Accès rapide : Aller au contenu de l'article |  Aller au menu |  Liste complète des articles  |  Aide  |  Contact |
bandeau

Accueil > Thèmes généraux > Agriculture > Les agriculteurs > Pesticides, bisphénol et testicules

Pesticides, bisphénol et testicules

Ecrit le 6 février 2013

De faibles concentrations de bisphénol A sont suffisantes pour agir négativement sur le testicule dans l’espèce humaine. C’est ce que vient de démontrer pour la première fois de manière expérimentale, René Habert et ses collaborateurs dans un article paru dans la revue Plos One.

Le bisphénol A (BPA) est un composé chimique entrant dans la composition de plastiques et de résines. Il est utilisé par exemple dans la fabrication de récipients alimentaires tels que les bouteilles et biberons. On le retrouve également dans les films de protection à l’intérieur des canettes et des boîtes de conserves ou encore sur les tickets de caisse où il est utilisé comme révélateur. Des taux significatifs de BPA ont d’ailleurs été retrouvés dans le sang, les urines, le liquide amniotique et le placenta humains.

De récentes études ont montré que ce composé industriel induit des effets néfastes sur la reproduction, le développement et le métabolisme d’animaux de laboratoire. Il est fortement suspecté d’avoir les mêmes conséquences sur l’homme.

Par mesure de précaution, la fabrication et la commercialisation des biberons contenant du bisphénol A sont interdites depuis janvier 2011 en Europe. Cette interdiction s’étendra à tous les contenants alimentaires à partir de juillet 2015 en France. Il sera également important de s’assurer de ne pas remplacer dans les années à venir le bisphénol A par des substituts qui mettraient en jeu le même mécanisme d’action.

Dans l’article paru dans Plos One, René Habert et ses collaborateurs apportent la première preuve expérimentale que de faibles concentrations de bisphénol A sont suffisantes pour agir négativement sur le testicule dans l’espèce humaine. En collaboration avec l’hôpital Antoine-Béclère à Clamart, les chercheurs ont maintenu en vie dans des boîtes de culture des testicules fœtaux humains pendant 3 jours en présence ou en absence de bisphénol A selon une méthodologie originale mise au point précédemment par cette équipe. Cette méthodologie avait permis en 2009 de montrer, pour la première fois, que les phtalates (une autre catégorie de perturbateurs endocriniens que l’on retrouve dans le PVC, les plastiques, les tissus synthétiques, les sprays…) inhibent le développement des futurs spermatozoïdes chez le fœtus humain.

Dans ce nouveau travail, les chercheurs ont observé que l’exposition des testicules foetaux humains au bisphénol A réduit la production de testostérone, et celle d’une autre hormone testiculaire qui est nécessaire à la descente des testicules dans les bourses au cours du développement fœtal. Une concentration de bisphénol A égale à 2 microgrammes par litre dans le milieu de culture est suffisante pour induire ces effets. Cette concentration équivaut à la concentration moyenne généralement retrouvée dans le sang, les urines et le liquide amniotique de la population.
On sait que la testostérone produite par le testicule pendant la vie fœtale, impose la masculinisation des organes génitaux internes et externes, qui, en l’absence de testostérone, évolueraient spontanément dans le sens femelle. De plus, il est probable que la testostérone joue également un rôle dans le développement du testicule lui-même. Ainsi l’exposition actuelle au bisphénol A des femmes enceintes pourrait être une des causes des défauts congénitaux de masculinisation dont la fréquence a globalement doublé depuis 40 ans. Selon René Habert, « il se peut également que le bisphénol A participe à la chute de la production spermatique et à l’augmentation de l’incidence du cancer testiculaire chez l’adulte, observées au cours des dernières décennies. »

De plus, les chercheurs ont comparé la réponse au bisphénol A des testicules foetaux humains avec celle des testicules fœtaux de rat et de souris. « Nous avons observé que l’espèce humaine est beaucoup plus sensible au bisphénol A que le rat et la souris. Ces résultats incitent à une grande prudence en toxicologie réglementaire dans l’extrapolation des données obtenues sur l’animal pour définir les seuils d’exposition tolérables en santé humaine », explique René Habert.

Enfin, les chercheurs montrent dans cet article que le Bisphénol A agit par un mécanisme non classique et encore inconnu qu’il sera important d’identifier pour mieux comprendre l’action des perturbateurs endocriniens.

 Les pesticides au Sénat

Comme demandé par la mission d’information sur les pesticides et leur impact sur la santé et l’environnement, un débat a eu lieu au Sénat mercredi 23 janvier 2013. Sophie Primas, présidente de la mission, et Nicole Bonnefoy, rapporteur, ont résumé leur mission, et évoqué les 91 recommandations publiées fin octobre 2012. Puis Marisol Touraine, ministre de la Santé, et Stéphane Le Foll ont parlé de leurs projets 

Le ministre de l’Agriculture a notamment fait un bilan du plan Ecophyto, lancé en mai 2010, dont l’objectif est de réduire de 50 % l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2018. Mais c’est loupé : leur utilisation a augmenté de 2,5% en 2012, a-t-il rappelé. Il a également insisté sur la réflexion à mener sur le changement de modèle de production afin de « combiner la performance économique et la performance écologique » en produisant autrement.
La révision de la procédure d’autorisation de mise sur le marché des pesticides a aussi fait consensus afin de garantir l’indépendance des études d’impact sur la santé notamment.

 « Dès à présent, 13 des 60 recommandations du rapport de la mission pesticides qui concernent le ministère de l’Agriculture ont été mises en œuvre », a-t-il affirmé sans préciser lesquelles. A suivre.


Ecrit le 6 février 2013

 Pilule, vent de panique

Il n’y a pas si longtemps les femmes vivaient enchainées à la fatalité des maternités successives et souvent non désirées. L’accès à la contraception et à l’avortement a permis une évolution historique : l’insertion des femmes dans la société comme personnes à part entière, même si elles subissent de nombreuses discriminations dans le monde du travail : temps partiel subi, salaires inférieurs.
Grâce à cette autonomie, elles ont investi la sphère publique, jusque là réservée aux hommes, et se sont engagées sur le terrain associatif, syndical, politique et culturel.

C’est pourquoi tous les événements qui touchent à la pilule (contraceptif majoritairement prescrit par les médecins et utilisé par les femmes) tels le remboursement ou le déremboursement, les évolutions des molécules...sont des marqueurs de l’évolution de notre société.

L’actualité se fait l’écho des dangers de certaines pilules contraceptives dites de 3e et 4e générations. Rappelons que c’est Xavier Bertrand qui a autorisé le remboursement de ces pilules alors que le Mouvement pour le Planning Familial conseillait de ne jamais donner une pilule de 3e ou 4e génération en première prescription. En matière de médicament, le fait qu’un produit soit plus ancien ne signifie pas qu’il soit moins bon, c’est même souvent le contraire car il est mieux connu et mieux évalué au niveau des risques. Ne nous laissons pas piéger par le marketing !

La contraception est considérée comme une marchandise. La promotion des moyens contraceptifs est laissée aux seuls trusts pharmaceutiques. Les campagnes nationales d’information sont rares. La pilule est un médicament, certes, mais pas un médicament comme les autres. C’est un outil d’émancipation des femmes, c’est un des vecteurs de l’égalité entre les hommes et les femmes. Soyons vigilantes car de glissement en imprécision nous assistons à un désengagement qui affecte des domaines essentiels pour la vie des femmes.

Extrait d’un article de Virginie Houadec paru dans la revue Démocratie&
Socialisme de janvier 2013