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Derval : la guerre des grains et des charrettes

Ecrit le 9 janvier 2013

Les événements qui se succédèrent de 1790 à 1793 firent évoluer la révolution vers une phase critique bien éloignée des espoirs suscités en 1789. En dernier, le jugement et la condamnation du Roi à la peine de mort ne firent que renforcer le sentiment de trouble et d’hostilité au sein des populations rurales...

Le 21 janvier 1793, tandis que le Roi meurt guillotiné à Paris, les élections municipales ont lieu en France. A Derval, le parti des modérés entend bien conserver le pouvoir tandis que les patriotes sont décidés à vaincre et qu’une tendance royaliste espère aussi profiter des circonstances. Les élections se déroulent dans un climat de tension et sous protection des gendarmes envoyés de Châteaubriant... Vallière est élu maire au premier tour, il est considéré comme un homme de l’ancien régime qui a tenu des propos contre-révolutionnaires. Le jour même de son élection, un groupe de patriotes envoie une lettre au District pour protester contre cette élection qui s’est déroulée sous la « menace » d’une garde armée.

L’événement de la mort du Roi crée un choc psychologique aussi bien en France qu’à l’Étranger. Désormais la Convention fait peur et la peur va armer des bras contre elle. La France va se trouver en guerre avec plusieurs pays d’Europe et cela fera beaucoup de monde à combattre à la fois. Les troupes étant insuffisantes, la Convention décrète la levée de 300 000 hommes sur tout le territoire. Mais le système de levée d’hommes rappelle trop la milice tant décriée dans les cahiers de doléances. Tous ces mécontentements seront la cause de l’insurrection de mars 1793.

 La conscription

Dans les districts de la région, les trois-quarts des communes refusent le tirage au sort et des exactions éclatent en beaucoup d’endroits, les manifestants s’en prenant aux représentants de la « foutue » République qui veut obliger à partir aux frontières...

Tirage A Derval, aucun des jeunes concernés par l’arrêt de la Convention n’accepte d’être volontaire. « Ils ont tous répondu qu’ils ne voulaient pas s’enrôler pour voler au secours de la Patrie. Après avoir arraché la liste des mains du Maire, ils l’ont déchirée en criant qu’ils ne tireraient pas à la milice »... A Sion, où 200 hommes sont rassemblés pour le recrutement, tous refusent le tirage au sort... Mouais refuse également.

Le 14 mars 1793, c’est au tour de Lusanger. Le Maire Julien Hupel témoigne : « Ce jeudi 14 mars, le peuple était assemblé et après la lecture du texte de Loi du 24 février dernier, je fus envahi de beaucoup de mauvaises personnes » (il en donne la liste et ajoute : « Louise Deveaux, veuve Gascher-Duval de la Galotière était à la tête d’un attroupement comprenant son fils Joseph et des fermiers à elle... Le Commissaire et la Municipalité, menacés, ont été contraints de se cacher dans l’église. Ils ont trouvé le salut en se barricadant... Ils sont ensuite allés chez le Curé où s’était réfugié le Procureur qu’ils ont injurié et menacé de mauvais sort. C’est la Gascher-Duval qui donnait tous les ordres ! Ils ne se retirèrent que le soir, chantant des chants contre-révolutionnaires et criant « vive les aristocrates, gloire à eux ! ». Ces événements eurent lieu au vieux bourg actuel.

Face à ces réactions de rejet de la conscription, la Convention est contrainte de requérir par force mais on ignore le nombre de jeunes gens qui sont entrés en maquis pour rejoindre ensuite les Chouans...

Pour l’heure, on en est aux arrestations. Vallière, le Maire de Derval et Fourel, le Procureur sont arrêtés suite à la dénonciation signée de 140 patriotes dervalais. Ils sont accusés d’avoir manifesté leurs sentiments anti-patriotiques le jour de la foire de la mi-carême, d’avoir fait brûler les cocardes tricolores. Conduits aux prisons de Nantes, ils périront l’année suivante lors d’une « noyade » du trop célèbre Carrier. Il semble que la veuve Gascher-Duval, également arrêtée le 30 mars 1793, ait subi le même sort.

 Triste Noël

Noël 1793 est un triste Noël, la terreur est partout. Les royalistes sont sous le choc du désastre de Savenay [23 décembre 1793, la bataille de Savenay fut la dernière bataille de la virée de Galerne qui vit l’anéantissement de l’armée catholique et royale] .et les patriotes ne sont pas plus rassurés.

C’est dans ce contexte qu’arrivent les élections municipales de janvier 1794... A Derval, les patriotes ont formé une Société populaire et gagnent les élections. Ils portent à la tête de la municipalité le citoyen Révérend, aubergiste à la grande maison, et Jacques Renaud au poste d’agent national, aussi aubergiste à l’hôtel du Pélican. Tous deux sont considérés comme principaux responsables de l’arrestation de Vallière et Fourel.

Ultra-révolutionnaires, ils appliquent les directives du régime de terreur et choquent par leur attitude. Par exemple, Révérend se fait un lit avec les boiseries de l’église et couche dans les draps de l’autel. Les croix de la paroisse   sont mises à terre et brisées. Tant de provocations ne pouvaient restées impunies...

Quant à J. H. Potiron, juge au tribunal de Châteaubriant, jugé trop laxiste par le pouvoir, il est arrêté avec son frère joseph, du Plessis  , et ils sont conduits aux prisons de Rennes.

 La chouannerie

Chouan

Au début de 1794, les Chouans de la région de Châteaubriant ont pour chef, Jean Terrien, dit « Cœur-de-Lion ». Tout au long de l’année, ils vont étendre leur influence dans les campagnes. On parle de la « terreur blanche ». L’armée républicaine est complètement démoralisée : les embuscades des chouans Coûtent la vie à beaucoup de soldats républicains. Terrien est un chef implacable, il se bat pour la royauté mais il n’est qu’un des rouages d’une machine dont les manettes sont actionnées d’Angleterre.

 La guerre des grains et des charrettes

L’idée des royalistes est d’affamer les villes pour que la population se retourne contre la République. Terrien invente alors la « guerre des essieux ». De gré ou de force les paysans doivent rendre leurs charrettes inutilisables. Dans le tiers des communes cette consigne est appliquée... De son côté le Directoire demande aux Districts d’organiser dans les cantons les réquisitions de chevaux pour l’armée et celles des fourrages et des grains et de procéder aux recensements de ceux provenant des Émigrés qui sont automatiquement mis en état de réquisitions.

A Derval, en l’absence d’un magasin de stockage, depuis que la halle aux grains, démolie, ne fut pas relevée par Condé son propriétaire, la municipalité se trouva contrainte de pallier cette carence en essayant de garder vers elle cette précieuse marchandise et pas toujours dans la légalité comme le montre la lettre adressée par le District à la municipalité de Derval : « Pollier, l’agent national d’Abbaretz, nous a écrit pour se plaindre que la municipalité de Derval s’est opposée à ce qu’il enlève les grains lui appartenant dans ses métairies de Richebourg et de Rohël en Derval ».

« Vu la sommation que vous avez faite aux citoyens Pinard de Rohël et Daudin de Richebourg de ne pas se dessaisir des grains qui appartiennent au citoyen Pollier, le Directoire de ce District, considérant que la répartition du contingent devrait être faite depuis longtemps, vous rappelle que la loi prononce dix années de fer (emprisonnement) contre ceux qui s’opposent à la libre circulation du grain. A la plus forte raison lorsqu’il s’agit d’officiers municipaux qui sont chargés de son exécution ».

 Réquisitions à Derval

« En conséquence, ordonnons par le présent arrêté aux officiers municipaux de Derval, de faire de suite la répartition de leur contingent et de conduire au magasin militaire de Châteaubriant ».

Les réquisitions pouvaient inciter des personnes « bien placées » à profiter des circonstances pour réaliser en douce des profits illicites. C’est ce qu’a essayé de faire l’agent national Renaud. Mais, les officiers municipaux de Derval, conscients des conséquences que cela pouvait entraîner pour eux, ont averti le Directoire.

Réponse du Directoire : « Considérant que le citoyen Renaud a outrepassé les droits pour lesquels il était autorisé et qu’en plus, il s’est approvisionné de ces denrées au mépris de la loi, arrête que le citoyen Châtelier, commissaire de cette administration, se transporte de suite à Derval accompagné de la force armée pour prendre connaissance des faits et de prendre les mesures qui s’imposent concernant la taxe forcée faite sur les habitants par le citoyen Renaud ».

Et de poursuivre : « Considérant que la municipalité de Derval n’a encore rien fourni à valoir aux réquisitions qui lui ont été faites, en grains et fourrages, le Directoire donne l’ordre de forcer la municipalité de fournir le contingent en grains, paille et fourrages qui lui est assigné... ».

Manoir de Richebourg Photo : Derval, ancien manoir de Richebourg, XIVe siècle, transformé en magasin à blé. Le premier étage ne comporte pas de fenêtres

Devant la pression exercée par l’Administration à propos des réquisitions, la municipalité de Derval essaie de « finasser » en demandant, par exemple, à la Société Populaire de Derval de délibérer sur la manière de faire exécuter ces réquisitions impopulaires. La réponse du Directoire ne se fait pas attendre : « Le Directoire considère qu’il est dangereux de traiter une question aussi délicate que celle des subsistances dans une Société Populaire... »

« Arrête d’improuver la conduite du maire et de l’agent national de la commune de Derval et leur enjoint, sous leur responsabilité personnelle et individuelle, de faire verser dans les trois jours, pour tout délai, à Nozay et à Châteaubriant, les grains requis en leur commune, faute de quoi, le Directoire prendra contre eux les mesures de rigueur indiquées par la loi ».

Pourtant certains propriétaires de grains refusent de fournir la taxe obligée. C’est le cas du sieur Roux, du Coudray en Lusanger, qui refuse sous le prétexte que : « s’il livrait la réquisition, il ne lui resterait plus pour les Chouans ! » Était-ce un moyen pour ne pas être inquiété par eux, ou tout simplement pour s’abstenir de fournir ?
En tout cas, le Directoire de Châteaubriant apprécie à sa manière l’attitude du sieur Roux : « … considérant que le citoyen Roux a prouvé, par la réponse qu’il a faite, qu’il est un partisan de la horde scélérate des Chouans, et qu’il est disposé à les alimenter et à les seconder dans leurs coupables projets... » (…) « En conséquence, ordonne que le citoyen Roux, soit sur le champ, mis en état d’arrestation ».

 Casse-têtes

Charrette

Les réquisitions sont de véritables « casse-têtes » pour les élus. Un problème difficile à gérer, et sans doute encore plus à faire accepter aux contribuables des campagnes déjà, à ce niveau, si pressurés et déçus de la Révolution.
Mais requérir n’est pas tout. Il faut ensuite organiser le transport des fourrages et des grains et cela suppose bien des attelages. Or pour livrer ces marchandises à Nozay, Châteaubriant ou Nantes, il n’y a que des bœufs et des charrettes. On comprend mieux alors pourquoi les Chouans ont saboté une grande partie de celles-ci.

Un courrier de l’Administration Centrale de Nantes, daté du 30 octobre 1794 apporte un éclairage particulier sur ce problématique sujet des transports de denrées en direction de Nantes.

« Nous vous prions de requérir sur le champ, tous les charretiers et laboureurs, à l’effet qu’il aient à partir sur l’heure pour se rendre à Nantes avec leur attelage ; en conséquence, vous voudrez bien envoyer des express à chacune des communes de votre District, pour que les municipalités aient de leur part, à commander et faire partir les charretiers. Il conviendra toutefois d’observer de ne pas envoyer de bœufs trop jeunes et trop faibles pour supporter le travail et la distance, et des charrettes à moitié brisées, comme on le fait en quelques endroits ». 

 Pour une durée de huit jours

« Vous recommanderez d’enjoindre aux charretiers d’apporter leur propre subsistance. Ils doivent préférer le pain et la farine. Ainsi que celles nécessaires à la nourriture de leurs bœufs. Prévoir pour une durée de huit jours et se munir de cordes. Toutes les subsistances seront payées à leur arrivée à Nantes ».

« Nous enjoignons au préposé au fourrage de l’armée de mettre à disposition : les foins et avoines provenant des Émigrés et de les faire charger sur les charrettes qui viendront à Nantes ».

Toutes les communes ne font pas preuve de civisme à l’occasion de ces transports obligés car il y a le risque de se voir attaquer par les Chouans. Et puis, même dédommagés, ces transports affaiblissent les attelages, les pieds des bœufs en souffrent et ces animaux sont la seule traction animale permettant de labourer la terre. Alors dans ces conditions, mieux vaut tirer au flanc que de partir. C’est sans doute la tactique qu’adoptent trois des communes voisines : Jans, Lusanger, Mouais.

La municipalité de Nozay se plaint à l’Administration de Châteaubriant, à l’encontre de celle de Jans qui devrait participer aux réquisitions avec eux. « Le commissaire de Jans, au mépris de vos ordres, n’a encore fourni aucune charrette pour la permanence de Nantes, tandis que voilà les nôtres qui partent pour la troisième fois. C’est un fait que nous sommes obligés de dénoncer, car nos laboureurs refusent de partir si ceux de la commune de Jans ne partent pas ».

 Les chouans justiciers

Pendant tout ce temps, les Chouans de « Cœur-de-Lion » multiplient les embuscades afin de décourager les paysans à livrer les grains à la ville. Mais encore pour s’emparer de ces précieuses marchandises... ils n’hésitent pas, non plus à s’engager dans des expéditions punitives, à se transformer en justiciers.
La nuit du 4 au 5 octobre 1794, un détachement d’environ 150 Chouans fait incursion dans le bourg de Derval et bloque les issues puis pénètre à l’auberge du maire Révérend et lui passe une baïonnette en travers du corps. Le brigadier chargé de sa protection subit le même sort. Pendant ce temps, un autre groupe pénètre à l’auberge de Renaud et assassine un jeune soldat volontaire. Renaud doit son salut en s’échappant par les toits. Le lendemain, encore sous le coup de l’émotion, il écrit au District de Châteaubriant : « Frère et amy, nous sommes dans les plus grandes alarmes, les brigands sont venus à Derval, ils ont cerné les maisons de ceux qu’ils voulaient assassiner. Le pauvre Révérend et le brigadier de gendarmerie ont été tués à coup de baïonnette. Ils se sont portés environ 30 chez moi. Je me suis heureusement sauvé sur le toit avec ma femme où nous sommes restés trois heures durant plus morts que vifs... voilà ! Tu peux prendre les précautions que tu voudras, je m’en vais à Nantes. Nomme si tu veux quelqu’un d’autre à ma place. Signé : Renaud qui n’est plus rien à compter de ce jour ! ». Pour les Chouans justice était rendue, Vallière et Fourel étaient vengés.

La nouvelle de la mort de Révérend provoque un grand émoi dans tous les Districts de la région.

Celui de Bain écrit le jour même à celui de Châteaubriant : « Vous êtes sans doute instruits de l’événement malheureusement arrivé ce matin à Derval. Nous avons fait toute la diligence possible pour nous préserver d’un tel malheur mais nos moyens sont insuffisants, nous sommes absolument dénués de force armée. Sitôt l’annonce de cette fâcheuse nouvelle nous avons envoyé un express au représentant de Rennes en lui demandant la force armée ».

Le 12 octobre 1794, Bourdel, greffier de Lusanger se plaint au District de ce que le citoyen Bongérard l’agent national, n’a pas encore répondu à sa demande d’être hébergé à Châteaubriant suite aux assassinats perpétrés à Issé et Derval par les scélérats. « Peut-être, me direz-vous, écrit-il, que je bois beaucoup pour aller en ville. Je vous assure, qu’actuellement, je ne bois que de l’eau excepté le midy. Je crains pour ma vie, je vous prie de la sauver ! »

 Asphyxie économique

A partir du mois de décembre 1794, tous les rapports parlent d’un véritable acharnement des Chouans de l’armée Scépeaux. La guerre des charrettes a atteint son apogée. Le sabotage s’étend aux ponts, dont plusieurs sont coupés. Les stocks de céréales sont dévalisés. La terreur blanche continue. Le canton de Derval n’est pas épargné, après le triple assassinat d’octobre à Derval, celui de l’ancien maire de Sion, Grippay, en novembre, la nuit du 15 au 16 décembre, c’est Royer, commandant de la garde nationale qui se fait prendre par les Chouans à Lusanger, ainsi qu’un autre patriote nommé Bouvier. (Il semble qu’ils aient été impliqués dans l’arrestation de la veuve Gascher-Duval le 30 mars 1793 et des deux prêtres cachés chez elle à la Galotière). On leur brûle les pieds, sans doute pour les faire parler, avant de les achever.

Le nombre des exécutions et des embuscades s’accroît et des personnalités républicaines de premier plan sont abattues. Impuissant et découragé, le District écrit le 14 décembre : « Il ne nous reste plus qu’un membre du conseil de District avec le président ».

Au début de 1795, la chouannerie triomphe dans le District de Châteaubriant. Les quatre-cinquièmes des communes sont parcourues journellement par les Chouans. Découragés, les administrateurs castelbriantais envoient, le 11 janvier, ce constat d’échec aux Représentants du Peuple auprès de l’armée de l’Ouest : « Toutes nos municipalités abandonnées à elles-mêmes, sont entièrement désorganisées. La plupart des officiers municipaux ont été massacrés... Tous les juges, les officiers publics ont été victimes de leur place. La justice est suspendue... et on peut dire qu’il n’existe plus de société civile dans ce pays ».

Profitant de la conjoncture due à l’hiver particulièrement rude, les Chouans intensifient la guerre économique : faire tomber les villes patriotes par la famine où déjà de nombreux indigents meurent de faim et de froid.

 Extrême pauvreté

Le District de Châteaubriant écrit : « On n’ose plus voyager, foires et marchés sont déserts, les ouvriers de la ville n’osent plus aller travailler à la campagne... Enfin le mal est à son comble sans qu’on puisse espérer en voir la fin ». Le 7 février, le District lance un cri d’alarme aux autorités de Nantes pour signaler l’extrême pauvreté dans laquelle est réduite « la majeure partie des habitants de Châteaubriant ».

Pour remédier à cette situation, un convoi de ravitaillement de douze charrettes est constitué au Petit-Auverné, sous la protection de 100 soldats. Le convoi tombe presque aussitôt dans une embuscade et essuie le feu nourri des Chouans de Terrien. Des soldats sont tués, les autres fuient, laissant les charrettes aux mains des Chouans. « Il résulte de ce terrible échec la perte de 200 quintaux de grains, 72 bœufs, et 12 charrettes qui étaient les seules que nous avions pu nous procurer », écrit l’agent national. Puis le 10 février : « Châteaubriant est sans pain et comme assiégée, car les Chouans, maîtres des campagnes, empêchent l’armée et la ville de se ravitailler ».

En ce mois de février 1795, on peut parler de victoire pour les Chouans. Manifestement, Cœur-de-Lion a, en quelques mois, monté une organisation si efficace qu’il peut maîtriser les campagnes malgré la présence de forces importantes. Les émigrés commencent à débarquer dans l’Ouest pour se joindre à la lutte.

 Paix relative

A partir d’avril 1795, des conférences se tiennent au château de la Mabilais mais les pourparlers traînent en longueur. Finalement les Royalistes déclarent se soumettre à la République en échange de la liberté de culte, de l’amnistie et de l’exemption de la conscription. Le 10, Terrien rejoint la négociation où un traité est signé et paraphé le 20 avril. Et les Chouans semblent jouer le jeu de la paix.

Mais, le 20 mai une journée insurrectionnelle éclate à Paris. Le peuple a faim et les sans-culottes crient : « Du pain et la constitution de 1793 ». Et le sang coule... L’instant est venu pour ceux qui veulent renverser la République d’exécuter leurs terribles desseins, d’autant que le 8 juin est annoncé la mort de Louis XVII. Le frère de Louis XVI, le comte de Provence, se fait donner le titre de Louis XVIII et Terrien reprend le combat pour la royauté.

En juillet 95, la garde nationale, pourtant chargée de veiller à la sécurité des habitants et des biens, exerce un véritable pillage dans la commune de Sion. Était-ce pour venger la mort du Commandant Royer arrêté par les Chouans, puis exécuté quelques mois plus tôt ? Quoi qu’il en soit, Terrien ne tarde pas à réagir. Avec ses Chouans, il vient tendre une embuscade à la garde nationale au lieu-dit « la Justice » (en Derval). A Derval, il en tue 28 et fait 32 prisonniers. Après quoi, ils mettent le feu à la maison de Bellevue dans laquelle logeait la garnison.

 Nouvelle chouannerie

Entre 1796 et 1799, la situation semble être demeurée relativement calme dans la région. Cependant, le 12 juin 1799, jour de la foire d’Auverné, 300 chouans cernent la foire aux cris de « vive le Roi » et ouvrent le feu faisant 13 morts chez les Bleus...

L’intensité des liaisons entre les Chouans et l’Angleterre annonce une reprise des hostilités. Les Royalistes ont obtenu des Britanniques d’importants crédits pour faire à la République une guerre sans merci. Cadoudal, chef de la chouannerie de Basse-Bretagne vient apporter son aide à Terrien. De Blain, le commissaire Duhoux signale d’importants passages de brigands qui se dirigent sur Châteaubriant et Ancenis... Le 16 octobre, lendemain de la date fixée pour le grand soulèvement, quatre brigands armés, de Terrien, coupent à Derval, l’arbre de la Liberté.
C’est le signal de la guerre et un peu partout tombent les arbres de la Liberté sous les coups des brigands.

Le 27 octobre, 600 chouans sous les ordres de Cœur-de-Lion sont rassemblés sur les landes de la Justice à Derval... Après avoir capturé 22 soldats républicains, qui passaient sur la route, ils se dirigent sur Fougeray (fief de Dubourg adjoint de Terrien). Le 29, ils avancent sur Bain, la garnison épouvantée se disperse à travers champs.

Stèle à la Justice à Derval Stèl rappelant les potences à DervalPhotos : Stèle à Derval rappelant le lieu, proche,
où étaient pendus les condamnés à mort
à l’époque médiévale. Les quatre poteaux de schiste rappellent les quatre potences qui étaient dressées au bord du Grand Chemin
au lieu-dit « La Justice »

 Enlèvements de jeunes gens

Les Chouans profitant de la situation qui leur est favorable, recrutent bon gré mal gré les jeunes gens pourtant nécessaires aux travaux de la terre en pleine saison des semailles... On parle d’enlèvements de jeunes gens par les Chouans et des suppliques des parents !

Boulay, l’agent municipal de Derval, se plaint de cette situation dans une lettre à l’Administration : « Nous vous avons instruit des malheurs qui nous étaient arrivés et de ceux dont nous étions menacés. Aujourd’hui, ces menaces sont effectives, on enlève journellement les garçons nécessaires et attachés à l’agriculture. Ces garçons paraissent conduits de force et par menaces... »

Les Chouans sont maîtres des campagnes, mais les jeunes gens sont las de se battre, ils aspirent à la paix. Cette lassitude explique, peut-être, la rapidité avec laquelle de nouvelles négociations sont acceptées par les Royalistes... Finalement la détermination de Bonaparte, qui a déjà renversé le Directoire par le coup d’Etat du 18 Brumaire, l’emporte. Le 20 janvier 1800 à Candé, les chefs chouans de l’Ouest se soumettent.

Les paysans ! Étaient-ils rebelles ou instrumentalisés, ou bien les deux à la fois ?

Signé : Julien Bretonnière
Source : archives départementales de Loire-Atlantique