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Bio-Ethique : la morale du vivant

Ecrit le 12 décembre 2012

La bio-éthique est la morale du vivant s’intéressant entre autres à la procréation humaine, aux greffes d’organes, et aux manipulations génétiques effectuées sur les plantes alimentaires voire les embryons humains. C’était le sujet de la passionnante conférence de Jacques Testard le 4 décembre 2012 à Châteaubriant.

Jacques Testard Photo : Jacques Testard

Jacques Testard a créé un site internets’intitulant « critique de science », s’attirant ainsi les réactions d’autres chercheurs : « mais pourquoi veux-tu critiquer la science ? ». On peut donc critiquer une pièce de théâtre ou une œuvre artistique, mais pas la science ? Celle-ci est conçue souvent comme une religion qu’il faut servir sans se poser des questions !

« Au début j’étais scientiste » dit Jacques Testard, « je pensais que l’avenir du monde dépendait de la science » (ndlr : un peu comme Claude Allègre, mais en moins con). « Mon premier travail fut de chercher comment reproduire des vaches ayant un fort potentiel laitier ». Il a imaginé de stimuler l’ovulation, de provoquer l’insémination par un taureau sélectionné, de récupérer les embryons par lavage utérin et de les transplanter dans des génisses qui, elles, jouaient seulement le rôle de mères porteuses. Travail couronné de succès. « Au bout de 7-8 ans, je me suis aperçu que ce travail était inutile car on était en pleine période de surproduction laitière. A qui pouvait donc servir cette technique ? On m’a expliqué qu’il s’agissait d’augmenter la productivité des vaches. Etant donné le coût, cela ne pouvait concerner que de grosses exploitations qui pourraient ainsi, sans augmenter le nombre de vaches, produire davantage de lait. Etait-ce rendre service à l’ensemble des paysans ? ».

Passant des vaches aux femmes, Jacques Testard a été embauché à l’hôpital Necker à Paris où il a créé le laboratoire. Ses recherches sur l’ovocyte et sa fécondation a conduit à la naissance de d’Amandine, en 1982, issue de la première fécondation in vitro en France. Par la suite, on a trouvé comment utiliser du sperme congelé, et des bébés sont nés à partir d’ovules congelés (1986). Mais le père scientifique du premier bébé-éprouvette français est devenu vigilant, il s’aperçoit du profit médiatique que certains peuvent en faire, du profit financier qui peut en découler pour certains établissements de santé. « La technique peut rendre des services : 2,5 % des enfants sont conçus ainsi, mais où va-t-on ? ». Car, dans les banques de sperme, on a commencé à sélectionner les embryons pour donner aux parents les enfants qu’ils souhaitent : caractéristiques physiques, génétiques. On appelle cela l’appariement des couples reproducteurs. C’est qu’en effet on peut « voir » beaucoup de choses sur un embryon, y compris les prédispositions à certaines maladies. On peut aussi modifier génétiquement un embryon.... Mais si, plus tard, l’enfant promis ne répond pas aux attentes de ses parents, vers quelles catastrophes psychologiques allons-nous ?

 Eugénisme

Jacques Testard s’inquiète des risques d’eugénisme, c’est-à-dire du désir de fabriquer des êtres « parfaits ». Dans « Une utopie moderne », le romancier H. G. Wells envisage la stérilisation forcée des infirmes, des idiots, des ivrognes, des fous et des êtres trop stupides, « une sorte de chirurgie sociale ». Utopie ? Non, réalité : les premières lois de stérilisation forcée apparaissent, aux Etats-Unis, en 1907. Objectif : éliminer de futurs cas sociaux et diminuer de fait le montant des aides. Hitler et les nazis pratiquent la chose à grande échelle dès 1933 pour priver d’enfant les individus jugés inférieurs, Juifs, Tziganes, homosexuels, prostituées et autres indésirables (voire les adversaires politiques !). De ce fait, de nos jours encore, on se méfie de l’eugénisme et de ses dérives.

Mais que fait-on d’autre dans les banques de sperme ? Un eugénisme médical ? L’assistance à la procréation est censée répondre à un désir d’enfant. Comme si l’enfant était une marchandise ! De plus, les banques de sperme ont institué l’anonymat du donneur, sans tenir compte des ravages chez l’enfant. Comme dit Jean-Pierre Rosenczveig « De toutes les personnes que j’ai rencontrées celles qui souffrent le plus sont celles qui ont le sentiment d’avoir été amputées d’une partie d’elles mêmes. Quand on les prive d’accéder à leur histoire ; le sentiment d’injustice et de révolte est profond ».

Dans les banques de sperme on procède à des DPI (diagnostic pré-implantatoire) pour faire le tri des embryons. La loi bio-éthique de 1994 le justifie, pour s’assurer que les enfants seront « normaux » . L’article L2131-4 du Code de la Santé Publique parle de « probabilité de donner naissance à un enfant atteint d’une maladie génétique d’une particulière gravité reconnue comme incurable au moment du diagnostic » mais les termes sont vagues !

Pour fabriquer un être « parfait », il y a trois méthodes envisageables :

  • - fabriquer un HGM (humain génétiquement modifié) à partir de manipulations sur l’embryon.
  • - Ou perpétuer l’excellence par le clonage ! Jusqu’à présent cela ne fonctionne même pas sur les animaux !
  • - Ou bien trier les embryons, comme cela se fait largement en Angleterre.

Mais se pose le problème : qu’est-ce qu’un être « parfait », comment définit-on l’excellence ? Pouvons-nous accepter d’être conditionnés comme un troupeau de bœufs ?

En cette matière, qui décide ? Les lois bio-éthiques sont rediscutées tous les 3 ans au Parlement. On parle de supprimer cette révision. Qui donc décidera les normes ?

Et même maintenant, les parlementaires en discutent. Avec quelles compétences ? L’élection ne leur donne pas toutes les connaissances ! Alors, pour les influencer, il y a des experts. Mais ils sont de plus en plus liés à des entreprises pour lesquelles l’objectif est de produire et pas de fixer des règles morales. Il y a des intellectuels médiatiques et des journalistes célèbres. Une poignée d’humains peut-elle ainsi conduire à des décisions bien réfléchies ?

C’est pourquoi Jacques Testard propose des « conventions de citoyens » (voir page suivante).

  Tout ce qui est faisable doit-il être fait ?

La science évolue sans cesse. Un japonais, M. Shinya Yamanaka, a réussi à reprogrammer des cellules de peau pour les amener à se comporter comme des cellules souches embryonnaires. Cette découverte va permettre à la communauté scientifique d’avoir accès à une source illimitée de cellules souches pluripotentes, à partir d’organes adultes et sans aucun problème éthique. Peut-être, demain, n’aura-t-on plus besoin d’ovules et de spermatozoïdes pour fabriquer des êtres humains !

La question qui se pose : tout ce qui est faisable doit-il être fait ? « Actuellement la science va plus vite que l’éthique » dit J.Testard, « L’éthique est paresseuse, elle laisse aller la science ! », « Il faut continuer à faire des recherches, mais en les encadrant. Par exemple, à quoi cela sert-il de recréer le virus de la variole ? A quoi cela a-t-il servi de manipuler le virus H5N1 pour savoir s’il pouvait devenir très contagieux entre mammifères ? Il l’est devenu en effet et est à l’origine de la très dangereuse grippe aviaire.

 Questions

Dans le domaine de la recherche, de nombreuses questions se posent encore.

il y a les questions déjà réglées : le clônage reproductif (refusé pour l’instant et qui ne fonctionne pas chez l’animal), la durée de conservation du sperme congelé et des embryons congelés.

Il y a les questions esquivées  : l’anonymat du donneur de sperme, le diagnostic pré-implantatoire, l’appariement des couples reproducteurs.

Il y a les questions fantasmées : peut-on faire un bébé-lessiveuse (totalement fabriqué hors du corps d’une femme), peut-on arriver à une grossesse masculine (des les bourses, pourquoi pas ?), peut-on faire le clonage de mammouths (peut-être en mettant de l’ADN de mammouth dans un ovule de grenouille qu’on implanterait dans une éléphante ?)...

La question de la congélation des ovules est une grave question : irions-nous vers un marché des ovules ? Vers la fabrication d’enfants sans origine ?

Quant à la recherche sur l’embryon, elle se doit d’être bien encadrée. Dans la nuit du 4 au 5 décembre 2012, le Sénat a adopté en première lecture une proposition de loi des radicaux de gauche autorisant la recherche sur l’embryon et les cellules souches embryonnaires, jusqu’ici interdite en France. Mais J.Testard met en garde : « il n’y a plus en France de recherche pour connaître. La recherche, désormais, est planifiée, payée par des intérêts industriels, dans le but de fabriquer des produits, par exemple des médicaments, qui pourront être commercialisés. On ne travaille plus dans l’intérêt des citoyens, mais dans l’intérêt d’entreprises mercantiles ». C’est ainsi qu’on a laissé aller le médiator et l’amiante.

Pour définir les priorités de la recherche, Jacques Testard souhaite la réunion de « Conventions de citoyens » et l’engagement des parlementaires à prendre en compte leurs avis, pour ou contre d’ailleurs !


Ecrit le 12 décembre 2012

 L’enfumage génique

Un merveilleux article de l’Usine Nouvelle, du 9 novembre 2012, ouvre des espoirs fumeux ! Il explique que : « le premier médicament de thérapie génique arrivera sur le marché l’été prochain ». Mais que « L’Europe a exigé de nouvelles études durant trois ans avant d’accepter « dans des circonstances exceptionnelles » ce produit », Alors l’été prochain ou dans trois ans ?

Ce médicament, qui pourrait coûter… 1,2 million d’euros par patient, devrait soigner le déficit en lipoprotéine lipase (LPLD) - une maladie rare qui affecte la capacité à métaboliser certaines particules grasses dans le sang, maladie si rare qu’elle ne touche qu’une à deux personnes sur un million. Le médicament sera donc difficile à généraliser !

Mais en ce moment, en France, c’est le Téléthon, et celui-ci vient d’obtenir le décret autorisant son laboratoire, le Généthon, à produire ses propres médicaments de thérapie génique pour des essais sur l‘homme. Donnez, donnez au Téléthon. Le patient finance la recherche, paie (très cher) le traitement, et l’industrie pharmaceutique s’enrichit, le tout avec la bénédiction des Etats et de l’Europe.

On est donc, comme toujours, à des années lumières des promesses de la thérapie génique. Mais le but est de continuer à faire croire que le miracle est possible et qu’on s’en rapproche.

C’est exactement la même démarche qu’avec les plantes génétiquement modifiées, où on nous annonce depuis des années la fabrication de plantes qui pousseront dans le désert, qui fixeront l’azote de l’air.
Tout cela relève du fantasme absolu : c’est croire au Père Noël mais c’est vendeur…

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