réseau ouvert et le partage est un long chemin dans une société marquée par la compétition et l’organisation hiérarchique où l’école nous apprend à « cacher notre copie » des voisins ». C’est dommage parce que « en rendant visible des centaines, puis des milliers d’innovations, en rapprochant des acteurs qui se connais-sent peu, nous créons une synergie qui croise les compétences et développe le pouvoir d’agir ».

C’est ainsi qu’est né Wiki-Brest : « A l’image de wikipedia, Wiki-Brest est une écriture qui relie habitant-e-s, journaux de quartiers, associations, artistes, bibliothécaires, enseignants... et invite à écrire : histoires de lieux, de personnes, de travail, géographie, tranches de vie, chansons, articles encyclopédiques », Aujourd’hui Wiki-Brest compte 3 560 articles, 10 000 fichiers multimédia, 966 utilisateurs enregistrés, 17 administrateurs et 12 millions de pages vues avec des dizaines de portails thématiques créés au fil des collectes.

 Décrire l’innovation

Dessin de Moon - 06 87 32 77 47

Naguère on pensait qu’un groupe de travail ne devait pas dépasser une douzaine de personnes. L’expérience a montré qu’on pouvait travailler avec des milliers de gens. La façon de travailler est très différente. Michel Briand explique : « dans ce cas, les participants ne sont pas sur un mode de contrainte (si une personne ne réagit pas correctement cela pose un problème) mais sur un mode d’opportunité (les personnes qui réagissent apportent quelque chose) ». L’exemple emblématique en est l’encyclopédie Wikipédia.

C’est cette démarche participative que Michel Briand souhaite appliquer à l’innovation sociale en donnant à voir ce qui est fait : « amener les gens à décrire leur innovation de façon qu’elle soit transposable ». Il en donne trois exemples : Outils-réseaux, SESAMATH et MOOC.

Outils-réseaux : c’est un ensemble de documents (formation et information) pour animer un réseau, un projet coopératif, découvrir et s’initier aux outils coopératifs, augmenter la coopération d’une équipe, co-produire et diffuser de l’information, partager et construire collectivement des ressources, travailler ensemble et à distance, organiser un événement à plusieurs...

SESAMATH est une association de personnes qui co-produisent des cours de maths, diffusés gratuitement sur internet, réutilisables par tout le monde. Plus de 15 000 enseignants y participent, 900 000 élèves y sont inscrits, 450 000 manuels et 400 000 cahiers d’exercices sont édités, gratuitement sur internet ou vendus en format-papier. Renseignements sur Sesamath

MOOC (prononcez : mouc) est l’acronyme de Massive Online Open Course. C’est une méthode de formation, avec ses animateurs, ses supports de cours, mais ce n’est pas une école, ce n’est pas non plus SIMPLEMENT un cours en ligne, c’est une manière de créer des liens et de collaborer, c’est une manière de s’investir dans la formation, et de repenser son rôle d’étudiant. C’est une structure ouverte : les travaux effectués en cours sont partagés entre tous, chacun conserve ses travaux et en fait profiter les autres. C’est une façon de contribuer à l’enrichissement du savoir partagé. Révolutionnaire, non ?

Actuellement Centrale-Nantes et Telecom-Bretagne participent à un Mooc. Le cours est gratuit, il faut simplement payer 50 euros, environ, pour être certifié à l’issue de la formation.

 Conclusion

Michel Briand a exprimé son plaisir de participer à des pratiques collaboratives et au partage des savoirs « A force de donner aux autres, dit-il, je m’aperçois que les autres me donnent. C’est don contre don. Coopérons et nous serons plus efficaces ». Il a fixé un objectif : « favoriser la convergence des acteurs de l’innovation sociale pour aboutir à une transformation de nos territoires dans ces périodes de crises environnementale, sociale et économique que nous connaissons ».

Pour en savoir plus et wiki.a-brest

 Méthodologie de la participation

  • faire avec
  • faire attention aux personnes
  • donner à voir
  • utiliser les bons outils de communication

Logiciels libres : le premier ministre en recommande l’utiisation

Voir le texte de Michel Briand avec plein de notes intéressantes :

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