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Adoption : deux papas, deux mamans

Ecrit le 14 novembre 2012

Le projet de loi sur le mariage et l’adoption pour tous a été présenté le 7 novembre 2012 en Conseil des Ministres, mais le débat agite la société française depuis plusieurs semaines déjà. Pour ou contre ? Quelles conséquences sur la famille ? Sur les enfants ?

 Olé !

L’Espagne est l’un des premiers pays du monde à avoir autorisé le mariage entre personnes du même sexe et l’adoption, avec la Suède, les Pays-Bas, la Belgique, l’Afrique du Sud et la Norvège. Le tribunal constitutionnel espagnol a validé définitivement, le 6 novembre, la loi de 2005 sur le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels, et le gouvernement de Droite a annoncé renoncer à modifier la loi.

Une excellente chronique de François Morel, sur France Inter, pose bien le problème. En voici des extraits :
« Il fut un temps où les enfants de divorcés étaient montrés du doigt. Il fut un temps (pas si lointain) où les enfants d’étrangers étaient vilipendés, il fut un temps où les enfants de parents non mariés étaient moqués. Aujourd’hui un homme non marié est à la tête de l’Etat français et cela ne semble gêner personne (…). Le problème des enfants qui vivent dans un contexte différent, c’est toujours le regard des autres ». Et François Morel se réfère à la chanson de Jacques Brel :

Fil de l’amour
Fils d’amourette
Tous les enfants sont des poètes.
Fils de bourgeois
ou fils d’apôtres
Tous les enfants sont comme les vôtres

« J’entends ceux qui pensent qu’il faut, pour la construction d’un enfant, la référence masculine et la référence féminine. Comme vous je m’interroge : sans l’un des deux, l’enfant ne risque-t-il pas d’être incomplet ? Mais Michel Fourniret avait un papa et une maman ; Mais Marc Dutroux avait un papa et une maman. Mais Adolf Hitler avait un papa et une maman. Et Houssama ben Laden avait un papa et peut-être 22 mamans. On voit par là que le modèle hétérosexuel n’est pas forcément l’idéal, la panacée universelle qu’on voudrait nous vendre ».
« Que faut-il pour élever un enfant ? De l’affection, de l’attention, de l’amour » poursuit François Morel.

« Ceux qui désirent des enfants, qui se battent pour les élever, ne méritent-ils pas un minimum de compréhension et d’écoute, de miséricorde (…). Tant d’enfants dans le monde vivent dans la détresse. Tant d’enfants dans le monde ont besoin de réconfort, de tendresse. Tant d’enfants dans le monde ont besoin d’un papa, d’une maman, de deux papas, de deux mamans. Tant d’enfants dans le monde ont peut-être juste besoin d’amour, le même sourire, les mêmes larmes, les mêmes alarmes, les mêmes soupirs ».

On peut entendre François Morel ici

Fils de César
Ou fils de rien
Tous les enfants sont comme le tien...
(chante Jacques Brel)

 A Châteaubriant

Les élus de l’opposition municipale de Châteaubriant soutiennent la proposition de loi sur le mariage pour tous et l’adoption pour tous qui a été soumise au conseil des ministres. « Au nom de l’égalité des droits, nous espérons que le parlement trouvera une large majorité (au delà des réactions partisanes) pour créer des droits nouveaux aux couples qui le souhaitent. Contrairement aux propos du maire de Châteaubriant, agissant ou s’exprimant en qualité de notaire, le pacs ne procure pas la même sécurité juridique que le mariage. Nos concitoyens, quelles que soient leurs opinions politiques, pourront compter sur les six élus de l’opposition pour célébrer en mairie de Châteaubriant leur mariage dans le cadre de cette nouvelle loi dès qu’elle sera votée.


Ecrit le 14 novembre 2012

Dessin de Moon - 06 87 32 77 47

 L’adoption

A propos des enfants, le projet de loi actuel parle d’adoption, et pas de procréation. Un couple de femmes peut obtenir un enfant par procréation assistée, mais cela ne peut pas être le cas d’un couple d’hommes ! Il ne peut être question de faire « fabriquer » un enfant par quelqu’un pour pouvoir l’adopter ensuite : un enfant n’est pas une marchandise !

Il reste alors l’adoption, mais en France il reste peu d’enfants adoptables. Au début du XXe siècle, 150 000 enfants étaient pupilles de l’Etat, donc adoptables. A l’époque la France comptait 26 millions d’habitants. Aujourd’hui avec une population de 64 millions d’habitants, nous dénombrons seulement 2 300 pupilles ! Pour trois raisons :

  • - l’efficacité de la contraception
  • - un meilleur statut de la mère célibataire qui jusqu’aux années 70 était tenue pour une « traînée »
  • - le développement de l’aide sociale

2300 enfants français adoptables ! Et on recense de 15 à 20 000 personnes désireuses d’adopter. Ces enfants sont souvent âgés – plus de 7 ans – voire porteurs de handicaps. Ils ne sont pas tous blancs de peau comme souhaité et parfois sont en fratrie.

L’adoption pour les enfants ne date que de 1923 quand il a fallu faire un sort digne du sacrifice de leurs parents aux orphelins des Poilus de Verdun et de la Guerre de 14-18. Pas question de les mélanger trop longtemps avec les enfants abandonnés ou les enfants retirés aux prostituées !

Désormais – depuis la loi du 6 juin 1984 — tous les enfants délaissés sont adoptables même s’ils sont gravement malades au point d’être condamnés à mourir à bref délai. Et des familles s’ouvrent à ces enfants-là.

Quelle adoption ? La France connaît deux types depuis 1965 : l’adoption simple et l’adoption plénière, avec des caractéristiques différentes. Jean-Pierre Rosenczveig met en garde : « L’adoptant veut généralement remplacer par l’adoption l’enfant qu’il n’a pas eu naturellement. Or l’enfant adopté nait et vit avec son histoire : ses gènes propres, ses liens plus ou moins visibles avec ses géniteurs, sa mémoire. L’adoption c’est en vérité l’histoire d’une rencontre entre individus où chacun a son itinéraire. Une autre étape de vie va se vivre en commun. Chacun doit respecter l’autre tel qu’il est avec ses qualités, ses défauts et son histoire.

Le monde adulte a tendance à privilégier les adultes sur les enfants et à vouloir un enfant vierge de tout passé pour aller vers l’adoption et répondre aux attentes … des adoptants ». Donc, attention …

(Source : le site du juge des enfants)


Ecrit le 14 novembre 2012

 L’opinion de Michelle Meunier

Devant le Conseil Supérieur de l’adoption, Michelle Meunier, sénatrice de Loire-Atlantique, a déclaré le 6 novembre :

"Je suis favorable à l’ouverture du mariage pour toutes et tous et donc à la possibilité d’adoption pour tous les couples. L’ouverture d’un droit n’implique pas que tous les bénéficiaires potentiels s’en saisissent. Il s’agit de permettre une égalité dans les possibilités de « faire couple » et de « faire famille » quelle que soit sa composition.

En outre, ce nouveau droit permettra de reconnaître les actuelles familles homoparentales et ainsi de préserver les droits des enfants à être protégés par leurs deux parents et à s’inscrire dans leur filiation. Notre société change, notre droit doit évoluer en conséquence.

(…) Des spécialistes présentent les enfants adoptés comme fragiles, exposés et qui ne doivent pas, en plus, être perturbés par le fait d’avoir deux parents de même sexe. Si ces enfants ont pu connaitre des histoires de vie difficiles, ils ne peuvent toutefois pas être qualifiés de fragiles de manière définitive. Les travaux scientifiques européens l’ont démontré (cf Congrès « Un lien pour la vie » Nantes 2008) : c’est le fait d’avoir passé plus de 6 mois en institution qui entraîne des conséquences préjudiciables au niveau de leur développement, mais tous les enfants progressent dès lors qu’ils sont adoptés. La conclusion était qu’on n’a encore pas fait mieux qu’une famille pour un enfant qui en est privé durablement.
En revanche, c’est la différence qui est parfois difficile à accepter lorsqu’on est enfant. Ce fut le cas des enfants de couples divorcés lorsque les séparations étaient encore peu fréquentes. Parions que la légalisation du mariage pour toutes et tous banalisera l’homoparentalité et rendra le milieu social moins hostile qu’il ne l’est aujourd’hui. En matière de normes sociales, les enfants sont plus ouverts que les adultes. L’important pour eux étant d’avoir un cadre affectif rassurant et protecteur et qu’on leur explique clairement leur situation.

Certains spécialistes ou membres d’association ont dit récemment que la filiation adoptive doit coller au plus près du modèle biologique papa-maman pour favoriser leur identification. Or, les enfants adoptés savent qu’ils sont nés d’une relation sexuelle entre un homme et une femme qui les a portés. L’histoire qui se poursuit avec leur famille adoptive -qui ne les a pas fabriqués- s’inscrit dans la continuité tout en étant différente. L’adoption internationale a, en ce sens, aidé à clarifier les choses. Les enfants se construisent dans ce cadre réel et imaginaire. Donc, la crainte d’un éventuel déséquilibre chez l’enfant qui vivrait avec deux parents de même sexe n’est pas démontrée dès lors que le projet parental porté par le couple ou la personne célibataire est solide et centré sur l’intérêt de l’enfant.

Dans ce débat, il est évoqué que les couples de même sexe concurrenceraient les couples hétérosexuels au niveau de l’adoption d’un enfant français ou étranger (pour les quelques pays qui les acceptent). Or, le problème majeur, remis en lumière par ce débat sur l’homoparentalité adoptive, est la diminution drastique d’enfants adoptés hors de leur pays, notamment la France. Pourtant, il y a toujours beaucoup d’enfants adoptables dans le monde. Il nous faut développer de nouvelles politiques de soutien à la protection de l’enfance dans les pays où vivent ces enfants. Car dans ce débat, ne l’oublions pas, il s’agit de permettre à chaque enfant de grandir dans une famille pour la vie." conclut Michelle Meunier, sénatrice.